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Digitized byLjOOQlC y \ V ' M. ^M. ï^ \. ^ «r.^ O^ •^' - •! , u iX •tit'. .TU eu Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC G) YOYAGE ET A PORTO-ALEGRE , El, zaB MISSZOV8 vnawLVOVAr ZT AA VaOTIHOX i>x azo-OHAjn>B>a>o-sitt. (de 1830 A 1834.) SaiTi de CONSIDÉRATIONS Sur Tétat dn Oommeroe Français à reactérieur, et prinopalement an Brésil et an Rio-de-la-Plata. (Z)édté au GomuMXCfi (kt ^yomfte. PAR ARSÈlfB ISABELLE. HAVRE. mpanoERiB de j. moulent, place de la gombbie. 1835. Digitized byLjOOQlC .<" n^ Digitized byLjOOQlC 31 i9le06mir9 COMPOSANT LE «.'OlUMI-RCE DU HAVRE. ctinteut, Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC INTRODUCTION. J'ai toujours eu un penchant irrésistible pour les Yoyages, aussi j'en ai dévoré un grand nom- bre, à commencer par les Gulli^rs traifels jus- qu'au Voyage pittoresque autour du Monde. Digitized byLjOOQlC Ces lectures ne pouvaient manquer de faire naître en moi le désir de voyager : notez en outre que je suis curieux à l'excès !,,.. Je faisais ces aveux naïfs à Fun de nos sa- vaus les plus spirituels qui a fait une étude approfondie de la phrœnologie et de la pliy- siognomonie , ces sciences si célèbres des Gall , des Lavater et des Porta. — Il me répondit en souriant : « Je n'avais pas besoin de cette confidence pour connaître vos penchans et la prédominance de votre esprit ; lors-même que vous voudriez dissimuler, vous avez trois bosses au front qui vous trahii*aient. » — Je partis , bien involontairement d'un éclat de rire; mais le savant phrœnologiste , sans se déconcerter, reprit avec plus de sérieux. — « Ce n'est point une plaisanterie! Vous avez, d'abord, la bosse de IjBi mémoire des faits, de la curiosité et de l'aptitude à vous instruire; puis celles de la mémoire des lieux, de l'amour des voyages et du changement. Ce sont des proéminences qui indiquent , à ne pas s'y méprendi'e, le siège et la prédominance des différentes facultés et aptitudes de votre esprit. J'ajouterai qu'elles vous tyranisent, qu'elles exercent une influence in^ésistible sur votre volonté et qu'il était écrit Digitized byLjOOQlC — s — là , dans les replis de votre cerveau , et non dans le Ciel , que vous voyageriez. » — Vous croyez donc au système du docteur Gall?.... — Certes j'y crois ! et comment n'y croirais- je pas ? puisque les aveux que vous venez de me Élire viennent confirmei* l'opinion quç je m'étais formée de vous ?... Allez, vous êtes une colonne vivante ajoutée au monument de la gloire de Gall * ! » Donc je suis né curieux et cette curiosité m'a porté à voyager. Comme on paraissait me Élire un crime de cette prédominance de mon esprit, je voulus en avoir la conscience nette ; je me mis k rechercher quelle avait été To- pinion des philosophes et des moralistes sur ce point : j'avoue que je lus peu flatte de cette pensée de Pascal : (( La curiosité nest que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. » — C'est je crois une sentence qui manque de justesse , une définition trop abso- lue ; elle est en désaccord avec la raison et la tendance de l'esprit humain; et, d'ailleurs, ne doit-on pas distinguer les penchans qui viennent de la nature, de ceux qui viennent de l'opinion ? » Vo^pz la noie A. Digitized byLjOOQlC — 6 — Pascal, ou a feint de l'ignorer, ce qui serait une perfidie » ou ne le savait pas, ce qui serait par- donnable. Rousseau vint rétablir le cahne d%DS mon âme , en donnant un but plus noble à la passion qui me dominait; au livre m d'Emile je trouvai ce baume consolateur : (c II est une ardeur de savoir qui n'est fondée que sur le désir d'être estimé savant; mais il en est une autre qui naù d'une curiosité naturelle pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de loin. Le désir inné du Uen-être, l'impossibi- lité de contenter pleinement ce désir, lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité; principe naturel au coeur humain, mais dont le développement ne se ^t qu'en pi'oportion de nos passions et de nos lumières. » Le philosophe de Genève a peut-être inspiré sou digne ami Bemardin-de-Saint-Pierre , lors- que celui-ci a dit dans ses Dialogues philosophi- ques : . Digitized byLjOOQlC — 20 — Ce petit ouvrage , on le reconnaîtra tout de suite, n est point une œuvre littéraire digne de fixer l'attention des savans, ni même des amateurs du merveilleux ; c'est un exposé simple et naïf, de ce qu'un simple voyageur a vu et observé avec toute la simplicité qui le caractérise. Ce qu'il a vu lui a suggéré quelques réflexions philoso- phiques, sentimentales, politiques et morales, qui naissent naturellement de Tétatde choses observé : ce sont ces observations et ces réflexions, que j'offi*e aujourd'hui à l'indulgence et non à la cri- tique de mes concitoyens. Le désappointement, les pertes énormes éprou- vées par beaucoup d'étrangers, de français par- ticulièrement, qui s'étaient ou auxquels on avait exagéré l'importance de ces pays m'ont frappé vivement; trompé moi même à cet égard aussi halourdement que d'autres, j'ai résolu de &ire un sacrifice d'amour-propre en publiant les ren- sçignemens que j avais acquis à mis costUlas. Cinq années passées dans les anciennes co- lonies espagnoles et portugaises m'ont suffi- samment mis à même de juger de l'infério- rité du commerce fi*ançais , comparativement à celui des autres nations maritimes : c'est là qu'il Digitized byLjOOQlC — 2f — fiiut se dépouiller malgré soi de toute yanité, de toute prévention nationale, de tout préjugé vul- gaire et convenir de ce qui est palpable. Affecté désagréablement par ce qui m'a frappé dans le cours de mon voyage^ je dis franchement ce que f en pense au risque de blesser un peu la susceptibilité nationale ; mais, fort de ma cons- cience et du désir d'être utile , si je suis blâmé , si' je suis critiqué avec trop d'amertume, il me restera la douce conscdation de pouvoir dire avec Voltaire : a Mon amour pour ma patrie ne ma jamais fermé lesyeux sur le mérite des étrangers, au contraire, plus je suis bon citoyen plus je cher- che à enrichir mon pays des trésors qui ne sont pas nés dans son sein. » Ou bien encore avec l'in- flexible Raynal : « Puisse ma main se dessécher , s'il arrivait que, par une prédilection qui n'est que trop commune je m'en imposasse à moi-même et aux autres, sur les fôutes de ma naiîoB. » 11 Êiut convenir d'une triste vérité ; c'est que le géve du commerce est un de ces trésors, dont parle Voltaire , qui n'est pas encore naturalisé chez nous et, certes, on ne doit s'en prendre qu'aux &utes auxquelles Raynal fait allusion. Digitized byLjOOQlC ^'M Je iw suis attaché à faire counaitre Fétat ac- tuel des lieux que j'ai visités. J'ai dû cependant jeter un coup*d'ûeil rapide sur leur origine , sur l'état de leur prospérité à l'époque de la domina- tion espagnole et portugaise ; mais, les détails des vicissitudes, des guerres de la conquête , de l'é- tablissement des premières colonies se trouvant développés longuement dans les nombreux ou- vrages publiés sur le Brésil et le Paraguay, no- tamment dans CharhiKHx, Souihey j Félix de Axara , Funes , Raynal , Mawe , Andrews , Headj etc. je me suis contenté d'emprunter à ces auteurs quelques dates, quelques détails his- toriques indispensables , et le bel ouvrage de M. Alcide d'Orbigny m'a fourni les noms scien- tifiques de quelques productions naturelles. Dans tout ce qu'on a publié sur le Brésil, je n'ai rien vu qui fut susceptible d'attirer l'atten- tion des Européens, et surtout des Français, sur l'importance de la province de Rio-Grande-do- Sul , ou de Sao-Pet'ro. M. Auguste Saint-Hilaire, savant et très- judicieux voyageui', en a donné une esquisse, mais il ne s'est pas assez étendu et ne pouvait guère s'étendre sur l'intérêt commercial qu'offrent de nouvelles villes, de Qouveaux ports, qui, fondés depuis peu d'années, ont déjà pris et Digitized byLjOOQlC — 23 — prennent journellement un accroissement «pîde ; conséquence toute naturelle de Tafiluence des étrangers, des Brésiliens même des autres provin- ces de l'empire , qui viennent en foule partici- per aux douceursdW climat salubre et tempéré , joints aux charmes et à l'aisance de la vie agricole. Ainsi, cette graiide province, colonisée la der- nière , méprisée en quelque sorte par les Portu- gais , avides d'or et de pierreries, souvent dispu- tée par lesEspagnols du Paraguay, qui la connais- saient mieux; ravagée tour-à-tour, et même à la fois, par les armées portugaises et patriotes, les hordes sauvages des Charruas et des Bougres, cette belle et riche province, dis-je, marche enfin, malgré tantd entraves, vers un état de prospérité bien supérieur à celui des autres provinces du Brésil^ état qui ne doit éprouver de rivalité que dans la Banda4)riental, sa voisine. Si un savant naturahste prussien , moins heu- reux que les La Gondamine , les Humboldt , les d'Orbigny ; si le docteur Frédéric Sillow n'était pas mort récemment , comme Mungo-Park , La Peyrouse et tant d'autres célèbres, mais infortunés explorateurs, victime de son ardent amour pour les sciences naturelles, je n'aurais pas eu à m oc- Digitized byLjOOQlC — 24 — cuper-de la description que )e donne de la par-' tie la plus australe du Brésil , car je sais positive- ment que ce savant profond s'occupait d'un ouvrage très étendu sur ces contrées. U en avait dressé une carte géographique et topographique y dont on m'a montré une copie , laquelle eût été d'autant plus utile qu'il n'en existe pas une seule véritablement exacte. Félix de Azara même, Fun des voyageurs méritant le plus de con- fiance par un grand talent d observation et son exactitude scupuleuse dans la description de ce qu'il a pu observer , s'en est trop rapporté , pour la partie de cette fipontière Espagnole , aux travaux des ingénieurs sous ses ordres. Jlndiquerai les erreurs que tous les géo- graphes ont reproduites d'après une priemîère carte mal dressée. J'observe néanmoins que , n étant ni ingénieur , ni géographe , je n'ai pu signaler que les fautes sautant aux yeux de tout voyageur de bon sens qui veut se donner la peine d analyser ce qu'il voit. J'étais muni dune boussole dont j avais fait déterminer la déclinai- son à Buenos- Ayres, et ensuite à Porto-Alègre*; < Déclin : à fiuénos-Ayres, 12- 30 ' N.-E. — A Porto-Alègre, 8* N.:£. — A rembouchure de Rio-Grande, 8* 30' N.-E. — A Montevideo» 14- 40 N.-E. Digitized byLjOOQlC — .25 — les latitudes et longitudes des lieux princi- paux j indiquées dans le texte de mon voyage ainsi que sur la carte dressée d'après les no- tes de mon journal , ont été relerées au bureau topogaphique de Buénos-Ayres , pour tous les points de Tintérieur ; car pour ceux des côtes de rOcéan et de la Plata, j'ai adopté de préférence celles que les officiers de la gabare \ Emulation^ ont déterminées lors de leur intéressante explo- ration en 1831. Voilà tout ce que je peux dire en ma &veur. Je sens très-bien que cette can- deur n'augmentera pas la confiance qu'on pour- rait avoir en mes rectifications , aussi je me hâte de former le vœu sincère que les gouvememens brésilien et oriental daignent charger un ingénieur habile de la mission intéressante de donner aux nations éclairées une carte exacte, bien détaillée de leurs territoires limitrophes. J'aurai toujours gagné quelque chose si j'ai pu attirer leur atten- tion sur ce point. Quoique dans im cadre étroit, je tâche de donner la description physique et politique des lieux visités par moi. Je fiûs ressortir, autant que mes trop faibles lumières me le permettent, les avantages que Digitized by Vj'OOQlC — 26 — notre industrie manu&ctu|ière pourrait retirer d'un système commercial bien entendu, conve- nablement approprié aux goûts et aux besoins de ces peuples pasteurs, agriculteurs, artisans et fainéans. Je ne me suis pas beaucoup étendu sur Tbis- toire de ces contrées parce qu'il est facile, et d'ail- leurs intéressant de consulter les auteurs déjà cités *. J'ai Youlu conserver la forme d'un journal à la parllie de mon voyage qui comprend l'exploration de l'Uruguay et de l'intérieur delà province de Rio^Graude ; en voici la raison : je visitais un pays presque désert, oùles moyens de transport et d'existence sont conséquemment fort difficiles, où des inconvéniens sans nombre se présentent à chaque pas; j'ai cru devoir les décrire , non pour le plaisir de parler de moi, mais parce que^ suivant M. de Humboldt, « il est des détails de la vie commune qu'il peut être utile de consigner 1 On doit encore consulter, pour le Rio de la Plata , lea EsquUsê» hùf toriques cl Hatisiiques de Buénos-Âyres , pvih^ées par M. Yaraigne en 1S26. — Pour le Brésil, les Mémoires de Duguay-Trouin, le f^oyaye de La Gondamine, ceux de MM. Auguste Saint-Hilatre, Martius et Spix rt du prince de Neuwied. Digitized byLjOOQlC — 27 — 4ans un itinéraire ; * ■ }h servent à régler la quu- duite de ceux qiû paroourent le^ mêmes contrées après i^QUS. y> a Un voyageur, a dit M, de Gh^teai^hriand, est une espèce d'historien ; son devoir est de r^oou- ter iîdèlenieut ce qu'il s^ vu ou ce qu'il a euteudu dire ; il \ie doit rien inventer , mais aiissi il ne doit rien omettre * . Et quand au vieux proverbe : (c ^ beau mefUir ifui i^ierU de hin^ y> devenu ridi- cule à force de vétusté, M. Alcide d'Orbigny, en &it justice par cette réllexion très-sensée : « Les voyageurs se trompent toujoiu*s, sans doute, ou peuvent toujours se tromper, car ils sont hommes...., mais les voyageurs ne men- tent plus..,. Et commept oseraient«-ils mentir, en présence d'un public en général aussi déliant qu'éclairé, dune critique toujours éveillée , d'une presse toujours prêteàrévéler leurs impostures'!'» Je ne pourrai guère compléter les descriptions physiques saus employer quelques mots techni- ques; ne vous efl^yeâi pas trop, je nen em- ploierai pasp]|us que je n'eu sais. Songez que nous i UituWaire de Paria à Jérusalem. » Aie. d'Oi'b. f^oyotfe fiatus V Améiiifue Mâridionafe. Digitized byLjOOQlC — 28 — serons dans un laboratoire ^ la nature ! que là tout est nature , rien que nature... Les hommes même sont naturels. La civilisation est pour euxun travestissement dont ils font parade , mais dont ils se dëpotiiUent volontiers eafamSle. Tout sera neuf autour de nous : point de monumens an- tiques à exhumer du sol; point de souvenirs glorieux attachés à cette terre presque vierge.... que dis-je ! ne pouvons nous pas exhumer un fossile ? alors ! que de méditations ! que de poésie ! demandez plutôt à M. de Balzac, qui fait un si bel éloge de l'immortel Cuvier , tout en lappelant le poète par excellence de notre époque. Mais pourquoi appréhenderait-on les mots scientifiques ; ne peut-on pas les rendre intelligi- bles ? ne sont ils pas une langue universelle ? les sciences naturelles ont &it tant de progrès en Europe et surtout en France, où elles sont deve- nues si générales, si populaires, qu on doit lire avec plus d'intérêt les récits qui tendent à éclaircir des points obscurs , des mystères qui ont émerveillé trop long-temps le commun des hommes. Et puis l'étude de la nature est une étude si douce , qui nous conduit si &cîlement de la vue de ses ou- vrages au sentiment de la Divinité! Grâces soient rendues à Anstote, à Pline , à Buffon , à Cuvier ! Digitized byLjOOQlC — . 29 — Placés comme des flaml>eauic allumés sur la route qu*ont suivies les sciences naturelles , pour eu montrer les progrès, ces grands naturalistes ont ouvert une nouvelle ère à la philosophie en for- çant les peuples à interroger les fidts classés par eux. Grâces soient aussi rendues à Bemardin-de- St-Pierre, le charmant auteur des Études de la Nature , le peintre habile de ses sublimes har- monies! En dépoiiiHant la science de ses aspéri- tés , il sait nous montrer la nature Jtelle qu'elle semble avoir été £dte pour le bonheur du genre humain ; il est, lui , le vrai poète de la nature. Assez heureux pour posséder quelques con- naissances générales en histoire naturelle, on a vu que )*avais résolu d'en tirer parti dans le voyage que j'entreprenais. Aidé ensuite des conseils et des lumières de plusieurs savans, j'ai pu donner une idée des productions naturelles de ces pays. Mais à mes yeux , le principal avantage des &ibles connaissances qui m'ont autorisé à prendre, pendant mon voyage , le titre (sans doute usurpé) de natundistej a été de me mettre en relation avec des personnes instruites, des autorités même qui ont pu me fournir des renseignemens exacts. Digitized byLjOOQlC — 50 — Je divise ce voyage en trois parties. La pre- mière traite du Rio de la Plata , de M ontëTideo et de Buénos-Ayi'es ; la seconde partie contient Texploration de l'Uruguay et de l'intérieur de la province de Rio-Grande jusqu'à Porto-Alègre ; la troisième partie traite de Porto-Alègre, de ses environs et de la province en général, et finale- ment, donne une idée aussi enacte que possible de Tétat du commerce français tant au Brésil qu'au Rio de la Plata. Mes observations peuvent être considérées comme une sorte d'appendice à celles de MM. Au- guste Saint-Hilaire, dans l'intérieur du Brésil, et Alcide d'Orbigny dans YEntre-Rios et Corrien- tes , provinces enclavées par le Parana et l'Uru- guay- La gratitude dont je suis animé envers les per- sonnes qui ont bien voulu m' être utiles dans le cours de mon voyage, m'impose la loi bien douce de leur donner, à mon retour dans mes foyers, un témoignage public de ma profonde reconnais- sance : j'ose donc citer, au risque de blesser leur modestie et d'encourir leur blâme , les noms de ces hommes estimables qui resteront gravés dans ma mémoire. Digitized byLjOOQlC — 31 — M. AiméBonpland, le botaniste justement cé- lèbre , le collaborateur de M. de Humboldt. Ua bien voulu m'accorder l'hospitalité , avec cette bonté toute paternelle qui le caractérise, au mi- lieu des déserts où son amour potu* les sciences naturelles le tenait encore exilé du monde sa- vant. M. Faustino Lezica, négociant de Buénos-Ay- res j citoyen des plus distingués par son mérite , ses connaissances , sa modération , et l'amabilité de ses manières toutes françaises. M. FabricioMossotti, astronome et professeur de Physique expérimentale à Buénos-Ayres, sa- vant trop modeste et désintéressé. M. José Arenales, lieutenant-colonel d'artille- rie, ingénieur, chargé du bureau topographi(]ue à Buenos- Ayres , auteur de plusieurs ouvrages. M. Cadnoio Ferraris, chargé de la conservation du Muséum d'histoire naturelle deBuénos-Ayres; c'est un de ces vrais philantropes qui ne perdent jamais l'occasion d'être utiles à l'humanité. M. Casimir Gauchard , négociant français à Digitized byLjOOQlC — 32 — Buenos- Ayres , ancien élève de l'Ecole Polytech- nique. M. Antoine Thedy, négociant au Salto de l'U- ruguay. Quoique Suisse de nation , il accueille indistinctement tous les Français malheureux que leur triste sort amène dans ces lieux reculés. Le plus bel et plus juste éloge que je puisse faire de M. Thedy , est de dire qu'il a acquis au Salto , par son humanité , le titre bien honorable de Père des Français. M. Joseph Ingrès , fi^ère du célèbre peintre de ce nom, négociant français à San-Borja , aux Missions ; c'est un de ces Français comme il en existe trop peu en Amérique. Si tous ceux qui se destinent à commercer dans les pays étran- gers ayaient sa rectitude , ses connaissances et son inÊitigable activité , nos manufactures en senti- raient bientôt l'heureuse influence. Le colonel José da Sylva , commandant mili- taire de la frontière des Missions d'Uruguay ; Brésilien excessivement bon et humain, ac- cueillant de la meilleure grâce du monde tous les étrangers , mais particulièrement les Fran- çais. Digitized byLjOOQlC — 53 — M. le docteur Jean-Daniel Hillebrand, méde- cin alleniand à la colonie de Sâo-Lëopoldo , près Porto- Alègre ; homme aimable et obligeant , réu- nissant des connaissances variées et un goût près- cpie passionné pour l'histoire naturelle. M. Modesto Franco, négociant brésilien à Porto- Alègre , patriote distingué , à même, par sa fortune , de faire beaucoup de bien aux mal- heureux. Enfin mon honorable ami le comte de Zani- beccary, philantrope bolonais, défenseur en tous lieux de la cause commune, mais infortuné comme la cause elle-même ' . Havre, le 1^' Jirillel 1835. « Ce jeune homme, plein de connaissances vraiment utiles, est le fils du célèbre aéronaute de ce nom , sénateur liolonais , contemporain des Pilaire du Rosier, des Mongolfier, des Broschi , et mort , comme les premiers, rictime de son amour pour la belle science des aérostats. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC yrmtère Partie. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE I«. 9épmgtéamm9wc. ^ Travenés. ~ Arrivé* mi Bw d* U VUU.. Tout le monde ^ en France, ne partage pas r(^[Mmon de Montesquieu , de Rousseau et du comte de Laborde sur l'utilité des voyages ; je me rappeHe qu'au moment où \% fis mes visites Digitized byLjOOQlC — . 38 — pour prendre congé , un principal de collège , homme docte et tcès-préponderanty me demanda d'un air... qui laissait percer tout le sentiment de sa supériorité ce si les limites delà France étaient trop étroites pour un voyageur ! ! ! » Je ne sais pas trop ce que je balbutiai dans le moment , car on me déconcerte Ëicilement, surtout avec de semblables questions ; mais il me parut à la ré- flexion, que la sollicitude toute apostolique dont paraissait animé le cher principal, lui fidsait craindre pour moi la contagion des principes américains. Cependant ces principes , cette cause apiéricaine ne sont que le résultat des idées éla- borées en Europe ; ce sont nos théories mises en pratique; on ne peut donc que gagner à examiner de près ces gouyememens modèles; car s'ils sont bons, pourquoi ne pas les imiter?... s'ils sont mauvais , évitons les Êiutes dans lesquelles leurs législateurs sont tombés. Il me semble que là où le droit naturel , le droit public et le droit des gens sont le plus respectés, ce doit être le meil- leur gouvernement. On nous a long-temps vanté celui de l'Angleterre ; on croyait les Anglais li- bres parcequ'ils ne se plaignaient pas aussi hau- tement que nous, ils sont pourtant loin de jouir de la somme de liberté dont nous jouissons dès-à-présent en France ! La belle pensée de Fim- Digitized byLjOOQlC — 39 — mortel Canning. « Liberté cwile et t^eligieuse des deux mondes » n est pas réalisée ' . Le 31 décembre 1829, à deux heures après- midi, le brick français VHermime^ capitaine Soret, ayant 13 hommes d'équipage et 24 passagers^ mit à la voUe du Havre-de-Grâce pour Buenos- Ayres, par une fort belle brise de vent de N. N. E. Le temps ne laissait rien à désirer, et le thermo- mètre de Réaumur marquait 10 degrés au-des- sous de zéro. Tétais du nombre des passagers. Nous fîmes d'abord route au nord-ouest , le navire gouvernant bien , et tout le monde en bonne santé. Cest une chose vraiment fort étrange que les sensations^ d'un individu qui se hasarde à fran- chir , pour la première fois , la vaste étendue des mers : que de réflexions à Êiire sur un avenir devenu si incertain par la mobilité d'un élément indomptable , instrument passif des vents capri- cieux!... Combien de regrets naissent, assiègent et oppressent le cœur au moment du départ pour un voyage si lointain^ si périlleux! Un beau pays abandonné , des parens des amis qu'il faut se ré- i Voyez l**! noie fi. Digitized byLjOOQlC — 40 — soudre à quitter peut-être pour toujours... De douces habitudes y de plus douces liaisons qu'il faut perdre ! et puis cette vie , si calme jusqu'a- lors j qui s'écoulait sans perplexités , sans fati- gues j Ta devenir désormais une vie aventureuse, pleine d'incidents imprévus qui la rendront sou- vent pénible et quelquefois très-orageuse ! Adieu donc, belle patrie! cités florissantes, cantons fer- tiles , peuples laborieux ! Adieu antique Neustrie , province &vorisée de la nature et des arts , sol privilégié ! Toi qui as fourni jadis des rois à l'An- gleterre , toi qui fais naître tant de souvenirs hé- roïques et touchans, patrie des Corneille, des Fontenelle, des Duquesne, des Bemardin-de- Saint-Pierre , des Boïeldieu, des Delavigne et de tant d'autres célébrités ! Adieu chaste Seine\ fille de Bacchus, nymphe de Gérés. Toi dont les flots d'émeraude se plai- sent à baigner les lieux que j'afiTectionnais, comme toi , avant ta métamorphose. Et vous , tendre Héva , compagne fidèle et trop infortunée de la nymphe de Gères , adieu ! Salut au tombeau que les sensibles Néréides vous élevèrent en récompense de votre dévouement ! continuez , mânes dHéva , continuez à guider les Digitized byLjOOQlC — 41 — marins jusqu'à leur entrée dans ce Neutre aimé d'Amphitrite, tandis que moi, chétif mortel, après aToir erré sur la terre comme un météore igné j'irai peut être m'ablmer dans quelque coin du monde. Cest ainsi que , les regards attachés sur la terre natale, disparaissant sous le voile vaporeux de rhorizon, je me livrais mentalement à des regrets intempestif. Dans un moment de profonde mé- lancolie j'avais été accablé du poids de mes ré- flexions : fatale curiosité ! me disais-je , pourquoi me forces-tu à m' éloigner du sol de la patrie , à rompre les liens qui m'y attachent ? H(3as! mes pressentimens n'étaient que trop réels.... après une absence de cinq ans je n'ai retrouvé que des tombeaux là où les illusions du jeime âge avaient fasciné mes yeux et rempli mon cœur de joies pures et innocentes! ! Cependant^ retrempant mon courage abattu dans l'espoir d'un meilleur avenir, animé sur- tout par l'espérance de trouver dans l'étude de la natm^e de douces distractions , je fis un effort sur moi-même et me hâtai d'éloigner des appré- hensions qui ne pouvaient que me rendre mal- Digitized byLjOOQlC — 42 — heureux. La sérénité de 1 atmosphère, la tran- quillité de lamer et l'apparence d'une navigation heureuse achevèrent de rendre le calme à mon» ame. Je fiisassez &vorisé pour être peu incommodé du mal-^-merj dès le lendemain j étais emma- riné. Il n'en a pas été de même de tous mes compagnons de voyage : plusieurs payèrent long-temps un tribut onéreux aux habitans de Tonde. Je ne sais pas si les médecins ont bien défini la cause du mal de mer. Ce mal , peu dangereux d'ailleurs , anéantit totalement les &cultés physi- ques et morales, et cela se concevrait assez si le rai- sonnement du vulgaire n'était pas &ux; car, si le cœur était la partie affectée , ses fonctions de- vraient se £dre avec moins de vigueur , de là ré- sulteraient cet abattement, cetafiaissement, ce dé- goût qu'on éprouve. Nepourraiton pas penser que le balancement imprimé au navire par le roulis ou le tangage en produit un semblable sur les intes- tins et par suite aux poumons, lequel dérangeant momentanément le système circulatoire , produi- rait les vomissemens ? ce qui m'autorise à le penser c'est qu'il arrive presque toujours que le mal Digitized byLjOOQlC — 43 — cesse complètement dès qu'on a mis le pied à terre. Quoiqu'il en soit des causes du mal de mer, les effets en sont certainement redoutables , et ce qui est le plus ÊLchenx , c'est que les capitaines sont ordinairenent très peu en mesure d'apporter du soulagement aux malades. Âppellerais-je un soulagement le mauvais thé &it à la hâte, sucré avec de la cassonnade et distribué par les mousses dans des vases encore mouillés de l'eau salée dans laquelle ils ont été rincés ? une telle boisson n'est guère £ûte pour soulager le cœur, aussi je me gardai bien d'en fiûre usage, malgré tout le besoin que j'avais de pitendre quelque cordial. Précisément pareeqae les .médecins ne se sont pas occupés du mal de mer, on ne connait pas de remède capable d'y apporter un prompt sou- lagement : les acides, les fruits, juteux et les astringens sont ce qu'il y a de meilleur à em- ployer jusqu'à présent , mais tous les estomacs ne les supportent pas , et puis , je le répète , quand on est assiégé par le mal on se trouve dans un état d'anéantissement tel, qu'on n'a plus d'idées, on ne pense pas à ce qui pourrait soulager , on ne demande rien. Les officiers du navire qui sa- Digitized byLjOOQlC _. 44 — Tent par expérience dans quel état se trouve le malade, état qui ne présente souvent pas d'in- quiétude, les officiers, dis-je, qui ont peu Tha- bitude du monde et de ces petites prévenances, de ces petits soins , de ces petites attentions qui en rendent le commerce si agréable , s'inquiètent peu du pauvre malade. Cependant si ce malade est un passager de considératioTky c'est'-à-dire qui ait bon nombre de colis dans la caUe» pour Fac- quit de sa conscience le capitaine lui demandera l'état de sa santé et luî enverra une tasse du fa- meux thé en questiou. Je parle ici généralement, -car il est beaucoup d'exceptions ; le traitement des passagers s'est bien amélioré depuis que les capitaines ne se considèrent plus comme ma&res après Dieu à bord de leur navire, et je me hâte de dire que je n'ai eu qu'à me louer, ainsi que mes compagnons de voyage, desofficiersdel'As/Tnmie. YsÀ dit que nous étions vingt-quatre passa- gars; dans ce nombre il y avait des femmes et des enÊms , ce qui (soit dit sans blesser personne), n'est pas le plus agréable dans un pareil voyage ; enfin il &ut vouldir ce qu'on ne peut empêcher, dit le proverbe , et c'est surtout à la mer qu'on a occasion d'apprécier la valeur de ce vieil adage. Ce nombre de passagers se divisait en deux classes Digitized byLjOOQlC — 4» — ceux de la chambre et ceax de Ventre-poni : nouâ étions treize à la chambre, en y comprenant trois jeunes enÊms et deux femmes que la politesse nous forçait à qualifier du nom de dames. Notre embarquement avait été très^précipité , ce qui fit qu'au moment du départ on s'embarqua pêle-mêle , chacun s'occupant à ranger ses ba- gages et s'inquiétant peu de ses compagnons de TOyage ; du moins c'est ce qui m'arriya ; d'ailleurs les premiers symptômes du mal de mer m'aver- tissant de prendre mes précautions , je fis mon lit ( cai* à bord d'un navire, aussi bien qu'à terre, comme on fait son lit, on se couche), et, me cou- couchai jusqu'au dîner, qui fut court et auquel peu de personnes assistèrent. Ce ne fut donc que le lendemain du départ que Ton commença à s'ob- serrer et à fidre des remarques sur la masse hé- térogène de nos individus. Je fus agréablement surpris de me trouver en très-bonne compagnie d'hommes et de voir que, devant sympathiser ensemble , je pouvais me promettre une traversée des plus agréables. En effet nous n'eûmes dans le cours de ce voyage aucun motif de nous plaindre les uns des autres ; la plus grande har- monie a régné parmi nous ; bien que notre so- ciété se composât de trois Espagnols-Américains, Digitized byLjOOQlC — 46 ^ deux Hambourgeois, un Prussien et deux Fran- çais, sans ccHupter le capitaine et son second. A la yéritë ces Messieurs ayant Toyagé beaucoup , connaissaient assez le monde pour en avoir une juste appréciation ; ils savaient aussi par expé- rience , que le bon ordre est nécessaire à bord d'un bâtiment. La vie d'un passager est bien monotone, il faut en convenir , surtout pour celui qui , insen^ sible au spectacle imposant que lui o£Ere la na- ture, toujours prodigue en tableaux merveilleux, u a Tesprit préoccupé que de sesprojets ultérieurs. Il na plus qu'une idée fixe, celle d'arriver promptement à sa destination; aussi l'ennui, ce ver rongeur, produit de Toisiveté, s attaquant sans rdâche à cet être désœuvré, il devient bientôt à charge à lui-même et aux autres pas- sagers. Nous n'eûmes pas heureusement ce désa- grément à supporter, au contraire, le voyage fut une vraie partie de plaisir. Chaque soir nous nous réunissions à quatre pour faire un whist ; nous n'y avons pas manqué , je crois six fois. Souvent avant de conunencer la partie, et principalement lorsque l'obscurité était grande , nous prenions plaisir à admirer le bel effet de lumière de cette innombrable quantité d'animalcules phosphores- Digitized byLjOOQlC — 47 — cens qui pullulent à la sur&ce de la mer et que le sillage du navire fidsait étinceler de mille ma- nières autour d^ nous. C'est entre les tropiques que nous avons joui du plus beau spectade de ce genre; aux iles du Cap-Verd l'Océan paraissait en feu. Les vagues légères, soulevées par ime brise du vent alizé s'entrechoquaient et faisaient naître subitement un fiûsceau de gerbes lumineuses qui ^ se répan- dant aussitàt sur la masse mobile et noirâtre^ for- maient comme une nappe blanche émaiUée de rubis et de diamans étincelans. Les voiles en étaient éclairées. Je ne me lassais pas d'admirer, tant la mobilité de l'élément liquide produisait d'effets surprenans.^ Lliorizon semblait une ville immense dans une illumination complète : on eût dit que les divinités des eaux , habitant cette cité merveilleuse, se plaisaient à célébrer notre passage, en nous donnant un spectacle inconnu aux habitans des continens. Je fiis tenté de croire, du moins, que ces divinités urbaines nous étaient favorables , puisque notre navigation a couram- ment été heureuse. D'autres fois nous nous livrions à des exercices gynmastiques, à des tours d'adresse que le second Digitized byLjOOQlC — 48 — capitaine se plaisait à nous montrer el à varier pour nous fiiire passer le temps avec moins d'en- nui. Mais bientôt notre attention se trouvait dé- tournée par un beau coucher de soleil, par une disposition de nuages > qui offi*ent une si grande carrière à Timagination que, quelquefois, par une illusion d'optique des plus extraordinaires nous nous figurions être en vue de terre, voir des habitations, des montagnes , des vallées, des forêts, des troupeaux sur la pente des collines et des habitans dont les formes gigantesques nous rabaissaient jusqu'à la dimension des UlUpiUiens. Quel spectacle digne des profondes méditations du poète et du philosophe , que la vue de ces vapeurs condensées, soulevées mystérieusement, transportées par magie au centre des continens pour alimenter les sources des fleuves et des ri- vières, qui après avoir arrosé, embelli et fécondé les contrées ou ils coulent, retournent lentement au grand réservoir , pour être vaporisés de nou- veau ! N'est-ce pas là le vrai phénix , qui renaît continuenement? Quel mécanisme ingénieux! des vapeurs s'élèvent , le soleil luit, et le monde est vivifié! l'aridité reparaît et la terre pullule d'habitans , de myriades d'êtres , qui ne se com- prennent pas!! Grand Dieu! je m'humilie, je Digitized byLjOOQlC — 49 — me cadie dans cette poussière dont je suis sorti ^ car je ne comprends que mon néant ! Mais Toici bien d'autres récréations! voyez cette troupe de cétacés, défilant comme im régi- ment de cayalerie, caracolant à tribord et à bâ- bord pendant une heure ; ce sont les souffleurs; et ce joli poisson qu'on aperçoit à une grande profondeur , dont les couleurs sont si vives , si brillantes? cest la dorade', et ces espèces de grands papiUons marins qui volent en essaim et si étoulxifanent qu'ils tombent à bord ? ce sont des poissons volons ; les infortunés sont dans des transes continuelles, car ils ont des ennemis dans lair et dans Teau ; cette bande qui s'élance est « chassée par des bônitesy poisson vorace qui ne leur fait pas de quartier, et voici la noireyrc^o/e à longue envergure qui fond sur eux pour tâcher de s'en saisir. Mais voyez , voyez vite ce poisson gigantesque, qui s'avance majestueusement près de notre gouvernail. — Quel est-il ? Cest le requin, le tigre de la mer, la terreur des marins; ces deux petits poissons annelés de noir , de bleu et de rouge, qui l'accompagnent, le suivent, le précèdent , le carressent , sont ses pilotes. Dans cette foxde d'objets qui captivaient notre 4 Digitized byLjOOQlC — 50 — attention^ il est inutile de dire que si la vif^ signalait un navire ou la tertCi^ la sensation n'en était que plus vive ; notre attention , concentrée alors dans le tuyau d'une l(Aigu6-vue , était ^p tiyée au point de nous tenir plusieurs heures en observation. On eût cru, en vérité, que, de^ venus habitans de l'Océan , nous aviops perdu le souvenir des autres honunes , tant notre curiosité se trouvait excitée à la vue d^un navire &isant voile vers nous. Pour moi , dans mon en* thousiasme , dans mon admiration passive des œuvres du créateur, oubliant l'ii^justice, l'é- goïsme, l'ambition de ces mêmes hc»iunes,.)e ne pensai plus qu'à la perfection de cetfce image de .la Divinité, possédant en même temps que les vices, des vertiu qui îcfoX sa noblesse ^ du cou- rage qui &it sa force, un es{«itsublime ^pûcom" mande le respect !... et je m'inclinai inv(dantai* rement , moins pour rendre hommage à la cràà- ture, que pour témoigner mon admiration ^t ma profonde soumission au souvex^Mn aiiteur de tant d'attributs qm nous élèvent afu-dessus de la brute. . . • • • . Puis mon front se rembrunissait en se cour- bant; je restais rêveur. . . . c'est que j'entrais mentalement en fiu^ur contre moi-même, con- Digitized byLjOOQlC — SI — tise Tetpàce tout eittièce!«-^Mais Q*ê0t-oe pas beau- oaap ^argOitïL dto$et nous âfre Vmageàe la Di- ^ioké l\ 11m BÎTÛiîtë a-trelle m^ forme que kl faîUesse de notre hnagmation pipsse compren- cette délicatesse de tnuts, cette blancheur de peau, ce tact si exqivs^ cette haute intelligence qui semUe tous rapprocher de celle des sphkts^ tout cda est TouTrage de réducat iony de la cmUsation\ de cette éducation qui commence au scMrdr du sein de TOtre mère et finit au tombeau; c'est l'éducation de toute la vie y d'une longue suite de sièdes qui vous a fiuts ce que vous êtes, et, si vous en doutez, tentez-en l'expérience , mais préparez-TOus à rou* gir du résultat : Enleyez un en&qit qui vient de naître, con- fiez-le au sauvage le plus dégradé dans l'écheDe des races humaines; laissez-le subir les impres- sions du climat, du sol, de la nourriture, de tout ce qui l'entoure; puis interrogez-le, quand tous croirez que sa raison a pu se développer Il n'aura nulle idée de cette divinité * dont vous vous croyez l'image; il n'enviera aucune des jouissances dont vous êtes si avides ; fl né com- prendra pas vos besoins. Si vous le transplan- tez dans vos cités populeuses , le bruit Tétour* dira ; vous l'entendrez soupirer après la terre I Je n'ignore pas que pins tard, vîTint en sodèté, il lenlira la aé- cetnté d'adorer an étr^ s^ipréme , mais cet être sera en rapport avec ie dérekippement de sa raison. Digitized byLjOOQlC — 5S — saunage qui Faura nourri, après la compagiie de Mm enfiince et de ses jeux, il: mourra d'ennui au miHett de tos fttes somptueuses. Ihrolongez: rexpérience : si la constitution de to- tre Européen derenu sauTage, a permis à ses fa- cubés phfsiques de se dérelopper sousTinfluenoe àe&j€tculté8 moraUsy sa physionomie changera Inentôt , ses traits perdront de leur délicatesse , sa peau s'épaissira , ses cheveux deyiendront ru- des, son tact s'émoussera, son crAne se modifiera, et après deux ou trois générations, tous cher- cherez Tainement des traces de l'homme civilisé , possédant une ame &ite à l'image de Dieu. . • . Miracle, miracle ! — Je fus brusquement dis- trait de mes réflexions philosophiques, par les exclamations de l'équipage et des passagers. On venait de prendre un requin , et , à la grande surprise des spectateurs, on avait trouvé un Twre ùn/nwÊtf dans ses intestins! comment ne pas cKMre après cela que Jonas passa trois jours et trois nuits dans le ventre d'une baleine ?• . . . Mais ce qui vint augmenter beaucoup letonnement des passagers , c'est qu'après avoir fendu le corps de ce requin depuis la tète jusqu'à la queue; Digitized byLjOOQlC — S4 — après kû ayoir eiileTé les inljestins, ne lui avoir laissé absoluœ^ait qijie la chair et les os, et l'a- voir jeté ainsi mutilé à la wneCj il se remit à iiar ger ayec autant de force et de calme que si on ne lui eût ùll qu'mie petite égralignure ! Q«tfant au livre^rouré dam son TCdEitm, on $iÊk bietilât que le second l'avait laissé twiber ^udjqtes heures auparavant. Avouez ce^peaàaÊiX^ qit'il f. avait lieu à fiûre «n bel et bon inlradle! Un peii d'astQce de la part éùt second V beàilcaii^ de crédulité et surtout de fw de notre pavi, uft peu deoomplaisaiiee àé la part ^essavàns, le vcàr raclé pouvait êCï-e constaté vrai. ~- Yingl-qv^^e passagers, douée hbmtoes d'équipage, «Us^ent été les témoins oculaires; et, au besoin, moi , écorcheur d'oiseaux , j'eusse été le naturaliste y \e physicien qui e(H atttesté, constaté la {iossîbiUté du £ut. Voici Une distractîiiHa d'un autre genre i le hofHéne de la Ligne ! Chrétien ou no«L> il fiuijt que vous vous soumettiez de bonne grâce au japig imposant du Père ta Lifftei empereur des deux zones torddes^ et pa^ner gaknenfc le tnlmt qu'il lui pkdt d'ûnpoaer depuis que Vasoo de Gama et Ghriatapbe Golomb se sont avisés dre passer par ses états aquatiques. Digitized byLjOOQlC — 5« — C'élatt le 30 jaarier ; quelques passagers de Fentre-piml a^ent entendu dire a«x matelots que nous ëtiens à la Ligne ; leur ouriosité, éton- namment irritée par cette nouyelle, les tenait dans une grande agitation; pour les calmer on )ugea pradantde hâte apporter le télescope et de leur mOHHybrer la i^gne* Ce jour-là même, au moment ob le soleil disparaissait de notre horizon nauti- que, le tonnerre et les éclairs, représentés par un pistolet d'arçon, accompagnés d'une grêle de pois qui tomba sur le gaillard d'arnèoe , umon- çèrent aux pro&nes, saisis de crainte et d'épou- Tante , FarriTée d'un messager du souverain do- minateur de^ mers ûèdes. En effet, nous ne tar- dâmes pas à voir arriver, monté sur un mam- mifère quadrupède , qui n'a pas encore trouvé jdace dans la classification zoologîque de Guvier , vûi ange, sous les traits d'un postillon ; il remit à Hotre capitaine (qui le prit au sérieux) le mes- Mge (suivant : Zônps-Torrides. — Grapde Ligne. (Le âO Minaoné 1830 Mailloches. a Moi, grand empereur de tous les royaumes « des deux 2iOnes Torrides, vous ùâs savoir que « votre navire, n'ayant pas encore passé dans mes Digitized byLjOOQlC — 56 — « états, ainsi que plusieurs de yos passagers, je « TOUS somme de vous disposer à la cérémonie du « saint-baptême, qui aura lieu demain. mvtmm «tj^târiewB : On les fil asseoir a*-€bmift de la piâorne, et anwit de lew fiùire biiwerift/istfiérkii OB kudtfiipnmoiie^ (9^ Je juré deme jamais attenter à la Tie lû à L'hotei^urd'iWi. marin, de ne jamais co il &ut qu'il s'attende à passerpttrde rudes preuves ! Je vous aasune que oeUes qpslom Sùsak subir mi Egypte aosi initiations Digitized byLjOOQlC d'iw d ê^ÙBiM d'étMttl rfea» em oonqparnioof le sful mojBea A^dkudr la rigwiar «l IriaifeittÔH Uté des prdues du tmpiqfvie^ c'wt depajjev^ ào boine gv|iGd «t d0 kfifor fiôèe laéiM^ bien humble. lion^pw tout le mande fct inîtàéf ipJil s'y» eUfc phi» de pcoAiiKkt&.ffbaamt cm ftti idctt^ due cottfiBMQii ^ us^Kwaime^ «ne !»>« cIuGittkte éjpottVftHtiJllw; eliaoutt iftaqpom dtei seauy d'une jatte , d'un pot, de cequi tomba soiwhlliliii)h«t/piikaiifi)àméiiiete0<^ rém- fifiëd d'eiRt à désslMii, oit i^pèrgca joMpf à éj^ui^ sèment d'eau et de fatco^ B VLy aWt pfais d'aftf* torité à boi^d , le capitaine était aspergé par le mousse, le père la Ligne par les gendarmes, Neptune par le pontife, enfin c'était un vrai chaos!... Cette mauvaise charge digne de l'ère de scepticisme qui nous régit me coûta vingt mille sangsues qui moururent des suites de l'as- persion. Depuis ce camayal torridien , jusqu'aux ap- proches de terre, il ne se passa rien de remar- quable. On prit plusieurs requins; je m'amusai à disséquer la tête et la colonne vertébrale d'un assez grand ; je disséquai aussi des poissons volans Digitized byLjOOQlC _ 00 ~ qui tombèrent à ixMrd; mais, chose surprenante ^ nous ne Times pas un seol damier » oiseau pal- mipède du genre /lelFvl^ qui est ordinairement: trè^oommun au-djelà du tropique du C!a[«come . . Enfin, le 37 fiémer, à huit heures du soir^ nous trouvant par S4<> 81 > sud, on s'aperçut que la mer, devenue houleuse^ était changée. Qn^ sonda, et l'on trouva 50 brasses, fond de sable noir; nous étions à environ 40 lieues de terre. A une heure de nuit on sonda de nouveau, et Ton trouva. 38 liasses, fond de roche; noufr étions dans les eaux de la Plata! Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHJiPlTRi; u. &e Aîo d« U »ato. GombfieA d^nadmdus èe tontes «aftiûi» se soM laissé fireadre à ce nom poMpMK de I&nèp^ é^ar^ g&nt! GOiBbieii, allécha par l^i se S6nl -figuré sottement qu'A ne s'agissait que de sel^aisser peur y ramasser Fargent tout monnayé'! On raconte Digitized byLjOOQlC — 64 — plaisamment, à ce propos, (p*un étranger au moment de débarquer sur ces rires, ayant, par hasard, aperçu à ses pieds une once d'or (qua- druple ) , il la repoussa du pied avec humeur en disant qu'U aurait du temps de reste pour en ra- masser. Le pauvre diable a sué sang et eau de- puis pour en gagner la yaleur. Ce nom mensonger de la Plata fut donné au fleuTC que nous visitons par suite d*une méprise , car on n'a jamais trouvé une parcelle d argent ou d'or dans cette rivière ni sesafBuens, et, Ton dirait que les premiers conquérans , pour se con- soler de leur désaj^intement, ont voulu trom- per, à leur tour> les aventuriers qui marche- raient sur leurs traces. Géographie. — La Serra dos vertentes qui forme, sous divers noms locaux, la chaîne occi- dentale du système brésilien, d'une part, les Sierras de Cochabamba et de Sania-Crux, qui sont un prolongement de la cordilière orientale du système péruvien, d'autre part, forment le véritable dinK>Hia aquarum de FAmériquedusud , en séparant l'immense bassin du Maranhon ou Amazone, de celui de la Ploia^ les deux phis grands fleuves connus. Digitized byLjOOQlC — 65 — Ainsi là Plata n'a d'autre rivale sur le globe que l'Amazone qui la surpasse , quant à la masse des eaux et à la longueur du cours ^ mais non en lar- geur. Ces deux fleuves ont le même berceau ; tous deux sont les dignes fils des gigantesques Cordiliéres des Andes et des hautes montagnes du Brésil ; tous deux sont le réceptacle de ces innom- brables riyià*es coulant en divers sens/ entre le Pérou, Bolivia et le Brésil. « La rivière^ Parana, qui, à ST^ de latitude, s enrichit des eaux du Paragucty et reçoit une infinité de rivières et de ruisseaux, pendant sa longue course , et l' Uruguay , qui dans une même latitude descend de l'orient , en augmentant de même la masse de ses eaux , forment une mer. yeLlleuse ramification de canaux navigables , se réunissant en un seul tronc sous le nom de Bio de la PhUa. Dès que cette grande masse d'eau s'est réunie, elle s'étend majestueusement jusqu'à la mer , et elle a plutôt l'apparence d'un golfe profond que d'un fleuve, puisque, entre les caps Santa-Maria et San- Antonio, sa 4 Je fais abstraction des grandes rivières qui descendent au Nord du Bas-Pérou, de la Colombie et des Guyanes , comme appartenant À d'autres systèmes de montagnes qui n'ont rien de commun avec la Plata. Digitized byLjOOQlC — 66 — largeur est de quarante lieues marines, tandis que son poittt le plus étroit, à soiicante-dix lieues de l'embouchure , presque en face de Buénos-Ayres , est encore de dix lieues! Ces caps de Santa-Maria et de San-Antonio sont les bornes nord et sud que les géographes donnent au Rio de la Plata, parce que jusque-là on ne sent point Finfluence de la marée et qu'on ne remarque aucun des autres caractères qui appartiennent à la mer ; mais les pilotes-pratiques donnent pour limites au fleuve les. pointes de Santa-Lucia et de las Piedras, un peiB eox ayant de Montevideo , parcequ'après ces deux points les eaux cessent d'être potables et que c'est ausâ là que commencent les dangers. Hydrographie. — L'étendue qui donne au Rio delà Plata une si grande magnificence est con~ trebalancé par son peu de profondeur , ce qui cause de fréquens embarras aux bàtimens qui tentent de le remonter sans pilotes. Il n'y a que deux canaux susceptibles de recevoir les navires tirant plus de huit pieds d^eau, l'un (pd suit la côte du nord, l'autre celle du sud. Outre que le gouvernement de Buénos-Ayres a fait rédiger un itinéraire qui est distribué aux ca- pitaines y il s'est formé dans ces dernières années une société de pilotes lamaneurs à Buénos-Ayres Digitized byLjOOQlC — 67 — et h Montévifdëo , dans le but de suffire à tous les besoùrs depvîsles caps Santa-Maria et San-Antonio jwq[a'en rade de Buénos«x\yres , y compris les poixits intermédiaires. Quant aux précautions à prendre pour les abords de la Plata et même pour la nayi^tion tout entière du fleuve, on doit beaucoup de remerclmens aux officiers de la gabare ï Émula- tion y qui ont exploré ces côtes avec un soin tout particulier pendant les années 1831 et183â et en ont dressé d'excellentes cartes. * Histoire. — Christophe-Colomb, génie obscur, plus avancé que son siècle dans la connaissance de l'astronomie et de la navigation , avait décou- vert le nouveau monde * ; Femand-Cortez avait oonquis le Mexique ; Pizarro n'avait pas encore rendît le nom espagnol odieux et exécrable aux Américains, par les cruautés inouies exercées par lui, an nom de l'Évangile, pendant la conquête du Pérou; Alvarez Cabrai, capitaine portugais, finrorisé par un heureux hasard , avait découvert ' 1 Voyez , pour les observiitions nautiques , la note C , «i la fin de ce volume. 1 En abordant , pendant la nuit du li octobre 1492 , à Tune des lies Lucayes , nommée puXuï San'S€Uv€ulor. 3 L'an 1500. Il se rendait aux Indes Orientales , par le cap de Bonne- Espérance. La tempête et les courans le portèrent sur la côte du Brésil. Digitized byLjOOQlC — B8 -^ le Bréi^il, la plus belle contrée d'Amérique; lors- que Jean-DiazdeSolis, pilote QastiUan, découvrit Fan 1515, un fleuve immense, nommé Parana- guazu * par les Aborigènes. Après s'être assuré que ce n'était pas un golfe, il changea ce nom guarany en y substituant le sien , et l'appela Rio de SoUs. ' Ce malheureux navigateur étatit descendu à terre, près de l'endroit où fut fondé Maldonado, sur la rive gaucbe du fleuve , les indomptables Charruasj peuples chasseurs et jaloux de leur indépendance , 1 attirèrent le plus qu'ils purent dans l'intérieur et le massacrèrent, lui et sesgem, d'une manière horrible. Le frère de Solis, resté à bord du bâtiment avec le reste de l'équipage, fiit tellement effi^yé et découragé qu'il s'en retourna en Espagne sans vouloir pénétrer plus avant. Il se passa onze an- nées avant que Votx osât tenter de nouvelles dé- couvertes sur ce point de l'Amérique. Le hasard y ramena encore les Espagnols en 1526. 1 Voyez la note D , pour Pétymologie de ce nom. 9 11 j était déjà Yena en 1508 , mais il n'èfait pas sur que ce fût un fleure. Digitized byLjOOQlC — 69 — Le Ténitien Sébastien Cabot ^ , qui , en 1496, ayait fiiit la découyerte de Terre-Neuve pour FÂngleterre^ la voyant tropoccupée de ses affîdres domestiques pour songer à former des étabUsse^- mens dans le Nouveau-Monde, porta ses talens en Castille, où sa réputation le fit choisir pour une expédition brillante. La Victoire, ce vaisseau &meux pour avoir Eut , le premier , le tour du inonde y et le seul de l'escadre de Mageikm qui fût revenu en Europe , avait rapporté des Indes- Orientales beaucoup d'épiceries. L'avantage qu'on retira de leur vente, fit décider un nouvel arme- ment j qui fat confié aux soins de Cabot. En sui- vant la route qui avait été tenue dans le premier voyage, ce navigateur arriva à l'île Sainte-Cathe- rine, d'où il se rendit au petit port des Patos , sur la côte du Brésil , par les 27<> de latitude australe. Là il fiit joint par Diego Garcia^ le- quel était sorti de la Corogne , expédié aussi par la cour d'Espagne pour faire des découvertes. li y trouva deux autres espagnols déserteurs de la petite armée qu'avait commandée Sohs. Dans les environs il y ayait encore quinze autres 1 Les Espagnols en ont fait Coboto et Gaboto. Ce n'est {las le seu) eoiemple de raltératioa des noms de navigateurs ou d'explorateurs. Cristophe Colomb est appelé par les Espagnols Cristoval Colon. Je crois néanmoins que pour ce dernier , c'est nous qui l'avons altéré. Digitized byLjOOQlC — 70 — es{)agnols déserteurs derarmée da capitaine don Rodrigue d' Acuna, destinée pour les Indes Orieor taies. Tous ces déserteurs informèiient Cabot qu'il y^vait de grandes richesses d'or et d'argent dans le Bio deSohsj c'est pour cela qu'il se déterminaàa'y introduire; mais il éprouya tant de résistance d« la part de ses compagnons , qu'il fiit oUigé d'à* bandonner dans ]'ile Sainte-Gathenne les: prâL>- cipaux opposans. Il partit enfin, après ayoir fidt construire une galiote ; il entra dans la Plata et vint j/eter l'ancre vis-à-vis de l'endroit où fut, de- puis, fondé Buénos-Ayres; c était a l'iaa»houi[^hiire d'un ruisseau qu'il appela San^LaX(Bn^ el qfêi porte aujourd'hui le nom de SqnrJuan* Q 4u; bien surpris de trouver dans cet endroit l'im dfis compagnons de Solis , le seul qui eût échappé au massacre. Cabot laissa dans ce petit pof t les deu^f: ptys gros navires , avec trente homipes et dou^e sol- dats pour défendre les efifets qui] dépps^ dans une barque entourée de palissades» Quant à \m > U partit avec la galiote et une caravelle, dans le but de continuer son exploration , en donnant ordre à ceux qui restaient , de chercher im meil- leur port dans les envirous* Digitized byLjOOQlC — 71 — D suivit le coursduPoronajusqu'auS?'' 27' S0"~ de latitude , et i(9 de longitude , en s arrêtant iréquemment pour se &ire des alliés parmi les MbeiguM y les Caracaras y les Tùnhûs > et quel* ques autres tribus , toutes de la nation Guarany • Ces Indiens portaient à leurs oreilles quelques pelil;es lanaes d'or et d'argent, que les Espagnols édittagèrent contre d'autres bagatelles. Après cela , Cabot s'introduisit dans la riTière du Paraguay, pour y trouver certains Indiens qu'on lui avait dit avoir v^^u les kmes d'or et d'argentà ceuxde qui on les avaitacbetées. Quand Cabot fut arrivé au confluent du Ko-Bermqo > il fit avancer un brigantin, (qu'il avait construit récemment) , avec trente h<»nmes. Ceux-ci roi* contrèrent quelques Indiens Agaces ^ lesquels per* suadèrentaux E^guds qu'effectivement ils pos^ sédaient beaucoup d'or et d'argent dans leurs maisons, et qu'ils l'échangeraient volontiers avec d'autres choses. Les Espagnols , au nombre de quinze, s' étant laissé persuader , suivirent les Agaces , et ceux-ci le» surprirent et les massa- crèrent tous. Cet échec, et la nouvelle que quelques navires étaient entrés dans le Rio-de-SoUs , déterminèrent Digitized byLjOOQlC _ 72 — Cabot à rebrousser chemin. U rencontra bientôt Diego Garcia , le même qu'il ayait laissé an port des Patos^ qui , remontant le Parana, prétendait avoir les mêmes droits à la conquête. Ils eurent quelques altercations ensemble , mais enfin ils convinrent de redescendre au fort del Espiritu- Santo , bâti par Cabot , d'y construire quelques bâtimens légers , et de continuer la découverte. Mais la résistance qu'opposaient les naturels du pays ( ils avaient massacré la plupart des Espa- gnols laissés à la rivière de San-Lazaro ) , fit juger à Cabot que pour s établir solidement , il fallait d^autres moyens que ceux dont il pouvait disposer. Aussi, en 1530, il prit la route de l'Es- pagne pour les aller solliciter , ayant grand soin de se munir des petites lames d'or et d'argent qu'on avait échangées avec les Guaranis , afin ai en faire hommage à Sa Majesté. Voilà le motif pour lequel on donna alors à ce pays là le nom pompeux de Eio de la Plata. ' C'est ainsi qu'on a ravi à l'infortuné Solis jus- qu'à la gloire de la découverte , en substituant à i Voyez Reynal et d^Azara. Digitized byLjOOQlC — 75 — son nom , que porta d'abord le fleuye , un autre nom trompeur et impropre. Seulement un mis- seau s sur les bords duquel eut lieu le massacre , s'appelle aujourd'hui arroyo do Salis ! ! Les bords de la Plata sont très peu éleyés. Ce sont des terrains tertiaires qui , dans la classifi- cation géologique, appartiennent aux périodes * alluyienneet diluvienne, principalement la partie Sud, ou la province de Buénos-Ayres , qui ne présente qu'une immense plaine basse et unie , composée uniquement de limon , de sable et d'ar- gile , recouvrant un tuf calcaire jusqu'aux fix)n- tières de Patagonie. Les terrains de la Banda-Oriental, de même que ceux de Rio-Grande-do-Sul , paraissent être un sol primordial , modifié par des périodes di- verses , comme on le verra dans le cours de mes observations. Rien de plus triste à la vue que ces bords sa- i Par période diluvienne , j*enlends parler des alluvions qui se sont formées iminédiateinent et successiTement après les caUdysmes de la période diluvienne. — Je recommande aux personnes qui n'auraient aucunes notions de géologie^ la lecture des ÏMlres sur tes révolution» du Globe. Digitized byLjOOQlC — 74 — blonneux , dépouillés d'arbres et de verdure ^ fi afirant qu'un borisoa immense, sans aocidens de terrain poiar reposer les regards £dâgués de n'apercevoir que des sables et une beii>e aride , brûlée du soleil pendant quatre mois ! Une impression de tristesse s'empara de uhà lorsque je vins à découvrir ces campagnes si tristes, que je m'étais complaisamment figuré être embdUes par tous les charmes d'une nature riante et fertile ! J amrais voulu rétrograder aus- sitôt , tant j étais cruellement désabusé. Il est peu d'étrangers , de Français , dltaUens surtout , qui , venant pour la première fois à Buenos- Ayres, sans renseignemens certains sur le pays , n'aient déploré la sotte fantaisie qui leur avait fiût choisir une contrée si sauvage, préféra* Uement à d'autres où la nature étale un luxe merveilleux. Ce n'est que peu à peu, etl<»B- qu'on a pénétré dans l'intérieur , qu'on se fami- liarise avec ces champs incultes et ces déserts sans fin, appelés Pampas. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE m. Ce fîit paidant la nuit du 28 février que nous mouillâmes en rade de Montëyideo. Une frégate française se trouvait à une portée de canon de nous ; mais robsciuité était si grande qu'on ne Digitized byLjOOQlC — 78 — distinguait que son fanal, dont le feu nous guida mieux que celui du Cerro. J'étais impatient de voir poindre le jour afin d'analyser ce sol américain , de respirer Tair pur d'un ciel azuré , de sentir les émanations électri- ques de cette terre indépendante , de Toir enfin se lever le soleil de la liberté sur ces rives hospita- lières ! Chose étonnante ! le lendemain je n'étais plus si empressé ; mon enthousiasme avait singulière- ment moUi n'étais-je pas Français ? U paraît du reste , que la végétation vigoureuse et abon- dante des zones chaleureuses rend M orphée très- prodigue de pavots, du moins il semblait vouloir me combler de Ëiveurs ce joiu*-là , en les répan- dant avec profiision autour moi. Je ne lui en sus pas mauvais gré du tout, lorsque, montant sur le pont pour secouer mes pavots, je me vis entouré de mauves, de goélands, de bec- en -ciseaux, d'hirondelles-de-meretautres palmipèdes criards, réiuiis autour du navire en telle abondance qu'ils nTassourdissaient par lleurs cris rauques. Ce ne fax qu'après avoir tiré une douzaine de coups de ftisil et abattu quelques mouettes , autour dé)M]ttellès s'amassèrent les autres , que je pus Digitized byLjOOQlC — 7* — enfin me rendre à HMi-méme et obserrer libre- ment. Alors je découTris sur la pointe occidentale d^nne colline, qui s'abaisse de manière à former une langue de terre un peu prolongée , la petite ville de Montevideo , formant avec ses pdtés de maisons blanches ( suivant l'expression originale d'un célèbre voyageur ), ses fortifications en zig- zag , ses belveders , ses deux tours de Ëuence peinte et son môle en bois, une ellipse inclinée, que la disposition du terrain rend parfaite. En face de la ville, à l'ouest et tout au bord du fleuve, le Cerro : c'est un morne de forme co- nique légèrement affaissé sur sa base , s'élevant à cent-cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer , et laissant voir à sa cime une forteresse surmontée d'une lanterne *. Au mUieu, entre la ville et le Cerro^ s'ouvre une baie de fi>rme ovale s'avancant de deux I G'«8t ce Cerro qui a fait changer le oom de San-Fêlipe , que por- tait d'abord la Tille , en oelni de Montevideo , dont Vétjmologie est celle-ci : Monte , mont ou montagne ; vi , j*ai vu ; deo , abréviation de de tejos, de loin. Digitized byLjOOQlC ~ 80 — lieues dans les terres et au fond de laquelle se voient au-dessus de plusieurs îlots, des dunes de sable et quelques habitations éparses. Rien n'indiquait que nous fussions dans uu fleuve j bien qu'à trente lieues de son embou- chure ; la rade entièrement ouverte n'ofiraitque l'image de la mer, souvent très-agitëe en cet en- droit. Suivant la saison dans laquelle on arrive , l'as- pect de Montevideo est gai ou triste : malheu- reusement j'arrivai sur la fin de l'été, lorsque le soleil , après avoir été presque perpendiculaire à cette zone , avait brûlé la végétation et laissé un caractère sévère et agreste à ces lieux privés d'ar- bres et d'ombrage. Le Cerro , couvert d'un gra- men épais avait pris une teinte grisâtre qui at- tristait la ville; les plaines unies qu'il domine étaient desséchées ; elles n'offi^aient aux troupeaux amaigris, qu'on voyait épars ça et là, qu'une pâ- ture sans substance. Les jardins seuls, ornés d'une végétation étrangère , laissaient voir une nature moins fanée , des teintes moins sombres; quelques pêchers, quelques peupliers associés à Vombu in- digène* reposaient seuls ma vue déjà fatiguée, 1 Espèce de Ficus qui caractérise ces plaines. ( D*Orb. ) Digitized byLjOOQlC — 81 — attristée , et regrettait le beau sol accidenté de la riche Normandie. Quel contraste pour moi ! Au lieu de vergers bien plantés , de ces belles fermes entourées de quintuples rangées de hê- tres , d'ormes ou de chênes , de ces guérets couverts de prairies artificiettes ou de moissons dorées, je n'avais devant moi qu'une terre aride presque sans culture et un sol uniforme. Pen- dant l'automne , l'hiver et le commencement du printemps 9 lorsque des pluies abondantes ont rendu la frsdcheur et la vie à ces plaines, en for- mant une multitude de ruisseaux qui les arrosent , le pays change d'aspect ; il se transforme en d'im- menses prairies verdoyantes où les troupeaux joyeux bondissent en broutant une herbe nour- rissante. La terre fertilisée, prêtant complai- samment son sein aux semences que ragrictdteur laborieux veut y jeter , récompense au centuple ' les peines qu'il s'est données ; c'est alors qu'on voit dans les campagnes s'étendant entre Monté- vidéo et Maldonado de vastes champs de maïs , d'orge et de blé qui répandent Tabondance chez ces peuples sobres, non-seulement dans cette lo- calité , maïs encore à Buenos- Ayres même, qui s'approvisionne de céréales chez « la fourmi sa voisine. » < L^expression n'est pas forcée. • Digitized by LjOOQiC — sa- li ne faut donc pas se presser de porter un jugenuent dé&vorable sur ce pays , lorsméme que tout parait brûlé du soleil : deux mois suf- firont pour op^er devant tous un changement à vue. Mais même au plus fort des chaleurs , si vous pénétrez de quelques Ueues dans Tinténeiu*, vous êtes agréalJement surpris , et peu4i-peu vous vous enchantez en retiH>uvant des sites qui vous arrachent un soupir ^ une larme d'atten- drissemexit, un frisson de plaisir C'est que rilhision est oc»nplète, vous avez retrouvé un site de la terre natale ! Comme vous le voyez , cette terre est digne de la liberté : ce n est point une terre de déception qui vous étale d'abord tous ses charmes, toute sa parure | pour ne vous laisser voir ensuite que nu- dité, qu'aridité désespérante pour le cultivateur intelligent ; loin de là , semblable à ces sentiers semés d'aspérités dont parle l'Écriture, elle vous fait passer par des déserts sauvages pour arriver à YEden que vous avez rêvé. Dans l'après-midi , je descendis à terre avec le capitaine ; à mesure que j'approchais et que je distinguais mieux la forme amphithéatrale de la ville j celle des maisons et des édifices, en même Digitized byLjOOQlC — 83 - temps que Faridité des campagnes me semblait moins grande , je me croyais transporté en Syrie ou en Palestine ; je ne reconnaissais plus l'Âmé- rique. En effet , la forme carrée des maisons , terminées en terrasse ( azotea) , et n'ayant pour la plupart cpi'un rd-de-chaussée , leur blaiy heur éblouissante, la forme pyramidale de quelques belveders , la bizarrerie des tours de l'église de la Mairiz y cathédrale dont les petits dames sont recouverts de fiaence peinte et yemissée, les for- tifications sur les parapets desquelles s'aperce- yaient quelques soldats Âfiicains, mêlés à des créoles-métis, au teint oliyÂtre, tout cela prê- tait singulièrement à l'illusion ; il ne manquait que des cèdres aux cimes élancées, des palmiers et des grenadiers , pour me représenter une ville des environs du Lâban ou du Jourdain. J'arrivai dans le port , au pied du môle en bois , ou plutôt du débarcadère ; je jetai un coup- d'œil sur la baie circulaire qui forme le véritable port. On me montra quelques balises , et des bouées placées en différens endroits pour signa- ler les carcasses de navires qui se sont perdus , il n'y a pas très long-temps. Il parait que le port de Montevideo nécessite des travaux hydrauli- ques d'autant plus urgens qu'il se comble de Digitized byLjOOQlC — 84 — plus en plus par Te sable et la vase qa j déposent les courans. Outre cela , il est exposé aux mau- vais vents , qui , non-seulement rendent la mer grosse , mais encore font chasser les bâtimens sur leurs ancres , entravent leurs câbles , les font tomber les uns sur les autres , et quelquefois même les jettent à la côte , comme, il est arrivé à plusieurs époques et notamment le 38 septembre 1836^ où plus de cent navires éprouvèrent de fortes avaries , tandis que plusieurs se perdirent dans le port même. Le fond étant de vase molle les ancres tiennent peu , et les câbles ne tardent pas à se pourrir. 11 £iut de bonnes chaînes en fer et des navires doublés en cuivre pour séjourner avec sécurité dans la rade et le port de Monté- vidéo ; mais même avec ces précautions, il £iut une grande vigilance , car lorsque le pampero ( vent d ouest et de sud-ouest) vient à soufQer, il n'y a aucun abri contre lui , et Ton ne peut même pas sortir aussi vite qu'on le voudrait. U est à regretter qu'on n'ait pas formé un port au confluent de la rivière de Santa-Lueia , qui se trouve un peu à l'ouest du Cerro ; les bâtiniens d'un tonnage ordinaire y eussent trouvé un abri sûr contre tous les vents. Ainsi j Montevideo est dans une petite pénin- Digitized byLjOOQlC — 85 — suie, eatourëedetous côtés parle fleuve , excepté decelui de Test, où se trouyent la citadelle et les meilleures fortifications. Il est bien filclieuxque , par un article du ti^aité de paix fait avec le Brésil, toutes ces fortifications, qui ont coûté beaucoup, doivent être détruites. Cette stipu- lation , &ite par l'empereur don Pedro , ne de- vrait-elle pas être annulée par le gouvernement actuel du Brésil, puisque les Brésiliens affirment à qui veut Fentendre que leur* guerre n'était pas nationale ? Le plan de la ville est trèsrrégvdier , divisé en cuadras ( carré de maisons ) ; les rues bien ali- gnées , garnies de trottoirs , se trouvent coupées à angles droits ; malheureusement elles ne sont pas pavées , ce qui les rend aussi désagréables en temps de pluie qu'à Tépoque de la sécheresse : des nuagesde poussière salissant tout dans l'inté- rieur des maisons ou ce sont des cloaques affectant l'odorat, principalement dans le bas de la ville. Toutes les maisons sont bâties en brique, et la plupart sont très-basses -, comme je l'ai déjà dit ; mais on en construit de nouvelles à plusieurs étages , qui rivalisent avec ce que nous avons de plus gracieux en Europe ; seulement , le toit reste Digitized byLjOOQlC — 86 — ^ toujours en tert*asse , parce que cette forme donne beaucoup de fraîcheur aux maisons ; ette ofïre encore Tayantage de laisser respirer un air plus pur après une journée caniculaire, en per- mettant à toute la famille de se tenir au-dessus des exhalaisons tièdes du sol échauffé ; et de plus c'est une forteresse où le patriotisme et le cou- rage des femmes ont aidé souvent les citoyens à se délivrer d un joug étranger ou de l'invasion des barbares. Les Anglais doivent se rappeler en- core ce que vaut une azotea pour la défense du foyer domestique... En sonmie , la ville de Montevideo n'est pas désagréable^ quant à son aspect physique ; et si Ton fait entrer en considération , comme on le doit certainement, l'air d'aisance et les manières tout aimaUes des faabitans , doués ^ comme les Argentins de beaucoup d'esprit et d'un extérieur très-avantageux, on se convaincra facilement que son séjour peut offi*ir des charmes réels. C'est plus qu'il n'en faut , à mon avis , pour in- viter les négocians à se ûxer snr un point qui , aux avantages signalés , joint encore ceux d'utie position des plus Êivorables au commerce; »n climat des plus salubres et un gouverneur éclairé, ami des étrangers , proteceur du commerce et de Digitized byLjOOQlC — 87 — rinduslrie. Que demanderaît-on de pins ? Apportez des marchandises convenables, des capitaux et des bras industrieux, et vous veiTez que vous n'ayez pas tenté en vain la fortune. Je yeux es- sayer de^le prouver dans la description que je domie au cbapifre suivant du territoire compo- sant ia Bamda-Onental. Peu de villes de [l'Amérique oot ^Nis souffert que Montevideo , depuis sa fondation qui date de i 724 ' ; son commerce et sa population s'en sont ressentis *, mais l'administration éclairée de M. Yasquez, rappelant celle de M. Rivadâvia à Buenos- Ayres , à une autre époque, tend à réparer les maux afiligeans qui ont éloigné les étrangers et surtout les capitalistes d'un point digne de fixer leur attention. Montevideo est chef-lieu du département de son nom et capitale de la République orientale de VUruguay^ ; elle est le siège du gouvernement , composé des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. < Voyez la Revue Politique , au chapitre V. 2 Sa populalion est éTaluée à d 5,000. Elle a été de 26,000. s Position astr. — Longitude Occidentale de Paris , 58* 33' 25*\ Latitude , 34* 54' $*' Elle est k 30 lieues du cap Santa-Mai îa , et à 40 de Buenos- A jres. Digitized byLjOOQlC — 88 — Le gouverneur porte le titre de Président. Il y a une chambre de sénateurs et une autre de députés ou représentons. J'ai dit que Montevideo rappelait une ville de Syrie ou de Palestine; il ne serait pas impos- sible que rillusion fôt poussée, dans quelques siècles , jusqu'à faire croire à la transmigration de Tyr ou de Sidon dans ces lieux, oii le com- merce doit avoir un autel , et un culte aussi fer- vent que celui de la liberté. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE IV. de rUmfOftj. FaTOnsée par la aatore, comme si elle Teùt dwîsie pour s'y montrer dans UMbt sa fertilité , la Banda^Orieatal vCeA pas mous importante par sa sitoatiott .giéof;rapiiM|Qe, à f emboachure de la rivière idke la Flata. Digitized byLjOOQlC — 92 — Sa position astronomique est entre les 55^ et 6 1 * degrés de longitude occidentale du méridien de Paris , et les 50* et 55« degrés de latitude australe. Ses confins sont, au Tiord^ la province de Rio- Grande-do-Sul ou de Sao Pedro , dépendant de l'empire du Brésil* A Vest, encore laproyincede Rio Grande et le territoire neutre , espace de ter- rein compris entre la lagune ou le lac Mérim et rOcéan-Âtlantique , ensuite cet Océan. Au sudj rOcéan - Atlantique et le Rio de la Plata. A Y ouest, l'Uruguay, qui sépare cet état des pro- vinces d'Entre-Rios et de Corrientes, comprises dans la confédération du Rio de la Plata. Ses limites ont varié souvent et ont été le sujet de longs démêlés entre les Espagnols et les Por- tugais; eUes sont, quanta présent, fixées au rio Cuar^ , l'un des afiluens de l'Uruguay, du côté du nord, et au rio Yaguaron, qui se jette dans la laguna Mérim , du côté de l'est. Renfermée dans ces limites qui rendent le territoire de cette république à -peu-près carré, sa superficie peut être évaluée à 12,000 lieues (de 20 au degré). Sa population absolue , qu'on ne connaît pas exac- tement, a été évaluée en 1826 à 70,000 habitans, et l'on ne peut guère la porter plus haut que ce nombre , même à présent ; car s'il est de fait qu'elle Digitized byLjOOQlC — 95 — s'est accnie dans ces dernières années par les soins d'une sage administration , il n'est pas moins certain qu'elle avait considérablement diminué pendant la guerre dévastatrice du Brésil. Quant à sa population relative^ elle ne peut jpas être éva- luée à plus de 7 ou 8 habitans par li^ue carrée, parce qu'il y a peudeterrein perdu dans la Banda- Oriental. Les fleuves et les rivières se ramifient si admi- rablement dans cette heureuse contrée , que les transports par eau peuvent s'opérer des points les plus reculés jusqu'à la métropole , et ce n'est pas un faible avantage dans un pays où les routes sont à peine firayées, et les voitures mal construites ; où le manque de ponts, les fi:'équens débordemens interrompent tout-à-coup les communications par terre. Indépendammient de l'Uruguay, deux fois large comme la Seine, d'une navigation fa- cile jusqu'au Salto, ce territoire, si privilégié de la nature dans cette partie si essentielle aux pro- grès de l'agriculture et du commerce, est arrosé par le rio Negro, rivière de second ordre , com- paré à l'Uruguay ; le rio Santa Ludaj le CeboUati, le Damum, VArapey, de troisième ordre; le Yi, le Yàguaron, YOUmar^ le Pardo, le Queguay, le Cuarejr» etleGcêcuarembo, de quatrième ordre. Digitized by Google — 94 — A ce^ fprandes rÎTières se joignent plos de deux trente ruûseauxi dont planeurs sont nayigaUes pour des bateaux plats ou des pirogues. U y a bienc[udiq[ues entrayes à la nayigaJtion des grandes rivières, mais avec un peu d'industrie on les sur- monterait &cilement. Par exemple, l'Uruguay , si connu par la masse de ses eaux, ne peut être remonté que jusqu'à 60 lieues de son embou- chure, à cause d'une petite cataracte ou d'un rescif à fleur d'eau, appelé dSalto; eh bieUiilne s'agirait que de creuser un petit canal par un des côtés, ouvrage qui serait de la plus £u^ile exécur tion pour le rendre narigahle, jusqu'à trois cents lieues, pour des bateaux à vapeur d'une force ois dinaire et même pour des bateaux à voile de 50 tonneaux* Mais avec un bateau à vapeur, remor- queur, on conduirait des çhalans de deux cents tonneaux et plus jus^'aux Missions, à vingt lieues du Paraguay et à proximité des Yerbaies ! (lieu où se récolte le maté). Un peuple industrieux aurait déjà surmonté ces légères difficultés ; mais dès à présent le commerce peut être très-actif sur le Rio Negro, le Santa Lucia, le CéboUati; cette dernière rivière , qui prend sa source dans les mornes de la Barriga Negra^ (district de Concep- cion-de-Minas) après avoir traversé, dans la di- rection de l'ouest à l'est , la partie sud-est de cet Digitized byLjOOQlC — 95 — ëtat va se rendre dans la lagmui Mënm, dToii ron pent&cileaiesilcommHiiiquer avec h grande lagtina on lac dos Patm par \em>Sao4ion%€Êlpo, qui passe devant la nouvelle ville brénKenne de Sac Francisco de Paola. Le sol de la Banda-Oriental est entrecoupé de nombreuses collines et de montagnes ou mornes qui n'ont pas une grande élévation. La Serra do- Mar{ionïmûX\àchairte orkntide^ système bré- silien), qui commeiiôe an 46* degré de latitude australe, se termine, après avoir traversé la pro- vince de Rio Grande-do-Sul à!est à ouest ^ dans dans le rincon de la Cruz , vers ie confluent de YYhicujr^ et ne traverse pasla Banda-Oriental dans toute sa longueur, comme l'indiquent les cartes géographiques, copiées toutes les unes sur les au- tres. Elle envoie seulement dans la Banda-Orien- tal, ainsi que dans les hautes missions , quelques chaînons qui se ramifient en s' abaissant de plus en plus. Il j a bien dans Test et le sud-est , vers la frontière du Brésil, une chaîne continue, mais ce n'est qu'une colline élevée appelée CuchUla Grande qui ne me paraltpas dépendre delà Serra do-Mar. Je suis porté à croire qu'il en est de même des collines du sud-ouest appelées Aspe- rexas de Mahame. Digitized byLjOOQlC — 96 — Je n'ai pas assez voyagé dans rintërieur de la Banda-OrieQtal pour me prononcer d une ma- nière certaine; aussi , craignant d'augmenter les erreiurs déjà trop grandes, je me suis abstenu de faire représenter les chaînes de montagnes sur ma carte. Cependant si je puis en juger d'après ce que j'ai observé dansTintérieur de la province de Rio Grande, je puis raisonnablement penser qu'il n j a aucun ra^K>rt entre le chafaion de la Barnga- Negraetde CuchiUarGrande avec la Serra-do-Mar . Ce qui me confirme dans mon opinion (ou mon erreur, si Ton veut), c'est la composition gédiogi- que desmomeset des collines dusudet del'estdela Banda-Oriental, entièrement différente de la par- tie de la &rra que j ai traversée. Au lieu de grès de toute espèce que j'y ai trouvés , même sur les points les plus élevés, on est surpris de rencontrer ici, au niveau delà mer, des roches granitiques, purement cristalines, ayant souffert un morcel* lement plus ou moins violent, une décomposition plus ou moins grande. Ces décompositions ont produit par voie de sédimeùt et par aggloméra- tion, des roches d'une autre nature, maisappar- tenant toujours au sol primordial qui parait faire la base des terrains de nouvelle f(H*mation. J'ai retrouvé, comme on le verra parla suite, les mêmes roches avec les mêmes caractères demor- Digitized byLjOOQlC — 97 — cèlemait^ dé dëcompositioii^ et d'agrégation aux environs de Porto- Alégre dont le sol présente une analogie frappante avec celui de Montéridéo* Indépendamment des chaînes de collines dont je viens ^e parlœ, il y & encore beaucoup de momesr isolés qui contribuent à rendre plus pitto- resque le tableau qu'offre Taltemative ccmtinuelle des monticules, des prés, des ruisseaiux et des ri- vières boisées. lie^dimat est très-tempéré sur toute la sur&ce du territoire de la république ; l'humidité, que doivent produireles nombreuses rivières quila sil- lonnent, ainsi que les vents de nord et de nord- est, passant sur des contrées marécageuses et chaudes, est modérée par les vents de terre sud- ouest, toujours secs, appelés communément Pam- penM, farce qu'ils traversent les Pampcu) * , et par le voisinage de l'Océan. Sa température est l'une des meilleures que l'on connaisse. Le peu de progrès que la population a fiiits dans le nouvel état ne doit donc pas être attribué à l'insalubrité de 1 air , aux maladies particulières au pays; mais I On appelle ainsi les vastes plaines basses et unies qui sont au Sud et à rOuest de Buenos- Ayres. --On trouvera plus loin rét>ino- logie de ce mot. 7 Digitized byLjOOQlC — 98 — bien à des causes purement pc^tiques* Il pro' vient éè ia fjpfteme avec Ffispagne, qui tat pl«s cruelle sur ce territoire que sur aucun antre point des provinces unies, de la guerre civile et de Ta* narehie que les voisins étrangers ont pris soin d'attiser durant la révolution contre rEs|pagne^ et de la dominatian porfugaiae ou farësiKenne» g^ néralement détestée par les habitans, et qui a oauié lenr émigration dans* tes autres fMPovincea. Montevideo fut peuplé , il y a un peu plus d'un siède, par une colonie envoyée de Buénos^Jlyres* Le territoire envinonnant était occupé par une ninkîtude d'Indiens barbares y conni» sons le nom de Charruas. Il fiillut longtemps leur disputer le terrein, mais enfin on parvint à les repousser vers le nord , avec les Minuan^ et les Guaranis pro- prement dits, et les derniers restes de ces tribus barbares ont été récemment détruits ; Ae manière que le territoire se trouve à présent libre et à ïeàm de toute invasion d'indiens. Les nouveaux celons trouvèrent les campagnes couvertes de troupeaux de bœufi et de ohevainL, qui s'étaient multipliés prodigieusement depuis l'arrivée des premier» ccmquérans. Dès - lors» comme les terreins furent inconnus fertiles par- Digitized byLjOOQlC — 99 — tout, même dans les monlaignes y on les desiina au pâturage, et .les bakitans se Kyrèrent «xdusî* ▼emcBt au soîi» des troupeaux. Il a eûutimié d'être ]a principale hmnche de commerce de ce pays , nourseulemciit par l'extractiou des cuirs de boaufi et de ch^aux, mais enccw'e par la salaison des yiaudes et les fontes de suif. Montevideo^ seul , panrint à avoir trente^troi» ëtaUissemens de sa- kisonS dans la {4up«rt desquels on tuait cem bêtes par ^our ^ sans que cette consommation sem- Uit diminua le nombre des troupeaux , parce que lat reproduction est favoriaée par une foule de circonstances naturelles. La campagne abon- de en pâturages, dont aucun endrcKit ne reste imitile:; ils sont d'une bonne qualité, quoique le besoin de sel se fesse sentir dans quelques looaltlés, et fertilises par Tirrig^ation d'une mul- tilude de ruisseaux et de sourees surgissant de toulies parts. A chaque pas le voyageur est agréa* bkment surpris par la rencontre d'eaux pures et salubres, toujours entourées d'un bois touffu qui en entretient la fraîcheur. Les vasies solitudes composant le territoire de la nouveHè r^ublique fiMcmaient partie de la vice-royauté de Buenos- Ayres , sous le nom de 1 Saladero en espagnol y charqueada en portugais. Digitized byLjOOQlC — 100 — Banda - Oriental. Après aroir été régie pendant neuf ans par le féroce et cruel Artigas , qui atta- qua Buenos- Ayres , envahit l'Entre-Rios^ souleva Santa-Fé , arma les Indiens du Grand-Chaico et désola les missions de FUruguay par des actes inouïs de barbarie, cette contrée, autrefois si flo- rissante, fut envahie par les Portugais et réunie au Brésil, sous le titre de Prtmncia Cisplaima. Séparée dé cet empire par un article du traité de paix, conclu en 4828, entre Buénos-Ayres et le Brésil, elle fut déclarée indépendante etprit le titre de Bepuhlica Oriental dd Uruguay. D'après la nouvelle organisation qu'elle vient de se donner, tout le territoire de la république est partagé en neu& départemens , qui prennent le nom de leurs cheÊ-lieux respectif; ces départemais sont : MonténdéOy qui donne cinq députés à la chambre des représentans; Canelones , qui en donne qua- tre ; San José^ trois ; Colonia, trois; Soriano^ trois ; Pcysandùy trois ; Cerro-Largo^ deux ; Maldonado^ cpiatre; Entre-Bios^ , Yi et Negro, deux : plus un sénateur chacun. L'état possède trois villes : Montevideo , la Colonia et Maldonado; quinze villas ou' boui> gades, dont voici les noms : 1 Qu*il ne faut pat confondre avee la province de ce nom. Digitized byLjOOQlC — 101 — Gnadalupe, San Juan-Bautista, San- José, La Florida, ElRosario, San-Salvador , Santo«Do- miDgo-SoriaBOj Mercedes « Paysandù, Belen (dé- truit), Melo, Rocha, San-Carlo, Minas, et San- Pedro. Plus les huit villages ou hameaux suivans : Piedras , Pando , Porongos , Real de San-Carlos, Viyoras, £1 Carmelo, El Salto et Santa-Teresa. En tout yingtrsix populations, indépendam- ment des estancias ou grandes fermes du pays, disséminées à de grandes distances les unes des autres, et autour desquelles sont toujours grou- pes quelques ranches ou huttes de terre couvertes en jonc pour loger les fionilles einployées à Tex- (doitation. Le gouTemement entretient dans c^cune des ▼ingtr-six populations ci -dessus une école pri- maire-élémentaire^ par la méthode de l'ensei- gnement mutuel, et en outre , il y en a bien un pareil nombre soutenues par des établissemens publics ou particuliers. Des courriers réguliers partent de la capitale Digitized byLjOOQlC — 102 — pour les divers points de l'inténettr ies 9, 16/25 el 30 de chaque mois. L'état social étant le même dans la république de rUruguay que dans celle du rio de la Plata, fe renvoie mes lecteurs aux descriptions que j'en ferai à Buëno»* Aym» où les mœtu^ , les coutumes et le caractère des difierens habitans composant la maise hétérogène de la population seront passés en revne. Le vide que j'aurai laisse sera rempli dans l'exploration de TUruguay. (c Parler dé l'industrie, des arte et du com- merce des nouveaux habitans de rAmérkpie, dit le savant M. Balbi, c'est parler de l'industrie^ des arts et du oommeroe de r£uix>pe et d^ ses hahi* tans^ qui depuis trois siècles se sont étaUis d'un bout à Fautre du Nouveau-Monde. » ' Les Espa- gnols, les Portugais, les Anglais, les Français, les Italiens et les Alfemands y ont iiaportéleur indus- trie, qu'ils ont modifiée ensuite avec plus ou moins d avantages pour eiiX| suivant le caractère de la nation quidominait et la proteottQuque son gouvemenent leur accordait. Malheureusement 1 M. Baibi a observé aitteurs , avec raison , que cette épithète de Nouveau-Monde serait mieux apptiquée à VOcéania ou Ausiralasie , la cinquième partie du monde. Digitized byLjOOQlC — 105 — la manière iFicieuse avtc lacpidle ' on fil le com* nierce jusqu'il la seconde moitié du XVilI^ siècle a (MÎTérEaropeetl'AmënqpiedesiminicinsesaTau- tages qu'elles eu auraient tiréa^ aï ea lui avait ac- cordé la liberté dont il a joui dans la suite. Certes^ la Banda-Oriental aurait pu atteindre prompte- ment au Ëtite de la prospérité, si TEspagne, com • prenant mieux ses propres intérêts , n'avait pas entravé Tesior industriel et commercial que leâ premien edons tentèrent de hd imprimer. Les resirictîoas de l'Espagne arrêtèrent Témigration; sa politique étroite en âoigna toujours eevx qui n'étaient pas espagnob, et ses querelles mlermi- nables avec le Portugal acbevèrent de paralyser f industne. Comme Pexploîtatioti des troupeaux p«rat otbit ht plus grande trti^, sans donner grand trwvtàf les àabitans s^y livrèrent au préju- dice de Tagricnlture qu% négligèrent entière- ment. Cependant les terres ne réchmaient que ^ hrasmdnstrieux pour tes cuitrrer, pmaqju'eUes produisaient avec abondance, et sans culture, toute espèce de grains, de fiiiits et de légumes; elles auraient fourni toutes les productions d'Eu- rope et la plupart de celte des tropiques; mais à quoi bon trait de travail , se dirent les colons es- pagnols? que ferons-nous de notre superlhi, puis- que les restricticHfts du système colonial nous en Digitized byLjOOQlC — 104 — prohibent rechange aveclesétrangers ?. . • Us adop- tèrent rindustrie la plus commode pom* eux, et ils firent bien. Ce genre d'industrie était de na- ture a fiûre germer en eux des idées d'indépen- dance ; elles germèrent efFectivement , elles gran- dirent, et l'Espagne fut punie par où elle avait péché. . Le système de Galvez qui, en 1778^ pro- clama sucessivement la liberté du commerlre en- tre les treize principaux ports de l'Espagne et l'Amiàfique ci-devant espagnole, .' donna beau- coup d'activité au commerce de la Plata; miaisce fiit après 1840, lorsque les ports s'ouvtûrent à toutes les nations, lorsque les individus de toutes croyances purent se présenter pour exercer libre- ment leur industrie, que ce pays prospéra véri- tablement. Sans les troubles civils et cette guerre désastreuse avec le Brésil, la BémdorOrieniid eût pu s'appeler à juste titre la Phénicie du Nouveau- Monde^ de même que Buenos- Ayres en eût été la Carthage. La constitution définitive de la nouvelle i^u- * Jusqiie-IÀ il n'y a? lit que les places de Sé ville et de Cadix qui pussent expédier un nombre très limité de bàlimens d'un faible ton- nage pour les Golonias. Le commerce de la l^lata était dans la dépen- dance de celui des spéculateurs privilégiés du Pérou. Digitized byLjOOQlC Uique , Tainour de l'ordre et le besoin de tran- quillité qui se fiât remarquer paimi la classe éclai- rée, la cessation des troubles ciyils, la position isolée, tout-à*&it neu/rs de ce petit état, sont autant de garaipties morales pour les capitalistes , les commercans et les industriels qtti songeraient à augmenter leur fortune ou leur bien-être au profit d'un pays qui ne parait pas avoir adopté pour devise VingroHiude. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHilPlTRE Y. Aoww ihrmtiÀngjUfum des évéaemeiw surveaus daiis la Baad«« Onental, depus la déooliveite Jiu i508. — Première découverte du fleuve de la PlaU, par Jeia Dîas de Solîs, qui le prend pour ua golfe. ' > Voyee , pear lésSecondedécouverteparlemême. Cette fois, mieux informé, il substitue son propre nom à celui de ParanorGuazu^ donné à ce grand fleuTe par les Indiens Guaranis. Solis est assassiné par les Gharruas. -> 1526. — Sébastien Cabot ou Gaboto pénètre, après Solis, dans le fleuve nouvellement décou- vert. Il fonde le premier établissement espagnol au confluent du ruisseau de San Juan^ près Tem- boucbure deTUruguay. Quatre ans après, les In- diens Charmas détruisent le fort qu'il avait con- struit, chassent les Espagnols et restent maîtres de leur pays.- 1530.*— Cabot retourne en Espagne avec quel- ques lames d'or et d'argent achetées aux Guaranis , pour en fah^e hommage à son souverain, auquel il propose de substituer, au nom trop modeste de Rio de Solis , celui plus pompeux de Rio de lif PUaa. 1 566 . — Les Espagnols jettent les fondemens du premier village dans le pays habité par les intré- pides CharruaSj sur les bords de l'Uruguay, au confluent du rio Negro, et le nomment Sanio- DomingO'Soriano. Digitized byLjOOQlC — 109 — i679. — Les Portugais, regardant le fleure de la Plata comme leur limite natureUe au sud, et d'ailleurs très-envieux des dëcouyertes des Espa- gnols, fondent la yîUe de la Colonia del Sacra- mento, en fitce de Buenos^ Ayres , d'après les or- dres du gouyemenr portugais de Rio-Janeiro. 1796. — Fondation de Montëyidéo. Lanécesr site de repousser les Gharruas qui occupaient tout le vaste territoire compris entre l'Uruguay, le rio Negro , les montagnes de San-Ignacio, l'Océan et la Plata, aussi bien que le besoin d'arrêter la contrebande par laquelle les étrangers ruinaient le commerce dé Buénos-Ayres, engagèrent les Espagnols à y fiùre passer, en 1724, quelques troupes qui eurent k lutter alternativement avec les Portugais, les Charmas et même les Français qui venaient clandestinement &ire provision de cuirs. Deux ans après, Bruno de Zabala, gouver- neur de Buenos- Ayres, fit passer dans la Banda Oriental vingt fiunillesde Canariens qui permirent de fonder la nouvelle ville de San Felipe ou Mon- tevideo. 1731. — Bataille livrée par les Charruas et les 'Minuanes aux troupes de Buenos - Ayres et de Montevideo sous le commandement de Zabala; Digitized byLjOOQlC — ««0 — celui-ci est Taincn et foreé de demander Tinter- ventîon du prorincial du Paraguay, lequel, par un message de paix, parrieutà ealmer la fureur des Indiens, et ménage entre eux et les Espagnols un traite définitif en i7S2. 1 757 . — Le cabinet espagnol élève Montevideo au rang de cbef-lieu de province ou de gouver- nement. Cette même année, les Minuanes^ tribu qui oc- cupait l'espace compris entre le rio Negro et les Missioiis, re{M:ennent le« armes et attaquent les étabUssemens espagncds. C'est dans cette guerre que le gouverneur de Buénosr-A3rres , Andowm- gui, donna Tordre cruel, trop suivi et trop bie% imité dans les guerres modernes ^ d'égorger tous les Indiens au-dessus de douze ans, parce que , disait-il , k vérUabh baptême de ces saunages est le baptême de sang! 1762. -^Fondation du village de San-Carhs, près Maldonado. 1786.— -Fondation de la ville de Maldonado. i804. 1^ Fondation de Fédifioe appelé CaMdo (municipalitë), à Montevideo. Digitized byLjOOQlC — m — 1806 (19 août.)-^Uiie expédition de tolon- Uiires orientalistes, sons les ordres dn géoéral Li- niers, ftainçais, débarque sur les pki|;es de fiaénoa- Ayres, et avec ce fiiible secoors les hilMtttBS de cette ville font prisonnier le général anglais Bé- resford et sa troupe. — (28 octobre. ) -* Le commodore anglais Popbam bombarde par mer Monléridéo, et il est repoussé. 1807 (janyier.) — Les Anglais, sous les ordres du commodore Popbam , attaquent et prennent , après une yiye résistance, MaldonadoetSan-Car- los^ pendant que le général sir Samuel Acmuty , assiégeant Montevideo, déroute la garnison espa^ gBole dans une sortie. . — (5 février. ) — Les troupes anglaises {nren- nent d'assaut Montevideo, qu'ils évacuèrent et rendirent à TEspagne au mois de juillet de la même année , par suite de la capitulation du gé* néral Whitelock à Buénos-Ayres. 1 806.— lie libéralisme du gouverneur Élio qui , le prunier, ne craignit pas de refuser Fobéissance au vice-roi de Buénos-Ajres, fait présager les mouvemensqm, deux ans plus tard, devaient agiter le pays. Digitized byLjOOQlC . 4810 (85 mai).— «Le premier cri de liberté est jeté par une poignée d'hommes généreux , dans la yiUe de Buenos- Ayres y et bientôt il est répété par tout le continent américain.*^ 18H (28 février) — Les patriotes orientalistes s^emparent du bourg de Mercedem où se répéta le premier cri de liberté ! — (26 aTril.) — Action ga|^ée par les pa- triotes sur les royalistes au village de San- José. — ( i8 mai. ) — Les patriotes, commandés par l'intrépide AriigaSj déroutent les royalistes dans le village de Las Piedras. 4812 (20 janvier.) — Le territoire de Montevi- deo est envahi par une armée portugaise, ^e 4,000 hommes, sous le commandement du géné- ral don Carios Federico Lecor, envoyée comme auxiliaire des Espagnols; mais en vertu d'un ar- mistice, elles évacuèrent le pays au mois de mai suivant. — ( 51 octobre. )— Victoire dû Cerrito , rem- portée sur 1^ royalistes par le général patriote Rondeau . Montevideo, pris d'assaut, se réunit à la république des Provinces-Unies du Rio de la Plata^ comme chef-lieu de la province delà JBam/a- Oriental. Digitized byLjOOQlC — 113 — 1814 (17 mai.)— -L'escadre espagnole, station- née à Montevideo, est déroutée par celle de Buenos- Ayres, sous les ordres de Famiral Brown, anglais, au service des patriotes. — ( 23 juin. ) — Les troupes de la république Argentine, sous les ordres du général don Carlos Alvear, occupent Montevideo. 1815 (S3 février.) — Les troupes de Buenos- Ayres évacuent Montevideo que les Orientalistes occupent à leur tour. 1816. — Les Portugais envahissent la Banda- Oriental, en proie à la guerre civile , sous le pré- texte de pacifier le pays. i81 7 . — - L'armée portugaise au lieu de pacifier le pays, s'empare de Montevideo, dont le cahildo invite les habitans, ainsi que ceux de la cam- pagne , à £dre avec les Brésiliens ou Portugais, une paix qui fut conclue à cette condition : que Toccupation de la proi^ince serait seulement pro- insoire, et que rarmée portu^xise reconnaîtrait toujours les autorités locales. 1820 (septembre.)-— Artigas, ce chef patriote 8 Digitized byLjOOQlC — H4 — trop célèbre par ses cruautés , est battu par son lieutenant RamireE, et forcé de se réftigier au Paraguay , où il est retenu priscmiiier piu* le dic- tateur Francia.' 4831.— * Le général p<»tugais fait approvi- siosmer Montevideo et déclare la Banda-Oriental réunie au Brésil sous le nom de Proifindu-Cispla- tina. * i 895 (1 9 avril.) —* Don Juan Antonio LayaUeja , et avec lui trente-deux Orientalistes partent de Buénos-Ayres et débarquent sur les plages de la Banda-Oriental pour délivrer leur sol natal de la domination étrangère; à leur premier cri le patrio- tisme national s'enflamme et l'entreprise est cou* ronnée de succès. — (14 juin.) — Un gouvernement provisoire de la Banda-Oriental s^établit dans la vïUa de la Florida. Et le 90 août suivant, s'installa la pre- ' Voyez la note £ , concernant Artigas. • Voyez , pour pins de détails sur cette occupation iiû^f ^ el la guerre désastreuse qui s^n est suivie entre la république Argentine et le Brésil, les intéressantes Esquisses historiques si statistiques sut Buènos-jiyrss , traduites et augmentées par M. Varatgne. Digitized byLjOOQlC — us — mière lé^slAture ou chambre des reprësentans, qui déclara nuls à jamais et d'aucune valeur tous les actes de reconnaissance , d'incorporation, etc. au Portugal et au Brésil; se déclarant en outre, elle-même , libre et indépendante de £iit et de droit , avec un amfde pouvoir d'adopter les formes qui lut paraîtraient convenables* — (7 septembre.) — La même chambre des re- présentans sanctionne avec force et valetu* de loi (dans la villa de la Florida) que le trafic d' esclaves demeure aboli et que tous ceux qui naîtront dans la Banda-Oriental , seront libres , sans exception if origine* — (24 septembre.) — Victoire du Rincon de las GaUincLS , remportée par le général patriote Fruc- tuoso Rivera, sur les forces brésiliennes. — (12 octobre. ) — Victoire del Sarandiy rem- portée par les Orientalistes , sous les ordres du général Lavalleja , sur les troupes brésiliennes. — (Décembre.) — L'empereiu' du Brésil, don Pedro I^'', déclare la guerre à la République Argentine. Digitized byLjOOQlC — 416 — —(31 décembre.) — Le ccionel patriote Olivera attaque les troupes brésiliennes concentrées dans le village de Santa-Teresa et remporte un avan- tage. 1 826 . ( 5 février. ) — L'amiral Brown attaque la Colonia del Sacrarhento j occupée par les Brési- liens. --- (9 fév. ) — Le colonel don Manuel Oribe attaque le Cerro, occupé aussi par les forces brésiliennes. — (H avril.) — Combat de TamiralBrown avec la frégate impériale Niteray , en vue du port de Montevideo. i 827 (9 février.) — Victoire navale remportée à l'île dnJoncal (à Tembouchure de l'Uruguay) par l'amiral Brown. — (20 fév.) — Victoire décisive remportée par le général don Carlos Alvear, commandant l'ar- I Ce qu'il y a de remarquable dans ces attaques , c'est Taudace et le courage des patriotes , qui n'hésitèrent pas à présenler le com- bat à des forces dix fois plus considérables numériquement parfont. Digitized byLjOOQlC — 117 — mëe nationale de la République argentine , sur les forces concentrées des Brésiliens k Ituxaingo. 1828 (1«' janvier.) — ^Le phare de l'île de Flores est aUumé. ^ —^21 avril.) — Prisedes Missions de TUruguay sur les Brésiliens, par le général Fructuoso Ri- vera. — (27 août.)— On signe à Rio Janeiro les pré- liminaires de paix entre la république Argentine etTempire du Brésil. — (4 octobre.) — On ratifie et on échange à Mon- tevideo les traités préliminaires de paix entre la République et FEmpire, d'où il résulte que la Banda-Oriental formera un état séparé sous le nom de Bépiiblique de VUruguay. — (24 novembre.)— «L'assemblée constituante du nouvel état se réunit dans la bourgade de Son-José. « La tour fut commencée en 18i9 , et les travaux ayant cessé fureirt repris en 1826. Le môle en bois du port de Montevideo Tut commencé en 1821 , par ordre du tribunal du consulat. Digitized byLjOOQlC — U8 — •i— (1^"^ décembre.)—- Le général D. José Ron- deau est nommé gouverneur et capitaine-général provisoire de Tétat Oriental, et pour son substi- tut on désigne D. Joaquim Suarez. i838 ( 33 décembre. ) — Le général D. José Rondeau prend possession du gouvernement de l'état Oriental. 1829 (23 avril.)-— Les forces impériales éva- cuent la place de Montevideo. — (!«*' mai.) — Le gouvernement de la répu- blique entre solennellement dans la capitale. — (10 septembre.) — La constitution de la ré- publique de lUruguay est sanctionnée par l'assem* blée constituante. 1 830 (1 7 avril. ) — Le général D . José Rondeau , ayant donné sa démission, on nomme gouver- neur et capitaine-général, par intérim, don Juan Antonio Lavalleja. — (26 mai.) — La constitution de l'état Orien- tal de l'Uruguay est approuvée à la Coui' du Bré- sil par les plénipotentiaires de cette puissance et de la république Argentine. Digitized byLjOOQlC — 419 — — - (18 juillet.) La constitution est solennelle- ment jurée. 1830 (22 octobre.) — Les chambres des séna- teurs et des représentans de l'état sont installées. — (24 octobre.) — Le brigadier général don Fructuoso Rivera est nommé président de la ré- publique et Tétat Oriental est définitivement constitué. 1832 et 1833. — L'ambition démesurée du général don Juan Antonio Lavalleja j flattée et excitée par quelques Brésiliens de la province de Rio Grande, fidt craindre un moment de voir se renouveler les horreurs de la guerre civile, mais l'influence du président Fructuoso Rivera sur les habitans de la campagne , ainsi que les sages mesures du chef de police à Montevideo, déjouent de toutes parts les tentatives de Lavalleja qui , dépouillé de ses biens et chassé de la République s'est vu forcé d'abandonner ses projets ambitieu^r- et de vivre exilé du sol à l'indépendance duquel il a si puissamment contribué. Avec plus de pru- dence et moins d'ambition , le général Lavalleja se serait vu, à son tonr, le chef suprême de l'état et ses concitoyens l'auraient vénéré comme il méritait de l'être. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE VI. BéiMirt de Kontérîdéo. — Un Vampefo.-— Amrée em rade de MuéatMmAjnÊ. — Atpeet extérieur de oetle ville. La plupart de mes compagnons de voyage, empressés de se rendre à Buenos- Ayres , aban- donnèrent VHerminie qui devait séjourner quel- ques jours à Montevideo, et profitèrent du départ d'un des paquetes (paquebots) faisant la navi* gation régulière entre cette ville etBuénos-Ayres, Digitized byLjOOQlC — 122 — I pour se rendre plus promptement à leur desti- I nation. Je ne voulus pas abandonner le bon ca- pitaine Soret qid nous avait si bien traités pen- dant notre heureuse traversée ; j'étais d'ailleurs bien aise de voir avec plus d attention les scènes étranges qui s'oflSraient à mes regards, et de pren- dre à loisir des renseignemens sur le pays; mais au moment où j'entrais dans voie fonda (hôtel) Pour m'assurer d'un logement, on vint me dire que nous partions le soir même. Le messager officieux qui s'était chargé de m'avertir de la résolution subite du capitaine , s'empressa de lier conversation avec moi, de s'in- former de mes projets , du but de mon voyage , de l'espèce de marchandises que j'apportais; questions flanquées de bien d'autres auxquelles je répondais avec le plus de réserve qu'il m'était possible, sans cependant manquer à la politesse. Il s'écria : Ah ! Monsieur^ que je vous plains d'être venu dans un pareil pays ! On assassine tous les jours les étrangers; ils sont volés, assaillis jusque di^&L eux; nos consuls ne sont plus res- pectés; ils ne peuvent rien; plus de sécurité pour nous..... Si cela doit durer encore long- tei9s, tout commerce deviendra impossible dans ces contrées. Monsieur , si j'ai un conseil d'ami Digitized byLjOOQlC — i2S — à TOUS donner , n'allez pas plus avant ^ restez à MontéTidéo; ici, du moins tous aTee une porte pour échapper : il y Tient souvent des navires de guerre, et, en cas d'émeute, comme cela arrive à chaque instant, tous pouTCz tous y réfiigier ; mais à Buenos- Ayres ! où Ton ne peut plus res^ ter dehors après le soleil couché ! Vous courez les plus grands risques. -^ Je Tais à Mendom, lui dis-}e, et couse- quemment i} &ut de toute nécessité que je me rende k Buénos-Ayres. — Vous allez à Mtodosa^ Monsieur! Mais tous m'effrayez à Mendosa! Et qui donc connaissez-TOUs à Mendoza ? — Je nommai mon ami Anatole de Ch y -^ Hélas ! Monsieur, je suis bien Ê^ché de tous affliger; mais TOtre ami de Ch y Tient à^ètte /mUlé par le farouche Quiroga, qui commande en des* pote dans les proTinces de Guyo, et je puis tous affirmer qu'il est disposé à en &ire autant à tous les Français de l'intérieur. En acheTant ces der- niers mots, l'officieux nouTelliste pirouetta, prit le bras d'un Orientaliste, et me laissa liTré à mes réflexions lesquelles, on doit bien le penser, n'é- taient pas gaies! Qu'allais- je devenir dans un pays semblable, où la Tie d'un homme n étaijt pas plus considérée que celle d'une mouche ! Certaine- Digitized byLjOOQlC — 124 — ment ce monsieur, ce compatriote , me disais-je à moi-même, ne peut avoir aucun intérêt à m'ef^ frayer, àm'en imposer, et le conseil qu'il yientde me donner ne prend sa source que dans un senti- ment d'humanité. Mais quelle affreuse nouvelle l mon malheureux ami victime de l'atroce polir tique d'un chef barbare! ! Qu'aura-t-il &it pour mériter un sort pareil! U n'est pas croyable que l'on fusille un homme par plaisir? ces peuples seraient pires que des Vandales, que des Tar- tares; ce serait criant , ils s'attireraient la haine des nations Que fiiire ? et de qui prendre conseil ? En cet ijistant une douzaine de Français en- trèrent dans ]a fonda; im colonel allemand, qui les accompagnait, me rassura un peu en m'an- nonçant positivement que mon ami AnatcJe était parvenu à s'évader du cachot où il était en effet retenu pour être fusillé , et que sans doute il de- vait, être à Santiago du Chili, à l'abri de toute atteinte de Quiroga \ Quant au danger que i Cet infortuné jeune homme avait donné une somme de 4,000 piastres fortes pour obtenir son évasion ! — U retomba plus tard entre les mains ccuspe que de ses propres affaires est rarement inquiété en quelque ptxys que ce soit. Le yieux colonel avait de rexpërience, il serrait la patrie depuis bien des années, et il ayait été témoin de Tim- prudence des étrangers, des Français particu- lièrement , qui ont souventla manie de vouloir di- riger les aut^s et de donner des conseîb plutôt propres à attiser le feu de la discorde qu'à cal- mer l'effervescence des passions politiques. Je n'hésitai plus , je me rendis au môle , où je trouvai mon préparateur , qui avait &it une libation à Bacchus> sans doute pour conser- ver quelque dieu tutélaire dans ce pays de sou-- images j conune il l'appelait. Nous régagnâmes tous YHermime ; on leva l'ancre , et élpratico ( le pilote ) se chargea de nous conduire à bon port, Le vent nous fîit&vorable pendant une grande partie de la nuit ; il avait soufilé du nord-est avec force , et nous nous attendions à arriver en rade de Buëuos-Ayres de bonne heure le lendemain ; mais vers le matin le pUote fit serrer toutes les Digitized byLjOOQlC — lae — voilés, disposer les odUes^ et tenir les ancres prêtes à jetm*. A peine cm dispositilms étaient- elles {HTiaes y qaele Pampero (vent de snd-ouest) souilla tont-à^coup si violemment que le Prac- tico «n fat déconcerté ; le navire craquait horri- blement^ nous dérivions grand train ; le gou- vernail n obéissait plus, ou plutôt la force de rooragan empêchait le navire d'obéir au gouver- nail; ilnyavak pasdetems à perdre; une ancre fut jetée , elle ne tint pas ; une seconde , avec la grosse chaine^ obtint un meilleur, résultat : le navire resta fixe ^ le nez ou la guibre au-^wnt , qui soufilait à écorner les bcsufs. On ne se figure pas avec quelle fiirie , quelle impétuosité subite , appar^iH , souffle , tourbil- lonne et se déchaîne le Pompera .* Auster et Zéphire combinant leurs efforts dans l'antique empire d'Eole, toutes les outres déchirées du souverain de Lépari laissant échapper à-la-£>is les trente<4eux aires de vent , sont à peine capa- bles de donner une idée du Pamperq : c'est à-la- fbis l'ouragan des Antilles et les tourbillonfi du grand désert de Sahara. Heureusement le Pam- pero ne se fait pas toujours sentir dans toute sa violence, semblable au Vésuve il laisse le tems aux habitans des bords de la Plata de réparer les Digitized byLjOOQlC — tlT — qu'il leur a cauiës; mais ^ptfoid laur séourHé , de même que celle des habituais de la campagne de Naples^ semble ne plus redou- ter, ou du moins oublier le fléau dévastalenr , c'est alors qu'il appâtait plus fiurieux que jamais : les habitans de Buénos-Ayres et de Montëyidéo les. Jen'ai pas été témoin d'un Vaanpero - ouragan^ quoique le vent de sud-ouest ait soufflé souvent pendant mon séjour à Buéno&'Ayres ; mais ce que j'ai ob- servé suffit pour me faire apprécier ses effets dé- vastateurs. J'ai vu souvent s'élever en plein midi un nuage opaque, semblable à un immense rideau qui, après avoir donné une couleur livide au soleil, grandissait, s'élargissait subitement sur l'horizon, obscurcissait tellement l'atmosphère qu*il deve- nait inqpossible de distinguer les objets les plus voisins ; c'était le signal de la tourmente : chacun s'empressait de rentrer chez soi , de fermer her- métiquement les ouvertures de la maison , d'al- lumer de la chandelle , et Ton attendait patiem ment les effets du ftmip^ro. Alors le nuage crevait , et se résolvait bientôt en tourbillons qui ne laissaient , au lieu de pluie , qu'une poussière blanchâtre semblable aux cendres d'un volcan. Les terrasses , les murailles , les rues en étaient couvertes de plusieurs pouces d'épaisseur. Digitized byLjOOQlC — «8 — Pour ceux qui ont pu s'enfermer , il ne résulte du Pampero que le désagrément de faire laver tout le linge de la maison, car cette poussière trouve moyen de s'introduire, malgré toutes les précoutions , mais malheur aux personnes res- tées dans la campagne , près d'une rivière ou d'une lagune , il arrive presque toujours qu'en voulant regagner leur demeure , les infortunés se précipitent dans l'eau. J'en ai vu beaucoup d'exemples à Buenos- Ayres même, sur la plage où toutes les lavandières se rendent pour laver le linge. Et si le Pampero devient ouragan, les na- vires de la rade, chasisant bientôt sur leurs an- cres , se précipitent les ims sur les autres et l'obs- curité empêchant de reconnaître les manœuvres, il devieùt impossible d'échapper au naufrage. Ce n'est là qu'une fidble esquisse du Pampero - ou ragan. Celui dont nous fûmes assaillis n^avait pas ce caractère, mais il ne laissa pas que de causer de l'inquiétude > parce que nous nous trouvions dans le canal que laissent entre eux les bancs Ortiz et Indio , et si nous avions chassé sur nos ancres , nous eussions été portés sur le banc Chico. Heu- reusement elles tinrent bon et le Pampero put soufiler à son aise pendant trois jours. Digitized byLjOOQlC — 129 — Nous étions précisément en fiice de la Ense^ nada de Barragan. Ce lieu est un port ou plutôt une baie profonde, comme le nom l'indique , à dix lieues à l'est de Buénos*Ayres, sur la rive droite de la Plata ; c'est là que se tenaient les bà- timens et les frégates du roi d'Espagne, avant que Montevideo et Maldonado ne fiissent peu- plés. Ce port est sûr, l'ancrage y est bon. U est formé par le ruisseau.de Santiago qui vient de l'intérieur des terres , et le traverse ; mais Tentrée en est étroite et les frégates armées en guerre ne peuvent mouiller qu'aux environs du canal. Les navires qui ont quelques réparations ma- jeures à faire ou un chargement de mulets k prendre , se rendent à la Ensenada. On y trouve un village formé de quelques cabanes ou ranchos, accompagnés de trois ou quatre maisons en axo- tea ; il y a peu de secours ou d'assistance ma- nuelle à espérer des homme indolens qui l'habi- tent, mais on peut être sûr d'y rencontrer l'hos- pitalité la plus cordiale de la part des femmes. Le Pampero ayant enfin cessé , nous nous re- mimes en route. Le 5 mars nous arrivâmes en grande radç de Buénos-Ayres Dès qu'on annonça les clochers de Buénos- 9 Digitized by LjOOQ iC ' — 450 — Ayres , je m'élançai sur le pont; mais j'en fus pour ma dëpeilse de i^egards et mes efforts de tétine ; mes ner£» opti^es se fetiguèrent en yain à découvrir la métropole de la république Argen- tine, je ne yis que brouillard à Thorizon* Patience ! nous la verrais bientôt; c est que, voyez-TOUs, les marins ont une yue de lynx, qui semble de^ viner la terre, et 9s se trompent rarement. Mais d'abord, vous , lecteur , avez-vous entendu par- ler de Buénos^Ayres , de sa gloire , qui a rempli le monde moderne ? Savez- vous qu'il existe un point sur la terre appelé Buénos-Ayres? Il est pro- bable que oui , je n'en doute même pas ; quoi- qu'il n'y aurait pas plus de boute à vous d'igno- rer l'existence de Buénos-Ayres" , qu'il n'y en a pour beaucoup de Portenos * à croire que toute la France est contenue dans Paris , ou l'Angle- terre dans Londres; mais en supposant que vous ne le sachiez pas ( ce dont je vous prie de ne pas rougir ) je vais vous dire ce que c'est que Buénos-Ayres et toute sa gloire. Buénos-Ayres est quelque chose relativement à l'Amérique du Sud, peu de chose relativement I C'est le nom donné aux habilans de la ville de Buénos-Ayres, qui a été long-temps le seul^or/ des provinces de la Plata. Digitized byLjOOQlC — 131 — à toute rétendue du continent américain , et un point pour le globe. Cependant ce point a été lumineux y il a brillé avec éclat ; on a pu le prendre quelque tems pour une étoile du Sud tombée à terre, et ses habitans s'en sont énor- gueîlfis beaucoup; puis, se figurant qu'ilsayaient assez fidt pour étonner le monde et rendre leur' gloire étemelle, ils se sont mis à se quereller entre eux pour passer le tems ; eh bien , Toicî à quoi je compare la gloire de Buénos-Ayres et des Argentins : je la compare à un feu d'artifice donné par les amis de la liberté et de la cirilisa- tion , à la fin duquel on a tu écrit en lettres brillantes le nom vénérable de Rivadavia ! Enfin voilà Buenos - Ayres déployant sa ligne d'édifices ! Japercois ses quinze clochers , les dômes et les tourelles de ses couvens , qui sem- blent sortir des eaux. Les édifices grandissent ; je vois les terrasses de ses maisons carrées ; la ville s'étend , de droite et de gauche elle suivit de plus en phis ; bientôt efle montre la forte- resse ; les petites maisons del bajo , Falameda , les saules de la Boca , les pavillons ou les qidntas du Retira et de la Recoleta ; la forêt de mâts des navires de la petite rade Buénos-Ayres n'a plus rien à montrer ; Buénos-Ayres est en place , Digitized byLjOOQlC — 132 — sur le bord de la côte ; eUe attend Tétranger qui la fait vivre pour F insulter ou le flatter^ suivant sa passion du moment...,. Halte là ! nous sommes à quatre lieues de Buénos-Ayres , en dehors de la grande rade ; nous ne pouvons passer outre sans la permission du Cassique. Vous croyez peut-être qu'il s agit du chef des Indiens Pampas ? Point du tout. Le Cassùfue fiit d'abord un navire marchand que les Brésiliens armèrent en guerre lors des derniers démêlés avec la République ; ceUe-ci , ou plutôt (honneur à qui il appartient ) l'amiral Brovi^n s'en empara , et on l'a placé là pour servir de ponton, de presidio ; et un peu aussi pour nar- guer les Brésiliens, qui n'ont pas l'air d'y foire attention , mais qui n'en pensent pas moins. Or, le Cassique est chargé de la police du port ^ mais il ne faudrait pas courroucer le Cassique ! car alors il serait réduit à montrer toute son impuis- sance.... Le pauvre Cassique n'en peut mais. U a tout au plus assez de force pour retenir les prisonniers d'état qui y sont envoyés de tem^ à autre pour être rongés par la vermine, léguée à la marine de la Patrie par la marine impériale. Deux officiers étrangers , au^ervice de la Ré- Digitized byLjOOQlC — 133 — publique, vinrent à bord de VHemùme poiH- visiter les papiers et reconnaître notre état sani- taire. N'ayant, dieu merci , rien à nous repro- cher, il nous fut donné licencia de passer en petite rade- Je me réjouissais beaucoup de la vue exté- rieure de Buénos-Ayres ; je m'applaudissais de ma résolution ; c'est qu efiPectivement , après avoir touché à Montevideo ^ on doit être agréa- blement surpris de Faspect de Buénos-Ajres. Tout annonce ici une ville commerçante , une métropole digne d'un meilleur sort. La posi- tion un peu élevée de cette ville américaine , située en plaine , sur le bord de la côte formant Jalaise ; tous ses édifices publics se trouvant ré- partis sur une même ligne dans toute l'étendue de la viUe , qui a au moins trois quarts de lieue de long ; le fort , placé au milieu , et non loin de lui un édifice de construction mauresque , qui contraste singulièrement avec les nombreux dômes des églises et des couvens; les charrettes sans nombre stationnées au bas de la falaise ; la multitude de lavandières couvrant la plage , chamarrant de blanc la pelouse verte qui s'étend au loin vers le nord , et parsdt se terminer par un groupe d'arbres ; la fbrét de mâts de mille Digitized byLjOOQlC — 154 — . petites embarcations entassées dans la rivière de la Boûa y vers le sud , enfin toutes les maisons riveraines , disséminées sur la pente et au pied même de la côte, tout cet ensemble, animé en- core par le mouvement de la petite rade> est bien susceptible de faire naître Tidée d une place im- portante , d'ime grande ville. Néanmoins , une chose me déplut beaucoup^ ce fot la nécessité de descendre à terre dans une charrette. Il est bien honteux pour Buenos- Ayres , pour une place aussi importante , ^ur le seul port de la République Argentine où les étrangers puissent commercer avec sécurité , tant qu'à présent, il est bien honteux, dis-^je, xpie ces mêmes étrangers soient mis, en arrivant, en contact direct avec ce qu'il y a d» plus grossier , de plus audacieuseïnent impertinent parmi le peuple de Buénos-Ayres. U est vraiment dur d'être exposé aux injures, aux épidiètes avilis- santes àegringOy de axrcattumj de godo, ou de sarrazeno , <^ue les carretïUeros ( charretier^ ac- compagnent de mille obscénités, en les pnodi- guant à l'étranger qui, ne sachant pas leur idiome, fait quelques diJQSicultés avant de se soumettre à leurs exigeantes prétentions. Quoi de plus ridi- cule, de plus désagréable, de plus barbare que Digitized byLjOOQlC — 135 — cette manière d'arriyer dans une charrette mon- tée sur deux énormes roues , de la dimension de celles de nos moulins à eau j qui vous cahote horriblement pendant que le carretiUero vous écorche les oreilles par ses chants ou ses vociféra- tion ?. . Un môle ou une jetée obvieraient à ce dés- agrément que tous les étrangers sentent vivement. U y en avait un autrefois; mais une crue ex- traordinaire du fleuve et la force des courans , augmentée par un vent violent, l'ont détruit com- plètement, et au lieu de le reconstruire, chacun est venu en emporter les pierres!... Il&ttut bien me soumettreà parcourirun dem»- quart de lieue de plage dans l'ignoble carretUla; je débarquai à l'endroit qu'on appelle encore d Muelky quoiqu'il n'y en ait plus de vestiges. Ce mêmeendroitoùl'ondcbarque porte aussi le nom la Aîameda^ , bien improprement puisqu'on n'y voyait alors que YOmbù indigène. Nous revien- drons à cette Alcaneda pour y voir le beau monde s'y rendant chaque jour dans les soirées d'été» 1 Alameda signifie en castettano un lieu planté de àlamos ou peu- ptien — allée de peupliers. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE VU. mvÈmw^Â,' ]>ef«ripiûm de la ville. — tei édifiées pnUief el partioulien. —-Sa Si VOUS voulez vous former une idée exacte du plau de Buénos-Ayres, prenez plusieurs damiers, réunissezrles , et figurez '«vous que la ligne sépa- rant chacune des cases elt une rue; vous aurez Digitized byLjOOQlC — 138 — ainsi un certain nombre de rues, toutes égales en longueur et en largeur, laissant entr'elles un carré de maisons ou luie place publique : ce sera Buenos- Ayres. La forme de la ville estim carré, long de trois quarts de lieue et large d'uœ dcmi-lieue, divisé en trois cent soiicante cuadras ou carrés de mai- sons, laissant entr'eux soixante - une c^Jles ' ou rues toutes coupées àiingles droits. La Cuadra présente sur chaque face une longueur de quatre cents pieds (cent-cinquante Tares) ; seize cuadras forment xm cuarûel ou quartier; il y a en tout y ingt-neuf quartiers, lesquels composeront , avec le tems, quatre cent soixante - quatre cuadras. Toulesle^raes ^ÈOmespooAmt aux quatra points cardinaux et sont bordées de trottoirs , garantis par des bornes en bois, placées de distance en distance. Comme on le voit, le compas et Féquerre ont présidé à la répartition des proportions toutes 4 Dans tous les mots espagnols et portugais Vu se prononce ou. Unix H tianiek 4» Vxprinent mi'MptgBol fu*ii»«eiilr8oii et sepro- noncttatJoijoMW cgaroffl woHiBé.— A,r^p ou des rubans bleus et rouges , emblème de la Fédération , qu'ils atta- chent à leur bonnet , à leur chapeau pointu , à leurs bras, aux oreilles , et jusqu'à la queue de leiu* cheval! Par ici, ce sont les milices en jaquette bleue , en pantalon blanc et les pieds nus , por- tant gauchement leur fusil en mauvais état. Et au milieu de toute cette bigarrure de costumes , où les couleurs rouge , bleue et verte dominent surtout, s'aperçoit le régiment des Defensores , composé de nègres , les seuls qui soient imifor- mément vêtus et disciplinés , et dont la figure vient constraster avec celle de tant de races dont on a peine à saisir les traits primitifs. Voilà le 10 Digitized byLjOOQlC — 146 — coup -(l'œil qa'o£Bre la place de la Victoria dans un jour de réyolution , et souvent même dans ma jour de fête ; mais en ce eas« U y a moins de confu- sion; quelques troupes réglées ^ en unilbrmej de vieux vétérans , débris de Tarmée nationale, sont là pour rassurer Tétranger. Le CabUdo prête &€e à la Recoha; il occupe le côté ouest de la place. Cest encore un édiiice de c(»i8truction mauresque , mais plus simple y s'étendant sur ime longueiu* de deux cent cin- quante pieds environ. U présente deux rangées d'arcades, lune au-dessus de l'autre; celle du rez-de-chaussée forme im portique où l'on se réunit pour causer d'aflaires ; celle du premier étage est une galerie par laquelle oa communi- que dans plusieurs salles assez vastes ; un halcon en fer orne la devanture, et une tour carfée^ surmontée d'un petit clocher, occupe le mitieu de l'édifice, couvert en tuiles rondes. Le Cabildo, qui, sous l'administration espa- gnole , servait de municipalité, a joué un grand rôle dansles premiers temps del'indépendancede Buenos- Ayres ; les citoyens notables ouïes plus in- lluens s'y assemblaientsouveutpourdélibérer. La cloche de la tour donnait le signal, le peuple ac- Digitized byLjOOQlC — 147 ^ courait en foule sur la place de la Victoria et, du balcon dont je viens de parler, les orateurs le haranguaient, soit pour Fexciter au tumulte, soît pour calmer son efferyescence. C'est dans ce même édifice que, le 19 mai 1810, rassemblée générale des citoyens de la ville fiât convoquée sous le nom de Cahildo abierto (en permanence) et que le dernier des vice-rois, don Bcdtazar Hi- dalgo de Cisneros y La-Torre^ fiit déposé le 25 du même mois et remplacé par une junte de neuf per- sonnes, toutes créoles. Alors commencèrent les guerres de l'indépendance et la lutte intérieure , lutte d'ambition qui dure encore, et retarde la constitution du pays. On nomma des chefs du gouvernement; ils eurent le titre de directeurs , de présidens, de gouverneurs, mais ils ne restè- rent pas long-tems en fonctions ; on en nomma jusqu'à trois dans un jour ! et le Cahildo dut in- tervenir souvent et s'emparer de l'autorité pour étouffer les querelles des ambitieux. A présent le Cabildo a changé de destination ; il est le siège du pouvoir judiciaire. Cela ne veut pas dire que la justice y règne!... Tous les tribu- naux, la cour suprême (la Camara de Justicia) s'y trouvent réunis. Au rez-de-chaussée sont les notaires , les huissiers, les écrivains publics et la Digitized byLjOOQlC — 148 -- ^rîson principale (la Carcel). Les jours d'au- lience, la galerie , le balcon, le portique sont continuellement encombres de gens du bas peu[4e, de la campagne et de Fintérieur , attirés par la curiosité. Pendant la semaine sainte on expose sous le portique du Cabildo un Christ dans la position d'un quadrupède, surchargé d'une inunensecroix, avec un cordon au cou que les dévotes Tiennent bai- ser en déposant, bien entendu, leurméritoire offrande. Près de là est une chaire où un laïque prêche la Passion à sa manière, et puis au coin d'une des inies adjacentes, la populace brûle un énorme Judas de la manière la plus indécente j en criant wa la Fédéracion ! C'est encore sous ce même portique du Ca- bildo que j'ai vu, en 1852 , exécuter une sen- tence des plus ridicules et des plus extraordi- naires chez un peuple qui ûiit pars^de de senti- mens républicains. Il est vrai de dire que la co- terie jésuitique, dominant alors dans le gou- vernement, est seule responsable devant le monde éclairé du sacrilège commis en cette circonstance. Ce fiit à l'occasion d'un nouvel ouvrage dont je ne me rappelle plus le titre , un ouvrage de prin- cipes, dans le système républicain, qu'un négo- Digitized byLjOOQlC — 149 — ciant français Tenait d'introduire avec d'autres ouvrages de nos meilleurs philosophes, tels, que Voltaire , Diderot, Volney , Dupuis, Raynal ^ Courrier, etc. Chose incroyable! on saisit tous les livres, on emprisonna les introducteurs et l'on fit rendre une sentence, digne de l'inquisi- tion, par laquelle on condamnait tous les ouvra- ges saisis à être brûlés sur la place publique , en face du Cabildo, tandis que le bourreau (el ver- dugo) lirait la sentence à haute et intelligible voix!!... La sentence fîit exécutée en présence de ce qu'il y avait de plus éclairé à Buénos-Ayres , et l'on resta muet, stupéfait, sans oser à peine se regarder, car on se croyait sous le couteau de \sl Sainte-Inquisition,... N'était-ce pas, en effet, im AutO'da-fé'i Que fallait-il de plus î brûler les auteurs! Mais condamner les oeuvres d'un homme , opprimer sa pensée , violenter sa cons- cience, brûler ses écrits, n est-ce pas lui inter- dire la liberté de penser ? n'est-ce pas le réduire à la condition de la brute ? Et dès-lors que lui importe l'existence pvu-ement animale que vous lui imposez. O tourbe de tyrans civils et sacrés, comme di^ rait Féloquent Volney, oppresseurs de cons- Digitized byLjOOQlC — 150 — ciences ! quand cesserez-vous vos turpitudes ? ne savez -TOUS pas qu'im torrent ne devient impé- tueux que par les obstacles qui s'opposent à sa marche rapide ?.. et ne le retrouvez-vous pas, ce même torrent, calme et majestueux quand les obstacles ont cessé ?..... Je ne conseillerais pas à M. de La Mennais d'aller visiter le Cabildo. A gauche de cet édifice , au nord de la place et à l'angle d'une rue , est la cathédrale , monu- ment qui serait remarquable s'il était achevé; mais depuis le commencement de la guerre du Brésil les travaux de la façade ont été interrom- pus. Le péristyle à colonnes formant cette fii- çade, a été construit sous la direction d'un archi- tecte français, appelé par M. Rivadavia, pour diriger les travaux qu'il avait projetés. Un dôme assez vaste surmonte le monument. L'intérieur en est simple, mais l'autel principal est remarquable par la hardiesse de sa construction et la légèreté de ses omemens. Il est isolé au miUeu de la nef et il a au-dessus de lui la coupole du dôme. L'of- fice divin est célébré en musique, avec orches- tre, en présence de l'évêque et du sénat ecclé- siastique. * Le nom de sénal du clergé a leniplaré rancieii nom ûcrhuytire. Digitized byLjOOQlC — 151 — Tant que le gouTememeut de Buënos-Ayres fut uni à celui du Paraguay , il n y eut qu'un seul éréché , * dont le siège était à TAssomption; mais lorsque la population augmenta , on saitit la nécessité d'en établir deux , alors le roi d'Es-* pagne ^ Philippe III sollicita du pape Paul V la bulle de fondation de cet évéché , conoédée en 1620. L'érection se vérifia le 12 de Mai 1622, De- puis cette époque jusqu'en 1810, il y a eu dix- huit érêques. Après la mort du dernier, l'égUse futgouTemée parle sénat ecclésiastique, jusqu'en 1831, qu'un nouvel évêque fiit nommé. C'est une justice à rendre au clergé américain de dire qu'il a marché de front avec l'indépendance po* litiqueet que c'est ainsi que le sénat du clergé de Buénos-Ayres, après s'être élevé pas ses lumières et la pureté de sa morale, s'est acquis une haute réputation, qu'il parait décidé à soutenir en cherchant à se soustraire à l'influence de la cour de Rome. * Au côté sud de la place on a commencé une galerie en arcades , sur le modèle de la Re- 1 Autorisé par le Pape Paul III , en 1579. » Le Pape actuel ne maii<|iia pas de mettre à profit l'occasion que lui offrait radmioiitratîon peu éclairée du général Jtostu de ressaisir Digitized byLjOOQlC — 152 — coba ; elle doit être continuée , ce qui donnera une assez belle apparence à la place de la Victo- ria. Enfin près du Cabildo est l'administration cen- trale de la police devant laquelle on Toit toujoiu^ bon nombre de çéladores , gendarmes du pays, bien éloignés d'avoir la moralité des nôtres. (Jus- tice à qui elle appartient ! ) Maintenant nous allons prendre notre course par la caUe de la Reconquistay ainsi appelée parce que c'est dans cette rue que les Anglais furent faits prisonniers/ lors de leur dernière tentative. £Ue commence à la Recoba et se prolonge au sud , jusqu'au bord de la côte qui domine sur la puissance spirituèUe , qui avait échappé à la cour de Rome dès les premiers temps de la révolution : il nomma Tévèque proposé par le gouvernement de Buenos- Ayres , et bientôt on parla d*nn second évéque qui devait servir de suppléant au j[)remier. Le sénat ecclésias- tique s'alarma de la nomination de ces créatures dévouées à la cour de Rome ; il fit une représentation au pouvoir législatif , de laquelle il ressortait que les anciennes colonies espagnoles ayant secoué le joug de leur métropole et juré solennellement de n'appartenir à aucun pouvoir européen , elles devenaient parjures à leur serment en consen- tant à se placer sous Tinfluence directe de la cour de Rome. On prit cette protestation du clergé en considération ; une commission com- posée des citoyens les plus éclairés parmi les députés , le clergé , les avocats et les hommes de lettres , fut nommée pour résoudre cette question. Au moment de mon départ on imprimait le dictamen de la commission y qu'on m'assura être favorable à la cavse américaine. Digitized byLjOOQlC ~ 1«5 — les plaines de la Bocoy de Barracasj de QiUlmeSf du Pciso et de Burgos ; nous y arriveron* bientôt. Après avoir passe la première cuadra, nous trouvons l'église et le couvent de San-Francisco; féglise est remarquable par la ricliesse de ses or- nemens, deux tours en &ïence peinte et vernis- sée, ainsi qu'un dôme nouvdlement restauré. Le couvent est remarquable aussi, en ce qu'il est le seul couvent d'hommes qui ait survécu aux réformes du vertueux Rivadavia , dont le zèle pour l'amélioration des mœurs et les progrès de la civilisation n'a été récompensé que par Yostra-^ cisme indéfini dont il a été frappé • Derrière le couvent , dans la rue de la BibUo- teca , toujoiu*s sur le bord de la côte, nous trou- vons l'Université , la Uniçersidad! Le nom de Rivadavia est empreint partout; il est inef- façable, il y brillera toujours, malgré l'obscurité dont on s'efforce de l'entourer; car c'est sous l'administration éclairée de ce sage législateur que l'instruction publique a reçu l'accroissement considérable qu'on remarque à Buenos- Ayres; c'est lorsqu'il était ministre de l'intérieur , en 1820, que l'Université fut fondée, que chaque district des campagnes a été doté d'tme école Digitized byLjOOQlC — 154 — primaire; que vin^ écoles pareilles furent éta- blies dans la capitale y tandis qu'un grand nom- bre de particuliers furent autorisés, ùmtés à ouvrir d^autres écoles pour Finstruction des jeu- nes gens des deux sexes; qu'un peu plus tard^ l'ancien directeur de l'école de commerce à Pa- ns fut engagé à en fonder une semblable à Bue- nos^ Ayres ; que plusieurs dames fiiançaises fiu*ent appelées pour diriger le collège des orphelines ; que des professeurs distingués furent choisis en France et en Italie ; que l'enseignement de la langue firançaise fut compris dans les études pu- bliques ; qu'on yota une somme annuelle suffi- sante pour renvoi en Europe de jeunes gens des* tinés à se fortifier dans les études spéciales; qu'enfin un conseil de rUniyersité fut composé des hommes les plus éclairés et les plus libéraïKX) avec mission de &Yoriser et de surveiller les pro^ grès de l'instruction publique!... Malheureuse- ment tout cela n a eu qu'un commencement d'exécution , car Rivadavia ayant été forcé de renoncer au pouvoir, les professeurs qu il avait dé- placés à grands fi^s, pour eux et pour l'état, se trouvant en butte aux haines du parti contraire, se virent obligés de porter ailleurs les connaissances et les lumières destinées à Êiire de Buénos- Ayres une nouvelle Athènes. L'Université vient Digitized byLjOOQlC — 155 — d'être organisée sur un nouveau plan , a^ez semblable à celui de notre ancienne Université de France. * A côté de l'Université , on a placé l'Ecole nor- male. L'extérieur de ces édifices n'a rien de re- mar<{uaMe ; mais Tintérieur, convenablement distribué, peut contenir un assez grand nombre d'élèves. Chaque année , à des époques diffé- rentes, on distribue, dans lacour de l'Université, en présence du gouvemeiu* , desministi^es et des principales autorités, des prix, non-seulement aux jeunes gens, mais aussi aux jeunes personnes des écoles gratuites placées sous la protection immédiate d'ime société de bienÊdsance , com- posée des dames les jdus notables de Buénos- Ayres , et que Tune d'elles préside. Parmi les écoles particulières on doit distin- guer celle de Commerce, dirigée par M. Ra&d Menvielle; l'Académie commerciale, rue de Po- tosi; l'Académie Argentine, rue de Mciïpù; l'Académie des Provinces- Unies ; le Gymnase Argentin; le Lycée Argentin , et l'Ecole de » Voyez la noie F, rcinlive à la nouvelle organisation de rUniversité de BiiéïKW-Ayres el ain études qii*on 7 fait. Digitized byLjOOQlC — 156 — jeunes personnes tenue par Madame Du-Harme et sa tille. En face de FUnîversité se trouve THospice des en&ns trouvés, où un guichet &cile à ouvrir, permet de déposer , à toute heure de jour ou dé nuit, le fruit d'une &iblesse, qu'une honte déplacée ne permet pas d'avouer. Les soins que l'enfant nouveau-né reçoit dans cet hospice ne laissent aucune crainte à la mère sur son sort; aussi le crime d'in&nticide est-il extrêmement rare a Buenos- Ayres. A côté est une prison, pre- nant le nom de Fhospice, c'est-à-dire delsiCuna. En suivant de nouveau la rue de la Récon- quista nous arrivons à une autre église , c'est celle àeSanto-Domingo ( St.-Dominique) , très remar- quable en ce qu'elle est encore criblée des balles citoyennes envoyées aux Anglais qui s'y étaient réfugiés, et qui se virent bientôt forcés de ca- pituler. Le 29 juin 1806, les Anglais, au nombre de dix-huit cents hommes , commandés par le géné- ral Berresford, s'emparèrent de Buenos- Ayres par surprise et s'installèrent dans le fort. On s'aperçut bientôt de leur perfidie , et le peuple s'en indigna ; Digitized byLjOOQlC — i»7 — mais le peuple était impuissant, iout-à-fiiit nul, à cette époque où Tadresse d'un chasseur abattant un oiseau, le tenait ébahi ; ou Fastuce des moines, eneniaisantleplus crédule des en&ns, cherchait à lui persuader que les Anglais, étant hérétiques, n'étaient pas &its comme les autres hommes : Los Ingîeses tienen cola y lo mismo que un démo- nio!^ disaient les moines au peuple, et le peuple eût bien plus Tolontiers doute de la puissance de Dieu que de la yéracité des moines. . • Cependant, Toyez quel prestige est attaché è lliéroïsme ! un étranger, un Français, le général Liniers, au ser- vice d'Espagne , arrivé sur la plage de Buénos- Ayres avec une poignée d'Orientalistes, se met à la tête du peuple, le harangue, l'anime, et soudain, ce peuple apathique , indolent, court à la forte- resse, l'assiège et lui Uvre assaut en un. instant. Les Anglais sont faits prisonniers et envoyés dans l'intérieur, à Cordova. Ceci se passait le 12 août 1806; mais voilà que le 3 juillet de l'année sui- vante, aumoment où on pensait le moins aux Anglais , ceux ci arrivent avec une force de douze nulle hommes , commandés par le général Whitèlock , débarquent à la Encenada, viennent par terre à Buenos- Ayres et se mettent en devoir 1 lies anglais ont une queue tout connue le diable. Digitized byLjOOQlC — 158 — àe traverser la iriUe pour se rendre à la forte- resse. Les teins étaient bien changées t L'exemple du général Lîniers avait électrisé ce peuple , ja- loux de son indépendance ; il avait formé des soldats qui , à dé&ut de discipline, savaient payer d audace et de ruse; les femmes frissonnaient d'horreur et d'indignation à l'idée de se voir en- vahies par des hérétiques, munis d'un appendice infernal Toutes les passions susceptibles de réveiller le patriotisme d'iui peuple encore fima- tique et superstitieux furent mises en jeu pour le pousser jusqu'à l*héroïsme. On y réussit. On tira un grand parti de la forme des maisons , toutes terminées en terrasses, ainsi que de la longueur et de la disposition parallèle des rues. Le général Liniers commandait la défense , et on ne peut nier qu'il déploya une grande habileté. Les Anglais avaient près d'une lieue à parcou- rir au milieu de toutes ces forteresses , avant d'arriver à la principale. Avec pkis de tact , de prévoyance , ils se ftesent contentés d'assiéger la viUe , d'occuper la campagne , de s'emparer de quelques édifices élevés; mais ils crurent fermement qu'ils ne s'agirait que de pousser un hourra ! pour culbuter tous ces vœnurpieds; erreur fatale ! Digitized byLjOOQlC On laissa pénétrer les An^«b ; ils s'avancèrent sur trois colonnes, jusque bien ayant dans la ville; les rues étaient silencieuses, etilspouyaient croire que la consternation les avait précédés , ou que l'effî-oi accompagnait leui^ hourras ! mais voilà que tout<^à-coup les maisons se couvrent d'ha- bitans; que la population tout entière se trouve sur la tête des Anglais : personne ne manquait à Tappel, femmes, enÊuas, vieillards^ serviteurs, tous concouraient à l'envi à la défense du foyer do- mestique, lies projectiles étaient inépuisables : c'était les pierres et les briques de la maison ; Teau des puits qu'on avait Eût bouillir ; les cendres des fourneaux dont on aveuglait les Àngkis , tandis qu'au carrefour voisin une troupe d'bommes à cbeval , portant un canon monté sur pivot ,. là- cbaient une décharge de mitraille sur la tête de la colonne , et di^raissaient avee la rapidité de l'éclair après avmr laissé un vide effiujant dans les rangs de l'enneini. Des vedettes postées sur les églises, indiquaient la route que tenaient les An- glais , et tout aussitôt Tartillerie courait à leur rencontre, et les mitraillait de nouveau sans qu'ils pussent riposter. Enfin on aura une idée suffisante du désastre que causait aux Anglais ce genre de combat, quand on saura qu'en arrivant à l'église de SantchDomingo , où Us s'empresse- Digitized byLjOOQlC — 160 — rent de se barricader , leur nombre était réduit à douze ou quinze cents hommes ! Les habitans de Buénos-Ayres rendent toute ^stice au courage et à la bravoure des Anglais ; ils mouraient avec un ordre , un sang-fix)id, une discipline admirables. Combien de fois j'ai en- tendu dire à des Portenas , avec une grâce char- mante ; « Me daba IcLstùna de ver cujueUos Inghses, tan rubiosj tan bonitos mozos, caer heridoSy y gritœ* todcu^ia hurra! Pero creiamos de buenafe que eran heregesy que tenian cola!!... » c( J'étais émue de pitié à la vue de ces Anglais^ si blonds, si beaux heaumes, tombant blessés mor- tellement et criant encore ^i/ra/Mais vraiment nous nous imaginions de bonne foi qu'ils étaient hérétiques et qu'Us avaient une queue! !..i> Et êtes-vous bien sûre du contraire ? leur disais-)e ; a Quien sabe! répondaient-elles, perOj me parece una baibaridad. » Je n'en sais trop rien ! mais pourtant ça me paraît bien absurde. » L église de Santo-Domingo dépendait d'un couvent de Dominicains , supprimé par Rivada- Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC . r^: u:"»- 1. ' .-^r.- un ru ru*.' . M:; ::nj.^; iVoid , u: . ;i;.'is, Si t . ;,'S, f •■ TU.' 11'. bîi<>c s r I.; ;i r'j -^^ ^ ' ■ •; ■ i • " . * ^ *. Digitized byLjOOQlC '■^ "-> »■ ' - A" '" "W^^r \ ^vttjÈ^ -.// ijKîy- \ 1%. :vz^2r.'^' «^^2;t«&^«5 comme firent jadis Anacharsis en Grèce , Solon, Pythagc»*e et Platon en El^rpte ou à la cour de Crésus; tandis que des passions tumultueuses, semhlables à des orages, exerçaient leurs rayages et altéraient les charmes de celte patrie , qui le méconnaissait et dont il restait l'amant déyoué, malgré ses torts et son orgueil. Lorsqu'enfin le calme succéda à l'orage, lorsque les citoyens paraissaient frater- Digitized byLjOOQlC i 1 I I 1 — 164 — niser sincèrement, M. RiTadavia songea à re- joindre sa Pénélope qui, semblable à Tépouse d'Ulysse, soupirait en désespérant de le revoir. Il arriva au commencement de Tannée dernière, incognito, à l'improviste, et alla se piaoer à son bureau , dans son cabinet , sans que personne s'en doutât. Jugez de lajoiede M"'® Rivadavia! decelle deses amis!.. Hélas ! cenefiit qu'un édairdebon- beur: le chef de police se présenta poliment, de la part du gouvernement, et invita M. Rivada- via à se rembarquer sur-le-champ. On eut assez de courtoisie pour ne pas l'escorter jusqu'au rivage. * Si vous prenez la peine de descendre d'une cuadre et demie veiis le fleuve, nous verrons la douane, dont les murailles sont baignées par l'eau . quand la marée est haute. Ce n'est pas pour voir l'édifice que nous prendrons cette peine, car rien n'est plus laid ; mais c'est pour saluer ce bon M. Lapàlléy le collecteur-général, l'ami de tous les négocians étrangers et nationaux * • L'inté- grité de cet administrateur, son patriotisme « M. BÎTadaYia a di\ se retirer avec sa famille au Bimcon-d^-lat- GallinaSf sur les bords de FUniguay. * Don M. J. de Lavallé, collecteur-général, est le père du colonel Lavùllé^ qui a acqub une si triste célébrité à Poccasion de la révo- lution du 31 décembre 1828. -*-( Prononcez Lavattié. ) Digitized byLjOOQlC ^ 165 — éclairé, tout-à-£dt désintéressé, lui ont acquis restime de tous les partis qui ont eu altematiye- ment le dessus pendant les troubles qui ont â>ranté ta fortune et le crédit de Tétat. Les dïoits de douane composant Ik plus grand partie des revenus de la république , le gouyemement est bien intéressé à ce qu'ils soient perçus sans fraude et k ce qu'ils produisent le plus possible ; malgré cela M. Layallé s'est toujours opposé cou- rageusement à toute mesure vexatoire et à toute taxe onéreuse aux négocians. C'est ainsi qu'il a su constamment concilier les exigences du fisc ayec la protection que réclament le commerce et l'industrie. Je me fids un plaisir de rendre cette justice aux employés de la douane de Buénos- Ayres, qu'ils se prêtent de tout leur pouvoir à obliger les négocians, et que les vérifications, les visites, s'opèrent, les droits se perçoivent sans qu'on ait à se plaindre de la moindre ^vexation. Ici point de ces mesiu^s immorales , scandaleuses^ adoptées et suivies avec tant de rigueur dans nos états civilisés d'Europe; je veux parler de ces honteux attouchemens qui se pratiquent sur les hommes, les femmes, les jeimes personnes, sans distinction, dans les petits bureaux de visite, et qui alarment avec tant de raison la pudeur, que beaucoup db femmes aiment mleut ne pas voya- Digitized byLjOOQlC — 166 — ger que souffrir une tdle profanation. On a im- prime danièrement un tarif de la douane, ayec l'énumération et roplication des formalités à remplir; on y trouve des modèles de toutes les déclarations à faire; enfin c'est un guide, comme pouTaient le désirer les négocians nouvellement établis. * Reprenons notre promenade : si tous êtes &- tigués, nous nous assiérons bientôt sur la côte oii se termine la rue. Il &ut encore nous arrêter SLUcuartel de los Negros (caserne des nègres) réunis en un ocNrps de milices, sous le nom de baioBon de Defensores de Buénos-Ajres. Après les dâiris de l'armée nationale, réunis en trob corps sous le nom de Chasseurs du Rio de la Plata, de Garde Argentine et de Patriciens de cavalerie, formant la troupe de ligne , le corps des DéGsnseurs de Buenos- Ayres , composé de nègres et de mulâ- tres, est, sans contredit, celui de milices le mieux organisé, le plus discipliné > le plus nécessaire à la sûreté de la ville. Il est composé de douze cents hommes, [uresque tous libres ; la plupart des officiers sont pris dans son sein , et la libéra- lité du colonel Don Félix Alzaga vient de le doter < Voyez la note G rebtife aux droits de Douane et à quelques mesures adoptées. Digitized byLjOOQlC — 167 — d'une excellaite musique, organisée sous la di- rection d'un professeur allemand. La Patrie doit beaucoup aux nègres ; ils ont jdus contribué , peut-être , à donner l'indépen- daace au pays, que les créoles eux-mêmes, sur- tout les créoles de Buenos- Ayres , qui sont plus pkUores * que braves^ au dire même de leurs compatriotes de Tintérieur. Les nègres ont yersé leur sang à grand flots, ayec enthousiasme^ pour la cause de la liberté; témoin Faction du dés€h guadero , dans le Haut-Pérou; et l'affiranchisse- ment qu'on leur a accordé sur le territoire de la République dès les premiers tems de l'indépen- dance, n'était que Facquittement d'une dette sa- crée* Les corps composés de nègres ou de mu- lAtres ont toujours fourni la meilleure in&nterie de la République Argentine; car autant les hom- mes de la campagne, appelés Gauchos^ sont au- dacieux, intrépides, in&tigables à cheyal, autant ils sont tUs soldats quand ils sont forcés de com- battre & pie4« Ce que j'afSrme ici positivement paraîtra surprenant aux personnes qui n'ont tu que les nègres avilis sous le fouet des Portugais ou de nos planteurs des Antilles; mais il £iut que *■ Fanfarons. Cette épithète que les Ârribénas ( ceux de rintèrieur on du haut pays ) donnent aux Poriénos n'est pas trop mal appliquée. Digitized byLjOOQlC — 168 — l'on sache , pour la honte de nos colons , que dans cette partie des anciennes possesâons espa- gnoles, la plupart des esclaves y sont morts sans avoir reçu un seul coup de fouet ; qu'on les a tou- jours traités avec bonté, qu'oç ne les tourmentait jamais au travail; qu'on ne leur imposait point de tâcheau- dessus de leurs forces, etqu'enfinonneles abandonnait point dans leur veillesse. Les femmes de leurs maîtres les soignaient dans leurs mala- dies ; personne ne les empêchait de se marier , même avec des Indiennes ou des femmes libres , pour prociu*er cet avantage à leurs enfens; on les habillait aussi bien ou même mieux que les blancs pauvres , et on leur fournissait une bonne nourriture. * Aussi les Espagnols^ blancs ou mé- tis, n'ont-ils jamais eu à se plaindre de leurs es- claves, et il est arrivé souvent que ceux-ci refu- saient la liberté qu'on leiu* offîuit, pour ne Kac- cepter qu'à la mort de leurs maîtres. . . . Gomment des esclaves traités avec tant d'humanité n'au- raient-ils pas Ëdt cause commime avec leurs maîtres, quand est venu le moment de secouer le joug oppresseur de la métropole ? Ils ont couru aux armes avec générosité, sans y être contraints par la violence, et ils regardent la cause amén- i Voyez Cbarievoix et Félix de Azara. Digitized byLjOOQlC ~ 169 — caine comme la lemr {Ht)pre. fai été témoiii de lem* enthousiasme, de la joie bruyante qu'ils font éclater au mot de Pairia; c'est qu'en effet la patrie n'a pas été ingrate envers eux; l'unique différence qu'il y ait^piaintenant entre les nègres et les créoles-espagndls , la seule qu'un préjugé trop enraciné établisse encore , mais qui dispa- radtia comme tant d'autres, c'est qu'ils ne peuvent occuper d'emplois publics. Nous reviendrons sur ce sujet; passons outre et hâtons^nous d'arriver à la Bésidendoy dernier édifice que nous ayons à voir dans la rue de la Reconquista. La Résidence était encore un couvent; on l'a converti en un hôpital pour les hommes. Pen- dant la guerre du Brésil il a aussi servi de fon- derie de canons et de boulets ; à présent , au lieu des forges de Vulcain retentissant des cris de guerre, on n y voit plus que des salles d'infir- merie dont le fiûble écho répète des cris de dou- leur et d'agonie. L'église, surmontée d'un dôme, et les bàtimens dont elle est entoiu*ée , dominent toute la ville, ce point étant le plus élevédelacôte. L'hôpital de la Résidenciay de même que celui des Femmes, situé au centre de la ville, rue de la Esmercdda, ne correspondent pas aux autres institutions qui ont fait classer Buénos-Ayres Digitized byLjOOQlC — i70 — parmi les villes les plus importantes et les jdus civilisées de rAmërique. L'organisation inté- rieure des deux hôpitaux exige de promptes modifications , et même la vie des infirmes est incessanmient exposée dans celui de la Résidence par la vétusté des bAtimens , dont unepartie s*est écroulée en 1833. Le gouvernement a bien senti rUnportance d'une réforme en ce genre; aussi l'ex-ministre Ancboréna, le fiu^totum du parti de Rosas , a-t-il demandé à l'architecte de la ville im plan d'hôpital pour les deux sexes. Le plan a été £dt , on l'a beauooup admiré ; il a été placé comme une belle image dans une salle du Fort , et l'on a remis la construction de l'hospice à une époque indéterminée, * Détournons un peu notre vue de ces amas de briques rouges , de ces constructions monotones et carrées, pour les raporter sur des scènes champêtres ; asseyons*nous près de ces longs * L'aateur de ce plan est ringénienr architecte de b rille , M. Car- lof Zacchi , Italien de uatiou. Son plan est rèèDement parfait tant sont le rapportde la distribatioa intérîeare , des détails minntieax des pro- portions mathématiqiies, que de la lieauté du dessin et de rarchitectore; il eut été admiré , j*en suis conVaincu, dans une académie d'Europe -, mais je ne crois pas que de long - tems le souTcmement de Buenos- Ayres soit à même de reiéciiter. Digitized byLjOOQlC — 171 — cactus entourant ces modestes demeures, pour contempler Fimmensité de cette plaine qui porterait nos regards jusqu'à TOcéan et même jusqu^n Patagonie , si Thorizon sensible n'inter- posait son rideau vaporeux. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE Vm. SmUdelaéegeripikmdelaViUe. Nous sommes à Textrémité sud de la TÎlle , à l'endroit où le plateau sur lequel eUe est assise présente le plus d'élévation au-dessus du fleuve et des plaines basses gui se déroulent au pied , Digitized byLjOOQlC — 174 — sans apparence de fin. La côte ou petite falaise qui sert de talus au plateau et à la yille , se re- coiu*be ici pour se prolonger dans l'Ouest. Lies contours et la pente en sont occupés par des maisons de plaisance appelées quintas , dont les jardins sont ornés d'une yégétation européenne : on y reconnaît avec plaisir les arbres firuitiers de nos yergers , les légumes de nos potagers , om- bragés dans quelques endroits par de très-beaux oliviers j ainsi que par Toranger dont les pom- mes d'or se distinguent de loin au milieu des fleurs purpurines du grenadier ou des fruits vio- lets du figuier. Et connue pour augmenter les contrastes, une végétation tout équatoriale en- toure la plupart de ces vastes jardins aussi bien que les plus petites propriétés ; ce sont des aga- ves-pita et des cactus. Le cierge du Pérou , k hautes tiges anguleuses et à fleurs jaunes et roses , sert de haie à la plupart des jardins et des cours de la ville , tandis que dans la campagne les quin- tas et les petites fermes appelées chacras ^ sont closes par de larges fossés plantés d'agaves aux feuiUes longues, charnues et piquantes. Tous I Un« propriéCé dont les tcnret sont en partie dcsiîaées av labow, en partie au pâturage , est appelée chacra; celle qui est exclusirement consacrée k l'éducation des troupeaux , sans cultures de terres, est appelée Miancia. Digitized byLjOOQlC — 175 — ces entourages yalent infiniment mieux que des murailles dans un pays exposé au pillage des In- diens ou des Gauchos. A notre gauche, on yoit une jolie maison ap- pelée le Château par les Français de Buenos- Ayres; elle était occupée par notre ex-consul^ M. Manderille, de déjdorable mémoire. On y voyait flotter, à plus de cent pieds d'élévation au-dessus de la rade, notre pavfllon national, dont les couleiu^ prestigieuses étaient encore assez respectées pour tenir lieu de la protection que M. Mandeville était incapable d'accorder à six mille Français dont il était haï cordialement, et, à juste titre , puisque ses ter^versations et ses com- mérages avaient compromis leur fortune et leur vie On a objecté, pour la défense du consul, que si la France avait eu, comme l'Angleterre, un traité de commerce et de navigation, la con- duite de son agent eût été plus franche et son in- tervention plus efficace dans les troubles civils; cette observation est judicieuse à beaucoup d'é- gards, mais elle retombe encore à la charge de M. MandevUle, car avec plus d'habileté, moins d'esprit d'intrigue, et surtout plus de désinté- ressement, il eût fait sentir de longue main au gouvernement français, la nécessité, l'urgence Digitized byLjOOQlC — 476 — d*iin traité de commerce avec Buenos- Ayres. Je reyiendrai en tems opportun sur ce sujet. Vojez-Tous à rextrémité de ces sayanes, de ces prairies entourées de saules, de ces terreins marécageux que les eaux de la Plata inondent et rendent impraticables dans ses débordemens, cette quantité de mâts pavoises de pavillons na- tionaux et étrangers ) c'est le petit port appelé la Boca dél riachuelo S ou simplement la Boca, où se rendent presque toutes les embarcations Ëdsant la navigation du Parana et de l'Uruguay, il s'y &it un grand mouvement de marchandises, et pourtant il n'y a pas d'endroit plus incommode et d'un accès plus difficile. Un Français, M. Du- portail , y a &it construire la seule maison en briques qu'on y remarque , et s'est chargé , avec l'autorisation du gouvernement, de Êdre à ses frais une chaussée qui , s'il réussit , &cilitera beaucoup les transports et les communications avec la ville. Sur la droite, toujours au sud, on voit le joli village de Barractts ainsi nommé d'im grand nom- 1 Riachuelo est an nom générique diminnlif qu*on applique , en espagnol, à tous les bras étroits de riTière. Le vrai nom de celle-ci» est riachuelo de la Matanza, à cause d^nn grand combat livré aux Indiens , sur ses bords , lequel fui une véritable boucherie. Digitized byLjOOQlC — 177 ~ bre d'entrepôts ou magasins publics et particuliers qu'on y a construits, près de la rivière de la Boca et le long de la belle route qui le traverse. Il est situé dans une plaine par&itement unie , sablonneuse , à l'abri des inondations , et il est le rendez- vous du beau inonde les jours de fête , où les daines viennent s'y promener en calèche ou même à pied, tandis que de nombreux cava- liers font briller leur talent équestre. On y fait de fréquentes courses de chevaux, dans les- quelles on parie souvent très-gros jeu. U y a de jolis pavillons (quintas) où les familles riches passent une partie de l'été , et où l'on est sûr d'être tou- jours bien accueilli, quand une fois on aeul'entrée de la maison, ce qui n'est pas difâcile pour peu qu'on ait des manières agréables , et qu'on sache l'espagnol. Au-delS, on aperçoit, à distance de trois lieues , les chacraset les monticules du village de Quilmés ; Tintervalle est assez agréablement rem- pli par des plantations de saules, de pêchers sauvages (^duraznales)y et des habitations cham- pêtres ; mais si vous voulez pénétrer au-delà , je vous accorde un rayon d'une dizaine de lieues au sud et à l'ouest , pour voir encore des figures humaines, des traces de civilisation et des arbres 12 Digitized byLjOOQlC — 178 — qui vous prêtent leur ombrage ; après cela , al- kendez-TOus à ne Toir que des plaines désertes jusqu'au pied des Andes , si vous allez au Chili , ou jïisqu'au Rio-Colorado , si TenTie voua prend d'aller toiser les Patagons* De loin en hxa tous u'aperceyrez que de misérables cabanes tous apparaissant comme des balises au milieu d'une mer semée d'écueils , et il y aura tant de silence autour de ces chétives habitations, que vous reste- rez étonné d'en voir sortir des visages d'homme. Vous ne remarquerez aucune trace de culture , aucun arbfê , aucun buisson ; mais seulement des horisans immenses , mornes et tristes , animés par hasard ça et là par le passage d'une autruche, le galop d'un gcsuchoy rassemblant ses troupeaux dispersés par la sécheresse ou l'irruption des In- diens; vous serez dans les Pampas ' .... et je vous gai^antis que vous presserez les flancs de votre coursier poiu* en sortir le plus vite possible. « Le mot Pampas^ venu du quichua ( langue «kt Incai^ ), «igalfte proprement place, terrein plansy grande plaine; savane, etc. ( Uanura 0 lianos «les espagnols). On pourra s*étonner de retrouTer ce mot ap- ptiqvé dans nn payt tl éloigné de sa feomt» ; mais on rémaf qAera que beaucoup de quichuas habitent Santiago del Eslero, assez près des Pampas, où ils ont encore conservé un jargon mélangé de quichua et d'rfspagnol. (Al. D'Oilî. Voyage dans t'Jmèriqtiâ mér. M. Th. Pavie a donné ime description très^xnclc des Pampas e%9ÊR Indiens qui Thabîtent, dans la 2c liv. du tome der de la JRsvtts des dsus Mondes. Digitized byLjOOQlC — 179 — Puisque bos affaires ne nous forcent pas d'y aller manger du charque , rapproclxoi|s-nous du centre de nos observations. Voici la Chambre des représentans ! Nous sommes au carrefour des rues del Perii et de la Biblioteca , à trois cuadres de la place de la Vic- toria. Nous avons devant nous le plus bel édifice de Buénos-Ayres; il occupe près d'une cuadre, et £iisait partie du coUége des jésuites qui Font bâti eux-mêmes avec l'église y attenant , dont l'entrée est à l'angle diamétralement opposé à celui 011 nous sommes. L'architectura en est as- sez simple , mais il a cela de remarquable qu'il est bâti à Teuropéenne , dans le style moderne , avec un toit incliné ; la &cade est , je crois , toute en pierres de taille, et les fenêtres sont munies de balcons comme , du reste , toutes les maisons es- pagnoles. On a réuni dans ce vaste corps de bâ- timent, à un seul étage au-dessus du rez-de- chaussée > la salle des représentans, la biblio- thèque publique, le tribunal de conunerce, le département topographique, le timbre , la vac- ciue , et à côté , sur le même plan que leglise eiel Colegio^ le cuartel de los cwicos^ c'est-à-direlaca- seme des patriciens d'infanterie, composant un ré- giment de milice active, etde la milice passive d'in- Digitized byLjOOQlC — 180 — fanterie formant un autre régiment. Ces troupes, espèces de gardes nationales ^ sont fort mal disci- plinées, sans uniforme , sans tenue; l'obligation rigoiu-euse de venir faire un exercice dont l'uti- lité n'est pas démontrée , tend à faire des pares- seux , en privant les établissemens industriels des bras dont ils ont le plus grand besoin. On a très- bien démontré au contraire, dans un petit ou- vrage que je pense traduire , les inconvéniens de cette organisation qui ne tend à rien moins qu'à mettre la fortune dans les mains des étrangers et à dégrader de plus en plus les nationaux par les vices inhérens à la profession de soldat , surtout de soldat insubordonné La salle des représentans est très-petite , mais convenablement disposée. Les séances sont pu- bliques; ses députés parlent assis , quoiqu'il y ait une Iribune. La ville fournit quinze députés, et la campagne, divisée en treize sections, en four- nit vingt-trois , en tout trente-huit représentans, pour une population de cent quatre-vingt mille âmes, y compris les étrangers. J'évalue la popu- lation de Buénos-Ayres à quatre-vingt-dix mille âmes , dont trente mille étrangers répartis ainsi : Anglais, huit mille; Français, cinq mille; Ita- liens^ six mille; Allemands, trois mille; Espagnols Digitized byLjOOQlC — 181 — et Portugais d'Europe, quatre mille; le reste composé de Nord- Américains, de Brésiliens^ d'Orientalistes, etc. Jestime qu'il y a quinze mille étrangers répartis dans la campagne ou la pro- vince. Ainsi , d'après mon calcul, il resterait pour la ville soixante mille habitans indigènes , et pour la campagne soixante-quinze mille; or, il reste évident qu'il y a disproportion dans le nombre des députés élus par l'une et l'autre. Les gauchos étant doublement représentés, on ne sera plus étonné de voir ce pays rétrograder dans la voie de la civilisation. La bibliothèque est encore une de ces mille institutions dues aux lumières de Rivadavia; elle a primitivement été léguée à la ville par un moine ; mais alors elle ne renfermait que quelques mil- liers de bouquins in-folio, avec un assez grand nombre de manuscrits en latin et en espagnol , traitant de points obscurs de théologie, de mé- decine, de controverse et de graves futilités. De- puis 1820 jusqu'en 1828, elle s'est enrichie suc- cessivement de livres d'histoire, de jurisprudence, de morale, de sciences exactes et naturelles, de littérature proprement dite et d'une grande quan- tité d'albums de voyages , de gravui-es en tout genre, etc.; elle occupe à présent cinq salles^ et Digitized byLjOOQlC — 182 — le nombre de volumes monte à vingt mille. Les livres français y entrent pom* plus de moitié. Elle est ouverte au public tous les jours non fé- riés; la facilité d'y lire les journaux de Buénos- Ayres eu a fidt un cabinet de lecture *. La littérature est fort négligée à Buénos^Âyres^ depuis qu'un gouvernement de coterie jésuitique a succédé à celui trop éclairé de Rivadavia; ce n'est cependant pas &ute de moyens de s'ins* truire, car, outre la bibliothèque publique , il existe encore six librairies et un cabinet de lec* ture dirigé par MM. Duportail. De plus, il y a deux cercles du commerce, la salle Argentine et la salle Anglaise^ où l'on peut lire tous les princi- paux journaux eiu*opéens et américains; mais les restrictions mises à la liberté de la presse par les gouverneurs con faculdades extraordmaria$ ( ce qui équivaut à une dictature ) , ont éloigné du piiys tous les hommes dont le génie indépen- dant ne pouvait se plier à la servitude de Vinqm- sition de conscience, imposée par les Anchorena, < Depuis Bivadaria cet établissement avait élé livré A Tabandon comme les autres ; aussi plusieurs manuscrits important à rhistoire de ce pays ont-ils été soustraits!... J'ai remarqué avec plaisir, à mon retow du Brésil, qu'il y avait plus d'ordre et de surveillance de la part dc^ bibliothécaires. Digitized byLjOOQlC — 185 — les Mazsij les Medrano, et toute la coterie qui fit brûl^ naguère nos philosophes. Il y a encore six imprimeries , mais on ne pu- bliait plus en i 834 que cinq ou six journaux, au lieu de dix-sept qui s'imprimaient en 1826 ! Et sur ce fidUe nombre de six journaux » trois étai^it servilement à la solde du gouvernement obscur. Outre les imprimeries ordinaires , il y a deux imprimeries lithographiques ; la principale est celle nommée del Estado , dirigée par MM. Bade et compagnie. Ce bel art a fait des progrès à BuénoA-Ayres, grâce au zèle infatiga- ble , À la constance admirable de M. Bade , de Genève, ainsi qu'à la protection de plusieurs ci- toyens distingués , notamment du général don Thomas Guido , ministre de la guerre et des re- lations extérieures en 1834. Plusieurs travaux ini^pcMtans et ibrt intéressans pour le pays , ont été entrepris par M.Bade, entr'autres une carte topographiijpie de la province de Buenos- Ayres , sur ane tnès-grande échelle , o£Grant le plan de toiztes les estancias ; une ooUectioa complète des marques des animaux' ; une carte géographique 1 Chaque propriétaire de bestiaux, appelé esianciero^ est obligé (ravoir une marque particulière quHl fait appliquer sur la fesse ou la cuisse île ses amflHMix et ie ly|ie eu rette à la police oenirale, où Ton en tient registre. Digitized byLjOOQlC — 484 — des provinces unies , et une série de lÎTrâisons de costumes, de coutumes de Buénos-Ayres , de portraits , etc. y laissant peu de chose à désirer sous le rapport de l'exactitude et de la netteté du dessin. Ayant d'examiner la }K>pulation de la yille , achevons la revue rapide des établissemens et des institutions susceptibles d'ofitir de Tintérêt ou de piquer la ciu*iosité du voyageur. J ai dit qu'il ne restait plus à Buénos-Ayres qu'un seul couvent d'hommes, cela est vrai, mais il en reste encore trois de femmies, et, loin de songer à les supprimer pour rendre des bras à l'industrie , ou des élémens de progrès à la po- pulation, le gouvernement obscur a ordcmné la construction d'un nouvel édifice, qui sera appelé, comme par le passé , la Casa de los santos ejer- cicios ( Maison des saints exercices). Rien de plus touchant, de plus édifiant, déplus moral que les exercices qui, se pratiquent dans cette sainte maison ! et surtout que le but de l'institution : figurez- vous , une femme a été infidèle à son mari , une jeune personne s'est écartée de la tu- telle de sa mère ou de son père pour suivre son amant, ou même pour satisÊtire publiquement Digitized byLjOOQlC — 185 — ses goûts dépravés, eh bien ! elles vont se jeter dans les bras des religieuses de los santos ejerci- cios, elles pleurent, elles se repentent comme la Madelaine , elles font des aumônes proportion- nées & la gravité du péché; puis, après quelques jours passés dans les prières, et les conseils des jeunes et vigom^ux confesseurs , qui les exhor- tent à la continence, ces pécheresses rentrent dans le monde , chez leur mari ou leurs parens y tout aussi blanches que neige! N'est-ce pas édifiant ? IL en est de même des jeunes libertins et des vieux pécheurs ; seulement V aumône de ceux-ci est plus forte. Il y a plus d'innocence dans la vie pleine de jubilation et de douceurs des religieuses de SanJuan et de SantarCataUna\ les unes et les autres prennent d'excellent cho- colat^ provenant des saisies de là police > et fout des quêtes lucratives sous le patronnage des saints qu elles envoient promener par les rues à d«s jours fixes. Les lieux de divertissement public sont en petit nombre. On visiterait volontiersle Wauxhall, ou Parque ArgerUino , jardin assez bien tenu dans lequel on «a construit un petit théâtre et un cir- que en plein air , mais il est un peu trop éloigné du centrepourquons'exposeày rester tardlesoir. Digitized byLjOOQlC — 186 — Pourtant on préfère encore cet endroit à tout au- tre, dans l'été, quand il y a banquet ou quelque bal de souscription. Ce fiit dans ce même local que nous donnànies notre repas patriotique , quand arriva la nouvelle officielle de la ghrieuae révo- lution de juillet. On y but du vin détestable k la sœUé de nos nouvelles institutions.. Hélas! Deux autres jardins se partagent les pronie- neurs , celui de la Esmereûday où. Ton est bien servi, et celui du Retiro , moins frëqùenté. Le Retiro est une grande place à l'extrémité nord de la ville, au milieu de laqudle on voyait jadis un vaste cirque où arène destiné aux combats de taureaux. M. Rivadavia le fit démçdir, après avoir fidt comprendre au peuple que la barbarie des Espagnols pouvait seule autoriser encore de pa- reilles récréations. La mesure éprouva peu d'op- position ; on se portait avec assez d'empressement à l'opéra, à la comédie, au cirque-olympique, aux ccmcerts qui avaient remplacé les taureaux; mais voilà que le gouvernement obscur de i832 eut rkeureuse idée de rétablir les combats de taureaux! On choisit iBa/7ticii5 pour ceJieau spec- tacle : la première fois ily eut foule , à cause de la nouveauté; mais peu-à-peu les personnes dé- Digitized byLjOOQlC -— 187 — centes s'abstinrent d'y paraître, et le t)euple fit justice de cette velléité barbarescpie. A présent , on se rend tous les dimanches , à l'heure de la retraite, sur la place del Retiro, pour entendre la musique du ûuartél^ ou de la caserne^ laquelle exécute des airs patriotiques et des sym- phonies avec un ensemble admirable. Les cafés, assez spacieux, sont, il&utrayouer, passablement mal tenus ; Fargenterie n'y brille pas, et pour cause !.. vous voulez le savoir, je parie ?.. J avais pourtant bien envie d'en faire un secret ; mais du moment que j'y suis forcé , on ne s'en prendra pas à moi de \ affront; eh bien, la cause, c'est que ceux qui ne crai- gnent pas de {p:*aisser leur habit avec les bouts de chandelle qu'ils emportent régulièrement chaque soir, se chargeraient tout aussi &cilement des cuillers et des petits plateaux d'argent* . Que vous dirais- je du théâtre? Les étrangers n y vont guère que pour voir les Porienas;* mais I Ce n'est pas une chnrge faite à plaisir; je tiens d'un cafetier qne je potin*ais nommer, qu'il fait a|>osler chaque soir les garçons , pour empêclier de \oler les cliandcUcs. ' Vrononcez porté-t/nas . Digitized byLjOOQlC — 188 — cela seul mérite bien qu'on aille bailler un peu à la représentation du Joueur , de la Mort de Riégo , du Passage du pont d'Aréole par Ncpo- léon, ou de l'inévitable sainete; * le tout joué pi- toyablement par des acteurs espagnols. De tems à autre , il arrive par bonbeur quelques chan- teurs ou des danseurs , débarquant en transit pour le Chili ou Bolivia; ils font la grâce de donner quelques représentations à Yheroïco pue- plo de Buenos- Ayres , et c'est autant de gagné sur tes soporifiques comédies de la troupe séden- taire. La salle , qui n est heureusement que pro- visoire, n'est, à vrai dire, qu'une large galerie; on ne peut rien voir de plus incommode, de plus dis- gracieux , de plus mal tenu. Le seul avantage qu'elle ofEre, commun au surplus à tous les thé- âtres d'Amérique , est d'avoir des stalles numé- rotés au parterre; ce qui ta\l qu'il n'y a jamais de ces mouvemens tuii)ulens semblables aux va- gues de l'Océan^ qui font redouter à un étranger fashionable de prendre place au parterre de nos théâtres. Tout se passe là avec la plus grande dé- cence ; jamais le sifilei d'un maître d'équipage ou celui d'un dresseur de chiens ne viennent offenser de leur détonation aigre le tympan déli- 3 Espèce de vaudeville sans couplet. Digitized byLjOOQlC — 189 — cat des dames ; jamais de ces yociférations qui font rougir tous ceux qui ont la moindre idée de la dignité d'un public assemblé , consentant, sur la foi de Turbanité , à mettre en commun ses sensations, ses joies, ses émotions et son hilarité. U y a ime coutume singulière au théâtre de Bue- nos-Ayres^ choquante au premier abord, mais à laquelle on s'accoutume bientôt jusqu'au point de la trouver raisonnable. Toutes les femmes, non accompagnées de cayaliers, ou même celles qui ne veulent pas louer de loges vont se placer en amphithéâtre aux secondes galeries, où il est expressément défendu aux hommes de se pré- senter ; elles sont ainsi à Tabri de toute insidte ; et la variété de leurs costumes, la coquetterie de leur jeu d'éventail, produisent un coup-d'œîl pi- quant, fortagréable à voir des stalles du parterre. Les loges, toutes découvertes, excepté celle du gouverneur, remplissent entièrement les premiè- res galeries. Les chaises dont elles sont pourvues, de même que les secondes galeries, sont occupées le plus souvent par de très-belles fenunes; de ces beautés sévères, par&ites, régulières, rappelant l'Andalousie, la Grèce ou l'Italie. En voyant ces magnifiques bustes vous présenter à l'analyse des épaules d'ivoire, des cheveux d'ébène , des pau- Digitized byLjOOQlC — 190 — pières garnies d^ Longs cîls, {»x)tëgeaiit un œil langoureux, dont rabattement semble combattre la yiyacité , on pourrait redouter, au premier abord, ime fixôdeur sèchement polie; mais dès que vous parvenez, par votre amabilité, vos sail- Ues, à leur fiure abandonnerle ton cérémonieux, Tair théâtral iju'elles affectent en public, vous les voyez se livrer à im abandon plein de cordialité, d'aisance et de fi'anchise. Leur conversation s'a- nime^ le jeu vif et gracieux de l'éventail accom- pagne les réticences malignes qu'elles introdui- sent à dessein; les propos séduisans, les reparties fines, inattendues, vous déconcertent souvent, en augmentant le triomphe qu'elles se flattent bien d'obtenir. L'expression belles est propre- ment celle qui convient aux Portenas, car elles patient moins aux sens qu'à l'ame; leurs mou- vemens sont voluptiieux sans manquer de la dignité qu'elles s'efforcent de conserver, dès qu'elless'aperçoivent qu'elles sontobservces. Rien d'imposant comme l'attitude d'une Portena en public ! Rien ne prête plus à cet air qui imprime d'abord le respect et subjugue ensuite malgré soi , que la manière dont elles ornent leur tête, dont elles la portent, en accompagnant chacun de ses mouvemens d'un geste de bras si moelieux, si naturel, d'un tour de main si leste, si souvent Digitized byLjOOQlC — 191 — repété , mais si imperceptible qu^on a peine à comprendre le jen rapide de rérentail , s*ouTrant et se refermant sans cesse! EBes ont tout nn édi- fice de cheyelnre sur la tête, et il £int bien qu'il en soit ainsi pom* accompagner des peignes dé- coupés ou pleins (peinetones) dont la dimension est arrÎTée, en 1834, jusqu'à im mètre et un dé- cimètrede largeur! (cincocuartM.) Toutes n*ont pas une cheyelnre natureUe, comme on doit bien le penser, mais toutes, depuis la plus paurre jus- qu'à la plus opulente, ont le même art de natter, de tresser, de lisser leurs cbereuxnoirs, châtains, ou blonds et de les entremêler de fleurs natu- relles ou &usses. De belles épaules, des lignes ar- rondies, des contours voluptueux , que font res- sortir de jolies schalls de Lyon ou de magnifiques voiles de tulle blanc ou noir, sont enchâssés dans un corsage parisien ! Fénélon eût rougi de la pein- ture de sa Calypso en voyant une Portena , et le Tasse, usant de la magie de ses évocations , eût humilié Armide en ofiBrant à Renaud une de ces Hechiceras \ La population de Buénos-Ayres est tvès-heté- rogène : il faut, pour s'en former une idée appro- 1 EndMnieresses; prononcez ctchi-ccras. Digitized byLjOOQlC — 192 — chant de la vérité, mettre à part les étranger-sde différentes nations européennes, dont la réparti- tion du nombre , &ite plus haut , n'est pas aussi arbitraire qu'on pourrait le croire. Alors il res- tera ce qu'on doit appeler maintenant les indigè- nes y parce que , par le &it de leur émancipation, les anciens colons de l'Espagne sont devenus amé- ricains. Quant aux Indiens vivant encore in- dépendans ou mélangés à la population des Ar- gentins, ils doivent être, suivant moi, désignés sous le nom à^ aborigènes. Ceci posé , pour bien s'entendre , nous diviserons les indigènes ou Ar- gentins en deux classes, les blancs, et les hommes de couleur, Parfiii ces derniers on distingue les Nègres de pur sang, venus d'Afrique , et alliés entr'eux dans leur nouvelle patrie ; les mulâtres et pardosy provenant de l'union d'un Africain avec un blanc ou un Indien, et les me'lis provenant du mélange d'un Indien avec un blanc ou vice- versa. Gomme l'observe Azara, ces noms de rmd- lâtres et de métis ne font pas allusion à la cou- leur, comme on pourrait le croire , maïs seule- ment à la nature des races mélan^fées. o Les blancs sont d'origine européenne. Tant qu'ils se sont alliés entre eux, comme les nègres, leur sang est resté pur et il semble même que Digitized byLjOOQlC — 495 — leur peau ait acquis plus de blancheur , plus de délicatesse; que leur teint soit plus fin quen Europe ; mais il y a eu des alliances entre blancs et métis, entre métis et mulâtres, d'où il est ré- sulté des variétés innombrables de teintes diffé- rentes dans la couleur, quele blanc finit toujours par dominer quand il n'y a pas de sedto-citras , c'est-à-dire de mélange rétrograde. Il serait bien difficile de suivre dans leurs divisions les combi- naisons dont chaque mulâtre ou chaque métis est le résultat. Il suffira de savoir que les uns s'améliorent par le mélange et que l'espèce euro- péenne l'emporte à la longue sur l'américaine, n est de fût que les métis paraissent avoir quel- que supériorité sur les Espagnols d'Europe, par. leur taille, l'élégance de leurs formes, et même par la blancheur de leur peau. U en est de même des mulâtres, au premier degré , dont l'intelli- gence est supérieure non seulement aux nègres^ mais même aux creb/e^ blancs. Les métis vivent plus particulièrement dissé-^ minés dans la campagne ; ils forment en grande partie cette portion de la population appelée gauchos; les nègres, mulâtres et pardos, servent aussi dans la campagne de pâtres, de journaliers (peones) ou de domestiques, mais ils sont en plus 13 Digitized byLjOOQlC — 194 — grand nombre dans la ville; àBuéno&-Ayres sur- tout, où ils exercent la plupart des luts, des métiers y des profiessîons pénibles, soit comme ouvriers ; soit comme maîtres, et où ils sont tous enrégimentés pour la défense du pays. D'anciens préjugés» sanctionnés par les prêtres^ qui devraient au contraire s'efforcer de les dé- truire, font encore des Uancs les seigneurs du pays. Les espagnols de toutes ces ccmtrées se sont toujours crus d'mie classe très- supérieure à cdle des indiens , des nègres et des gens de couleur en général, quoiqu'il ait toujours régné entre ces mêmes espagnols, même avant leur émanci- pation , la plus par&ite égalité , sans distinction dé nobles ni de plébéiens; on n'a connu parmi eux ni fie&, ni substitutions, ni majorats; la seule distinction qui existât, purement pers Àsara^ tome 2. Digitized byLjOOQlC — 198 — nKOnde se serrit de nègres, de gens de couleur ou d'Indiens et qu'à présent encore, quoique la pairie ait proclamé Tabolitiou de Tesclavage et reconnu l'égalité parfaite , devant la loi , des hommes de couleur de quelque origine qu'ils soient, on voit les maisons de blancs y riches ou pauvres, encombrées de criados ou domestiques, qui évitent aux femmes jusqu'à l'embarras d'éle- ver leurs en&ns! Aussi les blancs, hommes et femmes , habitués à ne rien faire et ne songeant qu'à leurs plaisirs, s'épargnent souvent jusqu'à la &tigue de la méditation ! De même que leur féconde terre donne des finits sans culture , à l'aide de la fiiveur du ciel, de même ces heureux habitans , semblables aux Italiens , si bien peints par Madame de Staël , se flattent de tout savoir, de tout devenir par l'imagination. Delà cette apathie qu'on remarque chez eux , cette espèce d'aversion pour toute lecture sérieuse et ces obs- tacles insurmontables à la constitution du pays , conséquence inévitable du peu de progrès des. sciences politiques. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE IX« BUiVOS-A' VolÎM* — La police était assez bien faite à l'époque ou j'arrivai à Buénos-Ayres ; seulement le gouver- nement obscur avait ordonné quelques mesures plus vexatoires pour les étrangers, qu'utiles aux Digitized byLjOOQlC — 498 — habitans et à la sûreté de la ville. Par exemple, vous vous figurez qu en débarquant à TAlameda vous pouvez aller directement chez vous, chez vos amis ou à la fonda et dormir sur les deux oreilles? Pas du tout! Apprenez que la liberté n exclut pas les j^cautions, bonnes ou mauvai- ses. Il faut aller i<> à la Comandancia de Marina faire viser votre passeport; 3<^ à la casa central de PoUciay échanger ce même passeport pour une pcpeleta; 3<>chezle consul de votre nation, pour qu'il vous enregistre et vous vende une autre papeleta ou sauf-conduit; 4*» chez V alcade ou maire du quartier que vous aurez choisi, pour donner votre adresse on celle de vos hôtes; 5^^ chez le commissaire de la section , pour le saluer uniquement. Ouf!... dé&ites votre habit, mettez-vous à votre aise, cso" vous devez être bien &tigué ! En admettant que vous ayez trouvé chez eux tous ces fonctionnaires, vous aurez fiut au moins deux Ueues. Et si l'heure de la siesta vous surprend en route, adios! vous courez grand risque de payer, vous et votre hôte, cin- quante piastres d'amende... Oui, sans le vouloir vous exposez votre hôte à aller couclys^ en prison s'il n'a pas cinquante piastres à jKmrnir à la po- lice! Voilà un des chefs-d'œuvre du gouverne- ment obscur. Digitized byLjOOQlC — 199 — . L administration de la police forme un dépar- tement relevant du ministère de l'intërieiu*^ mais cependant exerçant une juridiction assez indé- pendante* C'est im poste très-important pour le pays, n y a un chef ou juge de police, principal, résidant à la maison centrale^ située comme nous lavons TU à côté du Cabildo. Sa surveillance s'étend sur les autres commissaires subalternes de la ville et de la campagne. Les vingt-neuf quartiers de la ville de Buénoa-Ajrres forment quatre sections, sturveiUées chacune, par un commissaire sédentaire; il y a en outre, cinq autres commissaires pour l'inspection des mar- chés, et des espèces d'appariteurs ayant pour auxiliaires des céladores sorte d'alguazils, de gendarmes , ou de garde-municipaux à cheval , sans uniforme et portant simplement un sabre de cavalerie. Ces cûadores sont aussi aux ordres des juges-de-paix, des alcades de hcarrio ou de quar- tier. Chaque soiv un certain nombre de citoyens indigènes ou étrangers était forcé de &ire la pa- trouille dans son quartier^ ceux qui, comme moi n'étaient pas empressés d'aller se &ire appe- ler gringo ou carcaman^ payaient quatre piastres papier p^* mois à Falcadc, qui se chargeait, hien volontiers, de fournir le remplaçant. Notre hono- rable consul , M. Mandeville^ n a pas su nous Digitized byLjOOQlC — 200 — afTranchir de cette imposition injuste. Depuis , l'immoralité bien avérée , des céladores , a Êdt adopter Fusage anglais des ivatch^nen ou stfré- nos, hommes chargés de parcourir continuelle- ment le quartier où ils sont apostés, munis d'une lanterne et d'ime lance, en indiquant à haute voix l'heure et l'état de l'atmosphère. De plus on a organisé un noureau corps de céladores avec un uniforme. Il est juste de dire que le gouver- nement obscur n'a aucune part dans ces amélio- rations de police intérieure et qu'on a profité d'un intermède pour les adopter. Le gouvernement de Buénos-Ayres, de même que celui de la soi-disant Union y est Représen- tât^ Républicain. Ainsi que cehiî de la Banda- Oriental il est composé des trois pouvoirs combi- nés ; le législatif, l'exécutif et le judiciaire; mais de ces trois corps ^ l'exécutif seul doit être consi- déré en ce moment comme un poupoir. Il n y a pas ici de sénateurs comme à Montevideo; l'ap- parence et la forme sont plus démocftitiques; mais par le feit de l'influence du parti jésuitique, au- quel j'ai déjà fait allusion , ce gouvernement est réellement oligarchique avec tendance à la Dic- tature, Pour bien comprendre sa situation, il Digitized byLjOOQlC — 801 — faut reprendre d un peu haut les ëTénemens qui ont amené ce résultat. On sait déjà que les provinces du Rio de la Plata relevèrent d'abord du Paraguay *. Dès l'an- nëe 4620 on en forma deux gouvememens sé- parés, et Buénos-Ayres qui jusques là avait été gouvernée par les lieutenans des Atiehmtiuios, eut ses gouverneurs particuliers. En 1776 on y établit unvice-roi, en y rétablissant en même tems Tau- dience royale, composée d'un régent, de cinq au- diteurs et de deux commissaires du gouverne- ment. Cette audience avait été fondée eu 1665 et supprimée en 1672. Il y avait en outre un commis- saire de IsiSainteJfUfuisition. Le Haut-Pérou (à pre- ssait Bolivia) fit partie de cette vice-rôyauté et le Paraguay, à son tour, en dépendit directement jus- qu'en 1810 que l'indépendance fut proclamée et que le Paraguay refusa d'entrer dans la ligue des provinces, pour fonuer im état séparé. L'ancienne vice-royauté de Buénos-Ayres prit dès-lors le nom de Proi^inces imiesduRio de la Plataou de \ Amé- rique méridionale . Des dissensions intérieures bou- leversèrent souvent la nouvelle république ; dès l'origine elle fut divisép en deux partis dont l'a- I Et non pas du Pérou, comme plusieurs Tont avancé. Digitized byLjOOQlC nhnosité et rachâinement n'oDt fait que s'ac- croître jusqu'à pi'ësent ; c'est la lutte des lumiè- res contre l'ignorance et rambition démagogique des chefs de Gauchos. Les hommes qui avaient versé leur sang à grands flots pour l'indépen- dance du pays ; ceux dont les lumières et les études spéciales avaient contribué à la première organiiation politique, pensèrent, avec raison, avoir des droits au gouvernement de la patrie dont ils voulaient fidre une grande nation. Pour y parvenir il était nécessaire de reumr toutes les provinces sous un gouvernement central appelé congrès; telle est la forme des Etats-Unis de Nord-'Amérique. Les efiEoits du vertueux Rivada* via ont constamment tendu à ce but, qu'il a atteint un instant, mais que la guerre du Brésil est venu renverser ; les partisans de ce système forent appdés unitaires. Ceux, au contraire, qui n'ont rien £dt pour leur patrie , ceux que leur ignorance rendait incapables de comprendre les vues généreuses des hommes éclairés ; ceux \k restèrent sous Tinfluence des moines, des jésuites et de tout ce qui avait intérêt à entretenir l'a- narchie. On leur fît comprendre que la ptUrie allait être asservie; que les étrangers allaient leur ravir le fruit de leurs sueurs et de leur sang ; qu'enfin on voulait favoriser les émigrations Digitized byLjOOQlC — 205 — étran^hres^fcnr exterminer ks GoiÊchos. Dèslors, enTÎsagé sons ce point de me, le système uni- taire fut en kcRreur anx Ganehgs, les coryphées de ce parti ignorant, leur persuadèrent facile* ment qu il était préférable que chaque province se gonpremât d'une manière indépendante et qo'ii ne devait y avoir d'aggrégatiop que pour les intérêts communs et les raf^ports avec f étran- ger, à peu près comme la Smsse; œs partisans furent appelés/Ê^I^iia:. Les chefs principaux de la fédération furent Artigas, Ramiréz, Lopez, Quiroga,lefiiroucheQuiroga, originaire du Chili, mort assassiné tout récemment , et enfin le gé- néral Rosas * , le gaucho par excellence et le grand champion de la fédération!... Le règne de l'umon, époque de prospérité de la répnUiqae Argentine, commença en 4821 et finit en 1837, à la démission de Rivadavia. Cet hsiÀ[e législateur fit faire des pas de géant à sa patrie, pendant sa courte administration, soit comme ministre, soit comme président du con- grès, qu'il était parvenu à installer, en le compo- sant des citoyens les plus capaUes. Voici , suc- cinctement > quelle était la base des instructions 1 Prononcez Eossas. Digitized byLjOOQlC — 204 — données par lui au président du sénat ecclésias- tique, chargé de la mission honorable d^ engager les difïerens peuples de l'union à se faire repré- senter au congrès : (( Le but que le gouvernement de Buénos- Ayres se propose d'atteindre au moyen de la mis- sion confiée au zèle du premier dignitaire ecclé- siastique, est de réunir toutes les proyinces du territoire qui, ayant l'émancipation/ composaient la yice -royauté de Buenos- Ayres ou du Rio de la Plata , en un corps de nation administrée sous le système représentatif, par un seul gouyeme- ment et par un même corps législatif. (c Le second objet que se propose aussi le gou- yemement et qu'il considère comme le premier moyen pour atteindre le but principal, est de yoir chacune des proyinces entrer dans un état d'ordre et de paix, soutenu par les peuples et par ceux qui les gouyement : par ceux-ci , en s'eflFor- çant d'établir la sûreté publique et individuelle, et en s appliquant à connaître exactement les res- sources de leur trésor respectif, à les administrer et à les employer avec habileté; par les peuples, en s' occupant activement des travaux et des genres d'industrie les plus productifs, en augmen- Digitized byLjOOQlC — 805 — tant leurs connaissances par Tétude et les rap* ports sociaux^ et en donnant tous leurs soins à Féducation de leiu^s enfans. c( Le député pensera sans doute qu'aucun des moyens qui conduisent à cette double fin ne peut être blâmable, parce qu'il est impossiUe qu'il cesse d'être moral et honorable , et conséquem- ment permis, etc. » La mission du docteur Zavaleta fut couronnée de succès. De son côté Rivadavia se bâta de fon- der toutes les institutions qui pouvaient &yoriser ses vastes projets de prospérité nationale. Il ac- corda une liberté sans limites à la presse : ce Les services que la publicité rend à un gou- vernement , a-t-îl dit lui-même , lors de l'instal- lation de son successeur, en avril 1834, vont jus- qu'à lui assurer le droit et les moyens d'obtenir de tous les employés publics le meilleur exercice de leurs fonctions , en même tems qu'ils lui as- surent y de la part de ceux-ci et de tout autre ci- toyen, le concours nécessaire à l'autorité qui est appelée à consacrer l'indépendance d'un pays, à consolider son organisation et à le pousser en Digitized byLjOOQlC — 806 — . ayant dans la carrière de la prospërîté et de I» ciTÎUsation. » Il chercha aussi à consacrer ce principe d'é- conomie pditiqu/e et domestique : « Que payer ses dettes cu^ec exactitude j cest {iCifuénr de grands moyens de richesses, n Et, pour y parvenir, il fonda la banque natio- nale^ en vertu d'une loi du congrès général , du 28 janvier 1826. Cette institution, qui devait amener les plus heureux résultats, n'a, en réa- lité, fait que hâter la ruine des capitalistes, et par suite, causé des maux difficiles à réparer. Lc' parti de l'ignorance, qui voyait d'un œil envieux les succès du système unitaire ^ sous la direction d^un chef si habile , persuada aux trop crédules habitans des provinces que l'établissement d'une banque n'avait d^ autre but que de substituer du papier-monnaie à l'argent , afin de fiivoriser les étrangers qui allaient s^emparer ainsi de la for- tune du pays. Les provinces de Mendoza, de San- Juan, d'Entre-Rioset de Montevideo , qui avaient déjà établi des caisses subalternes, s'empressèrent de retirer leurs fonds , et bientôt le papier-mon- naie , qui s'échangeait au pair avec l'or et l'argent. Digitized byLjOOQlC — 207 — . n'offrant plus de confiance , tomba de suite et perdit cinquante pour oent^puis cent, puis deux cent, puis quatre cent , puis sept cent pour cent ! A présent une piastre forte ou un patagon , égal à une piastre papier dans l'origine , en vaut sept et demie ; une once ou quadruple, égalant dix- sept piastres fortes ou de papier, en 1825 , yaut en. 4855 , cent-vingt piastres papier * ! Lorsque Rivadavia vit que les basses machi- nations du parti Fédéral tendaient à déprécier la banque et à lui faire perdre le crédit que les ca- pitalistes s'étaient empressés de lui accorder, il comprit bien qu'il lui serait désormais impossible d'oi^aniser le pays; il donna sa démission, se retira en Europe et le parti fédéral triompha. On nomma à sa place , comme simple gouverneur de Buénos-Ayres, le général Dorrego^ Tun des cory- phées du parti fédéral* Les choses restèrent ainsi jusqua la paix avec le Brésil en i828. Alors Tarmée nationale t revenant dans les foyers, et avec elle les partisans les plus dévoués à la cause de ï Union ^ les chefs militaires essayèrent de « Le capital primitif de la banque montait à dix millions de piash-es fortes ; aujourd'hui il n'est guère de plus de 6 miUions. La banque a en eirculation 19,283,940 piastres en billets, et 410,351 piastres cuivre, aojeai^'hal moanaie courante. Le gooTernement lai doit plus de 20 millions de piastres, capital et intérêts. Digitized byLjOOQlC — 808 — chasser les fédéraux du poste qu'ils avaient usurpé. C'est ainsi que s'engagea cette lutte san- glante qui conunençale i^^ décenoibre 1828 et finit en 1832 par la dispersion et l'assassinat po- litique des plus vaiUans officiers de l'armée* La révolution du l®** décembre se fit à Buénos-Ajres; le gouverneur Dorrego fut pris et fiisillé par le colonel Lavalié, chef militaire, à la tête du mou- vement insurrectionnel * . Les milices de la cam- pagne aux ordres de Rosas , qui jouait le rôle de pi-oconsul, furent battues constamment par La- vallé, de telle sorte, que les fédéraux se virent obligés de Êdre une conTention avec celui-ci; convention très honorable pour Lavallé comme pom* le parti unitaire, mais à laquelle les fédé- raux ou plutôt Rosas manquèrent d'une manière scandaleuse. Lavallé, ses gens, et tout ce qu'il y avait de plus recommandable dans le parti uni- taire, se trouvèrent heureux de pouvoir se sau- ver à la Banda-Oriental et de se soustraire à la vengeance d'une populace trop&cile à exciter au crime. Le 8 décembre 1829, Rosas, général par la grâce de Dieu et des Gauchos, futélu gouverneur et capitaine-général de la province de Buénos-Ayres. 1 On a regardé assez généralement cet assassinat politique oomme inutile j on pouvait envoyer Dorrego en Europe ou aux Etats-Unis avec une mission diplomatique, et il se fut contenté de son sort Digitized byLjOOQlC — 209 — Tandis que ces choses se passaient à Buenos- Âjres, que le parti unitaire succombait sous les coups d'une perfide intrigue, le général Paz, aidé de tout ce qu'il y avait de plus valeureux dans les provinces, réorganisait l'armée nationale et concentrait ses forces à Cordova dans le but de venir attaquer Buénos-Âyres. Dé^à le farouche Quiroga avait été battu et forcé de se réfugier auprès de Rosas; déjà dix provinces ayant fourni leur contingent, l'armée nationale brûlait du dé- sir de marcher sur les fédéraux; mais ceux-ci prirent l'initiative. Lopez, ce métis qui avait fait ses premières armes contre Artigas et Ramirez , et se trouvait gouverneur de Santa-Fé, prit fait et cause pour la fédération; il décida bientôt les gouverneurs de Corrientes et d'Entre-Rios à l'imiter, de sorte que tous trois se joignirent k Rosas, qui comptait aussi dans ses files le partisan Quiroga, dont la vengeance promettait de tom- ber comme la foudre sur le parti qui l'avait vaincu. Leur armée fut promptement sur pied; for- mée de Gauchos et dlndiens, toujours prêts à marcher, pourvu qu'ils aient des chevaux, elle n'eut pas besoin de concentrer ses forces; à me- sure que les recrues se faisaient, on les envoyait 14 Digitized byLjOOQlC — 210 — sur Cordoya. Quiroga prit les derants aftc un régiment de cayalerie de ligne, reste fidèle au gouvernement de Buenos* Ayres. Arrivé sur les bords du rio Cuarto et du rio TetcerOj il se joi- gnit aux troupes de Santa^Fé, ce qui lui permit de commencer l'escarmouche. Tandis que les forces de Buénos-Ayres avan- çaient au nombre de 5,000 hommes, presque tous miliciens de la ville et de la campagne, àun ordres du général don Ramon Balcarcé, il surve* naît de bien étranges choses à Tarmée nationale! Par une fatalité inouïe, le chef suprême des forces unitaires, le général Paz, s' étant éloigné du quartier-général, sans autre escorte que deux officiers subalternes dans le but d'inspecter, inco' gnito, les postes avancés, se trouva t(mt4i^<»up en présence d'une troupe de Gauchos et d'Indiens du parti de Quiroga. Les prenant d'abord pour des miliciens de son armée , il avança rapidement vers eux; mais il en fut reconnu le premier, au moment où il était déjà fort difficile d'échapper. Le général Paz avait un excellent cheval, il tenta la seule chance qui lui restât , en le lançant bride abattue; nul doute qu'il n'eut pas été atteint dans sa fiigue par un Gaucho, mais il y avait à^ Digitized byLjOOQlC Indiens parmi ceu-x-ci; or, un Indien munie un cheval avec tant d'habileté qu'il parait doubler les &ctiltës de cet animal intelligent. Donc^ un Indien se lance à la poursuite du général, armé de ses boules et de son laxo , et avant qu'il eût &h tut quart de lieue ^ l'infortuné général était boulé ' . Pas: s*attendait bien à être fusillé ; mais Lopez eut la générosité d'en répondre et il fut envoyé prisonnier à Sauta-Fé ^ où il se trouve encore dé- tenu sur parole, Quand cette triste nouvelle arriva au quartier- général, elle jeta la consternation et l'épouvante. L'armée le sut bien vite, malgré le soin qu on iHtt à le lui cacher; il en résulta une démoralisa- tion complète. Les chefi se disputèrent entre eux le droit du coimmandement suprême ; la subordi- d Oatre te laeo^ lace oii lacet, dont je donnerai la description plug loin , les Gauchos et les Indiens sont toujours armés de&o^^r^. Ce sont àeùt on Croîs boutes réunies k un axe commun pa# aulftnt de conftoies de cuir : ih en tiennent une dans la main tandis que les autres tournent rapidement an-dessus de leur tête, en galopant , jusqu*A ce qnUls ju- gent le moment propice pour atteindre Tobjet qu'ils veulent boulei' {bolêur.) Ainsi lancées , les boules entortillent par leiu* rotation les jambes de Phomme ou de ranimai atteint et le mettent ainsi à la merci derennemi. Cette arme, inventée par les Indiens, leur sert encore dans une mêlée k briser le crâne de leui's adversaires. Digitized byLjOOQlC _ 212 — nation se relâcha de telle sorte que les milices dé* couragëes désertèrent, les unes rejoignant Qui- roga ou Lopez, les autres retournant dans leurs foyers. Les vieux soldats prirent le parti de suivre le colonel Lamadrid , l'un des plus anciens et des plus braves ofiGciers de Farmée nationale. Ce nouveau chef voyant la mésintelligence régner parmi ses confrères,. jugea qu'il ne pourrait ré- sister, sans perdre beaucoup de monde, aux atta- ques combinées de Bâlcarcé , de Lopez et de Qui- roga ; il se reploya sur le Tucuman , à trois cents lieues au nord ouest de Buénos-Ayrcs. Là , ras- semblant le reste de ses forces délabrées , dans un lieu fortifié naturellement et appelé pour cela Ciudadéla (citadelle) , il attendit les fédéraux. Ceux*ci n'ayant plus d'ennemis à vaincre, par le fait de la retraite des]unitaires, prirent possession ou plutôt firent leur entrée triomphale dans Gor- dôva , l'une des villes les plus anciennes et les plus importantes de ces provinces. C'est ainsi que les troupes de Buenos- Ayi^es ont vaincu sans coup férir. Cependant Quiroga n'était pas satisfait^ il vou- lait anéantir jusqu'au dernier des unitaires , di- Digitized byLjOOQlC — 215 — sait-il ; son parti s'étant renforcé de la défection de rarmée nationale, grossissait de plus en plus ; car tel est l'espritdu peuple dans ces contrées, (comme dans bien d'autres), qu'il s'attache au vainqueur, quel qu'il soit. Ainsi Quiroga continua sa marche sur le Tucuman en réorganisant, chemin £ûsant, la fédération. Il y arriva vers la fin de 4834 ; l'ac- tion s'engagea de suite. L'armée nationale, réduite à 3,000 hommes, était composée en grande partie d'in&nterie de ligne, aux ordres de di£Férens che& ; d'uji corps de cavalerie, aux ordres d'un nommé Lopez; et d'artillerie, commandée par Anatole de Ch y; tous obéissant^ ou paraissant obéir , au colonel Lamadrîd. Le premier choc fut terrible : l'artillerie, secon- dant l'inÊmterie , fit un ravage efifrayant dans les rangs de Qiiiroga , qui se vit lui - même sur le point d'être atteint d'un boulet dirigé par de Ch y. Trois fois Quiroga s'empara des positions de l'armée unitaire et autant de fois il fiit re- poussé par l'artillerie pointant à merveille. Les fédéraux commençaient à se démoraliser; c'é- tait le moment d'employer la cavalerie de ré- serve et de charger des troupes lasses d'un corn- Digitized byLjOOQlC ~ 914 *- bat opiiiiàtre ; eh bien ! le croira-t>on ? le coasunan^ dant de la cayalerie, ce Lopess, qui pouvait assurer la yictoire aux unitaires, fit touruer bride et gagna le territoire de BoUyia, aban- donnant à la merci d'un yainqûeur irrité, ia- rouche, implacable^ la fleur des guerriers argea- tins!.... Les principaux che&, voyant cette défection , dans un monient oii leur salut dépendait d'une seule charge de cavalerie, ne songèrent plus qu'à assurer leur vie ; chacun prit la fiiite du côté de BoUvia. Quant au chef de Tartillerie, Anatole de Ch y, il pointa /w-m^ne jusqu'au dernier mo- ment et quand il vit tout perdu, il fit enclouer ses pièces, et combattit encore le sabre à la main: Enfin il Êdlut céder au nombre; Anatole fut pris, couvert de blessures , et avec lui un grand nom- bre de braves ofiKciers , tous subaltemesj car les supérieurs avaient pris la fuite ! Trois jours après, toute la population du Tu- cuman était sur pied; les femmes pleuraient; les •hommes gardaient un morne silence en écoutant une harangue pleine de noblesse et d'énergie.... C'était l'infortuné Anatole, leur adressant ses adieux et les exhortant à rester fidèles à la cause Digitized byLjOOQlC ~ SIS -- de riuiion ! Il mourait assassiné par Quiroga , et avec lui trente-deux auti^es braves t On me pardonnera j'espère de m' être autant écarté du centre de mes observations, en fiiveur de Fépisode peu connu, même à Buénos-Àyres, qui se rattache à la dernière guerre de la Fédé* ration contre l'Union. Tandis que le général Balcarcé^ ctfpaica de Rosas marchait sur Cordova , Rosas ne perdait pas s(m tems k Buenos- Ayres ; il &isait nommer des députés de son choix , en interdisant le vote aux unitaires qu'il expulsait. Une fois les législa- teurs gagnés soit par crainte , par opinion ou par intérêt privé , il se fit accorder des facultés extra- ordinaires pour gouverner le pays dans les cir- I (.^Dkutre famille ^ ce jeune homme attend encore vainement une pièce authentique de sa moit ; malgré toutes mes démarches et celles de personnes influentes dans le pays, on n'a pu rien ohtenir ; Quiroga A tout refusé y jusqu'à des lettres écrites au moment de la mort. Anatole de Ch....]r, dont les goûts belliqueux s'étaient déclarés de honne heure, appartenait à Tune des plus nohles famiUes de Norman- die ; il avait déjà fait ses preuves à Mendoza, lorsque Quiroga s'empara de eetle ville en 1839. Fait prisonnier sur ses pièces de même qu'à la cûêdadêlaj on a déjà vn comment il échappa. A son retour du Chili, quand la tranquillité paraissait rétablie, ses affaires l'ayant amené à San-Luis, sur la ftrontiére de Cordova , il y fut joint par le colonel Digitized byLjOOQlC — 216 — constances difficiles où il se trouvait par les intri- gues, n c^tint dès lors tout ce qu'il voulut. Il commença par dé&ire ce que RivadaTia avait fait; il expulsa tous ceux qui lui parurent sus- pects, soit étrangers , soit nationaux; il envoya dans rintérieur ceux qu'il voulut £dre fusiller; il supprima la liberté de la presse ; il fit nommer Tévéque Medrano , malgré l'opposition du sénat ecclésiastique ; il s'entoura de tous ceux dont les idées étaient le plus rances et le plus rétrogrades ; il eut pour émissaires , pour &ctotums , des assas- sins, des hommes entachés de mille crimes * ; tous les moyens lui parurent bons pour se pro- curer de l'argent destiné , non pas à faire pros- pérer le pays, mais à assouvir l'avarice de ses Vidèla-Castillo, ex-goavenieur de Mendoza, très -lié avec Analole dont il eonnaissait la générosité et la bravoure. Ce colonel fit si bien qn*il engagea de Gh....y à accepter le commandement de Tartillerie, et certes , il ne pouvait le remettre en meilleures mains; mais, hétas! le pauvre Anatole a été sacrifié, tandis que son enrdleur et tant d'autres ont en l'art d'échapper... Le peuple du Tucuman et Tarmée tout entière donnèrent des larmes à la mort d'un brave Français, dont la gaité inaltérable et rbnperturbable sang-froid, ranimèrent plus d'une fois des soldats découragés par le dénuement le plus complet et le harcêllemêtii d'un ennemi implacable. ' Tels que Otinyolito, Arbolito, Manco - Castro, Cojo - AgwUêrOy tous plus ou moins criminels, et avec eux la nmlâtresse TorriUa et la négresse Antonio chargées de lui faire de la popularité dans la ville. Digitized byLjOOQlC — 217 — fidèles allies Lopez et Quiroga dont l'assistance n'avait d'autre but que d'appauvrir l'orgueilleuse Buchios-Ajres ; il &llut rendre beaucoup de pro- priétés de l'état, jusqu'alors afTerméespar contrat emphytéotique; on fit plus, on rendit les canons et les mortiers de bronze dont Farsenal était garni.... et arec tant de sages mesures, la dette de l'état s'est accrue considérablement, les capi- talistes ont disparu ou ont été ruinés; enfin les rênes du gouyemement ont été tellement entor- tillées que personne n'ose en accepter la respon- sabilité; d'autant moins, que, sous prétexte d'une guerre aux Indiens Pampas, on a feit transporter dans les forteresses de la campagne , tout 1 armement de la TiUe. Cest -ainsi que le général Rosas s'est rendu l'homme nécessaire, le seul capable de gouverner le pays puisqu'il a la force en main. Ai-je eu tort d'appeler son gouvernement obscur ? Il &ut convenir d^ua fait , c'est que , physi- quement parlant, Rosas na pas &it autant de mal qu'il aurait pu en Êdre, armé de ses terribles Ëictdtés extraordinaires; mais ce fut moins l'effet d'un bon naturel que d'une politique astucieuse. Son ambition a percé dès long-tems sous les Digitized byLjOOQlC -^ S18 -< dehors d'un tmx déûntëressement. Ses Ibnciioufi ay^uit cessé de droit en décembre 1832 , ses par* tisans , toujours en force dans la salle des repré- «entans songèrent à le réélire; mais cette fois, 9ansfocuUé9 ejçtraordinaireSf puisque le motif €{ui les ayait fait accorder en 1830 n'existait déjà plus; quelques représentans montrèrent en cette occasion plus d énergie qu'cm ne pour* Tait s'y attendre* Rosas déguisa mal son dépit : il se flattait que l'usage modéré qu'il ayait £ut de ses fçcultés , engagerait ses partisans à les lui conserver; mais quelques-uns de ses &- quaces lui tenaient rancune de son peu de li- béralité envers eux ; ils commencèrent à croire que la fédération n'était pas la foi de Jéws-Christ ( la Je de Cnsto ) , comme le parti jésuitique avait voulu le persuader au peuple et du joooment que le prestige s'évanouissait , qu'on refiiSait de reconnaître à ce chef une mission divine , on re- doutait avec raison l'abus qu'il pourrait &ire de son pouvoir illimité. Rosas refiisa par trois fois les nouvelles fonctions qu'on lui ofïrait ; il allé- guait pour principales raisons qu'un pasteur comme lui , privé des connaissances nécessaires pour bien diriger les afi^res de l'état, devait re- tom^ner aux champs d'où il était sorti; que Dieu était témoin de son peu d'ambition et que d'aU- Digitized byLjOOQlC -^ 249 — leur^ su santé lui f^$ait une loi du Fftpo^ qu'il aidait bien acquis par le9 ^arvicçfi reudw à la pa-* trie, n fallut bien se conformer à son irrÂfQÇQbh résolution et nonuner un autre citoyen. Toute- fois il proposa pour son successeur , ce géoëral Don Kamon Balcarcé dont j'ai déjà parlé , oréa- ture qu'on lui croyait dévouée et que pour ce motif on appelait plaisanonent le capqtaz * de AosaSt Balcareé a trabi sa cause en se mettant à la tête du parti fichùmatique formé nouyellement entre les fédéraux eux-^mêmes ; car pour les uni- taires , ils attendent patiemment que les fédéraux soient aux abois pour réorganiser leur pauvre patrie. I^in de se retirer dans ses estancios^ à Timi- tation du classique Gincinnatus^ Rosas prétexta, pour garder les armes en main, une guerre contre les Indiens, laquelle n'eut d'autre résultat que de prouver à ceux-'ci la fiùblesse des Argentins. Il alla camper sur les bords du Rio Colorado, en Patagonie; il y passa l'hiver de 1835 à faire des proclamations à ses soldats , à guerroyer avec les Indiens qui se riaient de lui , et dès qu'il apprit I Capotas^ est un conb-e-niaiti'e ; ii|i Qiaitre*valet. Dans tous les établisseniens de campagne et de >ille , il y a des capataees pour diri- ger les ouvriers. Digitized byLjOOQlC — . 220 — la trahison de Balcarcé, il s'empressa de venir le châtier, mais celui-ci ayait pris la fiiite avec ses complices. On offiît de nouveau le gouvernement à Rosas et de nouveau il refusa. On lui vota dans la chambre des représentans une superbe épée d'or, enrichie de diamans^ à l'occasion de sesbril- lans succès en Patagonie!... On fit plus, on lui offiît une île d'une étendue assez considérable vers l'embouchure du Rio Colorado, avec des habitans, des bestiaux, etc., le tout pour lui et les siens. Mais Rosas, dont la fortune est déjà immense, rejetant avec un désintéressement remarquable, des présens qu'il croyait être bien au-dessus de son mérite, demanda tout simple- ment à la chambre des représentans de Buenos- Ayres, pour lui et les che& qui l'accompagnaient, un petit terrein de soixante lieues carrées , dans la partie de la province qu'il choisirait! Que vous semble du désintéressement? trois mille six cents lieues de superficie, au lieu d'une lie dans ua fleuve ! Bolivar, Sucre , San-Martin ou Santa- Ânna auraient eu plus de pudeur, certainement '. I Le pouvoir exécutif a proposé à la salle des représentans de Toter cinquante lievea carrées , sur la marge Orientale du ruisseau el Sauce Grande : voyez la Gaaette Mercantile du 9 août 1834. Digitized byLjOOQlC _ 221 — Enfin Rosas est encore le maître du pays, et il le sera long-tems, à moins qu'il ne lui arriye ce qui ne pouvait échapper à Quiroga. En résmné, Rivadavia, auquel on ne peut adresser d'autre reproche que celui d'avoir voulu rendre sa patrie virQe avant l'âge de puberté, Rivadavia aurait fait de Buénos-Âyres une nou- velle Athènes. Rosas, avec des moeurs austères et peu d'édu- cation, en eût volontiers Êdt une Lacédémone, mais la coterie qui l'entourait et le protège encore ne fera de Buénos-Ayres qu'une cité espagnole. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE X. itat i6«Ul.— KoMn.^ Je dirai peu de chose ici des habitans de la eâmpagne ou Gauchos, qu'on peut dasser à beau- coup d'égards, arec les bédouins d'Algef, les Digitized byLjOOQlC — 224 — sertanejos et les manuducos du Brésil , ou même les zambos de la Colombie. La description de leurs m^œurs nous conduirait trop loin en ce moment, et j'ai encore bien des diseryations à fiure dans Buénos-Âyres ayant d'entreprendre l'excursion de l'Uruguay; je renyoie donc le lec- teur à la suite de mon yoyage dans la Banda- Oriental et le Rio-Grande, où, en parlant des Gauchos de ces contrées, je les comparerai ayec ceux de Buénos-Âyres ; il y sera aussi question de la nuftiière de yiyre en campagne , de yoyager par terre ou par eau , des productions de la na- ture et de l'art , des cmîosités , etc. On a déjà yu , au chapitre huitième , de quels élémens se compose la population de ce pays; j'ajouterai que , dans les yilles , malgré l'affluence des Anglais, des Italiens, des Allemands et des Français, on y suit encore^ plus ou moins, les usages espagnols , plutôt par la force de l'habi- tude que par sympathie. Ceux qui habitent la campagne yiyent disséminés dans les pâturages ou fermes pastorales appelées estiutcias , ou dans des bourgades peu peuplées. La propagation étonnante des cheyaux et des bœufs européens^ soit domestiques, soit deyenus Digitized byLjOOQlC saUTages dans ces immenses plaines * et Ttisage presque exclusif de la yiande pour nourriture , ont dû nécessairement exercer une influence di- recte et permanente sur le caractère, les habi- tudes'et les inclinations de ces peuples, en leur întprimant un cachet d'originalité qu'ils conser- veront sans doute encore long-tems, à moins qu'on ne se décide à adopter les platis de Riva- davia pour les colonisations intérieures, et les progrès de la nayigation des riyières. Cette grande &cilité de subsister yorej^ue sans trwaUy de se yétîr avec le produit àe la dépouille d'un bœuf, cette TÎe errante et vagabonde, faisant nattre en eux l'esprit d'insubordination, soiit à leurs yeux autant de conditions sine qud non d'indépen- dance. . •• mais d une indépendance plutôt sauifage que d'une indépendance raisonnablementcalculée pour arriver au bien-être que procure la civili- sation.... Cette habitude de liberté physique ferait pré- cisément , qu'aucun gouvernement monarchique ne pourrait se maintenir chez ces peuples et I Les chevaux ae multiplièrent si rapideiiieiit dans les Pampo9 que dès i*anDée i668, c'est-à-dire 33 ans après la première fondation de Bnénos-Ayres, les Araucanos possédaient déjà plusieurs escadrons de cavalerie dans leur année. 15 Digitized byLjOOQlC même qu'une organisation régulière, tardera encore à s'y établir ; car l'idée d! obéissance chez les Gauchos tient en quelque sorte de celle da sauvage, suivant instinctivement celui d'entre sa tribu qui sait en imposer aux autres par des facultés physiques surnaturelles. C'eàst ainsi que les Gauchos obéissent aumiglément à Rosas , ou à tout autre qui , comme hii , sait manier le laxo las bolas, et le cuchUIo * avec une dextérité com- parable à celle d'un Indien Pampa. Toutefois , il ne &ut pas que l'adresse du chef se borne là , car il ne manquerait pas de rivaux; il fiiut encore qu'il soit le meilleur écuyer ( ginete ) ; qu'il sache monter à poil nu , sans selle , sans frein , le pre- mier cheval indompté qui lui est o£fert ; il fitut, qu'armé de ses éperons-monstres à larges et lon- gues mollettes , et monté au-dessus d'un portail ouvert y il ait l'habileté de sauter et de se tenir sur le cheval qu'on en &it sortir au galop... 0 faut qu'il ne craigne pas de descendre une côte, quelque rapide qu'elle soit , sur im cheval lancé ventre à terre; il faut que vous dirai- je en- core ? il Éaïut mille prouesses , que Franconi lui- même ne ferait certainement pas, mais que le gé- néral Rosas sait &ire ! Or, un monarque qui I Couteau-poignard. Digitized byLjOOQlC — 227 — n'aurait à leur montrer que des jongleries diplo- matiques ou judiciaires , avec des parades de cour, ne pourrait prétendre k l'honneur de com- mander ou de gouverner de tels hommes. 11 est juste cependant de faire observer que panrn ces pâtres , ceux de la province de Bué- nos-Ayres , de la Banda-Oriental , di Entre-Bios^ de Santa-Fë et même de Corcloifa , vivant loin des femmes, au milieu d'immenses solitudes, sont les plus abrutis et les plus vicieux , tandis que les paisibles bergers du Tucuman et de tout le haut-pajrs^ qui vivent réunis en petites peuplades, of&aient partout, avant les guerres qui ont désolé ces vastes plaines, et ofirent encore en beaucoup d'endroits, les mœurs innocentes de 1 antique Arx^adie. « De jeunes couples , dit un géographe célèbre , y improvisent même au son d'une gui- tare, des chants alternatif dans le genre de ceux que Théocrite et Virgile ont tant embellis, » J'ai employé assez long-tems, dans l'établissement industriel que j'avais formé à Buénos-Ayres deux peones ( journaliers ) du Tucuman, qui ne chan- taient jamais que de cette manière et toujours en s'accompagnant de la guitare. M* le baron de Humboldt a observé que les Digitized byLjOOQlC — 228 — anciennes colonies espagnoles n'étaient pas dans des circonstances aussi fayorables à leur émanci- pation que les colonies anglaises ' ; cela est incon- testable, si Ton entend parler des lois civiles et religieuses qui régissaient les unes et les autres ayant leur indépendance. <( Car tandis que les na- tions européennes s'éclairaient, s' élevaient « se fortifiaient, dit Raynal^ l'Espagne les regardait d'un œil stupide et superstitieux, sans vouloir rien emprunter d'eux. Un mépris décidé pour les lumières et les mœurs de ses voisins, inspiré par les souvenirs d'anciens succès , formaient la base de son caractère et de sa législation. » Il est certain que, malgré les eflforts que les créoles es- pagnols ont faits poiu* se soustraire au despotisme monacal, à celui de l'inquisition, ainsi qu'aux exigences de l'Espagne, il est toujours resté par- mi le peuple certains préjugés, certaines supers- titions , germes trop enracinés et trop bien cultivés par une nation fanatique , pour ne pas étouffer à leur naissance les principes civilisateurs qu'on a pris soin de semer chez les Argentins •. Mais, à part les lois que Rivadavia songeait sérieuse- i Voyage av^ réyions équinosiales. Int. * Ceci doit s'entendre du peuple des villes ; car celui de la campa- gne (les Gauchos) n'ont d'autres préjugés que ceux qui naissent d'i vie purement animale ^ presque sauvage. Digitized byLjOOQlC — 229 — ment k mettre en harmonie avec la nouTelle or- ganisation du pays, les moeurs des colons eq>a- gnols , surtout dans cette partie de F Amérique , s'adaptent mieux aux formes républicaines que oeUes des colons anglais; elles ne pourraient même s'accommoder d'une autre forme de gou- Temement, par les diverses raisons déduites plus haut. On trouvera bien , dans la république ar- gentine ou dans celle de l'Uruguay, quelques cheÊ ambitieux qui voudront dominer sur le pays , mais on n'y remarquera pas conmie aux Êtats«Unis, cette tendance à l'aristocratie qui ramènera peut-être un jour ce gouvernement aux formes monarchiques. Je désire me tromper, mais je crois, parce que j'ai pu observer, que les États-Unis de Nord-Amérique seront plus tôt ingrats envers leur chère déité que les États de l'Amérique du Sud .... Examinons plus attentivement les moeurs et coutumes de Buénos-Ayres : Quand j'arrivai dans cette ville, j'allai m'ins^ taller dans la Fonda de Francia (hôtel de France) où je trouvai grand nombre de compatriotes; le capitaine Soret y logea aussi. Je fus étonné de la nudité des appartemens et du peu de propreté Digitized byLjOOQlC — 250 — qui y régnait; mais ce fut bien autre chose , quand, la nuit, je me trouyai enyahi, sur mon lit de sangle (co/re), par des myriades de puces et de punaises qui me dévoraient !.*. A l'iieure du diner la table-d'hôte , occupée par vingt-cinq ou trente Français, fut. couverte de viandes arran- gées à toutes sauces ; cette vue m'ôta entièrement l'appétit : d'énormes pièces de bœuf occupaient le centre de la table, tandis que les cotés étaient flanqués de côtelettes , de grillades , de hachis , puis encore des hachis , des grillades et des côte- lettes. .. Comme je m'étonnais de cette profusion de viande (il pouvait y en avoir soixante-quinze li« vres sur la table ! ) on me dit qaeVarroba (quart de quintal ou vingt-cinq livres) valait en ce moment une piastre pilier ^ environ quinze sous! et que désormais il Êdlait me résigner à m'en repaître comme les autres , sous peine de pâtir, par cette raison que les légumes n'étaient pas cultivés, que le poisson ne valait rien et que le pain était fort cher; et en effet je remarquai sur la table, à coté de ces quartiers de bœuf qui me dégoûtaient, des petits pains ronds de la grosseur d'une pomme de reinette ! Comme je me plaignais du peu de propreté de cette fonda , tenue cependant par xme fian- Digitized byLjOOQlC — 251 — çaise mariée à un espagnol, on me répondit que c'était le meilleur hôtel y après celui de Smith , Anglais, oh Ton payait très-cher un service de luxe^ • La première journée de mon installation fut employée à déballer mes fusils , pistolets , cou- teaux de chasse et munitions , et à les mettre en état de service ; ce n était pas sans raison que je prenais ces précautions , connue on va le voir : pendant la nuit il y eut une émeute , causée par l'arrivée prochaine de Quiroga^ lequel n'avait échappé que par miracle à la déroute qu'il venait d'essuyer dans l'intérieur* La popidace , on plu- tôt une poignée de gens du bas peuple, excitée, peut-être payée par les fédéraux , parcourait la viUe en brisant les vitres des unitaires et profé- rant des cris sinistres tels que mueran los unita- rios ! mueran îos Franceces !.. Ces dernières vo- ciférations nous intéressaient plus que tout le reste ; nous en étions redevables à M. MandeviUe, dont les tergwerscUions avaient compromis tous les Français de la viUe et de l'intérieur, ainsi qu'à M. le vicomte C!omette de Venancourt qui avait I Depuis il s*est établi d'autres fondas , ainsi que des restaurans , dans lesquels on est beaucoup mieux servi et à meilleur marché, con- séquence naturelle et de la rivalité. Digitized byLjOOQlC — 252 — brûlé , tout récemment , pendant la nuit et jHvr surprise , les seuls navires de guerre de la répu- blique... Ce fiit encore une des nomlnvuses mal- adresses de notre consul de ùàre agir si brutale- lement le commandant de la station , dans un moment où les Argentins étant exaspérés, avec raison , contre nous , par notre intenrention à main armée dans leurs disputes , il ËJlait au con- traire user de prudence et de ménagemens afin de calmer raffervescence populaire. Sans la sage conduite descbefs fédéraux (et je me plais âleur rendre cette justice ) , les Français eussent pu être égorgés cbez^eux, et le consul le premier *... A l'approche de Quiroga , notre ennemi déclaré, la populace avait redoublé d'audace et nous in- sultait hautement. Cependant comme on s'atten- dait à ces démonstrations hostiles, chacun se te- nait sur le qui vive, prêt à rallier ses compatriotes les plus voisins ; tous les Français logés dans la fonda^ étaient bien armés; dès les premiers cris, ils s'étaient transportés sur la terrasse , ( azotea ) où ils se tenaient résolument sm* la défensive. Quant à moi , relégué au fond d'une seconde cour , avec mon préparateur, je n'entendis rien * Le consulat était à cette épo«iiie, calle de la Florida, au centre de la vitle. Digitized byLjOOQlC de ee qui se passa dans la maison. On me dit le lendemain qu oq n ayait pas jugé néoessaire de me réveiller, les fiictieux s'ëtant bornés à crier et à briser les vitres . de droite et de gaudbe sans toucher à la fonda ; l'attitude guerrière de nos hôtes leur enfavait imposé. Le lendemain j'allai voirie consul et lui exprimai mes craintes ;— il me répondit qu'en cas d'émeute sérieuse , les Fran- çais devaient se rallier au pavillon ( in iUo tem-^ pore c'était encore le drapeau de la légitimité ) ; qu'il avait des armes et qu'on se défendrait triste alternative i!-^ U ne réfléchissait pas seule* ment s'il j avait possibilité de se rallier ; on eût été égorgé, assommé, avant d'avoir parcouru trois cuadres '. Heureusement la police prit des me- sures énergiques et l'hostilité se borna à des in- sultes verbales. A l'entrée de Quiroga il y eut bien quelque» coups de sabre de donnés à plu- sieurs Français, entr'autres à M. Sens, mais ces Messieurs ne devaient s'en prendre , suivant le consul, qu'à leur curiosité qui les avait portés sur le passage de la pïdpe. L'insouciance apparente de M. Mandeville, m'avait rassuré un peu; je compris cpi'on était 1 J'ai déjà dit qu'un traité de commerce eût évité ce qui est advenu. Digitized byLjOOQlC — 334 — habitué à ces émeutes et qu'il fUlait m résignera receyoir dans la yille un coup de couteau, à être boulé ou enlacé dans la campagne, comme un bœuf, avec le même sang-froid, la même philosophie que le consul affectait*. • Fermement résolu k me conformer aux usages du pays, je me ccHifiai k ma bonne étoOe, et je me mis à parcourir la ville dans tous les sens. Le spectacle qu offre son intérieur, change trois fois par jour : autant il est animé le soir et le matin, autant il est morne et triste k l'heure de la siestOy c'est-à-dire depuis deux heures jus- qu'à cinq, au moins pendant les chaleurs. A cette heure de repos tout est fermé, les a£Biires sont suspendues, les places sont désertes et l'on ne voit le long des rues que des changadores ^ étendus à terre le long des veredas * où ils dor- ment, après leur dîner, jusqu'à ce que les affidres reprennent leurs cours. En ce moment de léthar- gie, la ville de Buenos^ Ayres n'est pas du tout attrayante. Ce qui vous aurait enchanté le soir, ce qui vous eût étonné le matin, a disparu derrière le rideau pour fidre place à la monoto- nie, au silence de la mort. Vous ne voyez dans 1 Journaliers ou portefaix. « Trottoirs. Digitized byLjOOQlC — a35 — les plus beaux quartiers que le6 portes fermées des tisndas * si étroites, si vilaines, avec leurs petits guichets grillés qu'on les prendrait qpour des loges de fous; ou bien des grilles de fenêtre avançant tellement sur le trottoir qu'on n'y peut marcher deux personnes de front ; chaque an- cienne maison parait, en vérité, ressembler à une prison, tant les grilles sont épaisses, et les fenêtres rares. Ce qui eût échappé à l'analyse aux heures de circulation, s'o£&e de soi-même, en cet instant, avec tout le ridicule, toute la laideiu* qu'un reste de prévention nationale se plait» il ÙlvlI l'avouer, à amphfier encore. Grâce à Riva- davia les principales rues ont été pavées et nive-* lées, surtout celles qui avoisinent la place de la Victoria; mais si l'on s'éloigne de ce point cen- tral pour visiter les quartiers de la Besidencia, de la Concepcion^ de Monserratj de Lorea, de Sari'Nicoîas , ou de Las Catcdinas , on est efirayé de voir l'escarpement des trottoirs, longeant des rues ou plutôt des fossés profonds^ boueux et impraticables en tems de pluies, présentant pendant la sécheresse des trous , des espèces de précipices comblés en quelques endroits par de I Boutiques ou plutôt magasins de toute espèce de produits d'in- dustrie ou d'art. On appelle aimacen , une boutique d'épicerie ou de comestibles en gros en détail. Digitized byLjOOQlC — 256 — la poussière semblable à de la cendre , ou par des têtes de bœuf, de cheval, et même des car- casses entières de ces animaux ; hem^eux encore si vous ne vous trouvez pas tout^-coup arrêté par le cadavre de quelque animal en putré&c- tion M... Des cercos de tuna % de vastes corra- lones^ quelques maisons basses, composent des cuadres entières, à l'angle desqudles, appelé EsquinOy on rencontre presque toujours une pidperia^ espèce d'échoppe et de cabaret, tout à la fois, à la porte de laquelle s'aperçoivent des chevaux de Gauchos, attachés à un poteau, tandis que leurs maitres jouent aux cartes , a escondi- dasj c'est-à-dire en cachette, pendant que les céladores font la siesta; car on a prohibé sévère- ment le jeu de carte {harcga) appelé monter pour lequel ils sont si passionnés qu'ils jouent souvent jusqu'à \e\xr chemise; heureux quand le jeu finit sans querelle! dans ce cas, elle se vide sur la place même , avec le long couteau dont ils sont toujours armés. Profitez de l'occupation des Gau- chos, pour passer inaperçu, si vous tenez àn'être « Une graode preuve de la salubrité ^ Tair dans celte ooniréec'eft qu'il n*7 a jamais de maladies pestilentielles ; ce dont on s'étonne avec raison, à la vue de tant de matières animales en décomposition.... s Enclos de cactus-cierges du Pérou. ' Grandes cours. Digitized byLjOOQlC — 857 — pas salue par les épithètes grossières de gringo, de carcaman ou de cofetiUa. Mais la ville sort de sa léthargie ! les changa- dores sont debout à leur poste, aux esquinas; les portes des tiendras se rouvrent; les charrettes nationales * et leurs damnés concurrens les petits charriots anglais * se sont ébranlés; les nombreux conunis, les courtiers, les agens d'affidres se sont remis en course, les uns à pied, le plus grand nombre à cheval; la plage se couvre de voitures, se croisant en tout sens; seulement la multitude des hautes carretillas suit une même direction, elles vont de la douane aux balandras ^, puis on les voit revenir des balandras à la douane cou- vertes des riches produits d'une industrie étran- gère. Encore deux heures d activité, d'occupa- tions sérieuses, puis une nouvelle décoration, des scènes plus paisibles, plus enjouées, plus agréa«- blés, plus en harmonie avec nos moeiu*s, vont captiver notre attention jusqu'à ce que les sérénos nous avei*tissent qu'il est l'heure de rentrer. « Catretilltu. « Carros ingleses. s Les balandras sont des aDéges à Taide desqueik» s'opère le déchargemettt et le chargement des grands bâtimens ; les rarretiUas , au moyen de leurs énormes rones, peuvent les accoster sans mouUler la marchandise. Digitized byLjOOQlC — 258 — Courons vite nous placer à las cuatro esifmnas des rues du Pérou et de la Victoria , k une cua- dre de la place; nous allons voir le changement à' vue et les scènes les plus intéressantes du soir. Au moment où Ton commence à illuminer la ville le bruit cesse graduellement : les carretil- las et tes carros ont été reconduits au lieu de leurs stations, les changadores, composés de nègres rofafuistes, dlndiens Patagons et de mulâtres , ont réjoint leurs &milles dans les quartiers reculés; les Gauchos se sont hâtés de regagner leur rân- cho*; enfin, tout ce qui pouvait ofiusquer la vue d'un Européen nouvellement débarqué, s'est éclipsé pour feîre place à la population décente et civilisée, qui n'attendait que l'heure où l'ar- dent Phébus laisse respirer la chaste Phébé pour se montrer, dans les lieux publics , digne de la haute opinion qu'elle a conçue d'elle-même Regardez, voilà la longue procession des belles Portenas qui commence : voyez- vous cette file non interrompue de vingt femmes , marchant lente- tement en se balançant mollement au mouvement régulateur de l'éventail? et bien, c'est une seule famille, et vous ne voyez heureusement que la portion féminine ! car si les hommes ne prenaient * Sorte de cliRumière , que je décrirai plus loin. Digitized byLjOOQlC — 389 — pas le parti d'alkr se promener de leur cèté , il n y aurait plus moyen de circuler; comptons : douze fiUes nid>iles et charmantes ; la mère en- core )enne et buena mossa ; trois tantes , un tant soit peu enyieuses de leurs nièces^ souriant à tout Tenant et lançant plus d'un regard significatif; une grand-mère, encore fraîche et bixarra , en- fin trois criadasy mulâtresses, chinas ou nègres- ses^ riant sous-cape à plus d'un cabaBero^ dont elles ont&TOrisé les vues. Tout cela va entrer dans cette riche tienda, où déjà tant de femmes sont entrées et d'où dOies sont sorties sans rien acheter ; elles Tcmtfiure atteindre, déplier, chiffonner les {dus bcJles étoffes deParis, de Lyon, de Londres et de Manchester; les moxùs de tienday ont se confon- dre en politesses, en petites attentions pour prére- nir les désirs de ces charmantes Senoritas, et très- prcd^aMement elles s'en iront en leur disant « es t.Litlér«leiiieiil , cabaUero signifie chevalier, gentiltioiiime; mai» il s'applique dans le sens de Monsieur à tout homme décent et de belles manières. Le peuple s'est emparé de ce terme , et je n'ai pu m'empècher de rire en voyant les nègres se traiter entre eux de ca- ballen». Jusqu'à la langue «spagnc^ on castillane se prête aux fonnes démocratiques ! il n'y a point de difTérence dans la manière de s'expri- mer ; les formules de politesse sont les mêmes chez le bas peuple que chez les grands ; on entend avec une agréable surprise un nègre dire à un antre nègre qu'il rencontre : Como esta su senora F y la fami- liaP Dona Juanita... y todos F — muy Iniênos estan, para servir d ni. — f^aya, me alegro ! muchas expresiones de mi parte. Digitized byLjOOQlC ~ 340 — muy hermoso ! v^peremos otro dia^ si tMcaso.. . » Les commis de magasin ont afifecté beaucoup de politesse y mais ils n'ont pas perdu de vue les criadas^ car il arrire assez fréquemment, au dire des tenderosj que des Portenas peu scrupuleuses, profitant d'un moment où la foule encombrant une tienda les commis ne savent de quel câfë tourner la tête, font passer à leurs suivantes des pièces d'étoffes riches, ou tout autre objet dont elles ont envie. — Je vous préviens que je ne prends pas sur moi la responsabilité de cette in- culpation; je vous la donne comme un on <£/, par amour pour l'exactitude dans la narration , uniquement. Du reste ce ne serait peut-être qu'un dédommagement , une fiûble compensation des sacrifices, du démuèment de ces jolies senoritas envers des ingrats.... Car il fiiut que vous sachiez que les tenderos (commis de magasin) sont nmjr pûlos * ; mais aussi , comme dit le proverbe espa- gnol, que les Argentins ont adopté : « ApiUo^ piUo y medio!.... » La foule des promeneurs augmente, les colon- nes atmosphériques sont tenues dans une vibra- tion continuelle, par des propos galans qui cha- - 1 Bien fripons. Ce mot s'emploie dans le sens de roti^, rusé, fin. mdroii , habiU à tromper. Digitized byLjOOQlC loqiUent agrëfdilêmaut le tympi^n de votre oreille ; voyez w BQuveau groupe a'avanç^nt, et au luilîeu cette rap^be penK>ime portant fi&rewen^,- n^ôs avec ixiajestéy une bftte om^ de roses et d'un uuiguifique p^iffefon ! Ne dirait-ou p^ de Calyp^o ampiU^u de ses uymphes? £coute^.MM c'^t la b^Ue Mariquit^^ surnommée k ^trella 4à suri Catfc? foul^ de jeuues gep3, dout U çonvenatiou est $i mimée , ne la laisser^ pas pas^r sans lui adr^^er if^ houmiag^, JSUe est au mjSieu d'eux ; c'est k qui s'eiupi'esseï?^ autour d'ell?. Voye« avec <{ueUe grdce çbarmantei avec quelle aisance elle répond à chacun d'eux en le désignant par son nom. La foule grossit, car Mariquita subjugue tous les cœurs Étrangers ou Porteuos, tous briguent Fhonueur de s'en £ure remarquer. On la complimente sur la grâce qu elle a déployée dans la dernière tertuUa ' » en dansant divinement un cielUo et la montonera *. A l'aide de sa mère, de ses coiuines, de ses tantes et des criadas, Ma- riquita parvient à se dégager de la foule de ses adorateurs ; la voilà qui se dirige du côté de la Alameda; suivons le flot qui nous emporte. Conune elle reprend sa dignité! son port de « Soirée dansante. s Sorte de menuet sauté , dans lequel la danseuse imite les casta- gnettes avec les doigts. Cette danse est tout-à-fait ravissante. 1G Digitized byLjOOQlC — 242 — reine!... Vous la croiriez fière, inabordable, dé* daigneuse ; eh bien, pas du tout ! c'est la meilleure persoûne qu'on puisse voir ; elle a de la sensibi- lité , de l'enjouement , de là naïyeté , mais elle s'aime par-dessus tout !.... Elle n'a encore donné son cœur à personne ; elle ne le donnera peut- être jamais , surtout si elle épouse un étranger, (une Portenâ refuse rarement un étranger); mais s'il arrive qu'elle en dispose , mariée ou non , ce dont on ne peut pas répondre, heureux le mor- tel qu'elle aura choisi !... car plus d'un Porteno lui appliquera , en soupirant^ ces charmans yers de Quintana : a Feliz aquel que junto à ti suspirA , « Que el dulce nectar de tu risa bebe , (( Que a demandarte compasion se atreve (c Y blandamente palpitar te mira IIP» I Quoi que la suavité de ces vers ne puisse être readiie par la traduction , voici comment j^ai osé les pai-aphraser : Trop heureux le mortel qui près de toi soupire, Qui , s'enivrant d'amour et de ton doux sourire, Compassion de sa tlamine ose te demander £t te sent , dans ses bras , doucement palpiter 1 Pour consoler le lecteur de ma mauvaise traduction je vais repro- duire ce passage de Vépitre de Voltaire à MUe Gaussin. (Imitation de Saplio.) « Heiveux cent fois le mortel amoureux, « Qui tous les jours , peut te voir et t'entendre , Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC / ■ • . r. '. ■ -i Digitized byLjOOQlC .^^^^ Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC — 245 — Je vous vois déjà ravi à la seule vue de Marl- quita, c'est une merveille, vous écriez- vous, haletant et coudoyant la foule de ses admirateurs. -^— Oui c'est une merveille; mais attendez que nous soyons à F Alameda et cette merveille s'effa- cera entré vingt, cinquante, cent Portenas plus ravissantes les unes que les autres.... et qu'on ne me taxe pas de vouloir feire de la poésie aux dépens de la vérité! j'en appelle à tous ceux qui ont séjourné assez long - tems à Buénos-Ayres pour n'être plus sous l'influence de la prévention et je les somme d'avouer qu'ils n'ont pas vu de femmes plus séduisantes. Celles de Montévideé , seules en Amérique , peuvent leur être compa- rées ; ensuite il faudrait aller en Andalousie , en Italie, en Grèce , en Géorgie ou en Gircassie pour retrouver leur type enchanteur. Savez-vous ce qui leur manque pour subjuguer complètement jusqu'à nos volages Français ? de l'instruction et quelques vertus sociales dont elles n'ont pu avoir ridée sous le gouvernement qui règne et par le « Qui voit son sort écrit dans tes beaux yeux ; « Qui , péuétré de leurs feux quUl adore , <( A tes genoux oubliant Vunivers n Parle d^aniour, et t^en reparle encore ! « Et malheureux qui n'en parle qu'en vers I » Cette paraphrase est belle, mais ce n'est pas Quintana. Digitized byLjOOQlC — 244 — tems qai court ; aussi ne leur en fiii&*)e pas un crime! VAlameda^ où j'ai débarqué ^ où tow ceux qui ont yisité le pays ont débarqué comme moi, est le rendez^YOus du beau monde, le soir^ pen- dant l'été, et l'après-midi des jours de £&te dans toutes les saisons. L'Alameda^ proprement dite, n'est pas très«étendue ; elle n'occupait qu'une cuadre à mon arrivée ; depuis elle a été augmen- tée du double, mais il y a à la suite un cbemin qui âe prolonge très-loin 9 en longeant la côte peu élevée de la ville; c'est ce qu'on appelle le Ba^Q *• Ce lieu est un des plu^ agré^le$ à firé- quenter à cause de la fralcbeur, de la pureté de l'air qu'on y respire et de la variété d'objets qui en composent la perspective; car on est en &ce de la rade, toujours couverte de bâtimens pavoi- ses. Le lieu de débarquement est rempli de cba- fl Prononcer ha-hb , avec une forte aspiration du gosier. Ce inotdési' gneun terretn bas. — Lej ( appelé Jota) , devant toutes les voyéVes et le g devant eeii, ont un son guttural comme dans bajo , qu^on ne peutsaisirqu^après beaucoup de tems passé dans le pays. C*est à-peu- près la seule difficulté qu^ofire la belle et riche langue castillane, mais aussi c'est une difficulté insurmontable pour beaucoup de personnes et l'occasion de rire à carcajadas (à gorge déployée) pour les portenas , lesquelles prennent plaisir à faire prononcer aux étrangers certains mots prêtant à l'équivoque , par l'embaiTas qu^ils éprouvent à ^w»- noncer la /oto. Digitized byLjOOQlC — 246 — loupes, de longues et légères pirogues appelées. baleùùères et des nombreuses charrettes du pays ateo. leurs grotesques conducteurs; Tînteryalle asses large séparant le cbemin des eaux du fleuye est rempli par une pelouse toujours verte; le co- teau ou la petite fidaise formant la côte , est occupé par des maisonnettes, des chantiers oït des jardins; le sud est fermé par un horicon loin- tain laissant reposer la vuesur les masâfi de saules de la Boca ; le nord nous montre, en fiioe du Guartd et des qumtas du RsHro^ les nombreuses et curieuses charrettes du Tucuttian, de Salta, de Cordoya et de Mendota, toutes rangées sur une même ligne, avec leurs funîlles nomades groupées ilegmaticpiement sur le gason en face du cosàBorOU du matBhiunbre ', rôtissant au bout d'une broche piquée d:>liquement en terre , sur un lieu en plein air. A tous ces objets, for- mant le fond du tableau , Tiennent concourir une foule de proofteneurs indigènes, d'étrangers cos- mopolites, en voitures élégsjites, à cheval ou à pied , pour ranimer , lui rendre la vie et charmer Tobtervateur. Communément les promeneurs à chevd deKeûdent par le cèté du fort^ et, après avoir bien caracolé , bienfiiit admirer leur grice « Piëcn de Tiandes dont les Gauchos sont très-friands et dont j'aurav ôCcaaSon de reparler, ainsi que des charrettes. Digitized byLjOOQlC — 246 — à cheval , la légèreté de leur course, après avoir bien pmtadoj comme disent les Espagnols, ils vont remonter la Ëdaise au Retiro pour entendre les iâuÊires et la belle musique du Cuartel , ou bien ils prolongent leur course jusqu'à l'ancien couvent de la Recoleta (actuellement le cimetière) à une demi-lieue au nord, et ils reviennent à tra- vers les quintas rejoindi^e encore la place du Retiro , puis la rue de la Florida , la chaussée d'Antin de Buenos- Ayres, où la vanité de l'écuyer se trouve de nouveau flattée à la vue d'une my- riade d'élégantes Portenas placées tout exprès à à leurs fenêtres pour voir rentrer les promeneurs. Bien entendu , nous n'avons pu jouir de ce panorama très-animé , en suivant Mariquita ; no- tre attention a dû être détournée par les propos galaus , les traits fins et spirituels qui circulent , entrainés dans un gaz magnétique dont nous sommes pénétrés, enivrés, ravis , sans trop cher^ cher à nous en défendi'e. C'est le privilège des beaux climats , des ciels sans nuages , sans va- peurs malsaines , de disposer l'ame à envisager la la vie sous des couleurs moins sombres ; ce qui a fait dire à Madame de Staël que le soleil comme la gloire , réchauCFe même la tombe. « Dans le Midi, ajoute-t-çUe, on se sert si naturellement Digitized byLjOOQlC — 247 — des expressions les plus poétiques , qu'on dirait qu'elles se puisent dans l'air et sont inspirées par le soleil. * >> . Madame de Staël disait cda de l'Italie, mais cette pensée, pleine de justesse, trouve son application à Buénos-Ayres plus qu'ailleurs. La beUe langue castillane, aussi bien que Titalienne, se prête merveilleusement à l'expression des sen- timens les plus tendres, comme les plus généreux ; eUe fournit en même tems les propos les plus sé- duisans, les plus mielleux , les plus susceptibles devibrerbarmonieusement jusqu'au cœur comme les expressions les plus terribles , les plus fou- droyantes. Aussi presque tous les Espagnols sont poètes et improvisent admirablement des vers qu'ils chantent en s' accompagnant de la gui- tare ou du piano. J'attribue à cette facilité d'im- provisation et à ce langage poétique, commun parmi le peuple , la pauvreté de la littérature espagnole; l'imagination est tout pour eux et l'orgueil qu'ils en ressentent les empêche de se livrer aux études qui feraient certainement des Espagnols les meilleurs poètes et les meilleurs orateurs modernes. Les Lope de Vega, les Igle- sias, les Iriarte , les Villegas, les Garcilaso de la Yega, les Cervantes , les Jovellatios sont à lahau- 3 Corinne. Digitized byLjOOQlC -^ 348 — teur , sinon des poètes italiens , au moins des poètes^ des critique^, et des otuteùrs français, allemandsetanglais. Or^ les Argentins, en héritant du bel idiome castillan 3 ont été douéfe ^ en Outre, d'une imagination plUê nim et d^un esprit plus indépendani; on là donc droit dé s'attendre k leur toir créer une littérature mnérieâiné digne de la haute opinion qu'ils ont cdneue de leurs facultés intdlectàeUesh L'hospitalité e«t une vertu généralement pra- tiquée cheft les Argcoitins. Il fbt un X/emâ oti Ton te disputait^ à Buenos- Ayres 5 l'é^^^inger nouinÉil- lement débarqué Wap ceé plage§ ; il n'atail que l'embarras du choix; du moment qu'U ttVait é|ft domicile dans telle ou telle maiflon^ il poUYàit se regarder comme étant de la&mille^ et emnme tel^ agir en toute liberté. On garde à pi[^senl plu^ de réserye dans les démonstration^ d'urbanité; on n'observe plus^ à beaucoup près 5 le même empressement , à moins d'une bonne recomman- dation. Les étrangers ne doivent t^etk pa^endré qu'à eux-mêmes de ce ehangement rabit; ils ont abusé ^ d'une manière dégoûtante^ surtout. dan^ ces dernières années où. 1 on a vu déborder à Buenos- Ayres le trop plein de notre cmïisation , des lois sacrées de l'hospitalité. Cependant, on Digitized byLjOOQlC — 249 — peut être âsstùré d'être àccnieiUi aVec bietiVeU- lance et bonté datii touteë les ïnâisom de lu TÎlle, à quelle classe que Fou appartienne; il suffit dé se comporter avec déeence pour être introduit partout. Pour donner une idée de la manière dont s'exerce encore Fhôspîtàlîté à la tille et à là cara- pace, malgré les torts d'uu très-graud nombre d'étrangers , je citerai ce qui m'arriira la première autiée de mon séjour à Buénos-Ayres , et l'on me panionnera , j* espère , de parier de moi en fiiveur de Fimportauce du sujet : Au moment ou la fërmentatiou des esprits était k sou comble par la dé&ite du général Quiroga , je formai le projet d'aller passer trois jours au village de QuUfheSf avec mon préparateur, dans le but d'y chasser et d'eiplorer la campagne. Toutes leÈ personnes à qui j'en parlai se récriè- rent sur Fimprudenee que j'allais commettre; M. Faustino Leziôa, lui-même, auquel j'étais re- commandé , eut la bonté de me faire dire qu'il ne me conseillait pas de donner suite à mon pro- jet. Je ne tins aucun compte de toutes ces obser- vations , tant j'avais le désir d'aller &ire ma mois- son d'oiseaux. Je partis un matin, à pied, avec Digitized byLjOOQlC — 250 — Gamblin , tous deux armés jusqu'aux dents etbieu résolus à nous défendre en cas d'attaque. Ou- tre nos fiisils à deux coups , nous ayîons dbftcun une paire de pistolets dans nos carnassières et des couteaux de chass<; au côté; j'avais obtenu une permission de la police pour être ainsi armé. Nous traversâmes BarracctSy puis les Salade- ros^j puis nous entrâmes en chasse ds^ns les vastes plaines marécageuses qui s'étendent sous les pe- tites collines de Quilmes , sans être inquiétés par qui que ce soit. Après avoir chassé toute la jour- née , par une chaleur suffoquante , nous nous acheminâmes^ vers le soir, au village ^ afin d'y chercher un gîte , pensant qu'il y avait au moins une auberge. Notez bien que je ne savais pas un mot d'espagnol ! Gamblin seul, ayant £iit la glorieuse campagne d'Espagne, en 1823, conmie enfant de troupe, en avait retenu quel- ques locutions usuelles. — C'est égal, nous avançons bravement, Tarme à volonté, au milieu des chardons et des ranchos du village en deman- dant une poscula (auberge). Il était bien facile de s'apercevoir à notre costume et k notre hara- goiUn que nous étions nouvellement débarqués. a EtabUssemens où Ton lue les bœufs et les vaches pour en fùre sécher les peaux , saler la viande et même les cuira. Digitized byLjOOQlC — Un brave pidpero^ indigène eut pitié dé notrt» embarras ; il nous fit signe d'approcher : « Il n'y a j>as de posada ici , dit-il , mais si vons voulez vous accommoder d'un mauvais gîte et de notre triste ordinaire, disposez de la maison; elle est à vous ». Cela dit, il nous offrit un cigarrito de papier, en signe d'amitié, et nous introduisit auprès de sa famille, dans une pièce voisine. Sa femme était basanée, mais il avait des enfans blancs et de traits réguliers; sa fiUe a)née, âgée de quatorze ans , était à nos yeux une beauté. Nous en fômes accueillis avec un em- pressement et des soins vraiment touchans. Bref, nous restâmes trois jours et trois nuits à Quilmes, chez ce bon pulpero , sans qu'il voulût accepter , à notre départ , d'autre rétribution que ceUe de la valeur du pain et du vin dont nous avions fait une assez grande consommation. Je ne dois pas omettre une circonstance qui prouve jusqu à quel point va la patience et l'in- dulgence des autorités locales.' Dès le soir de no- tre installation chez le pulpero , nous voidûmes t Pr<»priéUiire A'une, pulperia^ cette échoppe-cabaret dont j*ai déjà Tait mention. Dans la campagne on trouve en outre dans ces boutiques de la mercerie , de la quincaillerie et mille bagatelles à Tusage des Gau- chos Digitized byLjOOQlC — SttS _ aller chassa aux i^iacacha^ « , (g€i^>^ <^^ rongeurs Toisiiidesc/rmcAÂZItt, très-abondaiitpartQutdaiis €^ campagnes )| au lieu d'allet* en deliors , nous nous arrêtâmes sur la jijace du village ^ où nous vîmes des terriers. Nous tirâi^ies qud<]Ues coup» de fusil; mais Fobacurité était si grande qu'il fidlut abandcmner la partie^ Nous j retour- nâmes le lendemain de meilleure heure.*, quelle £it notre surprise de trouver tous les trous bou<^ ohés ! je réfléchis alors sur notre imprudence et J6 me trouvai heureux que le juge-de^paix f&t un homme pacifique» Combien dô maires ^ de juges- de-paix dans nos villages oU nos cantons ^ n'au- raient pas pris la chose sur ce ton 1» ««» Le second exemple d'hospitalité sera pris en ville* Javais pour voisins immédiats, dans là caUe de las Piedras ^ où était mon établissement, une Ëimille très-respectable qui m'avait fait l'hon- neur de me pt-endre en amitié ^ au point que j'étais grondé sétànement quand huit jours se passaient sans me. voir. Je tombai malade i et si sérieusement, qu'on désespéra qudque tems de me sauver; eh bien! pendant près de deux mois que je fus alité , la senora do&a Ramona H 1 Callomys viscacia, G€off. St-Hîlaire. Digitized byLjOOQlC — S53 — eut Pextrème bonté de me «ngow comme son propre fils; de m'aïaîster )a nuit wa^me le jour; ses fiUtt, SBi ^(»w, yenaieni souTent poiur vm dU- tiaîre« et quand jeiiis eu eoiiTalesceiice f giAce k leur» soins assidus^ ainsi qu'à ITiabUeté du doo^ teur Pf oUet ^ » ^ Nancy ^ je reoevaû à abaque însUnt de leur part quaniité do mets, de frian* dises, préparés par ces damea , dana le W d'ex*- citer m(m appétit et de flatter mon foftU Je me plais à leur donner ce témoignage puUic de ma profonde gratitude; le seul que je sois k même d o£firir ; mais je suis faien conTameû que c'est aussi le seul que doua RamonaH Youdrait admettre et qu'elle me gnmkrcdt ancp/v d'aroir mis le public dans la oonfidenee. Après oethommagef rendu aux ▼artushospila'- lières, nous ne craindrons pas d'entrer dans la maison d'un porteno ? Suivons encore la foule des fmmieneiws* f^-Eutendéz-Tous la guitare rai- sonner aigrement par la vîhmtion rapide de ses douze cordes de métal? fiirtMdea^TOiifi desrô immodérés, desdhants monotones , femUaUesè < n y a à IkiéiiM-AyK» aotvalite-Crmf médeeim , tinH chirurgiens , deu Mges-fénmM françaises, six dentisleB, qnaraiiledinphaniiacieiis, tous reçus après «waMopar qn IribuMl de mMwiBe.tofii^seCi chargé de l'inspection des pharmacies. Digitized byLjOOQlC des psalmodie^ •, interrompus par d'autres chants saccadés sur une mesure très-pressée? Tout ce brouhaha , cette confusion , cette gaité barbare viennent de la pulperie voisine où un Compa- drito ' raclant la guitare fait danser aux nègres ou aux métis luie danse immorale appelée média candy en s' interrompant souvent pour avaler une gorgée du verre de genièvre ou de tafia cir- culant à la fonde. S'il vous prend envie d'allu- mer votre cigarre dans cette pulperie, quelqu'un vous dira certainement en vous présentant le verre: « Patron j faites -moi lafai>euràe boire urt coup, » et n allez pa^ refizser ! — Vous seriez re- gardé de travers si une fierté déplacée vous fiii- sait hésiter d'y porter les lèvres Je vous ai déjà averti qu'on ne veut pas ici dî! aristocratie; il faut fi^temiser : liberté^ égalité. .... ou la mort ! ici plus qu'ailleurs. Il y a terttdia * dans cette maison basse dont les deux fenêtres grillées et fermées par des volets en dedans^ ne laiesent apercevoir aucune lumière; cette maison a peu d'apparence, elle est triste, 1 Compadiito signifie eompère , compagnon } c'est un diniinulirOe compadre. On l'applique à une classo de mauvais sujets, de paresseux c|ue Ton peut comparer à ce que le peuple de Paris appelle des malùu. a Prononcez ter ion lia. Digitized byVjOOQlC — 255 — et pourtant elle est commodément distribuée, richement meublée. La plupart des maisons de la ville ont trois cours , quelquefois quatre, et de plus un jardin : la première cour porte le nom de patio primero , c'est la cour d'honneur, toujoiu^s bien pavée, souvent en marbre; la seconde ^o^ib segundo^ c'est la cour des domestiques, encore pavée mais moins proprement tenue, puis la troisième est le corrid (parc) ou se tiennent les chevaux, les volailles etc ; le plus souvent , il arrive que les chevaux sont obligés de traverser la cour d'hon- neur pour aller au corrcd où ils sont tenus hbres, en plein air^ jour et nuit. Les appartemens sont ordinairement disposés en carré autour des cours , et ceux des côtés présentent souvent, de la rue, une enfilade de pièces semblable à un dortoir de couvent. La pièce principale (le salon) est spa- cieuse, toujours plus longue que large, très-éle- vée; garnie de plusieurs douzaines de chaises nord-américaines, d'un beau piano anglais, d'un tapis idem , d'un sofa en crin , de plusieurs tables de jeu et de consoles sur lesquelles sont placés de magnifiques vases de fausses fleurs , des can- délabres, ou des chandeliers simples, en plaqué. Les chambres à coucher des maîtres et des maî- Digitized byLjOOQlC — ^w — tre^ei de la maison i lesquelles sont loin d'être ici, comme au Brésil, en Angleterre, ou eu Turquie , un sanctuaire impénétrable et mysté- rieuxy sont encombrée» par un iomiense lit de si^ pieds can:é$, trèihéléTé^ orué de rideaux d^ soie |;raçiewemeut drapés^ et ce lit est • quel- quefois placé I comme uA catâfrlque au milieu de la cbanibres mais le plus oràiuairemeut sur un des côtés; par uuso&« une élégaute com* mode , uu bureau ^unuonté d'uue petite biblio- thèque «si c'est unecbambre d'homme» et par de» chaises américaines, "-Quant aux chambres des domestiques et des eu&ns , elles sont très- simples ; quatre murailles blanchies, un çatre ou lit de camp 9 recouvert d'un cuir de bceuf, dieux chaises communes » uue petite table et un vase d'eau composent tout rameublemeut,-=r Voilà l'intérieur d'une maison opulente* -^Celles des classes moyeuue et pauvre ne peuvent pas ayoir la même élégauce ; distribuées de la xa^ia^ ^çoo , les murailles au lieu d'être tapissées * sout sim^ plement ManchieS) il y a toujours daus le salon trois, qu^ttrct. ou six domaiues de chaises et un « On eommenoe à lambrûéer dam les maisons modernes, à Mra des arm^îm et des dvninèes, Umlfls iopovalMWs dues à net ostriert. On profite, d^aiUeurs, par tonte rAmèviqge, des progrès rapides de nof arts européens, une innovation utile est adoptée ici bien avant qu'elle soit popularisée chei nous. Digitized byLjOOQlC — 257 — sofa , des petites tables, des yases de fleurs et des chandeliers 9 mais tout cela est nécessaire* ment plus simple , de même que le lit de parade, dans lequel on couche rarement, préférant le ciitre où l'on se jette tout habillé.-— *Gela donne moins de peine; il n'y a pas besoin de &ire le lit.-^— Il faut qu'une famille soit bien pauvre pour n'avoir pas maintenant un piano. Les Buenos- Ayréennes et les M ontevidéennes sont aussi bien organisées que les Italiennes pour la musique ; mais elle ne se donnent pas la peine d'étudier de la musique écrite (généralement parlant); il leur suffit d'entendre une fois ou deux, un air, une contredanse , une ouverture même pour les ré- péter soit sur le piano , soit sur la guitare avec la plus grande exactitude. — Elles affectionnent par- ticulièrement la musique italienne et firançaise , mais un penchant irrésistible, leur fait préférer encore Içs tristes Péruviens, les boléros espa- gnols , les ciélitos nationaux qui ne sont pas sans charme. Rien de séduisant comme ime portena disant à une autre, en confidence, mais qui ne sont pas d'utilité réelle. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XI. BUÉWOft-A* Indiiftria. — GommerM. — V«vig«tMii« On sait déjà à quel genre d'industrie les habi- tans de la campagne s'adonnent plus volontiers; Y éducation et la propagation du bétail, lesquelles exigent de leur part un travail bien peu labo- Digitized byLjOOQlC _ 264 — rieux, puisque la nature et les cheyaux sont les grands ressorts qui agissent le plus puissamment dans cette occupation machinale..../ L'agricul- ture n est en honneur que dans la Banda-Onen- tal et sur quelques "points de la province de Buenos- Ayres, non loin delà capitale; encore est-il qu'elle mérite à peine ce nom^ par Fimper- fection des instrumens aratoires. — Figurez-TOus que la charrue de Buenos- Ayres , appelée rqa^ n'est pas autre chose qu'un long pieu de bois recourbé en crochet , lequel déchire inégalement la surface du sol, grâce aux efforts de deux boeufs mansosy attelés à l'extrémité supérieure de la reja!... Faites-moi le plaisir de me dire si au tems de Janus, à l'époque de cet heureux âge d'or dont nous parlent les poètes , où Sa- turne chassé du ciel par son usurpateur de fils était réduit à enseigner l'agriculture aux peuples du Latium, dites-moi je tous prie si les instru- mens étaient plus imparfaits y plus barbares 'ijt.. Il fut un tems cependant ( admirez la ferti- lité du sol!) où malgré la culture arriérée des terres, elles produisaient non seulement assez de blé pour la consommation du pays , mais encore il s'en exportait beaucoup au Brésil , et même aux iles de France et de Bourbon. Aujourd'hui Digitized byLjOOQlC — 265 — Buenos- Ayres est tributaire du Chili et des États- Unis pour une grande partie du froment qu'elle consomme, et faute d ayoir renouvelé les semen- ces, le peu qui se récolte encore de cette céréale a dégénéré tellement qu'on n'en obtient que du pain bis.. Jusqu'à la culture du maïs a été né- gligée!.. La Banda-Oriental fournit en partie à la consommation de Buenos- Ayres Oh! incu- rie des Argentins ! Le sort de yos neveux n'est pas brillant, si vous ne vous hâtez de changer de système. Gomme le gouvernement obscur -dl a pas encore réussi à expulser de la ville le grand nombre d'Européens industrieux, établis depuis long- tems, il est qvielques arts et quelques métiers qui prospèrent encore, en donnant un peu d'ac- tivité au commercg , tels sont : les fonderies de suif, les fabriques de savon , de chandelle , de chocolat, de vermicelle, de yerba, celles de carrosses, de récados (selles du pays), de selles étrangères, dé ceinturons, de bahuts, malles etc., de peignes d'écaillé et de corne; les boulange- ries, la ferblanterie , la chapellerie, l'ébénisterie, l'orfèvrerie, les teintureries, la joaillerie , la ma- telasserie et la confiturerie , plus deux fabriques nouvelles de cuirs tannés. Tous ces arts et mé- Digitized byLjOOQlC — 26(5 — tiers foumûsent au trésor d'asses fortes contriba- tioiis de patentes et occupent un grand nombre de JonSj tant étrangers que nationaux. Parmi ces ÎBfidustries il en est qui sont propres au pays , bien qu'elles soient «n partie dans des mains étrangères , telle&sont : la fonte des sui&, la fiibri- cation du sayon, de la yerhaj (berbe maté); celle de babuts, demallesy darganas * de mate- las et de Vts de camp. Le savon de Buénos-Ayres est d'une espèce toute particulière; il se &brique> ou arec du suif pur, en branche, ou arec des résidus -de fonte de suif (cretons et crasses) ou ayec le mé- lange du tout, dans des proportions arbitraires. Il est noir ou rougeàtre^ suivant les proportions dn suif ou des résidus. Ce qu'il y a de remar- quable dans cette &brication, c'est qu'on em- ploie pour le durcir la lessive de cendres à hast de potasse. On est d'abord étonné de voir que la potasse opère ici différemment qu'en Europe, mais on cesse d'être surpris quand on sait que les cendres dont il s'agit contiennent encore un autre sel qui , se combinant avec la potasse , dur- 1 Sortes de panien on de coibeiDes de cuir non tanné ponri aux bètes de somme} les repartidores de pain, de savon, de lègnmcs etc., sont pounros dVganas. Digitized byLjOOQlC — 267 — cit le savon tout autant que la soude. Je ne crois pas qu'on ait encore reconnu la nature de cet alkali particulier. Un habile fabricant, M. Cam bacérès, établi depuis long-tems à Buénos-Ayres , a Eût plusieurs expériences dans le but de séparer ces deux sels , mais je n'ai pas connaissance qu'il ait obtenu un résultat satisfaisant. La cendre dont il s'agit est le produit de l'incinération de deux plantes abondantes dans les provinces de Buénos- Ayres, Santa-Fé et Entre-Rios, surtout sur les bords du Parana , et connues dans le pays sous le nom de qwojvoa et de Yuy Colorado. D s'en &it un commerce assez étendu à l'époque de la ré- colte; les points d'où on en tire le plus, sont : Scm^ Pedro et Son-Nicolas dans la province de Buénos- Ayres, et la Bajada de Santa-Fé. Il y a déjà bien long-tems qu'on fabrique cette espèce de savon à Buénos-Ayres et à Santa-Fé , mais dans ces derniers tems sa &brication a éprouvé des améliorations sensibles dues à Tiur telligence d'un espagnol européen ( don Domin- go Rodriguez) , lequel est parvenu à monter un établissement sur le pied de ceux d'Europe; de- puis on a imité son exemple et cette branche d'industrie est une des plus intéressantes et des plus productives de Buénos-Ayres. Avec cette Digitized byLjOOQlC — 268 — sorte' de savon , le linge se lare à froid ^ au bord delà rivière^ sans qu'on ait besoin d'onployer la lessive ; seulement pour le linge très-fin, comme la mousseline, la gaze, la dentelle on emploie le savon blanc de Marseille et d'Espagne ^ ^ L'herbe maté, arrivant du Paraguay , des Mis- sions ou du Brésil, dans des surons, a besoin d'être manipulée avant de servir aux consomma- teurs ; elle a déjà éprouvé sur les lieux de récolte un commencement de préparation par la torré- faction, la fermentation et la pulvérisation ; mais cela ne suffit pas. Elle doit encore éprouver une nouvelle pulvérisation et une fermentation plus ou moins longue , afin d'acquérir les qualités re- quises par les connaisseurs , surtout celle venant du Brésil, laquelle , très-inférieure sous tous rap- ports à celle du Paraguay , se bonifie singulière- ment au moyen de la manipulation dont il s'agit. y^ Une autre industrie , propre au pays , mais exercée à présent par des étrangers , parce qu'dle I Toutes les Uvandiéres de Buénos-Ayres sont oblîgées, vu le manque de fontaines dans la Tille , de se rendre au bord du fleuve, pour Utct le linge ; la plupart sont des négresses, lesquelles partent le matin avec leur fardeau de linge sur la tète , une pipe ou un cigarre à la bouche et la petite cafetière on bouilloire à la main pour chauffer Teau du maU, C'est un coup d'œil assez riant que de voir la plage \erdoyanle couverte dans toute son étendue de négresses et de linge étendu. Digitized byLjOOQlC — 269 — exige de grands capitaux, est celle des saladeros^ établissemens où Ton sale la riande et les cuirs ; c'est ce qu'on appelle au Brésil charqueadas : la yiande salée qui en sort s'appelle en espagnol ta- scgo , et en portugais chanjue * ; elle s'exporte au Brésil, à la Harane, aux lies du Cap-Vert, et elle est l'objet d'un commerce actif. Tous les cuirs ne se salent pas; la plus grande partie se font sécher au soleil, en les tenant étendus au moyen de nombreux piquets, à environ six pouces du sol; on appelle cela estaquear. La manière dont les cuirs ont été estaqueados en £dt souvent la qua- lité : les goûts des commerçans étrangers diffî- rent atissî à cet égard, les uns préférant les cuirs étirés en large , les autres en long. Une fois sè- ches, ces cuirs s'empilent dans de vastes maga- sins appelés barracasj et leur conservation exige des soins de la part de Tentrepositeur public ou particulier appelé harraquero; il &ut les battre souvent, les marquer , les enduire d'une couche de chlorure de chaux ou d'une autre liqueur préservatrice , etc, etc. Le harraquero est sou^ « Charque^ vient du verbe portugais xarqueùr qu*oii prononce char- qvéar et qui signifie faire le lassajo, sécher des tranches de boeuf au soleil. — Suivant M. d^Orbigny chai que venu de la langue guichua ou des Incas , est corrompu de charqui signifiant viande sèche, et désignant aussi figurément nne personne très-maigre. Digitized byLjOOQlC — 270 — vent un spéculateut sur place; il accapare en tems opportun les produits du pays, tels que cuirs de bœuÊ ou de chenaux; le crin , le suif, les cornes, la laine de mouton, les peaux de loutre et de chinchilla , etc. Sa barraque est munie d'un poids public , yérifié à certaines époques par des inspecteurs. C'est encore une des meilleures in- dustries du pays. Dans ces derniers tems , on a introduit de nouvelles presses à emballer (enfar- delar) le crin, la laine ou les peaux de mouton et autres ; ce qui procure une grande réduction sur le fret par le peu de volume que forment les fardeaux sortant de ces presses. Il est bien à dé- sirer qu'on introduise cette amélioration à Rio- Grande ainçi qu'à Porto- Alègre. ^ Le commerce de Buenos- Ayres et des provinces de la ci-devant C/nibn a beaucoup soi:^ert depuis la guerre du Brésil, il est même loin de présenter aujourd'hui l'état satis&isant communiqué à nos chambres deconmierce en i8â5. Les principaux capitalistes, attirés dès Tannée 1820 par les pro- messes d'un gouvernement protecteur , ont dû abandonner leurs vastes projets d'établissemens agricoles ou industriels, de navigation intérieure ou de spéculation mercantile , du moment que la foreur des partis se déchaînant de nouveau, Digitized byLjOOQlC — 271 — les passions haineuses , les intérêts privés ont &it place à Tamour de la patrie et du bien publieyr^ Les uns ont porté leurs yues civilisatrices , avec leiu^ capitaux , dans des contrées plus pacifiques où un gouyemementy établi sur des bases plus solides , consolidé du moins , à dé&ut de légis^ lation, par l'opinion d'un peuple raisonnable^ in- dustrieux y leur offî*ait la sécurité , la garantie morale sans lesquelles Tesprit le plus éclairé ne peut donner carrière à ses projets bien£dsans , d'autres ont été ruinés complètement, et ont en- traîné dans leur débâcle une foule de malheiu^eux artisans : d'autres enfin végètent encore avec des débris de fortune , en attendant qu'une organi- sation définitive leur permette d'entreprendre avec certitude de succès quelque opération pro- fitable au pays ; mais ce pays méconnaît ses inté- rêts en persistant à suivre un système d'isolé* ment , paralysateur de toute industrie , de tout conunerce. Cependant, peu de contrées ont plus d'élé- mens de prospérité que la République Argentine réunie en corps de nation^ outre que l'immense territoire de ses quatorze provinces * est égale- A Celle de Ji^juy Tient de le séparer de la confédération. Digitized byLjOOQlC — 272 — ment propre à la culture des denrées du tropique et de celles que produisent nos dëpartemens; que des canaux naturek , se ramifiant à l'infini , assurent des communications fitciles moins coû- teuses que celles par terre» jusques vers les points les plus distans de la métropole; que la propagation Êicile du bétail est une source iné- puisable de richesses , que ces peuples peuvent échanger contre des objets susceptibles de leur procurer des jouissances, ou des commodités in- connues encore pour le grand nombre d'entre eux , mais que les progrès de la civilisation leur feront connaître et comprendre, outre, dis-je, tant de moyens qui pourraient être mis en jeu à l'aide de l'industrie et des capitaux étrangers , Buenos - Ayrts, Torgueilleuse Buenos - Ayres, si avilie maintenant par son apathie intolérable, possède l'immense avantage de pouvoir devenir, sous un meilleur gouvernement, l'entrepôt géné- ral, non-seulement de toutes les provinces de la confédération, mais encore du Paraguay, de la Patagonie, et même de la riche et prudente Bo- livia , si le projet de navigation et de colonisation sur les rivières Berrnejo et PUcoma^'o vient à se réaliser! U y a là des sources inconnues, mais réelles, mais fertiles de richesses, pour tous les peuples, quand V obscurantisme cesseraderégner Digitized byLjOOQlC — 273 — sur les itialheureux Argentins. Un ouvrage , pu- Uié à Buénos-Ayres, en 1853 % démontre jusqu'à révidence Tavantage incalculable qu'il y aurait pour les provinces de la Plata et pour la république de Bolivia à faire un traité d'alliance et de com- merce, entre ^es, dans le but de faciliter cette navigation intérieure , au moyen des bateaux à vapeur , ou de tous autres que les compagnies jugeraient convenables d'employer. — L'auteur de cet ouvrage, d'un baut intérêt, après être en- tré dans de nombreux détails géographiques et descriptifs sur le vaste pays du Chaco , sur sa po^ pulation d'aborigènes, ses productions naturelles, l'histoire de sa conquête, tentée à plusieurs re- prises par le Paraguay et le Pérou; avant d'entrer dans les détails du plan d'association proposé pour la colonisation, et après avoir démontré l'utilité de la navigation intérieure, s'exprime ainsi : ces réactions , accumulant toujours des capi- » taux acquis (^gananciales), créant des bran- » ches d'industrie de toutes parts, et amenant » des gens qui les vivifient sans cesse , élèveront » la nation à ce degré de prospérité si désiré par » les peuples y fi^équemment promis par les gou- )> vememens et toujours éloigné par les désor- » dres de ceux-ci , les passions des partis , et , » plus que tout le reste, par le funeste ascen- i> dont de ces idées stupides et extrcK^agcffUes de » nos anciens oppresseurs Combien n'est-ce » pas honteux d'avoir à le confesser, vingt-trois » ans après avoir proclamé une grande révolu- » tion avec les idées les plus justes et les plus gé- » néreuses! ! ! mais ce n'est pas le cas de flatter )> la vanité nationale j en lui cachant des vérités » qu'il lui importe beaucoup d'avoir présentes a o la mémoire.. » Dès à présent, la navigation * des grandes ri- vières du Parana et de FUraguay occupe plus de ' Voy. 1a note H, iHathe aux droUs de naTigation, au pflotage, etc. Digitized byLjOOQlC — 275 — mille embarcations; deux bateaux à Tapeur sui- firaienty dans l'état actuel des choses^ pour changer la £tce des affiûres , en activant les rela- tions avec la B€mda - Oriental ^ ï Entre - Bios y Fcmta-Féet Corrientes; et si le docteur Francia venait à mourir , ce qui ne peut tarder , quelle révolution dans le commerce de ce pays! ... Au- tant que Ton en peut juger par le récit des per- sonnes qui ont pu échapper au despotisme de ce dictateur 9 personne, après lui n'est capable de suivre le même système de gouvernement ; il est phis croyable que le Paraguay sera aussi en proie à l'anarchie pendant quelque tems, jusqu'à ce qu'un ambitieux l'emporte sur ses rivaux ; mais dès qu'il pourra librement commercer avec l'é- tranger, ses habitans, reconnaissant bientôt qu'Os peuvent tirer parti de leurs richesses , inu- tilisées par le caprice d'un despote, s'empresseront d'accueillir ceux des étrangers qui sympathise- ront le plus avec leur caractère doux , humain , hospitalier, plein de gai té et de franchise^ sera &cile de leur persuader de cultiver ou de laisser cultiver leurs terres fertiles, dont les productions les plus conununes et les plus abondantes sont le coton blanc , le coton nankin y le sucre, le riz , le manioc, les bois de construction, de charpente, de menuiserie, d'ébénisterie, d'aussi bonne qua- Digitized byLjOOQlC — 276 — lité> aussi beaux que ceux du Brésil; le 'ma£f de- plusieurs espèces, l'herbe mo/^, dont ses forêts, abondent et qui est recherchée avec passion par tous les peuples de la Plata, du Chili et du Pé- rou, et enfin des bestiaux qui ont dû pulluler abondamment depuis que le dictateur a défendu- Textraction des cuirs!.... Et je ne compte pas Vindigo , le cacao , la cochenille , la vanille qui peuvent être cultivés avec autant de succès qu'au Mexique... toutes ces productions valent certes bien mieux à exploiter que les mines du Brésil, du Pérou et du Mexique 1 Malheureuse république Argentine ! ! qui poun^ait marcher à F égal de sa sœur ^ aînée de Nord- Amérique et qui, se laissant séduire, abu- ser, par les sophism'es d'une coterie obscure et rétrograde , donne son consentement ' tacite aux empiétemens du chef astucieux , dont les vuê& ambitieuses et étroites n'auront ' d'autre résultat que celui de restaurer les chahies rompues , à Taide de tant de sacrifices! !yr . .... '. . . . Quelle est donc la fatalité attachée à Tespèce hu- maine, qu'il faille que la tyrannie,- semblable à l'Hydre de Leme, se reproduise à mesure que les peuples tranchent une de ses hideuses têtes?.. Digitized byLjOOQlC — 277 — Les séduisantes utopies de nos philantropes ne seraient-elles donc destinées qu'à réalisw un réye de leur' imagination?... Non! La cause des peu- ples doit triompher; mais les peuples sont encore trop opprimés sous le joug des préjugés ; leur éducation ne fait que commencer , ils ne font qu'entrevoir une partie de la perfidie , en soule- vant le coin du rideau dont on offusque leurs regards curieux. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XII. OHiioiroi.ooiQvs 1535 (SféYrier. ) — Première fondation de Buénos-Ayres par don Pedro de Mendoza *. * Tudif que Mendoza emrahisnit le territoire des Pampas et des Guaranis, Almago, psrti de Cvaco avec 570 Européens et 16,000 Pé- nmens, euTahissait le pays de Charcas, auquel les mines du Potosi donnèrent depuis un si grand éclat, ainsi que le Chili. — Rainai, Digitized byLjOOQlC — 280 — 1636, — L'Assomption est fondée par Juan de Ayolas, lieutenant de Mendoza , sur la rive gau- che du Paraguay. Elle fîit la capitale de Tempire espagnol[dans ces contrées, jusqu'à ce qu'on éta- blît, en 16âO, un autre gouyernement et un autre évêché à Buénos-Ayres, 4559. — Buenos- Ayres est détruite par les In- diens Pampas ou Querandis. 1680, — Juan Garay se transporte du Paraguay à l'ancien emplacement de Buénos-Ayres et il fonde de nouveau cette y ille sur les ruines même , en y établissant soixante espagnok , le jour de la Trinité. — Peu après, Garay fut tué par les In- diens Minuanes. 1618. — (8 septembre.) — La cour d'Espagne accorde aux habitant des bords de la Plata la permission d'expédier deux nai^ires par an , dont chacun ne doit pas excéder le port de cent ton- neaux. 1620. — On érige un gouyernement et uu évê- ché à Buénos-Ayres , indépendans de ceux du Paraguay. 1 776. — On établit à Buénos-Ayres un vice-roi Digitized byLjOOQlC — 281 — et une audience royale; composée d'un régent*, de cinq auditeurs et de deux commissaires du gouvernement, plus un tribunal d^ inquisition. Les provinces du Haut-Pérou (aujourd'hui Boli- via) et le Paraguay, font partie de la vice-royautél Depuis 1620 jusqu'en 1776, Buenos- Ayrés eut trente gouverneurs particuliers. 1806 (29 juin. ) — ^ Les Anglais, au nombre. de dix-huit cents honmies , commandés par le gé- néral Berresford, s'emparent de Buénos-Ayres par surprise. — (12 août.) — Li^iers, général finançais au service de l'Espagne, aidé de quelques volontai- res orientalistes, se met à la tête du peuple de Buénos-Ayres et fait prisonnier Berresford et sa troupe. 1807 (5 juillet.) — Les Anglais, au nombre de douze mille hommes , font une nouvelle ten- tative sous les ordres du général Whitelock, la- quelle échoue complètement. Ils sont forcés de capituler et d'évacuer le territoire de Buénos- Ayres, ainsi que celui de Montevideo après avoir perdu leurs plus braves soldats. 1808 (août.) — La nouvelle de l'abdication de Digitized byLjOOQlC — 2^2 — Charles lY, en fiiyeur de son fils, arrive à Bué- nos-Ayres et produit une grande sensation* — (13 août.)— Un envoyé de Napoléon se pré- sente avec des dépêches du nouveau gouverne* ment d'Espagne ; il est forcé de se rembarquer sur-le-champ par ordre du vice-roi Linîers. — (2i août.)-lOn jure fidéHté à Ferdinand VU; mais bientôt après divers mouvemens ont Keu en feveur de l'établissement des Juntes ; à l'ins- tar de celles de Séville. - 1809. — La Junte centrale de Séville dépose Liniers , et le remplace par Cisnéros. 1810 (19 mai.) — Cisnéros apprenant que toute l'Espagne est occupée par l'armée Française, perd la tête , et propose un fantôme de représen- tation nationale. « Liniers , dout k bravoure a ri poi^taimiiem oonlribtté à repotmer rinvasion des Anglais a été payé dlngratitude , comme tant d'autres qui ont prodigué leur sang pour la défense de ce pays j il est mort assassiné!... Sa valeur m ses talens portaient ombrage aux chefs de parti ; ils résolurent lâchement de le faire poignarder. Sa mort et les circonstances qui raccompagnèrent, sont un des plus beaux sujets de tragédie ou de drame que Ton puisse choisir. Digitized byLjOOQlC — 285 — — (25 mai* ) — Premier dan dovmë par Buenos- AyreSj en faveur de rindépendance Américaine. Le Ccdbido (conseil municipal) con- voque l'assemblée générale des citoyens de la ville ; le vice-roi est déposé et remplacé par une jufUa de neuf personnes, toutes créoles. Depuis 1776 jusqu'en 1810, Buenos -Ayres eut treize vice-rois. — (Octobre.) — La Junte de Buenos -Ayres envoie le général Belgrano avec un miUier d'hommes pour déposer le gouverneur du Para- g^^Jf dépendant de la vice-royauté. Belgrano est battu et forte d'évacuer. — (24 octobre.) — Victoire de CotagaytaTeTa- portée par le général patriote Antonio Balcarcé sur les Espagnols. — (7 novembre. )—• Action de Tupiza^ ga- gnée par le général Balcarcé sur les royalistes. 1811 (14 mai.)— «Les créoles du Paraguay goûtent les principes d'indépendance qu'on ré- pand parmi eux ; ils déposent leur gouverneur et s'affi-anchissent de la domination espagnole , sans &ire néanmoins, cause conunune avec les provinces-imies du Rio de la Plata. Digitized by LjOOQlC — 284 — ' 1812 (24 septembre. ) — VictoireduTucuman, remportée par le général Belgrano, sur les roya- listes. iSlS (20 février.) Victoire de Salta, rempor- tée par le général Belgrano sm* les royalistes. i8i4 (23 juin.)— Le général Don Carlos Al- year occupe Montevideo avec les troupes de la république. i 816 (9 juillet.) — ^ Le congrès, réuni au Tu. cuman , proclame Tindépeiidance dès provinces du Rio de la Plata. * 1817 (1*"* février.) — Victoire de Châcabuco^ remportée par le général Argentin San-Martin, sur les Espagnols, au Chili. —Ce général avait déjà gagné la bataille de San-Lorenzo. — (5 mai. ) — Action de Penco , gagnée par les patriotes commandés par le généi^ O'Higgins^ — (6 décembre. )*T-Talcahuano est pris d'as- saut par le général patriote Grégorio de Las- Hcras. 1818 ( 6 avril:); — ^^ Victoire dé; Mâipii rempor^ Digitized byLjOOQlC — 285 — tëe pSLV le général San-Martin, sur les Espa- ^ols. 1820. — Anarchie complète dans les Provinces - Unies, causée en partie ^^r. le projet de la cour de France de faire couronner . le prince de Luc- ques et de lui donner ce gouvernement. 1821 (19 juillet. ) — Prise de Lima par le gé- . néral Argentin San-Martin. — (Juillet.) •*— Organisation d'un pouvoir ad- ministratif provincial. — On établit les bases du : sjfstème repr^entatif républicain. Le système de \ Union prévaut; on s'occupe de former un con- grès général dont le siège doit être à Buenos- ' Ayres. > " . ■■ ^' - 1821. — Le gouvernement de Buénos-Ayres déclare solennellement qu'il n'accueillera aucuiie communication diplomatique ou » commerciale ' de la part d'un négociateur qui se présenterait à ^ main armée, ou sans les formalités voulues par: le droit des gens. 1825 (décembre.) — Les Etats-Unis de Nord-' Amérique reconnaissent rindépendancé • de la- Digitized byLjOOQlC — 886 — république Argentine; un ministre plénipoten- tiaire envoyé par eux à Buenos- A jres, est accueilli avec la plus grande satis&ction. i824 (0 décembre.) — Bataille d'Ayacucho gagnée par le général péruyien Sucre. — • Installation du congrès national à Buenos- Ayres. i 8S5 ( août. ) — Bataille de Junin, gagnée par le général colombien Bolivar, laquelle décide du sort de T Amérique. -^ Le Haut-Pérou se sépare des provinces du Rio de la Plata pour former un état indépendant, sous le T^isk de Bépublique de BolmoTy nuxlifië depuis par celui de Bolivia. i825 (â février.)— Un traité d'amitié, de commerce et de navigation est conclu entre la république Argentine et l'Angleterre, qui recon- naît rindépendance de cet état. — (2 octobre. ) — Le congrès national des pro- vinces du Rio de la Pkta déclare solennellement et décrète que « le droit qui appariieni à tout Digitized byLjOOQlC — »87 — homme d adorer Dieu , suivant sa conscience, est imnolable sur le territoire de la r^ublique. » — (Décembre. ) — L'empereur du Brésil , Don Pedro l®*", déclare la guerre à la république Ar- gentine. 1836 (28 janyier. ) — Le gouTemement natio- nal , en vertu d'une loi du congrès, établit la banque nationale des Proyinces-Unies du Rio-de- la-Plata. — (8 février. ) — Le citoyen Bernardin Riva- davia est nommé président de la république par le congrès national. — (H juillet.) — Combat naval, livré par l'a- miral Brown, avec des forces très -inférieures, à la flotte impériale, en rade de Buénos-Ajres. 1827 (20 février.) — Victoire d'Ituzaingo, remportée par le général Alvear sur les Brésiliens. — (7 juillet. ) — Le vertueux Rivadavia donne sa démission, et s'exile volontairement. — Le congrès national est dissous. — Le système Jédércd prévaut. Digitized byLjOOQlC — 288 — ' 4828 (27 août.) On signe à Rio-Janeiro les préliminaires de paix entre la victorieuse répu- blique Argentine et le Brésil. — (4 octobre.) — Le traité préliminaire de paix , entre la république et le Brésil, est ratifié à Montevideo. — (!«»• décembre.) — Révolution du colonel Juan Lavallé, à Buenos- Ayres , en fiiveur du système unitaire. 1829. — Lavallé fait une convention honora- ble poiu* lui et son parti. — Les fédéraux man- quent au traité. — • Lavallé s'expatrie avec ses gens. — Anarchie dans la république. — Le gé- néral Rosas y chef de la campagne , est nommé gouverneur de Buénos-Ayres. 1850 — Guerre civile dans toutes les provin- ces: — Buénos-Ayres, Santa-Fé, Entre-Rios et Corrientes se liguent pour la défense du système fédéral; les dix autres provinces pour le système unitaire. — On accorde des fiicultés extraordi- naires k Rosas '. « Ce fht à cette époque que ce chef ambitieux chargea un habile écrivain étranger ( uu gringo) de faire sa biographie avec celle de Quiroga et de Lopez, de Santa-Fé, dans Tunique but de les envo^, par Ventrcniise des consuls on chargés d'affaires, aux divers gouvcr- nemens étrangers. On se doute bien quel cas les monarques en ont fait? Digitized byLjOOQlC — 289 — 1831 • — Le général Paz , commandant en chef l'armée nationale , réunie à Cordova, est fait pri- sonnier dans ime reconnaissance. — L'armée, dé- moralisée, affaiblie par la désertion, se retire au Tucuman, sous les ordres du colonel Lamadrid. — Le général Quiroga l'attaque. — Les che& mi- litaires entrent en mésintelligence. — Quiroga triomphe et, avec lui, le parti de la fédération. 1832. — Les Indiens Pampas j Avcaes.^ UuUi- ches , Te/uielches j et Banqueles^ profitant des divisions intestines des Argentins, envahissent, attaquent et dévastent plusieurs provinces. 1853. — i- Buenos- Ayres, Cordova et Mendoza se liguent pour &ire la guerre aux Indiens. — * Le général Rosas, chargé de la division de gau- che, s'avance jusqu'au Rio Négro de Patagonie. — U y passe l'hiver et livre quelques combata partiels; mais les autres généraux n'ayant pa& opéré, suivant le plan de campagne adopté , l'ex- pédition n'a d autres résultats que de rendre les Indiens plus audacieux * . I On prétend que leur nombre n^excède pas 8000. Ils sont armés de frondes, de lances, de sabres et de boules ; leur grande agilité et leur adresse à cheTai leur assurent Timpunilé des vols fréquens qu'ils commettent, de bestiaux, de femmes et d'enfans. Le fameux /'tncA««ra, esiNignol devenu sauvage, fut tué en 1833 par les chiliens. 19 Digitized byLjOOQlC — 290 ~ 1835. — Révolution de Ramon Balcarcé, tètedu parti appelé schismatique. — Rosas reyient pré- cipitamment et en arrête les progrès. *— Rosas reste chef de la campagne avec les forces maté- rielles de la ville. 1834. — On veut nommer Rosas gouverneur de la province de Buenos- Ayres. — D re&tse/or- mdlement. — Mais il n'en est pas moins consi- déré comme chef du gouvernement et le soutien du parti de hijî^lération^ avec les généraux Lo- pez et Qum>ga, dans l'intérieur. 1835. — Quiroga est assassiné dans les envi- rons de Cordova. — Rosas est nommé chef su- prême, — La confédération perd une de ses provinces; celle de Jujuy, qui se déclare indé- pendante. — Salta, le Tucuman et Santiago-dd- Estero font alliance avec Buénos-Ayres. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC JDntrtème Partie. Digitized byLjOOQlC Drgitized by LjOOQiC CHAPITRE XIII. UHVOVAT. En septembre 4833 je me disposai à aller visi- ter Porto-Alègre, en remontant l'Uruguay, tra- ▼ersant une partie des anciennes Missions et la pfoyince de San -Pedro. M. Edouard Nouel, Digitized byLjOOQlC — 296 — d'Angouléme, l'un de mes associés dans rétablis^ sèment que j'avais formé à Buénos-Ayres et Eu- gène Gamblin, le préparateur amené de France, voulurent bien m'accompagner. Un artisan pro- vençal, et un Allemand demandèrent à être de compagnie jusqu'aux Missions. Ayant obtenu du ministre de la guerre et du chef de police l'autorisation nécessaire pour sor- tir avec les armes et les munitions dont j'avais besoin, nous nous embarquâmes, le 2S, sur la balandra nationale Isabeîa : il était dix heures trois-quarts du matin ; le vent du sud soufflait grand frais, nous filions huit à neuf nœuds j c'est4i-dire deux lieues deux tiers à trois lieues par heure. A deux heures de l'après-midi nous aperçûmes TUe de Martin-Garcia, et à quatre heures , las Vacas. L'île de Martin-Garcia est une forteresse, ou plutôt une position fortifiée par la nature, ap- partenant à Buénos-Ayres; elle défend l'entrée de l'Uruguay et du Parana. Sa situation est en- tre la Colonia et las Vacas , à distance d'environ dix fieues de ces deux points. Vue du nord- ouest , à trois ou quatre lieues de distance , sa forme est celle d'une voûte noirâtre sortant de Digitized byLjOOQlC — 297 — l'eau. C'est une ile intéressante pour les natura^ listes j par la nature de son sol primordial et par la Tariété d'insectes et de plantes qui s'y rencon* trent. La Colonia-delrSacramenio j fondée en 1679 par un gouverneur de Rio Janeiro, a été souvent disputée par les Espagnols , les Portugais , les Anglais et les B):ésiliens , à cause de l'importance de sa position. EUe est enfin restée à Tétat Orien- tal; c'est une des trois villes de cette république. n s'y fait peu de commerce parce que son port est petit, mal abrité des vents les plus dan- gereux, ceux de sud-ouest et sud-est^ et que l'entrée en est difficile , les eaux de la Plata ayant siu* cette côte un courant rapide. La Colonia est précisément en £ace de Buenos- Ayres *. C'est entre celte ville et le village de las Vacas que se trouve le ruisseau de SanrJuan , à l'em- bouchure duquel s'établirent les gens de Sébas- tien Cabot. Las Vacas est un village assez triste , situé sur < Position astronomique : 34- 28' 14" de lat. et 60' 40' S2" Irnifc. relevée en 1S31 par M. Barrai. Déclin: à terre (1830) 11* 8' N. £. ^ Digitized byLjOOQlC — 298 — les bords d^une petite rivière du même nom , & quelque distance de la côte. Les ranchos dont il est composé ne démentent pas à rintërieur, dit M. d'Orbigny , l'idée de misère que fait naître leur extérieur. Cependant ce lieu est re- nommé par Fabondance dé bois k brûler qu'il fournit à Buenos^ Ayres ^ et par les secours que cette grande ville en a tiré pendant les divers sièges qu'elle a eu à soutenir du côté de la cam* pagne. Après avoir passé près des petites lies de las dos Hermanas et dd Juncal , nous arrivâmes à la Punta Garda , où commence l'Uruguay. U était presque nuit; le fleuve était devenu calme , et une faible brise du sud enflait molle* ment les voiles de notre bateau ; nous eûmes tout le tems d'examiner , à la lueur du crépus- cule , les bords boisés de la rive gauche de l'Uru- guay *. L'élévation de la côte, ainsi cpi'une suite d'anses profondément arrondies ^ se succédant 1 Est-il nécessaire de rappeler que la droite ou la gauche d'unr ririère esl à la droite ou à la gauche de la personne qui la descend P — Je fais cette remarque , parce que des voyageiu^ , d'ailleui-s très-savans, ont paru oublier cet usage adopté par tous les géographes. On conçoit qu'il peut en résulter des erreurs très-graves dans la posîi tion, sur les ciirtes, des lieux dont les latitudes et longitudes n'ont pas encore été déterminéas. Digitized byLjOOQlC — 299 — de maoière à former nue plage festonnée, pro- duisent ^ àTec les bois du coteau, des points de vue assez variés. UUruguay * prend sa source vers le 28« degré de latitude australe, dans les montagnesi {^Serra do Mot) situées au couchant , et assez près de l'ile Santa-Catarina. Son cours est rapide, obs- trué par des cataractes et. des resciÊ. Ses eaux , enrichies du tribut de nombreux afiluens , pas- sent pour excellentes, légèrement purgatives, surtout celles que lui fournit le Rio Négro^ « quoi- que , dit Azara, les os et les troncs d'aii)re s'y pétrifient * » . Ses plus grandes crues arrivent ordinairem^t depuis la fin de juillet jusqu'au commencement de novembre. L'Uruguay peut avoir une lieue, ou trois milles de largeur à sa véritable embouchure qui est entre la petite lie I Le mot V Uruguay se compose de deux mots guaranis : Uruguay limaçon d'eau (ampuUaire) et y, eau, rivière : vulgairement rivière de$ limaçons d'eau , on mieux rivière des ampullaires ; nom qui lui vient do grand nombre de coipiilles qa*on y trouve. C^est comme Piray, de fira poisson, et y rivière etc. (Ak. d'Orb.) s C'est uue erreur que partagent tous les habitans des rives de rUruj^'uay de croire que les eaux de cette rivière et de ses affluens pétrifient. Les troncs d'arbres et les ossemens qu'on y trouve, en effets y sont à Tétat fos&iU et non pas h celui de •pétrification , qui n'est comme Ton sait, qu'une incrustation extérieure. Digitized byLjOOQlC — soo — du Juacal et le hameau de las Higuérîtas , à la hauteur de la Punta Garda ( grosse pointe ). Notre patron jeta l'ancre à huit heures du soir, en face de Itis Higiténtas. L'obscurité de la nuit, jointe aux lumières de qudques habitations éparses sur la côte , nous faisaient supposer que ce lieu avait de l'importance, ou au moins quel- que chose d'attrayant; mais nous fÙmes bien trompés le lendemain , en nous éveillant ! Au lieu d'un site enchanteur tel que notre imagination délirante avait pu le rêver, nous ne vîmes plus qu'une plage sablonneuse et un coteau argileux sur le penchant duquel étaient construits une vingtaine de ranchos ou cabanes ^nt l'aspect misérable était encore attristé par des buissons et des arbrisseaux rabougris. Néanmoins, ce hameau prendra de l'accrois- sement, grâce à sa position; le bureau de la douane qui était établi à las Vacas, y a été trans- féré dernièrement , comme étant plus convena- blement situé pour surveiller la navigation y car là finissent les bouches du Parana et il &ut, de toute n(»cessité, passer devant ce bureau de douane, soit en remontant, soit en descendant. Une pièce de canon, de gros calibre, posée tout Digitized byLjOOQlC — 501 — . simplement à terre , est chargée de &ire respec- ter le pavillon Oriental. Cet endroit est à environ six lieues de las Vacas. La pointe de Chcfparro en est à une lieue vers le nord. Le 26 , je descendis forcément à terre pour Êdre viser nos passeports ; je fiis reçu très-poli- ment de la part des employés de la douane, et particulièrement du receveur, qui me parut ai- mer les étrangers. II s'empressa de &ire apporter une racine à laquelle on donne , dans le pays , le nom de salsa hlanca (salsepareille blanche) ; elle se prend en infiisiou comme la salsepareille de nos officines, et dans les mêmes cas. On la trouve dans le sablé, au bord et sous VecuÂ. Cette racine est composée de fibres charnues phis ou moins grosses; longue quelquefois de vingt à trente pieds ; elle est très noueuse , et les nœuds d'au- tant plus rapprochés et plus gros, qu'elle est plus vieille. De ces nœuds partent ime quantité de fibres contenant plus essentiellement la propriété médicamenteuse. Elle appartient à un arbrisseau peu élevé, à tiges ligneuses et grêles, armées d'é- pines * . 1 On peut rapporter cette plante à la famille des smilacéesde Brown, ou des Àsparaginées. C'est une espèce difTérente de celle de la Loui- siane et du Mexique, se rapprochant plutôt de la laiche des sabUs ou Digitized byLjOOQlC — 502 — Si Ton excepte de la petite population de las Higuëritas les employés de la douane , véritables cahaUêrosy et trois ou quatre familles, le restene respire que brigandage ; malheur à celui que là nuit surprendrait dans, cet ancien domaine des charruas ! Nous appareillâmes de nouveau , à 10 heures du matin , avec grand vent du sud. Nous passA^ mes successivement devant le village de las Vwa- rasj situé en plaine basse, à deux lieues au nord de las Higuëritas et à un mille de la plage. €e lieu est renommé pour ses excellens chevaux de selle ; sa population est très - minime ; on y voit une chapelle autour de laquelle *mt groupes une douzaine de ranchos. El Arénal^ grande baie sablonneuse , à quatre lieues de las Higuëri- tas , où les caboteurs vont couper du bois d'cj- pimUo * pour le transporter à Buénos-Ayres et à Montevideo. Et le confluent du Bio-Wégro , à dix heures de las Higuëritas. salsepareille 4'AUeiB«gne. C'est M. Aisié fionpanidqiii Ta fait connaître aux habitans des rives de l'Uruguay , qui s'en servent avec succès et reconnaissance. Elle existe aux Missions et à TUe de Martin-Garcia. I Cet excellent bois de chaufTage couvre une grande partie des pro- vinces de Sanla-Fê et d'Kntre-Bios, et est très-abomlant sur les rifes de l'Uruguay. « Ost Vesjiino des habitans du Chili, Voroma des Péru- viens et une espèce d'acacia des t)Otanistes. » (Al. d'Orb.) Digitized byLjOOQlC — JOÏ ~ En cet endroit l'UrU^ay a beaucoup de cou- rant ^ et plm de trois Kôues de krg^ ; les marim redoublent d'attenti ime atmosphère diaphane, à peine ondulée par le jeu éthéré des zéphirs qui , s'amusant en ce moment à charriei* dans t Mimosa, fani. des légumineuses, 3^ tribu genre sans cottUie,ijcne bette espèce de sensitive dilTère d'une autre du Brésil ùftni les étaoïines sont rouges et blanches. Digitized byLjOOQlC — 309 — le ciel de petits nuages d'or, ne ridaient plus la surface de Fonde, et lui laissaient rétléchir, avec la riche végétation des îles , notre bateau , ses Toiles , ses cordages , et jusqu au héron qui passait au-dessus, vous poiurez imaginer quel devait être le délice, le bien-être indéfinis- sable que nous éprouvions au milieu de cette ri- vière calme, coulant si majestueusement sur des bords qu'elle ne semble fertiliser que pour se Élire une parure , et voiler ses charmes aux jeux des profanes. Vers le soir , le calme augmentant encore, le patron fit remorquer la balandre par le canot; on rama l'espace de deux lieues au clair de lune, en longeant les arbres , le plus près possible , pour éviter le courant. £ntiu4e vent s' élevant de nou- veau avec force , nous passâmes très-rapidement devant l'estancia d'^/mâgro, située sur une fei- 'laise calcaire très escarpée. C'est la seule &laise €[ue j'aie remarquée depuis le Rincon de las Gal- linas dont le terrain élevé est très-pierreux, dans la partie nord, et argileux dans la partie sud. Nous mouillâmes devant Paysandu pendant la nuit du 28 septembre. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XIV. imvovAT. 9mjtmMÈâmw — Imi 0«l«rA«d«-B«pqinii. — B Salto- L'aspect de Pajsandu ' est peu agréable > tq de la rivière , du côté du sud-ouest. Situé sur lé penchant d une colline dépourvue d'arbres , de même cpie toutes celles qui Favoisinent ; séparé 1 Prononcer paûsandou. On dit aussi simplement sandou. Digitized byLjOOQlC — 342 — de la rive gauche ou du port , par une plaine sablonneuse d'environ un mille ; le coup-d'œil en est monotone , relativement aux autres Mtes de l'Uruguay depuis son embouchure jusqu'ici. Pourtant , l'œil finit par s'y accoutumer et l'on reconnaît en s'avançant dans la ville (on peut déjà lui donner ce nom) , qu'elle n'est pas aussi désavantageusement assise qu'elle le parsdt d'a- bord, à cause , surtout , des inondations de lU- ruguay. On jouit d'ailleurs une fois arrivé sur le haut de la colline, d'une vue étendue, rendue assez pittoresque par les accidens du terrain et les iles de la rivière. Quant au côté de la campa- gne , à l'est , il est on ne peut plus triste par sa nudité et son manque absolu de culture. L'Uruguay peut avoir ici y deux fois la largeur de la Seine à Rouen, c'estrà-dire cent quati^ vingt à deux cents toises. Il n'y avait alors que huit navires dans ce qu'on appelle le/?orf, y compris deux goëlettes de guerre appartenant à l'EtatrOriental , mais ordinairement il y a tou- jours bon nombre de petits bâtimens, car ce point est très-conmierçant , et en quelque sorte le marché principal , des diverses peuplades de l'Uruguay ou de la partie occidentale de la Banda-Oriental. Digitized byLjOOQlC — 515 — On nous fit monter abord d'une des goélettes de guerre pour y vérifier nos passe-ports ; j'eus ainsi occasion de remarquer qu elles étaient pro- prement tenues. Le commandant fat poli envers nous , ce qui me parut de bon augure pour notre réception à terre. En remettant les diverses lettres dont nous étions chargés , nous eûmes bientôt parcouru la ville dans toutes ses directions : en une couple d'heures , je me formai une idée exacte et de son importance actuelle et de celle qu elle est susceptible de prendre par la suite. Piyrsandu^ n'était, il y a quatre à cinq ans, qu'un hameau , comme las Higuéritas , avec une douzaine de ranchos épars ça et là; en 1855^ il pouvait y avoir quatre cents ranchos ou chau- mières , une trentaine dé maisons de briques , bien bâties avec azotéas (toit en terrasse ) , des rues allf^iées , des trottoirs , des réverbères et une population de près de cinq mille âmes , y compris celle des environs. Les rues correspon- dent aux quatre points cardinaux , comme à Knénos-Ayres et à Montevideo. Les cuadras sont > Lalilude 32* 15' (carte de Azaia) j distance de Buenos- A>re« , eniri ron 40 lieues, au nord. Digitized byLjOOQlC — 314 — plus petites qu'à Buenos* A jres , ce qui est plus favorable aux propriétés; elles n'ont que cent varas sur chaque &ce et sont divisées en quatre sûicM. Il y a peu de tems, le gouvernement concédait gratis des terrains à ceux qui en vou* laient , mais à présent qu'ils sont tous distribués dans Tenceinte de la ville , on n'aurait pas un sitio à moins de deux cents piastres fortes. La population va toujours croissant ; les étran^ gers y abondent, surtout depuis le déplorable état des affîùres à Buénos-Ayres et la constitu- tion définitive de cette petite république. Ici on a compris, on a eu le bon esprit de comprendre qu'il faut attirer, favoriser le plus possible le concours des étrangers > les bras industrieux Du moins j'ai été témoin qu'ils n'ont k supporter aucune vexation de la part des habitans ou des autorités locales. Celui qui veut se livrer à une industrie quelconque n'éprouve point d'entrave, au contraire il est aidé , encouragé par ces mê- mes autorités. Il y a ici un commandant militaire pour le dé- partement, remplissant aussi les fonctions de chef de police. La commandance, la police, les contributions et VAlcadia (mairie) sont réunies dans la même maison. Digitized by VjOOQlC — 515 — Le chef de pc^ce se disposait à partir avec quelques soldats pour poursuivre et exterminer le peu d'Indiens Charmas restant encore dans ces parages et qui , se livrant au brigandage , pillaient de tems à autre les estancias et les voya- geurs. J'ai su depuis qu'on est parvenu à en dé« barrasser complètement le pays ^ . Le commerce était assez florissant à Paysandu, lors de mon passage : il y avait une soixantaine de français établis , mais il y en avait im bien plus grand nombre qui allaient et venaient poiu* le trafic des productions du pays; lesquelles pro- ductions sont les mêmes qu'à Buénos-Âyres. Le^ Italiens y étaient plus nombreux; mais ils per- .daient le commerce par le brocantage et la fraude^ qu'ils faisaient avec la plus grande Êicilité, parce que ce sont presque tous marins. En Eût de monumens, il n'y avait encore que < Ces fien aborigènes ont défendu pied à pied leur terre natale que des inirua envahissaient les armes à la main. £n 1834 il n*en restai* plus qu'un 40« auxquels s'étaient joints des Gauchos compromis dans les guerres ciTÎles ; tous se livraient en commun au plus audacieux brigandage. Si Ton est curieux d'avoir des détails sur les mœurs sin- gulières de ces Indiens, dont il ne restera bientôt plus de traces, on peut lire le ^a^tonaZ et le Cabinet de Lecture àe juillet 1833, articles rédigés h l'occasion du séjour de plusieurs charmas i Paris, ou bien le tome 2« du f^oyage de Félix de Azara. Digitized by LaOOQlC — 516 — Féglise à yoir ; mais cda yalait bien la peine de se déranger un peu : je montai au sommet de la colline ; j'arriyai sur la place et je vis un rancho ! un misérable rancho , tenant à peine debout, dont l'intérieur était absolument nu; la toiture se sou- tenait à peine sur six poteaux recouverts par des planches peintes , et Tautel , placé au fond , avait la plus piteuse apparence. Je fiis attendri en voyant tant de misère dans cette succursale d'une église ambitieuse; mais bientôt, reportant men- talement mes regards vers Bethléem^ et voyant le sauveur des hommes au milieu d'une étable, sou- rire, dans sa crèche, aux bergers qui rappro- chaient, je me dis : voilà les tçmples qu'il ambi- tionnait celui qui hantait la société des pauvres !.. — Et si telle était Fhumanité du législateur des- chrétiens, les ministres du culte qu'il a voulu établir dcTaient-ils donc s'élever si orgueilleuse- ment au-dessus de \e\xrs frères?... — Cette ré- flexion me vint tout naturellement en voyant la maison du curé, attenante à l'égUse : c'était un presbytère solidement construit, commodément distribué, avec terrasse et belvéder Il y avait près de l'église une école primaire gratuite, suivant la méthode de l'enseignement mutuel. D'autres petites écoles particulières, ré- Digitized byLjOOQlC — 347 — parties dans la ville, suivaient le même mode d'enseignement. — Les parens sont forcés d'en- voyer leurs enfans k l'école. Paysandu est le chef-lieu d'un des trois dépar- temens formant la division de l'état oriental; il envoie trois députés à la chambre des représen- tans et un sénateur. On ne lui donnait encore que le nom de villa (bourgade), bien que par sou commerce il ait infiniment plus d'importance que la Colonia et Maldonado. Le 2 octobre, ayant obtenu un logement chez un compatriote, M.Danguy, établi récemment à Paysandu, nous descendîmes à terre tous nos ba- gages et nous nous installâmes le moins mal pos- sible.. Je disle mom^ malpossihle^ caràPaysandu, où il n'y avait pas encore d'auberge, les lits étaient un objet de luxe. Heureusement nous étions mu- nis, chacim , d'un recado *, selle du pays , ser- vant en même tems de ///. Voici de queUes pièces se compose un recado : !<> deux gergas *, pièces de laine , longues comme une petite cou- verture, s'appliquant, pliées en quatre, sur le dos du cheval , â"" une carona pièce de cuir tanné , * Qui se prononce, par abrévation, recao. < Pronoucez hovgns^ avec aspiration de fort jolies cristallisations argiîifèrê rouyeulre *, marneux dans beaucoup d*endroiU et gypsem dans d'autres. On n*en peut obtenir de bonne chaux par la ealciualioil, ▼u que TargUe y domine trop ; mais on en obtient immédiatement et sans aucune autre préparation que de la pulvériser et cribler, une espèce de ciment hydraulique, très-dur. J'en ai vu construire des murs autour de réglise d'une manière assez curieuse : ce calcaire Argilifère était extrait sur la place même, où il était à découvert. Après avoir été pulvérisé , on le mouille légèrement et on le met dans un caisson formé de quatre planches, solidement liées ensemble par des cheirilles en fer, aux extrémités desquelles on enfonce des defs ; on pile forte- ment, à l'aide de pilons de bois, le tuf ou le ciment qu*ou y a jeté, et lorsqu'il est suffisamment dur, on y ajoute une nouvelle couche, quW pile de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que le caisson soit plein; * N** 1 et 1 des cchantillont déposés par moi an Muspp de Parts. Jo dola k l'extrême obligeance d« M. Cordier de pouvoir donner quelques rmueignament sur la compoKitioD géologique drs terrcins que j'ai pu obs4>rvcr dans la Raada- Oricntal ol le l\io-(frandc Ce .savant géologue a bien voulu déterminer lui-m^me l»** éch.intillon* qno j'ai rapportés. Digitized byLjOOQlC — 529 — de quarC^^hyâlin, blanches et violettes, appor- tées de rintérieur de la Banda-Oriental. A voir la croûte extérieure de ces petites masses géodi- ques, on ne supposerait vraiment pas quelles ptiissentrenfernierd*anssi jolis cristaux: elle est noirâtre , terne , raboteuse , et ce n'est qu'en ..brisant ces blocs plus ou moins gros, qu'on parvient à découvrir ce qu'ils contiennent. Le âtO octobre , nous nous rembarquâmes de nouveau sur une autre bàUmdra^ d'une cinquan- taine de tonneaux. Nous mimes à la voile à huit heures et demie du matin avec vent du sud et alors on enlère Tappireil, et le mur fait et lolîde, se durcit de plus en phM, avec le lemi. A qniAqiies lleiies au nord de Sando, II y a detix fottrs à chaux, de très-médiocre qualité. La terre noire, tégétale, composant la première couche du terrain , est employée pour la construction des chaumières et des maisons \ elle a beaucoup de liant et se durcit promptement. Cette espèce d'aigile est très-favorable k la végétation dei herbacées ou des arbrisseaux \ mais son peu d'épaisseur au-dessus du calcaire fait sans doute que des arbres ne peuvent y prendre racine ; car toutes les collines environnantes sont nues et dépourvues même de buissons ; on n'en aperçoit que dans les vallons et les endroit où la couche végétale est plus épaisse. Dans un de ces vallons, au S. £. de la ville, on trouve un banc peu étcfldii de grès rougeâlre, k gi-os grains, exploité en pierres plus ou moins grosses, pour la construction des ranchos , les fondations des maisons en briques et le pavage des rues. On en trouve encore dans d'antres endroits de celle localité. Il y a plusieurs fours h briques dans les vallons, où l'argile linranenac est abondante. Digitized byLjOOQlC — 350 — beau teins. Uue goélette brësUienne leva lancre peu de tems après nous pour la même destina- tion, celle du Saito. Pajsandu, vu du nord-ouest y est moins désa- gréable que vu du sud-ouest ou de Fancrage, les maisons paraissant plus rassemblées. Vers la fin du jour le vent manqua; nous amarrâmes à des saules> sur la côte d'Entre- Rios, à environ dix lieues de Sandu^ dans un parage très-sablonneux. Les bords de lUruguay, ainsi qne son lit, abondent en galets de quartz et de ses Tariétés, d*agate, de cornaline, de calcédoine, de sar- doine, etc., parmi lesquels on rencontre quelques débris organiques fossilisés f appartenant au régne végétal. Les poudiogues y sont rares. On voit sur la rive droite de TUruguay, en face de Pajisandu, des mon- ticules de sable trés-fin et trés-blanc , s^étendant assez avant dans les terres. Ces terreins sablonneux produisent diverses espèces de bob grossissant peu généralement , maïs qui sont très-compactes et très- durs , très-épineux , tels sont : Vespinillo , Valtforrobo , Vurundsy , le Nandubay et plusieurs autres. Je n'ai trouvé aucun fossile animal dans cette localité, je crois pour- tant qu^il doit y en avoir dans les carrières du calcaire en exploitation, parce que tout ce pays, même les plaines basses et allu viennes de Boé- Dos-A}Tes , renferment des ossemens d*animaux aniî-diluviens , tels que le mastodonte- à dents étroites , les tatous gigantesques et les ichtyosaures. Il est nécessaire d^entier dans quelques explications à regard de ces animaux perdus, avec lesquels on est encore si peufam^ liarisé, que des moines «avaiw de Buénos-Ayres ont cherché à persua- der les crédules que les os de certains animaux croissaient dsns la terre. Les mastodontes appartenaient à Tordre des Pachydermes (animaux Digitized byLjOOQlC — 351 — Le âl j le tems était beau, mais calme; nous descendîmes à terre pour chasser. Après ayoir traversé des bancs de sable , nous arrivâmes à de longues lagunes, ou étangs, dont les bords étaient couverts d'échassiers et de palmipèdes; mais si sauvages que leurs bandes nombreuses s'envolaient hors portée. 11 £dlut agir de ruse pour en approcher. Tandis que nous avions re- cours à nos stratagèmes de chasseurs, afin de sur- prendre les autruches , les hérons et les canards, le patron de la balandre nous fit signal de rallie- ment. Nous en eûmes un peu de dépit ^ car l'ar- à sabots, à la famille des PtoboscidUns (à trompe et à défense ) et fonuaient un genre particulier, voisin des Hippopotames *. Les tatous fossiles appartenaient à Tordre des Edentès (c*est-à-dire sans dents sur le devant des mâchoires) et k la tribu des èdentés ordi- naires', quelques naturalistes systématiques, les rapportent A ta tribu des Tardiyrades (nom exprimant leur excessive lenteur) et les confon- dent avec les genres perdus des mégathérium et mégalonyx, voisins des fourmiliers et des paresseux. Sans doute M. d'Orbigny tranchera cette question de nomenclature et rapportera le tatou fossile au vrai type de son genre. ( Dasypus de L.) Les iclUyosaures de même que les plésiosaures, étaient des reptiles de taille gigantesque, vivant dans la Tner, Tichthyosaure avait une tête de lézard , un museau efifilé comme celui du dauphin, des pattes de cétacée au nombre de quatre, et des vertèbres de poisson, hs plésiosaure , avait les 'mêmes pattes une petite tête de lézard portée siu* un long cou, semblable au corps d*nn serpent. Ce sont les laborieuses recherches de Georges Cuvier et de ses savans collaborateurs, qui ont rendu à la science ces an- ciennes espèces, et une infinité d'autres appartenant aux divers ordres * Voyex Cuvier : osstmensfostiUs ; les Lettre* sur les rèvoUuioiu dm Globe et tou* le* livre* élémentaire* d'histoire naturelle. Digitized byLjOOQlC — 532 — deur nous ayait emportés bien ayant dans les terres, et nous ayions Tespoir de rencontrer quelques bonnes espèces d'oiseaux; nous dûmes nous contenter des canards et des pigeons, (pa- lomas) , que nous ayions tués, &ute de mieux. Le yent était toujours sud, mais £uble; nous yoguâmes d'abord très-lentement et si près des arbres que les branches embarrassaient les ma- nœuyres. Plus tardleyent s'éleya; nous gagnâmes promptement l'ancien yillage de SanrJose, miné par les Portugais ,1 pendant l'occupation de k du règne animal, qui semblaient perdues pour eQe, et dont les ome- mens sont ensevelis entiers, ou diverses dans les couches de diver- ses formations. En recueillant ces débris et cherchant à les rappro* cher dans leur ordre primitif, Cuvier est parvenu à recompoeer les êtres auxquels ils ont appartenu, et à les ressusciter en quelque sorte, puisqu'il a retrouvé leurs formes, leurs proportions, leurs mceurs et toutes leurs habitudes. Ou renconU^ dans différens endroits de la province de Buénos-Ayres, notamment dans les environs de Lujan^ et de San^NtcoUts-de-loê- Arroyo9, sur la rive droite du J'arana, beaucoup d'ossemens de wuuUh dontê à deuts étroites. J'ai vu chez un négociant à Bnénos-Ayres un squelette à peu près complet de cet ancien pachyderme. Il lui avait été apporté de rinlérieur de la province par un GauchOf qui le vendit la valeur de 20 ou 25 fr. Ce négociant en « refusé, disait-il, 1200 fr. Oa sait que les ossemens du mastodonte k dents étroites , improprement aiipelé wammotMAySont bien plus rares que ceux du grand mastodonte? Le premier os de cette espèce (un tibia), fut rapporté par M. deHua- boldt, qui Vavait trouvé dans le camp des géants près Santa-Fé de Bagota. Les ossemens de UUovi-géant se trouvent en grande abondance sur les bords et dans le voisinage du Rio-Néfjro (Banda-Oriental) ; il y en " Digitized by LjOOQiC — 535 — BandarOnental , Puis la Calera de Barquin^ sur la côte d'Entre-Rios, presque en &ce de San- José. Toute la côte de la Calera (fourà chaux), pen- dant deux mille environ , forme falaise escarpée, laissant voir une roche de calcaire grossier , un peu gjpseux, entremêlé d'argile blanche et de sable. Le paysage de la Calera est assez riant; on en ferait une jolie petite ville dont la position serait très-convenable au commerce. Située à l'extré- mité S\m coude que forme FUruguay , à envi- ««BSBiMmteêfalâMêtargHo^alcahreé àè 8im-Klcola»-4e-lM-Av«mM. M« D'Orbigiqr «n a Irouvé, ei il peoM que cA animal était de la gros- seur d'un bceuf ; c'est-à-dire, au moins vingt fois plus volumineux que le Cataa-fèimt du Paraguay, encore existant. Les ossemens de ricbthyosaure se rencontrent sur les bords du Rio Arapey (Banda Oriental), Tun des afflnens de ITJmguay. Le tenienle Gomez, Inife^ten , que j*ai en ocoasimi de iwir chez M. Benpiand, trouva un jeor, près de cette rivière, le flqmAMte comi^t^'nn atriraal inconnu^ qni lui parai fort •étrange ; û en doima 9m k Rio Janeiro, et Tempereur don Pedro 4cr Hiargea devuîle le docteur Frederick StOow nièrement du Chili. — Le cardinal huppe rouge de Az. ( oxia cucuU 32 Digitized byLjOOQlC — 558 — nouvelle statiou sur la rive droite , en attendant une brise. Le 2â^ le vent élait contraire; le tems était beau j mais extrêmenaent chaud et un peu ora- geux. Nous de3cend}mes à terre, au nombre de cinq individus I avec toutes^ nos armes» parce que nous avions à redouter non-seulementla ren- contre des jaguars y mais encore, celle d'un parti de Gauchos vagabonds, comme il y en avait souvent à cette époque; heureusement cette pré- caution devint inutile. lata y Latli.) est commoR, MsiqaeYongUt deBiiflbn ( Hnde d*Az.) — Le gobe-mooche ruHn {churrinchê Az.) — Le tyran à queue fourchue {suiriHy petits-ciseau» de Az.) sont assez communs ainsi qu*an gobe- moiicbe blanc et noir, appelé viuda (veaTe), qne je croîs être Viruper9 de Az. ; le hienteveo, le foumier, le troquet d lunettes. — On y tronTe encore le troupiade dragon de Az., cehii à tête jaune ; le casdqne à gorge-rouge {étoumettu des terres Magellantques , BnlT.); un engoule- vent à ventre biane ; un gros-bec à collier noir ; trois espèces de bec- fins i un roitelet ; Toiseau-mouche vert-doré et V améthyste émerauds; ce dernier n^est pas commun. Grimpeurs. — U y avait des bandes du maracami psÊêago9L de Ai. beaucoup de perruches{coi orras) à louque-queue,'^ Le pic aux oUes dorées ; celui k tête pourprée {Picus Linéaêus de lin.); un pkoSde huppé eoulemr de tofto» à^ Espagne, n'enstattl pas encore au ■Mnèa dt Paris. Enfin le eoucou piririgmm de Az. ( Gmiru êminrm, ) Gallinacés, — Deux espèces de ramiers ; deux espèces de pigeoBs ; deux espèces de tourterelles, trés-nomnwnsj répandus par bandes dans les champs.— La petite perdrix G'yfMvii^i deAz., tinamusmaeulosus. Temm.), la grande perdrix, ou grand tinamous {Inambu guoMu d'Az., Unamus rufercens Temm. ), en grande quantité. Digitized byLjOOQlC — 339 — La rire est bordée d'arbres yerte et touffiis > d'espèces rariées produisant un bel effet ; presque toujours baignés par la riyière , ils croissent rapi* dément et arec feu ; mais ce qu'il y a de singu- lier, c'est que, passé cette ceinture verte, épaisse et branchue , on ne Toit phis dans l'intérieur du pays 9 plat et sablonneux, que des palmiers isolés on réunis par groupes de trois ou quatre , sem- MaUes à des débris de péristyle dont il ne reste- rait plus que les colonnes. La végétation est singulière dans cette contrée. Nous vîmes peu d'oiseaux; aucim mammifère, excepté xm tàon du cervtMS campestris, que le hasard fit tuer à Fun de mes compagnons de voyage. Cepen- dant nous remarquâmes des traces de jaguar, de carpinchos (cabiaïs) et d*autruche. Quelques oiseaux de rapine, des cathartes urubu et aura , des caracaras, des buses rousses et des milans à calotte noire planaient silencieusement an-dessus Echoêtieri et palmipèdes. '^tes bords de rUni^^ay de même que ceux de laFlata etdaParana, abondent ea oiseaux de ces deux ordres. La fanulle nombreuse des longirostres, qui comprend en partie cette Tariété d^oiseaux de rivage, connus à Buenos- Ayres sous le nom de dWrittiify wiilHniie plus d*vn genre iadéienwnè capable d*cnbanrasser nos nmneiiclaleurs. En fait d'échassiers, je n*aitué ici que le vofineau armé (terutero de Az.) différent de celui de Gayenne^ des petits plu «iers à cellier noir ; le jacuna commun et PhirondeUe de mer atema miMuia de Lin. — C'est à Buenos- Ayres que j'ai tué le rkynekea hUafia et le Hwfchorus, genres nouTcaux. Digitized byLjOOQlC — 340 — d'un Taste champ brûlé la Teille, et encore fil- mant; quelques perruches et perroquets passaient en criant au-dessus de nos têtes, et des pics aux ailes dorées * guettaient , sur le tronc échauffé des palmiers, la sortie des insectes que l'incendie avait fait se réfiigier dans ce seul asile qui leur f¥lt offert. Nous tuâmes de tous ces oiseaux > ainsi qu'une variété du troupiale dragon , que je crois être le guirahuro de Azara, et, au bord de la rivière , une jolie pie blëu-turquin à ventre jau- nâtre et à sourcils bleu ciel * . Le 25, letems était redevenu beau, une petite brise de sud, irrégulière, nous poussa tout le jour. Nous passâmes devant YHervidero^ estancia et four à chaux, à huit lieues du Salto, vers le sud, dans un endroit où le lit de la rivière fort encaissé, d'un courant rapide , n'a pas plus de soixante à soixante-dix toises de largeur. U paraît que la chaux, &ite sur les lieux , est d'assez bonne qua- lité. A un mille plus loin nous passâmes devant le confluent du Jkefvtany rivière de quatrième 1 Charpentiers des champs , d'A2. Picus amatus. Lin. The-sold- winged-jwcker, catesby. s J caché de Azara. Digitized byLjOOQlC — 34i — ordre descendant de Test, dans le lit de laquelle on trouve de magnifiques cristallisations de quartz-hyalin , diversement colorées. A la fin du jour, le vent ayant manqué de nouveau , nous aidâmes courageusement les ma- riniers à haller le navire d'arbre en arbre )us- qu au Saladero del CorraUto. Le 24 9 au lever du soleil, nous descendîmes tous à terre. Après avoir exploré les environs du Saladero , nous allâmes rendre visite au proprié- taire don Léandro *** , espagnol européen , par- lant assez bien le fi:*ançais ; il nous donna Thospi- talité avec une politesse toute gracieuse , la plus digne des belles manières d'un CahaUero. Après le déjeûner , au lieu de nous rembar- quer 9 nous primes la résolution de nous diriger sur le Salto, à travers la campagne, conservant l'espoir de trouver en route quelque chose d'in- téressant ; nous fîmes ainsi plus de quatre lieues eu chassant , mais inutilement ; nous ne vîmes que fort peu d'oiseaux, et toutes espèces commu- nes à Buenos- Ayres, telles que pics à ailes dorées, tyrans, troupiales, caracaras, teruteros, etc. Nous tuâmes pourtant deux belles espèces d'engoule- Digitized byLjOOQlC — 542 — vens et un fort joli gros-bec roage et gris. Nous vimes aussi beaucoup de couleuvres et cet énorme lézard appelé tejru par les Guaranis * . Conune l'Uruguay avait recommencé à croître, . nousnousfatiguAmesbeaucoupà&iredesdétours, nécessités par le gonflement des nombreux ruis- seaux et des hanados ou terrains inondés. Tout ce pays, comme la Banda-Oriental entière n'offire à la perspective, que campas quëbradosj c^e^rk- dire, des terrains fréquemment entre-coupés de petits vallons, de monticules et de collines peu élevées , sans direction déterminée ; on ne voit guère d arbres que le long des rivières et des ruisseaux ; mais conune ceux-ci abondent par- tout, il en résulte une fertilité très-grande et tous les avantages désirables pour l'éducation des bestiaux. Quelques maisons blanches, dont les fenêtres réverbéraient la lumière rougeâtre du soleil cou- chant, nous annoncèrent le Sedto ; cette vue nous attrista, au lieu de nous réjouir; nous nous étions figuré, je ne saurais trop dire pourquoi, que plus nous avancions, plus les sites et les paysages A Lagarta en portugais {Lecerta tefjmisin Lin.) Digitized byLjOOQlC -^ 545 -= devaient être charmans. — N'est-ce pas ainsi que nous cheminons dans le sentier aride et tortueux de la irie?4».— •Dëôenchantemens sur désenchan- temens^ mystifications sur ni]fstîlications, jus- qu'au moment où la tombe s'ouvrant , cetitu- plera peut-être la somme des mystifications et des dësenchantemens ! Le SùUo * est un village qui n'a pas la moitié de l'importance de Paysandu. Il est situé sur une hauteur isolée, formant Une presqu'île à l'épo- que defe débordemens de l'Uruguay. Le terrain est aride, couvert de cailloux roulés, ou de galet, avec d'innombrables fi^agmens de roches tendres : on dirait un monceau de ruines , tant ce sol est bouleversé, couvert de pierres de toutes gros- seurs. Les autres collines environnantes ont exac- tement le même aspect : presque toutes ces pierres ou fragmens de roche, ne sont qu'une agglomé- ration de sable, de graviers et de galets unis grossièrement, sans ténacité, par un ciment cal- caire-argilifère. L'argile jaune est la substance qui> avec un peu de calcaire ♦marneux , paV*a!t former la base de ces collines. Il y a aussi des bancs d'un grès arenacé fort grossier. t Latitude Si* 28' me gandie de rUrugady. Digitized byLjOOQlC — 344 — Je remarquai en venant du Saladero dd corra- ïito , à enTÎron deux lieues du Salto , sur le bord de l'Uruguay 9 des grès ferrugineux géodypies, formant des blpcs isolés plus ou moins Tolumi- neux ; les cavités en étaient remj^es par du sa- ble très-chargé d oxide de fer. Il n y ayait pas plus de cinq maisons à^uxotea (en terrasse ) au Salto , lors de notre arrÎTée ; les autres habitations étaient des ranchos, (çhau^ mières) bien bâtis, blanchis, pour la plupart, extérieurement; T église était aussi un /loncAo , conune à Sandu ;^ seulement on avait élevé à coté de rentrée un simulacre de clocher , en forme de portail, où étaient suspendues deux cloches de moyenne grosseur. Les rues sont comme dans toute la Banda-Oriental, bien alignées^ garnies de trottoirs, correspondant aux quatre points cardinaux. Quoique les cuadras soient loin d'être renoplies de maisons, cette . régularité de plan, donne néanmoins à ce village Fapparence d'uno petite ville. Il n'y avait pas encore de réverbères, ou fimaux dans 1q3 rues , mais on devait en pla- cer prochainement. De chaque côté du village, au nord et au sud, il y a un ruisseau boisé; coulant dans un vallon Digitized byLjOOQlC — 546 — profond, jusqu'à TUruguay. Pendant les cruM de la riyière, le côté sud s inonde fiu^ilément, et il y a alors assez d'eau pour .permettre aux goélet- tes et aux balandres de s'approcher à quai; mais quand les eaux sont basses, que l'Uruguay m re- pris son lit, ce qui a lieu les deux tiers de Fan- née , les navires Tenant dien-hiMS , sont obligés de rester au Saladero dd corraiUo , pour y opérer leur chargement et déchargement, opérations très-coûteuses pour le conamerce. IjeSaboy c'est-à-dire la cataracte, n'est pas en face du village ; il en est éloigné d'environ deux lieues au nord : c'est ce qu on nomme le Salto cfUco. Il en existe un autre plus grand, à trois lieues de celui-ci, également au nord, apT pelé Salio grande. C'est le premier qui a donné son nomauviUage(t'ii22a). Ces deuxsaltos, qu'on ne reconnaît qu'à la rapidité du courant, lorsque la rivière est très-haute, sont à découvert les trois quarts de l'année et rendent toute navigation impossible dans ces parages ^ • Les bateaux ve- nant d'en-fiaiU restent à huit licites du village , dans une petite anse appelée e/ ^u^rfo (le port), en £ice d'uu groupe d lies désignées sous le nom * Au sallo, rUruguay est deiu fois large oomnie la Seine à ParU, c'eat-à-dire de 120 à i30 toises. Digitized byLjOOQlC — 84« -- éè isicm ddhê^ttftù. Le trajet del poerto au vil- lage se &it par term^ k cheral oa en «hiEOreite; mais, dans ce cas, on a quime lieues à parcourir auL lieu de huit 5 à cause d^un détour qu'il faut faire pour éviter des banadas ou marécages* Une fois passés ces deux saltos^ formés de roches à ileur d'eau, l'Uruguaj, bien que très^rapideen beaucoup d'endroits, est navigable pour de gran- des pinces et des bateaux plats jusqu'à la hau- teur du Paraguay, c'est-à-dire k plus de deux cent cinquante lieues de sa jonction avec le Pa- rana. Une nation industrieixse comme celle des Nord •'Américains 9 par exemple, aurait déjà aplani les légères difficultés qui entravent la na- vigation de rUmguaj, et sillonné cette bdle rivière de plusieurs bateaux à vapeur pour &ci- liter Faccroissement de la population et le dé* bouché des produits de l'industrie agricole : loin de là^ on perd son tems en vaines querelles ^ en disputes Sanglantes, et l'apathie des habitans est poussée à tel point qu'ils ne comprennent même pas comment on pourrait vivifier ces lieux, qui Iles du forgeron on serrurier, à cau§e d^un oiseau de Tordre des {RBAfléfeaux, genre cotiiigiy aous-genre procfiU, eonim àU Brésil mus le nom de ferrador et é^araponga ( casmarynchoe nudicolis ). Sa voix éda- lante imite tour-à-tour le bruit de la lime et celui du marteau sur une enclume. Digitized byLjOOQlC — S47 — ne leur paraissent destines qu'à nourrir des che- Taux et des vaches. Cet endroit • est réellement susceptible de prendre de raccroissement 9 quand le commerce avec le Paraguay deviendra libre et que les Missions seront peuplées; car la voie de l'Uruguay est toujours préféraMe, pour le trans^ port (des marchandises, à celk de l'intérieur. Les autorités du Salto sont r un commandant militaire, en même tems chef de police, tm commandant de port, un )uge-de-paix, un al- cade et un receveur de la douane. U y a une école primaire-élémentaire, pour l'enseignement mutuel, aux frais du gouvernement. Cknnme il n'y avait pas plus d'auberge au Sadto qu'il n'y en a dans les autres peuplades de l'Uru- guay ou de rintérieur, nous eussions été assec embarrassés si M. Antoine Thedy , suisse-français , n'avait eu l'extrême bonté de nous accueillir et de nous héberger pendant trois jours que nous y restâmes, en attendant un vent propice pour remonter la rivière jusqu'aux Missions. M. Thedy exerça envers nous les lois de l'hospitalité d'une manière trop généreuse vraiment ; car nous étions cinq individus, affamés par les privations du voyage , et nous disions un tel honneur à sa cui- Digitized byLjOOQlC -^ 548 ^ sine^e j'en restais confus; il ne voulut pourtant accepter aucune espèce de compensation. Au reste , ce désintéressement , qui deyait nécessai- rement nous étonner, était si familier, si naturel à M. Thedy , il y mettait tant de bonne grâce, qu'il méritait bien ce titre flatteur de père des Français que nos pauvres compatriotes expatriés se plaisaient à lui donner, non-seulement au Salto, mais encore à une grande distance à la ronde. Le jour même où nous arrivâmes, nous eûmes le hasard de rencontrer chez M. Thedy un vieux marin à'Hon/Ieitr^ nommé Victor, prêta par- tir pour.Fancienne Mission de San-Borjà. U me sembla que nous ne pouvions trouver une occa- sion plus Êivorable; nous nous hâtâmes d'arrêter passage , dans la crainte de faire un trop long sé- jour au Salto. Le bateau de ce marin ( jaugeant au plus deux tonneaux) était plat , non ponté, assez mal installé d'ailleurs et fort inconunode à tous égards, puisque nos bagages le remplissaient et qu'il n'y avait d'abri , en cas de pluie , que pour nos provisions! Belle perspective pour un voyage de cinq semaines dans la saison des pluies? Il est vrai que notre compatriote , vieux loi^ de mer dégénéré, se faisait fort de franchir les qua- Digitized byLjOOQlC — 349 — tre-vingt et tant de lieues qu'il y a du Salto à' San-Borja en quinze jours , et en cas de pluie, il promettait de dre^er une tente avec des cuirs; mais on verra plus loin comment il tint sa parole. En attendant le bon vent, nous nous mtmes à chasser pour tuer le tems, uniquement; car des naturalistes n'ont pas grand chose à recueillir au Salto , si ce n'est des cailloux roulés , des bois fossiles et des cristallisations de quartz-améthyste, en prismes implantés , qu'on apporte en grande abondance deTintérieur, pour £dre des cadeaux. Les tourterelles et les ramiers étaient si nombreux, qu'en moins de deux heures nous en eûmes notre charge. Quant aux autres oiseaux, ils furent, fort heureusement pour eux, jugés indignes de la mitraiUe que nous prodiguâmes à leurs co-vo- latiles les gallinarès. Nous nous amusâmes beau- coup à regarder un cariama ' privé , dans la cour de M. Thedy. — C'était un oiseau paisible, assez craintif, mais très-curieux et tout aussi 1 Cariama est le nom Inrésilien et saria celui des Guaranis et de Azara. Cet oiseau, classé dans Tordre des échassiers^ famille étipres- siro9tres^ est le type du genre cariama (microdactylug crisiattu:). Il me semble que cet oîseaUi le nandu^ le ckaja et plusieurs autres, «eraient plus convenablement classés parmi les gallinacés^ dont ils ont le bec et les habitudes ?. . Digitized byLjOOQlC — 350 — vorace qœ le nandu. Q visitait tou5 les apparte- rnena et sortait qudiquefiHsdansla rue. Sa hauteur était de deux pieds et demi ; son bec celui desg'aZ- Unace$\ son cou et son port ceux du nandu; sa paupière nue , et l'œil très-grand ; ses plumes cotonneuses; sa couleur mélangée de blanc , de noir et de gris. Cet oiseau a été très^bien décrit par Feliz de Azara, M, Thedy élevait encore d'autres animaux fort curieux, et il avait une petite ccdlecticm de minéraux ou Ton remarquait de magnifiques cristaux d'améthyste, de fiiusse tc^Mze et de cristal blanc > avec des galets de FU- ruguay, arrondis de teUe sorte qu'ils ressem- blaient à des fiiiits. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XV. S4pwt da Sallo. — Soitode resploralioa ■ Vowte. • — ]|«|Df « — Vort de BaaJogJa. Le dimanche 27 octobre, à quatre heures de Taprès-midi , notre loup de mer d'Honfleur jugea à propos de nous faire embarquer. A peine ayions- nous fait une demi-lieue qu'un orage violent 23 Digitized byLjOOQlC — SS4 — éclata et qu'une bourrasque-pampero nous fit tournoyer À-peu-près comme une toupie. Le pa- tron ne voulait pas, pour tous les diables, retour- ner au Salto, par cette raison « quU n cubait ja- mais relâché en mer. » Pourtant ime forte ra£&le ayant déchiré la seule voile en coton que nous eussions dans notre galère, l'obligea, bien mal- gré lui, à nous faire aborder dans un îlot formé par le débordement de l'Uruguay. On ne se figure pas ce que nous eûmes à souf&ir dans ce malheu- reux îlot, où il n'y avait pas un seul morceau de bois sec. La pluie commença juste au moment où nous abordâmes et ne cessa que le lendemain vers midi ; on sait déjà qu*îl n'y avait pas d*abri à bord, ni même possibilité d'y coucher; nou& avions compté sur les cuirs que le patron devait embar- quer pour nous faire un toit , au besoin , mais il en avait pris tout juste assez pour préserver nos provisions de bouche et nos bagages ! Ainsi , nous dûmes nous résigner, non-seulement à nouis pas- ser de souper, mais encore à nous coucher sous la voûte, un tant soit peu humide, du firmament. Le lendemain nous avions l'air de gens sortis du naufi:*age ; nous grelottions à claque-dents et nous étions affamés. Dès que la tempête fut calmée, le patron nous fit sortir de là et nous conduisit à proximité d'un saladero. Nous sautâmes bien vite Digitized byLjOOQlC — 5S5 — à lerre, courant Du-)ainbcs, à trayers les maréca- ges et les -pajonales vers un rancho^ où nous de- mandâmes rhospitalité ; on nous accueillit bien. Nos hôtes étaient de pauvres canariens venus de- puis long-tems déjà , comme beaucoup d'autres, pour peupler ces déserts et remplacer les natu- rels. Leur habitation, comme toutes celles des Gauchos était une hutte de terre , entremêlée de roseaux^ couverte en paille coupante, construite enfin avec toute la simplicité de Farchitecture de l'âge d'or. Elle était composée de deux-pièces , la chambre à coucher et l'appartement de ré- ception servant en même tems de cuisine. Un lit , formé de quatre piquets plantés en terre , supportant une claie de roseaux, ou des courroies de cuir entrelacées, sur lequel se place en guise de matelas , une magnifique peau de bœuf non tannée; quelques autres cuirs étendus à terre pour coucher les en&ns ; des bolas, des lazos^ (armes mdispensables du Gaucho), des harnais de chevaux suspendus aux parois du rancho, for- maient l'unique ameublement de la chambre. Une autre claie de roseaux, supportée par six pi- quets et servant à ces dames de canapé ou de sofa, deux têtes de bœuf, en guise de fauteuil, un petit baril d'eau, une marmite en fonte, deux ou trois calebasses servant de vases, une jatte en Digitized byLjOOQlC — 556 — bois, et une broche en fer piquée yerticalement devant le foyer, placé au nulieu même de la cui- sine, composaient rigoureusement Tinventaire de l'appartement de réception. Je dois ajouter que, chez les Gauchos plus riches, il y a souvent, à côté du principal corps d'habitation, à la dis- tance de huit ou dix pieds , ime seconde hutte, analogue à la première , serrant de cuisine , de garde-manger et de basse-cour: Qn'y a jamais de cheminée; le foyer se trouve au milieu, et la fu- mée s'échappe par où elle peut. Les ordures des animaux domestiques , les exhalaisons des vian- des accrochées , ou des cuirs étendus , y entre- tiennent une puanteur insupportable, et des myriades d'insectes bourdonnent sans cesse, tan- dis que des volées de troupiales , de caracaras ou de vautours-urubu se disputent les débris des ruminans ou des solipèdes dont les cmBemens sont entassés comme dans des catacombes , ou épars de côté et d'autre à la surfiice du sol , comme sur un champ de bataille. Tandis que nous séchions nos vêtemens devant le foyer enfumé , les braves gens se plaignaient de la misère du tems et des querelles interminables des partis dans ces malheureuses provinces *. Ds I Ils faisaient allusion aux projets ambitieux de LavaUeja dui9 la Banda-Oriental, et à cenx de Manuel Basas à Buéoos-Ayres. Digitized byLjOOQlC — 35^7 — nous présentèrent, dans une corne, du lait sortant- de la vache : nous acceptâmes ayec empressement et leur of&lmes, en retour, un peu dejcana * qui nous restait. Us allaient nous préparer un asiukh (rôti) de yiande fraîche , quand le patron nous^ envoya intimer Tordre du ralliement. Ce )0ur-là le Salto-Chico fut passé sans trop de peine, grâce aux saules (seirandis) bordant la rive. Vers le soir, on s'arrêta, sur la côte d'Entre- Rios pour fiiire à souper et passer la nuit. Cette fois, nous bivouaquâmes Êicilement et gaîment, car le bois sec étant très-abondant, nous fimes un inunense feu de joie, autant pour ache- ver de nous sécher, que pour nous garantir pen- dant la nuit de toute visite importune de Thon- nètejagtdor ou de tout autre aimable voisin. Après nous être repus de Fo^ao, après avoir savouré le queso de Goya \ \ai farina de madioca ', et avoir doiÉié du ton à notre estomac en avalant un traguito de la brûlante cami, nous installâmes confortablement nos recados dans le foin, au pied t Prononcez Caytut^ mouillé ; espèce de lack ou de tafia, connue an Brésil sous le nom de cachaca^ c'est de Teau-de-vie de sucre^ s Fromage rond, trèo-sce et très-salé, fabriqué principalement à Goya, peuplade de la province de Comentes. 3 Farine de manioc (prononcez farûjna^ mouillé); en portugais, on écnX farinha et Ton prononce comme en espagnol. Digitized byLjOOQlC — 358 — d*iiii palmier carondai, et, nous trouTant toutrà- £iit snug , nous réparâmes par un sommeil pai- sible les &l;igues et le malaise de la nuit précé- dente. N est-ce pas ainsi que le pauvre doit envisager la vie?., • Le lendemain , 29 , bon vent et beau t«ms. En un instant, tout le monde fut sur pied, les recados plies, les armes nettoyées % et tout à bord. Nous primes le mate\ avant Faurore; ce cordial devait nous soutenir jusqu'à midi, beore du diner. La sobriété est une vertu passée, forcé- mentj dans les moeurs des Espagnols américains; ils ne font jamais que deux repas par jour; mais ils prennent le maté à chaque instant. Noos finies bonne route jusqu'au Salto-Gnmde. Là, il fallut nous arrêter pour attendre un vent j&vorafale, parce que Feau coulait avec trop de rapidité pour espérer de dompter le courant; nous édoos d'ailleurs sur la rive droite, et de ce ciùÊé il n y a point d'arbres aux branches desquels on < C*est un soin qa*il faut prendre chaque jour, surtout arec les armes â piston, sons peine d*ètre exposé aux plus grands dangers. Les Gan* chos, qui sont Irës-p.'u soigneux éprouvent souvent la mystification de Toir rater lenrs pistolets ; aussi conunencent-ils à n*avoir phis la moindre confiance dans les armes à piston. Il faudrait avoir soin de n'envoyer aussi que des cheminées bien êridéos. Digitized byLjOOQlC — 5S9 — puisse s'accrocher, pour fi^auchir ce mauvais pas- sa^. Nous campâmes peadant trois jours, et nous nous occupâmes à chasser, k pêcher, à ex[dorer la campagne. Nous étions au milieu d'un bosquet surmonté de quelques grands arbres, sur une plage de sable et de galet; nous avions pour limite, au nord un rocher de grès tendre , très-schisteux , assez éleyé pour fomiei^/]proniontoire; à Fouest des collines {campas quehrados) couvertes de galets semblaUes k ceux du village dél Scdto; à Test rUruguay, emportant avec la rapidité du vent des nuées de cormorans % et au sud, une petite rivière dans laquelle nous péchâmes des tortues dont nousfimes d'excellent bouillon. Nos mariniers étaient deux Indiens guaranis, habiles à pécher; ils prk^nt souvent un poisson très- abondant partout, appelé dorade * (doré) à cause de* ses couleurs; il y en avait de fort gros, de deux à trois pieds de long, pesant près de vingt livres, et une grande quantité de petites espèces attirant continueUement les insatiables cormo- rans. I Les zaramaijulloiis cle Azara \ les viguas des Guaranis j c*cst je crois, une espèce de Graculvs ? 1 Espèce voisine du MiltUa micropo (Al. D'Orb.) Digitized byLjOOQlC — 360 — L'Uruguay peut avoir, en cet endroit, un mille de largeur. Sa rive droite est bordée, Fespace d'une demi-lieue, par des rochers de gués tendre et schisteux; il y a trois masses principales où viennent ahoutir des collines, séparées par des vallons profonds et marécageux , très-boisés ; ces trois masses de grès forment autant de pointes où Feau coule avec une rapidité eflfrayante. Vu ilôt, couvert de saules .^e trouve juste au milieu de la rivière , en Êice o^a première pointe, en remontant ; un ilôt, plus étendu, est en arrière de la troisième pointe, puis ensuite viennent des iles très-longues. Ces îlots, dont la base est de roches d'alluvion, c est-à-dire de matières arénacées, agrégées et unies plus ou moins fortement par les sédimens , le battement et le poids des eaux , resserrent le lit de l'Uruguay et en précipitent le cours sur une multitude de fragmens de rochers, dont quelques-uns, très-volumineux, ont vingt- cinq à trente pieds d'élévation pendant la morte- eau. On conçoit que le courant doit s'accr<^tre en raison de l'inclinaison du lit^ des obstacles et des chûtes causés par les masses de rochers , de telle sorte que le passage devient impraticable quand la rivière est encaissée dans son lit naturel. Mal- gré la crue excessive de 1833, (nous passions au> dessus des rochers et des arbres les plus élevés), Digitized byLjOOQlC — 561 — il fallait un vent extrêmement fort , Taide des rames et de bras vigoureux , pour effectuer le passage du Salto-Grande. L'endroit le plus diffi- cile , le plus périlleux, est sans contredit les trois pointes du promontoire dont j'ai parlé ; mais on n'est pas encore tranquille pour les avoir fran- chies ! Pendant six milles environ, jusqu'aux iles del Herrero ou del Puerto , le courant est encore excessivement rapide ; il serait impossible mêm.e de tenir le milieu de la rivière avec le vent le plus fort ; on est obligé d'avoir recours aux bran- ches d'arbres et de s'y accrocher successivement jusques passé ce mauvais pas. Il parait que la ca- taracte est peu sensible , en tems ordinaire , mais il n'y a pas assez d'eau pour passer, et des rochers nombreux s'élèvent beaucoup au-dessus du ni- veau* La rive droite étant, en plusieurs endroits, une falaise haute et escarpée, très-rocheuse, on ne pourrait conséquemment songer à y creuser un canal latéral; mais la rive gauche, peu élevée, argileuse , offrirait toute facilité pour cette opé- ration utile. Ce fut avec beaucoup de difriculté et de gran- des contrariétés, que nous effectuâmes le passage, Digitized byLjOOQlC — 562 — le 2 nOTCmbre. Partis à cinq heures du matin de la troisième pointe, nous mîmes six heures à la franchir et nous arrivâmes vers onze heures de- yant une estancia (ferme pastorale) située sur la rive gauche, à environ une lieue de la pramière pointe du Salto-Grande. Nous courûmes nous y réchauffer, car nous avions encore passé une nuit pluvieuse, en plein air, sans autre abri que nos ponchos et nosgergM. Vestcmciero ^propriétaire) était un Indien Guarani, très-riche et hospitalier; nous y déjeunâmes avec un excdllent (uao et du lait sortant de la vache ; il voulut, de plus , que nous emportassions deux amobas ( 50 Uvres) de viande fraîche. En sortant de chez lui nous nous vîmes dans la campagne des bandes de ramiers et de tourte- reUes (palonuis) , beaucoup de venados (cer&), des tinamous (perdrix) et des nandous (autru- ches) eu quantité. Le 3, nous passâmes devant le Puerto (leport): nous cherchâmes vainement ce qui pouvait loi mériter ce nom; nous ne vîmes quune plage basse, marécageuse et un chemin peu fréquenté, conduisant au village du Salto. U n'y avait à proximité del Puerto qu'un rancho désert, frappé Digitized byLjOOQlC — 563 — de malédiction , car le Jbu du ciel j était tombé récemment et avait rempli d'épouvante une fii* mille indienne, en donnant la mort à une jeune fille de douze ans, dont on voyait encore la mo- deste tombe* On me montra quelques cbevaux abandonnés , rev^Kint chaque soir passer la nuit près du corraloù, naguères, une main innocente les avait caressés. J'éprouvai un grand serrement de cœur^ à les voir ainsi , tristement arrêtés, la tête basse , près du tombeau de leur jeune mai- tresse On eût dit que seuls, au milieu du dé- sert, ils étaient restés pour la pleurer, et donner au voyageur, passant près de cette tombe, un exemple de fidélité et de reconnaissance, ins- piré par la nature. Ici finit la grande rapidité des courans et com* mencent les terreins bas et inondés au dessus desquels on peut naviguer quand la rivière est débordée jusqu'à plusieurs milles de distance. Cela est d'un grand secours aux mariniers , en ce qu'ils peuvent ainsi naviguer de tous tems^ soit à la rame, soit à l'aide de roseaux; tandis que dans le lit de l'Uruguay il &ut toujours un vent favorable et très-fort pour le remonter; car, in- dépendanunent des deux Saltos , il y a encore certains hauts- fonds rocheux, sur lesquels l'eau Digitized byLjOOQlC — 364 — coule avec force, ce c^ retarde et contrarie , en tout tems la navigation à la voile. On a vu de grands bateaux (chalanas) rester trois et même six mois en route pour se rendre del Puerto à San-Borja qui esta moin& de cent lieues du Salto. Quand on navigue dans les banados^ le voyage est ordinairement de trois semaines à un mois, et cependant le trajet est augmente au moins d'un tiers à cause des détours. C'est un voyage bien Êitiguant et bien monotone pour quiconque n'est pas amant de la nature et admirateur pas- sionné de ses oeuvres ! On doit s'attendre à des privations de tout genre; heureux encore si Ton peut conserver intacts ses effets, ses marchan- dises ou ses collections; car on n'a nul abri et malgré tous ses soins on peut rarement garantir de l'eau les caisses ou les malles qu'il Êiut quel- quefois décharger pour faciliter le passage du bateau sur un haut-fond. Pour un naturaliste | méme^ l'exploration des rives de Tllruguay, jus- qu'au delà du Salto , en remontant, surtout pen- dant le débordement , oflfre peu d'intérêt et des difficultés nombreuses, que ne compensent pas les découvertes. Le Parana est plus fécond , sous ce rapport, et récrée davantage la vue par la di- versité des sites* L'Uruguay, au contraire, k par- tir du Salto jusqu'à Itaquy, ne présente sur ses Digitized byLjOOQlC — 5«5 — deux marges qu une bordure peu étendue en largeur, d'arbres assez variés, à la Tenté, mais dont les espèces sont les mêmes dans tout le coiu*s dufleuye: ce sont des espimUos ^ des saules, des hxureles^ des séSfos , des nandubaïsj des timbos ', des taias , des lapachbs * , des palmiers et beau- coup de buissons épineux, dont quelques-uns, parmi lesquels les mimosas, portent de char- mantes fleurs; des lianes nombreuses, des plan- tes parasites, des fleurs de l'air {flores del qjrre) qui s'entrelacent de toutes parts en semant des fleiu*s de toutes couleurs jusqu'aux sommités des arbres les plus toufBis. Tant qu on navigue dans le lit de la rivière, on jouit de ce spectacle, qui a bien son mérite, il £iut en convenir ; mais en suivant les savanes, ouïes terreins inondés, la vue peut à peine se reposer en planant sur de vas- tes campagnes, basses, ou Êtiblement ondulées, dépouillées d'arbres, n'offrant qu'une herbe épaisse, rôtie par les feux du soleil, plus haute qu'un homme, en beaucoup d'endroits, et bai- gnées jusqu'à de grandes distances dans les tems de débordement. Ceci s'entend particulièrement de la rive gauche ou de la Banda-Oriental et des 1 Espèce d'acacia. * Grande espèce de la Famille des biguoniacées (Aie. B'Orb.) Digitized byLjOOQlC — 566 •— mission brésiliennes ; car la rive droite, on TEn- tre-Rios et Corrientes, offre assez généralement des tenreirâ plus élerés, une Y^étatîoD plus va- riée: on y voit de loin en loin quelques forêts, quelques coteaux boisés, où les élégans palmiers aux touffes globuleuses dominent toujours, des estancias ( fermes pastorales) des chacras (fermes agricoles) qui récréent la yue, en consolant le voyageur souvent effrayé de son isolement au milieu de ces vastes solitudes. Nous arrêtâmes , pour Êiire à souper et passer la nuit, dans un pajorudy à demi-baigné, où il £dlut nous mettre à Teau jusques par-dessus les genoux pour gagner un endroit sec ^ . Nous y trouvâmes quelquies morceaux de bois , au moyen desquels nous pûmes fiure un bon feu , destiné à nous sécher et à nous garantir de la visite des tigres. Au milieu de la nuit je fus éveillé en sot- saut par Eugène Gamblin : xnon premier mouve- ment fiit de porter la main sur mon fiisil , chargé k balle, et toujours placé sous mon poncho , car nous avions à redouter les terribles/ûguor^ , mais c'était autre chose ; notre bivouac venait d'être 1 Sans la précaution qne f avais eue de me munir d'eau-de-vie cam- phrée et de savon, nous eussions eu les pieds entamés et déchirés, à force de marcher dans Peau, le sable et les paiDes coupantes. Digitized byLjOOQlC — 567 — enyahi par les eafax! La rivière continuait tou- jours son débordement; il fidlut se hâter de chercher un meilleur ^te. Le feu avait été éteint'; la nuit était obscure ; nous ne pûmes nous ren- dormir, d'abord à cause de Thiunidité, ensuite par la nécessité d'être sur le iftd vi^. Nous n'eûmes pas de peine à être debout avant l'aurore. On ralluma le feu; nous primes le maté cimarron, c'est-à-dire sans sucre, et naos repar- tîmes avec une légère brise de sud-est, laqudle cessa au lever du soleil. La chaleur était exces- sive, étouffante. — Vous représentez-vous bien la position d'individus exposés tour4i-€our aux in- jures de l'orage, à l'humidité glaciale de la nuit et aux feux dévorans du soleil ? Telle était la nôtre. Nous n'avions pas à nous en plaindre nous, puisque cette vie était de notre choix; mais le pauvre diable qui est forcé d'en &ire son état!.... T songe^vous?... Ah! que vous devez plaindre ces malheureux Français qu'une fortune adverse oblige à colporter, dans les populations rares de ces déserts, quelques produits de nos manufactures , souvent si chers, si peu convena- bles, si inutiles, que leurs détenteurs, après avoir supplié les habitans de les en débarrasser, pour une modique somme, se voient encore Digitized byLjOOQlC ! — 568 — ravir jusqu'à Fespoir de retourner un jour dans leur patrie!!! Nous arrêtâmes. de bonne heure dans un assez joli parage , au fond d'une anse formée par le confluent de ÏArapey^ rivière prenant sa source très-avant dans l'intérieur de la Banda-Oriental. Deux ranchos, imcorral, un four, ixaeroinada S et des jardinages en assez bon ordre, étaient com- plètement abandonnés. Le patron nous apprit que ces lieux avaient été la propriété d'Indiens gua- ranis des Hautes-Missions , que le gouvernement oriental avait obligés de s'éloigner récemment, à cause de leurs brigandages , bien qu'ils accordas- sent une hospitalité franche et cordiale aux voya- geurs. Cet endroit, distant d'environ douze lieues du Salto, est un des plus convenables pour l'établissement d'une estancia , ou d'un village ; il y a du bois sufiisamment; une partie élevée do- minant la campagne (point important pour ïes- tunciero) ; des champs fertiles en pâturages d'une bonne qualité; la proximité de deux rivières na- 1 Ce sont quatre oa m poteaux, de 6 on 8 pieds de hauteur au-demis desquels sont posés, horizontalement, des branchages ou des troncs de palmiers fendus en deux. La ramada est destinée à donner de Tombre devant Phabitation et aussi k senir de lit pour se garantir do moustiques, ou des tigres. Digitized byLjOOQlC — 369 — vigables, FUruguay et FArapey; cette dernière > de troisième ordre, navigable pour de grandes pirogues, très^avant dans Tinter ieur, faciliterait le transport par eau des productions de ces con- trées. En Êice , on voit , sur la rive droite de l'U- ruguay^ la Capilla de San-Gregorio. U y avait autour des ranchos une grande quantitéde calebasses et de courges, les unes vertes, les autres déjà desséchées; des fragmens de troncs de hois fossilisés et quelques belles masses de cristaux de quartz-hyalin , &iblement colorés de bleu , apportés sans doute de l'intérieur par les Indiens. Ici commence une suite d'habitations éparses, de hameaux et de villages qui furent peuplés par des Indiens guaranis^ enlevés aux ;izie6/o5 des mis- sions pendant la guerre avec les Portugais et le Brésil. La mesure était bonne, le projet bien conçu; car depuis l'Arapey jusqu'à la frontière brésilienne , on ne Eût pas trois lieues sans ren- contrer un hameau ou au moins quelques caba- nes; mais malheureusement, ces Indiens, sans industrie, enclins natureUement à la paresse, furent trop abandonnés à eux-mêmes. Les brési- liens voyant avec dépit se dépeupler journelle- 24 Digitized byLjOOQlC — S70 — ment le territoire qu'ils convoitaient, intriguè- rent de teUe sorte auprès des Guaranis qu'ils firent de ceux-ci des ennemis déclarés des Orienr talistes. Cest alors qu'on vit ces Indiens, d'abord dociles, s'unir aux fiers Charmas ^ s'adjoindre des Gauchos criminels, piller, dévaster en conunun toutes les estancias, ainsi que les populations de l'intérieur, pour vendre les bestiaux ou les cuirs volés , aux Portugais et aux Brésiliens, qui trou- vaient ce moyen de s'enrichir fort commode, en même tems qu'il servait merveilleusement la haine qu'ils portent à ceux qu'ils appellent encore Es- pagnols. Les Guaranis et les Charmas servaient aussi d'instrumens aux fiictieux pour porter le trouble dans la république; le gouvernement Oriental dut prendre une mesure énei^que, dans le but de garantir les propriétés des citoyens et maintenir l'ordre dans Tétat. Il mit donc des troupes en campagne, lesquelles détruisirent toutes ces peuplades d'Indiens, ainsi que les restes de Charmas, retranchés dans les monta- gnes de la fi*ontière nord: une partie retourna dans les anciennes Missions , et l'autre fiit emme- née captive à la capitale , où les femmes et les en&ns forent répartis dans des maisons particu- lières, tandis que les hommes forent enrôlés dans Farmée. Depuis cette époque, qui ne date que Digitized byLjOOQlC — 371 — de i833 , tout le pays s' étendant depuis le Salto jusqu'au Brésil, est en partie désert, et l'on ne pourra y créer d'établissemens stables, un peu importans, qu'en y installant des colonies d'é- trangers industrieux, surveillées, encouragées, prudemment dirigées par des hommes habiles. Alors on Terrait se former, avec la protection d'un gouvernement éclairé, des établissemens agricoles ou industriels qui prospéreraient, sur- tout si la culture de IsLferba venait à s'amâiorer dans les Missions. Nous passâmes la nuit dans ce lieu abandonné. Nous rimes beaucoup d'une mystification qui nous y arriva : en cheminant par terre , à deux ou trois lieues de là, nous avions rencontré un nid de nandu % c'est-à-dire im monceau de plus- de soixante œufsj qu'un nandu mâle était occupé h couver. Dans notre empressement, et notre joie d'une si belle capture, nous nous hâ- mes d'en répartir une portion entre tous, i On sait déjà que le nandu (pionoDoez g^aïutoo) est raotrucbc d'Aniiéri Je vis pour la première fois au Saito de ces longues pirogues » sen- blables à des baleinières, fabriquées avec le tronc creusé d^un arbre , d ont le bois très-légei* et très-tenace, convient parfaitement à cet usage; elles avaient été construites dans le Ilcatt Uruguay. Digitized by LjOOQiC — 577 — venadoj qjjLanà nous pôuTions en attraper, nons ne mangions ordinairement que cette mauyaise viande 9 très salée , rôtie ou hachée, avec de la &rine de mandioca en guise de pain. Us se hâtè- rent de nous dire que nous n'avions rien à redou- ter sur la terre brésilienne * , ni des animaux, ni des hommes , mais qu'il n'en était pas ainsi du pays que nous avions parcouru ; ils nous citèrent plusieurs brigandiiges qu'on avait commis depuis peu et prétendirent que nous avions été fort heu- reux de n'avoir pas été attaqués par les Indiens vagabonds rôdant au bord de TUruguay pour piller les voyageurs. Je passerai rapidement sur les privations, la misère que nous eûmes à endurer pendant cette navigation de cinq semaines sur une grande ri* vière débordée , dans un pays presque désert, exposés aux intempéries d'une saison pluvieuse et orageuse; du iO au 13, par exemple, il plut constammait ; il survint un vent si violent que nous fûmes entraînés au milieu de la rivière; notre gouvernail en fiit démonté; sans des outils dont j'étais mimi nous n'eussions jamais pu l'ins- taller de nouveau. Ce ne fut qu'au bout de deux I Estahèhoa terra!... a terra do Brasil! hè coisal. f. ilfca néo i€m que temer nada , nâo. . . pois ndo ! pois entaô P. . » etc. Digitized byLjOOQlC — 378 — jours passés sous une tente percée^ &ite avec k seule Toile en coton^ au milieu desquels nous vtmes beaucoup d'échassiers, des nandus^ des venados * , des carpmchos * , des garxas hlancM {ardea ciba) ou barons blancs et des péludos '. D était nuit dose quand nous arrivâmes & Festancia, située I IndèpoidamMent du guazoti ( cenms ûtmipesi. it ) aboiMUiit ftr- tout, je tU dans cette localité, le plus grand des cerfs décrit par Azara , le gwazu pucu ( prononcez gouaçou poucou)— cervi» pelvdùtut Deam.) Il habite les Keiix marécageux, tandis que le gvunti vit tel les terrains secs, mais découverts. 9 Les cùrffinchos étB Argentins, les eapirvaras des Brésilens, sont les cabûM des auteurs. On n'en connaît qu'une espèce, celle qui setrooTe abondamment sur le bord des lacs et des rivi^^s de ces contrées, et décrite par Azara sous le nom de capiy-ifuara {cavia capy-vara de lia.) elle appartient à Tordre des rongeurs. Cet animal, qui a le port do cochon, avec un museau plus obtus, vit autant sous Veau que sur terrej il est impossible de voir un amphibie plus multiplié que cdui-d. Sa chafar, bien assaisonnée, n*e8t pas désagréable. 3 T\aou9, n y a encore une grande confusion dans la dètemination dea espèces de ce singulier mammifère appartenant à Tordre do édentés, tribu des èdentés ordinaires genre talou (Dasypus , Un.) 9eliz de Aiara en a décrit huit espèces, nwis il en existe mopt» un plus grand nombre que M. D'Orfaigny fera sans doute connaître. U chair des petites espèces {nuUUus) est très-délicalc et très-recherchée des gourmets à Buénos-Ayres. Digitized byLjOOQlC — 885 -- sur une hauteur dominant toutes les terres qui en dépendent. Une position semblable est très- enriée des esiancieros , parce que, dans les tems de trouble, où l'on peut craindre le vol des bestiaux , le maître peut yeiller sur eux sans se déranger. Dès que nous débarquâmes , M. Nouel et moi , nous fûmes aperçus , bien que ce fût à près de trois lieues de Thabitaiion, et j ne sachant pas qui nous étions, Testanciero dé- pécha immédiatement deux peones pom* rallier tous les cheraux épars dans la campagne et les entrer au corral (parc). La base de ces coteaux isdiés, couTerts de ga- lets jusqu'à la cime, est degrés rouge-sang y assez bien formé, propre à aiguiser, d'ailleurs très- conTcnable au pavage des trottoirs, des maisons, etc. On était occupé à faire un mur destiné à enclore le corral ^ avec des plaques de ce grès, longues de quatre à cinq pieds sur six à huit pouces d'épaisseur. Gela me fit juger que ce banc de grès devait être stratiforme. On nous reçut très-bien à l'estancia de San- Marcos; Testanciero brésilien nous donna chez lui un repas spkndidej arrosé d'excellent vin à'Oporto ; il est vrai que , nous prenant pour Digitized byLjOOQlC — 584 — des marchands, il avait Tespoir de traiter quel- que afiaire avantageuse, et son désappointement fiit un peu grand quand il sut que nous étions dès ccpanhadores de hichinhos. Quoiqu'il en soit, nous passâmes là trois jours à nous ravitailler. D regrettait surtout que nous n'eussions pas de tabac, Aeyerhas de sucre et de papier à lui vendre, parce que le débordement des rivières l'avait em- pêché d'aller renouveler ses provisions à Alegrete^ petite viUe frontière à dix lieues de là vers l'est- sud-est. Le 21 , nous allâmes coucher à deux lieues plus au nord, dans un grand pajonal (champ de de hautes herbes) . Le 22 , une bonne Ixîse de vent de sud-est nous poussa enfin rondement; nous passâmes devant le confluent de VYbicujr-ifuazu ( grande rivière de YYbicu), ancienne limite de la Banda- Oriental vers le nord, à neuf lieues sud dltaquy. C'est une rivière de second ordre. Puis, vint l'estancia de SantorMariay à cinq lieues d'Ita- quy, et celles de la Tnnidadey à quatre lieoes. Ces dernières, au nombre de trois, fcMinent unha- meau ; nousen passâmes très-près et allâmes cou- cher un peu plus loin> en fitcedu pueMo ^xHirg) Digitized byLjOOQlC — 385 — la Crux^ petite peuplade d'Indiens Guaranis et de quelques Espagnols-américains, sui*Ia côte de Corrientes , à deux lieues sud d'Itaquy. Le 23 novembre, nous arrivâmes à Itaquy. La vue de ce village nous attrista encore plus que celle du Saltô. Il venait d'être envahi complète- ment par l'Uruguay, et les habitans en petit nombre, ne faisaient que d'y rentrer après avoir bivouaqué huit jours sur une coUine voisine. Une vingtaine de ranchos mal construits, pla- cés sans aucun ordre, fort rapprochés les uns des autres ; un sol pierreux ( grès quartzeux ) rempli de lézards et de couleuvres , dans la partie de l'ouest , vaseux et aride dans celle de l'est , voilà l'aspect d'Itaquy en l'an de grâce 1833. Ce village est la seconde garde brésilienne en venant du Salto. Il y a un commandant militaire dépendant de celui de San-Borja, un juge de paix, etc. Nous restâmes encore trois jours pleins à Ita- quy pour changer de bateau, parce que notre ci- devant loup^-mer d'Honfleur en avait décidé ainsi; ce dont nous fûmes fort aises, car le carac- tère de ce marin s'était tellement démenti en route qu'il nous était devenu à charge. Nous gagnâmes 2S Digitized byLjOOQlC — 586 — aussi à 1 ecbange de la Cfudana ^ , bateau ji^t surmonté d*un toit léger &it avec des roseaux et des cuirs tendus à Taide de courroies. En attendant notre départ nous étions campés sous une tente, au bord de l'eau, et pour utiliser le tems nous chassions aux enyirons , mais il n'y avait que des troupiales à tête et ventre jaunes * et des martins-pécheurs de grande espèce * , ve- nant se percher jusques sur le toit des ranchos. On ne saurait croire combien les habitans d'I- taquy, et généralement tous les Brésiliens cpie nous rencontrâmes, étaient intrigués de nous voir avec tant de bagages, tant de choses inutiles à leurs yeux , tant defrioleiras ^ tant de harbo* ïetas ' , de bichinhos ^, de axpim ^ , de pedrin^ has * etc. Cela donnait lieu à de curieux entre- tiens entre eux > à de singulières conjectures. i Mot espagnol correspondant à chaland. s Oriolua Flavus, Lin et Lath; espèce répandue dans presque tonte l'Amérique. s Le martin-pècheur bleu de ciel, de Az: {Alced» OinériftonSy YieOlot) . 4 Niaiseries , bagateUes. s Papillons. c Insectes. 7 Foin, s Petites pierres. Digitized byLjOOQlC — 387 — Suivant les uns, j'étais un é^éque, venant rétablir le règne des jésuites aux Missions ; suivant d'au- tres, nous étions des espions, envoyés par le gou* vemement français pour reconn^dlre le pays et en rendre compte ; suivant quelques uns , d'un esprit pénétrant, nous étions de vils émissaires de don Pedro l^"", et suivant le plus grand nom- bre, nous éiionsJ'ojÂs! Le 25, nous suivîmes notre route pour San- Borja ; mais cette fois , dans le lit de FUruguay qui avait déjà baissé de plus de vingt pieds en huit jours. La chalana étant grande et couverte nous n'eûmes plus besoin d'aller coucher chaque jour dans les terrains marécageux , et puis nous pûmes jouir véritablement de la vie contempla- tive et d'extase , car l'espace de trente lieues qui nous séparait de la première Mission, est rempli, le long de l'Uruguay, de forêts magnifiques où un luxe de végétation brésilienne se déploie à chaque pas , et nous eûmes le plaisir de faire une assez jcdiê récolte. Les oiseaux les pluscommims étaient : des mar- tîns-pècheurs de trois espèces , des crabiers , des pies bleu-ciel et acah^^ des perroquets, des anis % I L*anno-g:uazu de Az. (crotophagvs-major^ Bris.) aiii des palétuviers ^Bafr Digitized byLjOOQlC — 388 — des couroucous * aux couleurs magnifiques , et de beaux toucans * à gorge blanche , mais fort di£B- ciles à approcher. Le premier décembre , nous arriYàmes au port de San-Borja. D y avec alors deux bateaux pon- tés avec une demi*douzaine de bateaux plats, ou Chalanas ; un nayire d'une cinquantaine de tonneaux était sur les chantiers, destiné à être armé en goélette , pour faire la navigation de l'Uruguay jusqu'au Salto. Le porto ou le passo ( gué) est tout simplement une clairière assez es- carpée, pratiquée au milieu des bois, assez in- commode pour ceux qui ont des marchandises à embarquer ou à débarquer. Le terrein est d*ar- gile jaune et de terre limoneuse, conséquem- ment d'aUuyion nouvelle. San-Borja (la bourgade) est situé à plus d'une lieue du port. On trouve, après avoir passé les bois de la rive gauche par des chemins tortueux et va- seux, quelques ranchos^ ce sont ceux do Porto. Nous nous rendîmes à pied à la bourgade , quoique la chaleur fut excessive; les habitans s'en • Le sumcua de Àz. (trogon curaicui» Lin.) couroucou k Tentre rouge des Aut. t Toco de BufT. {ramphastos toco. Lin.) \\ diffère de celui de U Guyane, en ce qu*il n « pas de cercle rouge à la gorge. Digitized byLjOOQlC — 389 — ëtonnèrent beaucoup , étant accoutumés , comme les Argentins et les Orientalistes, à ne pas £iire un pas à pied. Nous traversâmes une campagne dépouillée d'arbres, de buissons et même de ver- dure , car l'herbe ( espèce de gramen très-odo- rant, d'un goût de citron fort prononcé) était déjà sèche et jaune. Bientôt la tour carrée de Téglise s'offrit à nos regards. A mesure que nous nous élevions, nous découvrions devant nous, des bosquets, des bois d'orangers, des chacciras ^ en- tourées de fossés garnis de bromélias (nicaf^uata) aux feuilles rouge de sang et aux belles fleurs en épi, et au loin , dans l'est, des bois de peu d'étendue, espacés comme des fermes de Haute- Normandie. En nous détournant nous nous aperçûmes que nous donùnions beaucoup l'Uru- guay dont le cours sinueux , en cet endroit ' , était Yoilé en partie par d'épaisses et magnifiques forêts ; c'est que le sol argileux {Jerrugineux ) s'élevait par une pente douce jusqu'à San-Borja. I C^est la même chose quo chacras^n Esgagnol; mais ici, de même que dans la province de Çorrientes^ ce mot ne s^emploie pas seulement imm* une ferme agricole, il désigne aussi toute espèce de maison de campagne avec jardin ou bosquet; il correspond alors aux quintae de Buenos- Ayres. On voit presque toujours un bois & orangers et de citronniers assez étendu, près de ces chacaras, • À cette distance de son embouchure, TUruguay est encore large comme la Seine à Paris; son lit conserve à peu près la même largeur depuis les Hautes-Missions jusqu'à Itaquy, et de là au Salto, il déhorde fréquemment. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE HVl. vm lAo-vinao. 9«i«Boij«« — &•• «MÎeiuief Mimcwf. — Hëpft pour FintémQr. . ^ Al«gMto. *- 1« BoqiMMB 4e SuMûifO. — . — &e Jagnary.— Xe Toropj. — &' YliÎMij-Mifi. A«Sen«. -— 8«5-llartiBho« •— 0««mii^«t«* - Arrivée ea Jaeaj* « Quoi! ce sont là yos &meuses Missions? Ces édifices inimitables , ce gigantesque , ce gran* diose, ces adnùrables plans, ces puehïos enfin que TOUS nous vantiez tant! Le diable vous emporte , tous , et les jésuites. » Digitized byLjOOQlC — 392 — Cest ainsi que m'apostrophaient mes fidèles compagnons, courroucés de ce que , sur la foi de Gharlevoix, de Funeset de yieux chroniqueurs espagnols , je leur ayais fiiit une peinture peu fi- dèle, mais pompeuse des Missions d'Uruguay. J'eus toutes les peines du monde à les calmer. Toute Téloquence poétique de l'auteur du G^ue du Christianisme eût échoué devant la convic- tion d'une imposture flagrante. Les Missions d'Uruguay étant toutes, à peu de chose près, bâties sur le même plan; il suffit donc d'en décrire une pour se former une idée des autres. Sur les trois côtés d'une place, longue d'envi- ron cinq cents pieds sur quatre cents de lai^e , sont bâtis des rez-de-chaussée en argile et en charpente , distribués de manière & former des logemens à peu près semblables. Un toit en tuile recouvre ces habitations et les dépasse assez pour qu'il règne dans le pourtour de la place ime es- pèce de péristyle ou de galerie ouverte, soutenue, de distance en distance , par des pilastres carrés, formés de pierre de taille rosâtré. Sur le côté nord de la place , se trouve l'église, Digitized byLjOOQlC — 595 — yérîtable théâtre , quant au luxe d'omemens et de détails intérieurs. Au dehors elle n'a rien de remarquable; cest tout simplement quatre mu* railles en pierre de taille , surmontées d'un toit en tuile et d'une petite tour carrée formant une coupole à l'intérieur ; le portail seul se distingue du reste en ce qu'il a été sculpté très-artistement par des Indiens j sous la direction des jésuites , et qu'il n'est entré aucune ferrure dans sa construo; tion 9 de même que dans celle de toutes les ha- bitations. Un porche, soutenu par des colonnes en bois dur , occupait la fiiçade de l'église , à la- quelle on arriyait par un perron carré, formé de quelques marches. A gauche de l'église , dans un enfoncement , était situé le collège , derrière lequel s'étendait un superbe jardin planté d'orangers , de citron- niers , de figuiers , d'un grand nombre de plan- tes indigènes, etc, et entouré d'un mur de pierres dans toute son étendue» Le collège, comme on doit le penser était confortablement distribué , solidement bâti. A côté était un hos- pice y attenant , puis des ateliers publics , des magasins publics^ des cuisines publiques j etc, etc. On entre à la place par les extrémités nord et Digitized byLjOOQlC — 394 — sud. C'est une Téritable caserne que cette place , autour de laquelle rayonnent, sans ordre régulier des ranchos , des chacras et quelques maison- netteSy assez proprement tenues. Les autorités et les commerçans notables sont logés dans les an- ciennes habitations des Indiens; le commandant militaire occupe le collège; l'hospice, les maga- sins et ateliers sont en ruine; loin de songer à le$ réparer ou en enlève les matériaux pour les em- ployer à des constructions nouvelles. Le coite catholiqueest célébré dans une cbapelle attenante aux galeries latérales de la place *. Nous hésitâmes quelque tems avant de visiter l'église, car on s'attendait à en voir crouler le faite d'un moment à Fautre. Chaque fois qu'il £dt du vent il se détache du toit d'énormes poutres, qui roulant avec fracas, ébranlent le reste ^e l'anti- que édifice, dont la forme est un carré long, sans bas côtés, ni clocher; seulement, à l'entrée du « Le curé de San-Boija, pen prud&nt 8*est fait chnser du payt pen- dAAl noire s^our. II y a beaucoup dlnunoralité chez les prètrcabrèi- liens; je fus témoin de plusieurs scènes très-scandalettses, en difTéreates localités. L'évèque même de Rio-Janeiro, disait publiquement, ea achetant des coliflchetB parisiens , pour nne de ses flOes « Ai para hum frtUo de minhaa fragUidades ». — Les législateurs brésiliens songeaient sérieusement an mariage des préires et à la suppression de la confession^ mesures de la plus urgente nioessiU, Digitized byLjOOQlC — 395 — chœur, au-dessus du jubé, s'élevait la coupole eu charpente dont j'ai parlé , laquelle était décorée d'assez belles peintures. Deux rangées de colon* nés en bois dur> d'ordre tascan ou rustique, sou- tenaient la charpente dans le milieu et formaient une nef. Les omemens ont été enlevés ; il ne res- tait phis que deuxautds sur les côtés ; mais nous retrouvâmes une grande partie des omemens du chœurs entassés pêle-mêle dans deux pièces laté- rales , servant autrefois de sacristies. Les dorures étaient encore très-fralches; elles n'avaient pas été épargnées par les jésuites, pas plus que les peintures et les muiges. Cet ensemble de chapi* taux, de fix>ntons, de colonnes torses, cannelées ou lisses; ces tableaux, ces ornemens surchargés de dorures très*iines, de peintures remarquables, de sculptiures délicates, ces seânis de toutes gran- deurs, de tous ordres monastiques, destinés à jouer un rôle imposant y au milieu d'un peuple de néophytes ^cilement crédules, tout cela nous fit re£fet d'un magasin de théâtre ^ et rien de plus.... Je gémis de pitié, en songeant à la con- dition misérable des chrétiens, dont le sort se réglait dans un concile de Trente , ou dans la ceUule d'tm sectateur de Loyola , sur ce thème fondamental : que tous les moyens étaient bons ^OOT fasciner les peuples!!!,.. Mais de la pitié je Digitized byLjOOQlC — 396 — passai promptement à Vindignation \ en voyant des saints de grandeur naturelle , dont les jeax mobiles dans leur orbite , étaient destinés à ver- ser des larmes de sang !.. tandis que d'antres saints avaient pour mission spéciale de fidre des signes négat^s ou approhaJtifs de la tête ou de la main! ! ! « Et que Élisaient de plus les idolâtres, me dirent mes compagnons? » — Voilà cependant les grands moyens que tolère la religion cathoUque , €fpostoîique et romaine H! 0. stupidité . des peu- ples ! vos confesseurs ont bien raison de vous &ire un crime de la curiosité! Allez, bons peuples, allez , continuez à vous faire jeter de la poudre auxyeux La mission de San-Borja fut fondée en i690, par une colonie de la peuplade de Santo-Tome^ car la tactique (d'ailleurs très-judicieuse) des ré- vérends pères, était toujours de prendre un cer- tain nombre d'habitans d'une ancienne bourgade d'Indiens , pour noyau de la population nouvelle, et les saunages y étaient attirés, moins par les bien&its du christianisme, auquel ils ne compre- naient rien , que par la perspective d'y trouver un asile contre les rigueurs des Espagnols, et so^ tout contre la cruauté des Portugais, qui leur donnaient la chasse avec des chiens pour les en- Digitized byLjOOQlC — 397 — TOjer périr dans les mines, après , toutefois , les aToir hixptisés \ Jetons un coup-d'œil sur le gouvernement théocratique des jésuites * : Les Missions du Paraguay étaient composées de trente bourgades ou pueblosj dont voici la si- tuation : sept se trouvent sur la rive gauche de l'Uruguay et font, à présent, partie du Brésil; quinze étaient situées entre l'Uruguay et le Pa- rana , dans la partie nord-est de la province de Corrientes; elles ont cessé d'exister, mais on en distingue encore les ruines. Les Brésiliens , dans la guerre d^Artigas d'un côté , les Indiens eux- mêmes dans leur soulèvement de l'autre, et, en dernier lieu, les Paraguay s lors de leur retraite , concoururent tour-à-tour à leur ruine , qui ftit finalement consommée par les Orientalistes. En- fin huit Missions se trouvent sur la rive droite du Parana> par conséquent dans le Paraguay pro- prement dit , et existent toujours. Les sept Missions de la rive gauche de l'Uru- I Charievoix; Raynal, Azara et Funes. s 11 ne faut pas perdre de viie que c'était ud gouvernement modèle, tel que la sainte corporation eAt voulu le voir établi en Europe. Digitized byLjOOQlC — 598 — guay étaient distribuées ainsi : SenrBarja , à une lieue de l'Uruguay et à trois lieues au sud de la rivière Camacua ; Son-Nicolas sur la rive droite du Piratini, à environ trois lieues de son con- fluent avec rUruguay; SanrLuis^' Son-Miguel^ Son-Lorenzo et Son-Juon , entre les rivières Pira- tini et Tiui , et Sanio-Angel dans les yerboks * , sur la rive droite de TYiui. San*>Miguel était k capitale des Missions d'Uruguay. Les huit Missions existant encore au Paraguay, bien que les jésuites en aient été expulsés, comme de toutes les autres, dès l'année 4768, peuvent néanmoins donner une fidUe idée de cet édifice fameux des trop astucieux pères. Quoiqu'en dise le doyen Funes (disciple de la savante cor- poration) , le zèle apostotique a en certainement la moindre part dans toutes leurs entreprises. Les jésuites , penseurs profonds, hommes de ta- lent (dans leur système), Iong*tems les seuls dépositaires des sciences, nont pas été sans réfié- I Forêts ou croit Tarbrisseau improprement appelé herbe du Paraguay et des Missions. 11 a été déait par M. Auguste Saint-Hilaire tous If nom de Ilex Paragua yensis, et par Linnœus sous celui de psoralea glandulosa. Ses feuilles que les Guaranis désignent sous les noms de vna-cuys, caa-mini et de cao-gnozn suivant Tétat de leur développe- ment, ne peuvent être prises en infusion qu'après avoir été macérées ou matées plusieurs fois. Digitized byLjOOQlC — 399 — chir, sans s'apercevoir , dès les premières tenta- tives, qu il faut, de toute nécessité, àl'honune tin premier degré de civilisation pour qu'il puisse seulement comprendre de quoi il s'agit quand on lui parle de religion.... surtout d'une religion hérissée de dogmes. Aussi, ne doit-on pas croire que les trop célèbres Missions des jésuites aient été formées par la prédication de l'évangile ; ils trouvèrent plusieurs grands établissemens déjà créés par les conquérans et qu'ils ne firent que transférer ^ Ils avaient donc affaire à des Indiens déjà vaincus , abattus, asservis et appartenant à la race des Guctrams , dont les tribus , qui vivent encore sauvages dans les montagnes septentrio- nales du Paraguay, sont si peu entreprenantes, qu elles causent rarement des dommages. On a vu quel moyen fort simple les jésuites employaient pour former une nouvelle peuplade; mais il est de Eût que la ruse et la /orce ont aussi été em* ployées par eux pour augmenter le nombre des néophytes- Ces Missions, dit M. Rengger , ont eu pom^tant 1 Voyea Fintéressant ouvrage de MM. Rengger et Long-champ. Eêêai historique sur la révolution du Paraguay ; Feliz de Azara , tome II, et surtout ie liirre huitième de \ Histoire Philosophique des Deux-Indes j par Baynal, où la conduite des jésuites est jugée avec la plus grande impartialité. Digitized byLjOOQlC — 400 — l'avantage de protéger les Indiens ; mais au lieu de les &ire entrer dans la voie de la civilisation, afin de parvenir un jour à les rendre chrétiens^ les jésuites n'eu firent que des automates j qu'ils exploitaient à leur profit. Tous les travaux les plus pénibles se fesaient au son de la flûte et du tambourml Comme c est poétique! Vous représentez- vous bien, trente mille Indiens dansant et travaillant chaque jour au Sun de la flûte , devant les hons pères qui ne faisaient rien?... Apportant péniblement des car- rières très-éloignées des pierres de taille d'une grosseur considérable^ destinées à faire des loge- mens spacieux et commodes aux révérends pères; des poutres énormes, des colonnes de la plus grande dimension , charriées sur les épaules; d'incalculables richesses, produit des estandasy des chacras y des plantations de maté , de coton, de tabac, de riz, de canne à sucre, de blé, etc., déposées chaque jour dans les magasins publics ^ pour la communauté..... tout cela au son de la flûte et an tambourin.... en cadence. — Voilà ce qui s'appelle comprendre la Bible ! — Dépêchez- vous donc de mettre vos biens en communauté avec MM. les jésuites, pour avoir comme les Gua- ranis, une chemise commune ^ un caleçon com- Digitized byLjOOQlC — 401 — murij la ration commune et les pieds nus toute notre yie ! — M ais^ mauyaises têtes que vous êtes , TOUS serez exempts de réi^olutîons , vous serez garantis contre l'ambition de vos semblables, vous serez heureux. — ^Merci. Vous rappelez- vous, par hasard, que votre bonne maman vous ait ùàt répéter (quand vous étiez bambin, et que vous n'entendiez encore malice à rien) la fable du pot de terre et du pot de fer ? eh bien , le pot de terre , c'est nous et le pot de fer, ce sont les jésuites , ou ceux qni entendent la Bible comme eux... Croyez -moi , faites vos affaires vous*- mêmes \ ne perdez pas de vue ce dogme fonda- mental de la liberté du peuple aux Etais -Unis : « La proindence a donné à cfuufue indwidu le degré de raison nécessaire pour qu il puisse se di- riger hd-méme dans les choses qui l'intéressent exclusù^ement. » — ^Telle est la grande maxime sur laquelle repose la société civile et politique du Continent américain '. > Le pire de famille en fait rapplication à ses enfans, le moUre à ses serrîteurs, la commune à ses administrés, la province aux communes, rétat aux provinces , et Vunion aux états. Etendue à Fensemble de la nation, cette maxime est la plus liante expression de la souveraineté populaire. — Voyez l'ouvrage de M. Alexis de Tocqueville : De la Démocratie en Amérique , 2 vol. in^'. 26 Digitized byLjOOQlC «- 402 — JNbus séjournâmes deux mois aux Missions , allant et venant de San-Borja au Piratini, au confluent duquel était Texcdlent M. Bonpland \ vivant en solitaire , logé à-peu-près comme le consolateur de Ghactas. L' ex-intendant de Tim- përatrice Joséphine^ le voyageur célèln^^ nous accueillit avec ube bonté toute paternelle et s'ef- força de contribuer , en ce qui dépendait de lui^ au succès de nos chasses et de nos récentes zoolo- logi^ues. Quaïid nous partîmes de San-Borja, M. Bonpland se préparait à se rendre dans la province de Corrientes d'où il devait descendre ensuite à Buénos-Ayres. Toute la campagne avoisinant le Piratini * est montueuse? les pâturages sont très-convenahles à l'éducation des chevaux , des mules et des bétes à laine. Il s'y fait un grand commerce de mulets pour la province voisine de San-Paulo (St-Paul). Les grès rougeâtres ,' quarteeux m'ont paru^ for* mer la base des coteaux. Il y a beaucoup de forêts de peu d'étendue^ mais fréquemment répétées; on les appelle ccpoes ' ou motos ^ 1 Au rincon de San-Juan-Miri. « Rivière de 4« ordre, comme le camacua. 3 Singulier, capao (prononcez capaon, capaons). C'est au milieu de ces bois que se font les cultures île maïs ou autres ; ils prennent alors le nom de roea ou de rocado. Digitized byLjOOQlC — 403 — suivant leur étendue; c est ce qu on nomme isla$ dans la province de Corrientes. Le 4 février 1834, nous primes congé de MM. Ingres et Semi pour profiter d'une cara- vane ou troupe de charrettes retournant à Bio- Pardo. Cette caravane se composait de sept char* rettes dont trois étaient couvertes , attelées de huit bœufs chacune , plus trente autre bœu& et huit chevaux marchant en troupeau devant nous pour les relais. Outre mes deux compagnons et moi, le personnel se composait du tropero ou capataz (contre-maître) et de quatre careado- res (piqueurs) dont deux étaient nègres et un Indien ; le capataz et un arreador étaient Brési- liens. Nous cheminions tantôt à cheval, tantôt à pied, ou en charrette. Le 10, à la fin du jour, nous arrivâmes sur la rive gauche de la Guaîaraça , petite rivière cou- lant siur un lit de grès rouge; elle prend sa source, non loin de là, dans les montagnes, et, après s'être grossie de nombreux ruisseaux , elle va se jeter au nord-ouest , dans le Camacoa ; il n' j avait alors que quelques pouces d'eau, mais aux moindres pluies elle déborde beaucoup dans les plaines adjacentes et son cours devient rapide. Digitized byLjOOQlC «^ 404 — Testimai que nous, avions parcouru quatorze à quinze lieues au sud-est de San-Borja. Ce pays est montueux , alternant fréquemment avec des vallons profonds et des côtes à pente raide. Sol de transport et de sédiment; des grès grossiers recouverts d'un peu de terre végétale. Cest à ce ruisseau que commence , ou aboutit, la Serra^ chaîne de montagnes appartenant à la Serra-do- Mar, ou chaîne orientale du système brési- liens. Le 1 1 , à trois heures du soir, nous commençâmes à gravir des côtes qui pouvait avoir soixante toises d'élévation ; les points de vue étaient variées , on découvrait une étendue d'au moins dix lieues de pays au nord et à l'ouest; beaucoup de forêts de peu d'étendue mais épaisses et multipUées dans les lieux humides et sur la pente australe des côtes. Environ à vingt lieues dans le sud de la Gmaa- raça se trouve Alegrete petite ville frontière de la province de Rio-Grande avec la Banda-Orien- tal; elle est située, suivant les renseignemens que j'ai pu obtenir, par les trente dégrés dix minutes de latitude (sauf eireur) , sur la rive droite du Digitized byLjOOQlC — 405 — Garapuftao , petite rivière nommée Ybiripita par les Guaranis et qui va se jeter , au nord , dans l'Ybicuy. Cette petite ville, toute nouvelle , est assise sur des collines rocheuses , produisant des pâturages extrêmement nourrissans. On y élève beaucoup de bestiaux , de mulets très-renommés. Le commerce y est actif. A quelques lieues, vers le sud, il y a des montagnes riches en métaux; tme d'elles contient une mine d'or d'ime exploi- tation &cile. Le i 3 au soir nous arrivâmes dans un parage, delà chna da Serra^ appelé Boqueron-de-Santia- go, à environ treize lieues sud-est de la Guaïaraça. Trois on quatre chacaras et estancias à l'entrée d'un vallon boisé, où coulait un ruisseau limpide ; passablement de bestiaux , paissant dans les plai- nesondulées, formaient un petit paysage animé. — Culture de maïs , de mandioca, de tabac , de ha- ricots noirs et autres légumes. — Beaucoup de perroquets à gorge et ventre violets (^acamaUle vineux); une autre belle espèce, vert, tendre à front, épaulettes et cuisses rouge vif, vivant par bandes ; Vépervier à larmes et le petit épervier-' 9Haié; l'oiseau-mouche vert-doré ; des troupiales noirs ; des cathartes aura et urubu étaient les seuls oiseaux qu'il y avait dans cette localité ou nou& Digitized byLjOOQlC — 406 — restâmes quatre jours à réparer des essieux brisés*. Le 47 nous arrivâines dans la partie de la Gma da Serra la plus bouleversée, la plus agreste, mais aussi la plus pittoresque. Ici des forets antiques où domine le gigantesque Tùnha « w^a dont le tronc creusé sert à &ire des pirogues de la plus grande dimension, un ruisseau d'une eau claire et limpide , des chaumières de pauvres moradores (habitans) isolées au fond d'un large et profond vallon, où paissaient quelques vaches et quelques moutons ; des roches escarpées me- naçant le voyageur, des coteaux récemment brûlés , audessus desquels planaient silencieuse- ment des vautours aura ; d'autres encore couverts de hautes graminées ( andropogon ) aux tiges d'or, destinées à être aussi la proie des flammes dévorantes , étaient les principaux détails d'un vaste tableau dont l'œil saisissait à peine les con- tours ». A 11 y a beaucoup de fragmens de grès ^wsriMux aryilifère endurci (no 6), fomi«int de nombreux blocs allongés, servant à aiguiser, et se trouvant disséminés sur un sol argilo-calcaire contenant en outre du êilex noir, des géodes , rognons, cristallines, etc. t Les roches sont toutes de grès variés en espèces ; mais ceux qui dominent , sont les grès quartzeux tendres , rougeâires ei jaunâtres , avec d'autres d^m grain plus fin , plus diu* et lustrés. Des monticutot Digitized byLjOOQlC — 407 — Le i 8^ ncrnsdescendimes dan&une vallée profim-. de, sablonneuse^ bordée de grands bois très-épais ^ dominés de toutes parts par d'immenses blocs de grès , penchés sur la vallée comme des édiiicea prêts à crouler. Une autre caravane nous avait rejomts pendant la nuit de sorte que les échos de oes montagnes retentissaient bruyamment des cris sauvages des orrpacîor&ï animant continuelle- ment les bœufs du geste et de la voix , et plus encore du cri indéfinissable des essieux de bois échauffés par le frottement. — <- Pâturages abon- dans, herfaagestrès-épais , mais dépourvus de sa- veur et de qualités nutritives, car les hahitans de ces montagnes sont obligés de donner , quatre à cinq fois Tan, du sel à leurs bestiaux, pour les exciter à mangw, et les animaux le recherchent «ont coimiQs^ uniquement dVgile ferrugineuse rouge , comme am environs de San-Borja ; point de a-istallisation. Nous nous arrèUmes iwès d^BB ruisseau coulant au milieu des roches masaivBs de grès , sur UB fond d'une matière rouge de sang , cellulaire , assez semblable à rhjdrate de fer, mais si dure que je ne pus en détacher un seul frag- BMBt. Je fus tenté de la prendre pour une lave, quoiqu'il n*y eût aucune «pparenoe de Yolcan aux environs. Un peu avant d'arriver à cette localité, j'avais trouvé dans un torrent de petites masses de pouzzo- HU (scorie rouge décomposée), consistante et endurcie par de U ^àolite (déterminé par M. Cordier). Plus des petits blocs de cqlçaire concrèHonné renfermant de l'argile rougeâtie, vraisemblablement d'ori- gine volcanique , et enfin de la rètinite noirâtre. Dans les forêts je teeBeillis deux espèces de cafiiUaires, qu'on rencontre aussi aux Mis- sÎBBS, Vadianthum capillus venerU^ Lin. et Xadicmthum agine Sjpr. avec plunsura. autres ci^rigtog^es intéresaans. Digitized byLjOOQlC — 408 — avec avidité. Nous avons vu des vaches et des bœufs venir autour de nos charrettes, les suivre long-tems , les lécher de toutes parts , comme pour nous montrer le besoin urgent qu'ils avaient de manger du sel. Après leiu* en avoir donné, les moradores de la Serra ont la coutume de brûler certains végétaux alcalins et de leur en £dre manger la cendre ; cela les purge et les dispose à engraisser > . U y a peu d'habitans dans cette partie de la Serra. Ceux qu'on y rencontre sont de pauvres gens laborieux, mais non industrieux, ayant ob- tenu des concessions gratuites de terrein au mi- lieu ou à proximité des bois; ils vivent ou plutôt ils végètent avec leurs Êimilles, aidés par une na- ture vivifiante et l'aménité d'un climat salubre. Ils cultivent un peu de maïs, de mandioca, des haricots, des pastèques, (sandias) dans la saison. Ils ne peuvent élever beaucoup de bétail, par la difficulté de se procurer le sel nécessaire à sa nour- riture. Cet inconvénient , dû entièrement à la qualité des pâturages est général dans tout le haut- pays du Brésil , ainsi que dans une partie de la 1 À Buenos- Ayres, j*ai vu les Gauchos reooirir à ce moyen peur se purger; ils fesaient rôtir de la viande, la saupoudraient de cendre et la mangeaient, puis après ils buvaient lUie grande quantité d'eau. Digitized byLjOOQlC — 409 — Banda-Oriental ; mais dans cette province, il nj a guère que sur la Serra ^ et surtout entre le Ja- guarjr et la Gueauraça que le besoin de sel se fait impérieusement sentir ; parce qu'il existe dans les autres endroits une argile limoneuse , salpêtrée , appelée b€irro , (glaise) , que les animaux man- gent arec la même avidité que le sel *. Il serait Ëicile de remédier à rinconvénient du manque de sel avec des moyens suf fisans pour en Êiire ve- nir, soit par la voie de l'Uruguay, etde F Ybicuy , soit par celle de Porto- Alégre et du Jacuy ; alors on pourrait former des établissemens fort avan- tageux dans ces montagnes pour l'éducation des bestiaux , des mulets principalement. Après avoir suivi la vallée , dans la direction de l'est, l'espace de deux lieues, la route tourne au sud en gravissant de nouveau les montagnes, 1 Les tenraÏDs où se reooontre cette glaise, sont appelés barrêfos par les Espagnols, el barreiras par les Portugais. M. Àaguste Saint- Hilaire dit qu^il en existe dans la proTince de Minas-Geraés et parti- cnlièrement dans le seriao (désert) j c'est une chose très - importante pour les estancieros. Les bestiaux de la Serra ont souvent à souffrir beaucoup d'un insecte connu au Brésil sous le nom de carrapato ; il est de Tordre des parasites, genre ricinus de G. {ixodes de Latr.) et il iuconunode les hommes autant que les animaux. En 4834 , il s'était propagé de telle sorte, qu'il était devenu un véritable fléau ; les bestiaux en étaient couverts et ils mouraient en peu de jours. On avait ofTert une forte récompense Si celui qui hrouverait le moyen de détruire cet insecte. Digitized byLjOOQlC — 410 — alors on arrÎTe sur un nouveau plateau, et Fa»- pect du pays change complëtem^it. Ou descend continueUement, l'espace de cinq à six lieuea, jusqu'à la rivière Jaguary-GuMU* Le scd n'est plus caillouteux; on ne Toit que duaaUe fin, blanc comme neige en beaucoup d'^idroits et rouge dans d'autres; ce dernier est inférieur au premier, dans la superposition desoouches ^ En descendant , nous trayersâmes le hameau de Sitnr Francisco y où il y avait jadis une chapelle et une petite peuplade de Guaranis, relevant des Mis- sioffis. Il n'y a phis à présent que dix ou douce chaumières et trois ou quatre maisons en char- pente couvertes en tuile rouge. Néanmoins, de VLony es^x3Lpoi^adores (fondateurs) commençaient à s'y établir et à cultiver les terres; il y avait même deux vendus (pulperias), œ qui ne man- quera pas d'y attirerd'autresmonoefere^desiBon- tagnes. Ce lieu est convenablement situé sur un « ^tiuk géologique d'un ravin do 20 pieds de pmfondeiv» wir ce pialMun de la Serra, Tert9 wriréUre, pravesanl dq déUiiiw de» véeé- taux, 2 à 3 pieds ; sable blanc ^ fin, compacte, 6 pieds; table rouge, mé- langé d*argile, 2 pieds ; argile limeneuee ou glaise, 2 à 3 pieds ; une roche tendre, en /ôrtiia<»09i, d^une Jolie couleur rose, marbrée de jaune, provenant du mélange des couches de sable rouge et blanc, unii par un ciment argilo-calcaire en dissolution dans Teau du ravin, fonuait le fond et s'étendait très-avant. Prés de ce ravin, un ottonticule mar- neux. Du reste peu de calcaire; tontes les montagnes, les monies isolét ne m*ont offert que des grès variés en espèces. Digitized byLjOOQlC — 4H — petit plateau y traversé par la route des Missions, domiiiant une grande étendue de pays^ entouré de forêts, de ruisseaux et de pâturages; à proid- mité du Jaguafy-GuazUy afiluent de YYbiciiy^ ce lieu deyiendra bientôt lé marché des hameaux et des estancias de la Serra des Missions. A une lieue du hameau de San-Frcmcisco , nous passâmes une petite rivière appelée Jisguary- Miri (petit Jaguary): elle coule sur du sable blanc et débor4e aux moindres pluies; mais son peu de profondeur la rend guéable en tout tems. Le 19, nous avions la Serra <à 7io/re gauche. Après avoir monté et descendu souvent , tourné des mornes isolés couverts de forêts sombres, nous arrivâmes sur la rive droite du Jaguary- Guazu (grand Jaguary), rivière de troisième or- dre, dont les environs sont magnifiques; elle prend sa source dans la Serra ^ vers le nord-est * , et va se jeter, après bien des détours, dans IT- hicujr-Guazu au sud*ouest. «  paitir du rio Toropy la Serra fait un gi-and zig-zag en s'écarlant un peu de la ligne est et ouest ^ vers le nord \ puis elle redescend au sud'Oitûst, entre le Jaguary ei la petite rivière Guataraça^ en se rami- fiant et s'étendant beaucoup vers la Banda-Oriental et les Hautes- Missions. Sa niasse principale, non interrompue , est entre le hameau de San-FrancUeo et le boq^têrom de SamHa^, Digitized byLjOOQlC — 412 — Le Jaguary était fort bas, heureusement pour nous, car il eût été difiScile de le passer sans ac- cident. Dans cet endroit (le passo) il coule sur un fond de sable et de galet; les bords, ayant près de vingt pieds d'escarpement sont de sable blanc à gros grain; la rive gauche semble une dune , tant le sable y est amoncelé. Malgré l'es- carpement de ses rives, cette rivière déborda dernièrement, dans les plaines voisines, à une hauteur de quatre ou cinq pieds au dessus de son lit naturel. Les cailloux roulés et les blocs épars dans le fond du Jaguary sont tous de grès d'espèces dif- férentes. Une partie considérable de la rive gau- che, mélangée d'argile et de sable^ âK)ulée, dé- tâchée , entraînée au milieu du lit et l'obstruant, avait déjà pris une consistance pierreuse ; quel- ques parties même, battues par le& courans, étaient lustrées ^ Mais ce qui m' étonna davan- tage, moi , qui cherchais à prendre la nature sur le /ait y c'est que je retrouvai là, sur la rive droite, une roche de grès marbré, ou bigarré, seniblable à celle que j'avais observée en formation Aacas un ravin de la Serra. C'était, à la superficie du sol, 1 A et B n* iO des échaiitiUoi» déposés au muséuiii. Digitized byLjOOQlC — 413 — un grès quartzeux argilifère tendre, bigarré de jaune et de ronge, et au-dessous , jusques très- avants probablement, le même grès^ avec les mê- mes couleurs, mais très-dur, lustré, et non ai*- gilifère '. En face du gué, à distance d*un quart de lieue , une montagne , isolée dans la plaine ver- doyante , s'élèye à plus de cent toises de hauteiu* et parait une immense forteresse élevée pour dé- fendre le passage et protéger la plaine. Sa forme est exactement celle d'un cata£dque , pouvant avoir une soixantaine de toises de longueur, au sommet, sur une dixaine de toises de largeur, tandis que les croupes s'étendent beaucoup de chaque côté, au nord et au sud. La partie prê- tant face à l'ouest est boisée irrégulièrement et laisse voir des clairières verdoyantes. La roche. sN<»dObi8etdO ter. id. En géologie , le mot roche ne sVmploie pas seulement pour désigner un amas pierreux très-dur ^ comme on le comprend communément; il désigne aussi un amas de substance minérale simple , ou ccmposé, de quelque étendue. L'écorce minérale , ou la partie connue du globe terrestre se divise en terreins, dont chacun est formé par un certain as- semblage de couches f ces couches sont composées de masses minéra- les appelées roches , et ces roches le sont k leur tour de substances minérales simples. La roche qui contient des substances utiles , telles que des métaux, est appelée minerai. Les terreins appartiennent h di- verses formations on périodes, caractérisées par la nature des fos.nl ps qu'on y rencontre. Digitized byLjOOQlC — 4U — . ((jui tt'a paraqvartieuse) miseà nu Ters le som- m^, (orme une oomiche oocupant toute la lon- gueur, et est recouTerte , à la cime, par un ta- pis de gazon toujours Tert. La partie prêtant face à l'est était une forêt épaisse. Des croupes et du pied de cette jolie montagne partent en diver- geant, des ruisseaux et des sources^ ombmgés de grands arbres^ La plupart des ruisseaux vont au Jiaguary , après avoir serpenté dans la plaine ; cette rivière, encfatTant depuis le nord-est jus- i|n'au sud-est toutes ces prairies , contribue beau- coup à la beaubé du paysage* Un peu plus loin» ^rers le ^sud^^esit, une autre montagne isolée, de la même hauteur, ou à«peu-près, quelecata&lq[uey prt^eiite l'aspect d'un oone afibissé, mais si cou- ▼eit de forêts jusqu'à la cime, qu'il en parait tout noir.-^ Sur la rive gandie du Jaguari étak alors une estancia, avec twndbj sur la rive droite,ina£» à quelque distance de la rivière et sur une autre colline, une autre estancia couverte en tuile rouge, fabriquée sur les lieux. En partant du Boquieron nous avions Ëdt cinq lieues au nord - est, quatre et demie au sud* est, et ensuite quatre lieues à Test ; en tout treize lieues et demie(approximativement), àsxBiHiueron de Santiago jusqu'au passo du Jaguary-Guaxu. Digitized byLjOOQlC — 418 — On rencontre dans cette localité beaUcoBp de singes ^u genre ttfouoffe, appelés par les Brési- liens hugios '. Nous tuâmes un vieux mâle très- barbu, presque rouge; la femelle que nous blessâmes, était d'une teinte blanchâtre, comme celle du hurleur noir; quant au jeune nâle de moins de deux ans , il variait en couleur depuis le blanc jusqu'au marron-roux. Nous en retrou- yâmes fréquemment , dans tous les grands boîs , jusqu'à Porto- Alègre , par les 3 de kuùt$de et je puis afiSrmer positivement qu'il y ^en a au sud de Cûssa-pa^a^ sous la 51^ parail^, ce qui est con- traire k l'opinion d'un célèbre voyageur, qui pense que la limite géographique des singes est le 27^ degré , dans la partie australe du nouveau cfontinent. J'ai vu, de plus sur XeSmcay^ entre Aio- Pardo et Pokto-Âlègre, ime espèce de omstiti assee commune, quoique le froid y soit vif pendant I C'egt ValfmaU'Owrson {stenior-ursinus) du Muséum. Je n'aipag tu ^ ce hurleur dam la Mission de San-Borja , où Von ne ti*ouve , je crois 4ae!e coraya de Az. : («i^nli^-coraya). Gomme tes carayas,les ^urtans grlw^nt par bandes au sommet des grands art>res (les cèdres princi- palement, et poussent, au lever, au coucher du soleil , (t même dans la jonrtiée , surtout lorsqu'il ^oit ftleuvolr , chaque bois, chaque Talion i Prononcez bougios ; les nègres les appellent bujus. Digitized byLjOOQlC — 417 — renfermant un ruisseau ou une source d'eau cris- tallisée, invitant à boire par sa fraîcheur et sa transparence. Le SI , le tems était nuageux; le vent, d'abord nord, passa au nord-ouest, puis à Fouest yers le milieu du jour et soufila ayec force. La chaleur devint suiFoquante. Un orage se forma dans le sud et monta rapidement vers le nord , au-dessus de la Serra , où il éclata sur les cinq heures du soir. Alors il plut abondamment ; nous admirâmes les étonnans e£fets de nuages , fortement conden- sés, passant comme des colonnes de fumée entre les pics des montagnes et les forêts dont ils sont couverts. Nous passâmes par le hameau de San-Vicente. Une chapelle , une vingtaine de familles d'In- diens-Guaranîs, dirigées par un lieutenant brési- lien, dépendant du commandant de Saô-Borja, en formaient la population. Ce n'est proprement quune esianciaj restée par miracle entre les mains des Guaranis; celle-ci dépendait de la Mis- sion de San - Miguel. Les herbages y sont meil- leurs que dans la Serra. A partir du Jaguarj , ils ont moins de hauteur, sont plus nomrissans, paraissent ayoir plus de saveur; on y trouve 27 Digitized byLjOOQlC — 418 — probablement des harreiros^ car les bestiau:^ en« graissent sans le secours du sel. Le terrein est très-sablonneux, ondulé, les arbres, moins vigou- reux, sont envahis, de la cime jusqu'au pied, par des lichens, des mousses lichéneuses et des plantes parasites. Entre SaS-Vicente et le Toropy, je commençai à rencontrer, sur les collines, de nombreux débris organiques appartenant au règne végétal, à Véiatfossile. C'étaient des troncs d'arbres siliceux, dicoPfl^Jonés^ de trois à quatre piedsde longueur. La route en était pavée , ainsi que de grès et de galets de silex noir. J'eusse désiré pouvoir &ire quelques excavations , parce qu'il est probable que ces collines sont formées, en grande partie, de débris de cette nature et qu on devait y ren- contrer des ossemens d'animaux. Je pris plusieurs beaux firagmens de ces bois , qu on peut voir au Muséum ^ on en trouve sur une étendue de plus de quarante lieues. — A la fin du jour nous airivâmes sur la rive droite du Toropy , rivière de quatrième ordre ( toujours comparativement à l'Uruguay ) ; la pluie tombait avec force et le tonnerre grondait avec fracas dans la Serra , que nous wions à notre gauche , à distance de trois ou quatre lieues. Craignant, avec raison, que ces Digitized byLjOOQlC — 419 — pluies d'orage ne fissent enfler promptement la rivière , nous conseillâmes au Tropero de tenter le passage ; ce qu^il se détermina à Eure malgré Tobscurité profonde dont nous étions menacés. Le passage du Toropy est très-mauvais en tout tems mais plus particulièrement à la suite des pluies. Du côté de l'ouest, on traverse un bois sombre, entrecoupé de saignées profondes et boueuses avant d'y arriver. Le fond du lit est de sable mélangé de galet, par places ; la rive gauche, élevée de douze à quinze pieds , est formée d'un banc de glaise unie à du sable et, conséquemment, fort glissante en tems de pluie ^ aussi est-ce un véritable écueil pour les troupes de charrettes. Ce fat avec un mal incroyable que nous parvîn- mes à passer ; on fat forcé de mettre jusqu'à huit paires de bœufs., et malgré la force qu'ils faisaient, l'une des charrettes de la caravane versa en mon- tant; une autre resta embourbée fort long- tems, ce ne fat que très-avant dans la nuit , et à force de bœufs , de travaux autour des roues qu'on par- vînt enfin à la tirer du mauvais pas. 11 plut toute la nuit; nousétionsdansunétat pitoyable, et pour comble de disgrâce, il fat impossible de faire du feu. Ce n'est pas un petit travail que de relever une Digitized byLjOOQlC — 4S0 ~ de ces charrettes! il faut d'abord enlever les cuirs , les &rdeaux de crin ou autres denrées dont elle est chargée, attacher des cordes au somr met du toldo (toiture légère , arquée , mais très- éleyée, dont elles sont couyertes), puis atteler un grand nombre de boeu& pour la mater ; mais on ne réussit pas toujours du premier coup. • Le lendemain je descendis dans le lit du To- ropy et je trouvai une grande quantité de fiag- mens de bois fossiles, roulés, d'espèces variées ; plus de la moitié des galets étaient de cette na- ture. Nous avioils fidt environ neuf lieues, du Ja- guary jusqu'au Toropy , d'abord au rumb nord-est , puis est , puis est-sud-est auprès du passage de cette dernière rivière. Le 22 , à onze heures du matin nous nous remîmes en route pour gagner le passage de YY- hicujf , distant seulementde deux lieues et demie de celui-ci. Nous eûmes à traverser une plaine basse , fort marécageuse , remplie d'oiseaux aqua- tiques. Jamais je n'avais vu tant d'oiseaux réu- nis, et d'espèces si variées; c'étaient surtout des ibis , des hérons, des grues ; ce joli héron flûie Digitized byLjOOQlC — 48i — du soleil de Az/ : ( ardea cyanoeq»hala de Lin) : de6 poules d'eau, le râle géant , des bécassines^ (rhynchées) des vanneaux armés, des canards etc» Nous chass&mes tout le long de la route , au milieu des criques, des lagunes et des joncs: nous tuâmes un catharte aura et trois mandur- fias couleur de plomb (d'Az. ) *. On rencontre plusieurs mauvais pas avi^t d'ar- river à VYIhci^; un, entre autres , qui pourrait bien passer pour une rivière par sa .profondeur. • UYbicuf est ici, une rivière de quatrième or- dre, venant du nord-est, où elle prend sa source, au milieu de la Serra. Après avoir coulé, l'espace de douze ou quinze lieues, parallèlement à la chaîne de montagnes, elle dirige son cours au 1 Trè»-bien nomin^ vnn , car j'ai en passant une grande rivière débordée, de la province de Saint-Paul. Les environs du Toropy et de l' Ybicuy ne sont pas , à beaucoup près , aussi agréables que ceux du Jaguary et du Jacuy ; je ne les crois pas non plus très-sains. Cependant les montagnes de la Serra, couvertes de forêts, qu'on aperçoit dans le nord-ouest du Toropy e|^ nord-est de l'Ybi- cuy sont d'un aspect imposmt. Tout le pays s'é- tendant au-dessous de ces montagnes, c'est-à-dire, à Test, au sud-est, et au sud-ouest, présente de Digitized byLjOOQlC — 426 ^■ grandes plaines basses , marécageuses, terminées par des collines peu élevées , couvertes d'excel- lent nâtura^es. lens pâturages, Les terreins sont d'alluvion , couiposés uni^e- ment de saUe, de terre limoneuse, de galets quartzeux, de bois fossilisé et d'argile diverse- ment colorée; point de calcaire > du moins à la superficie» Le 24, nous tuâmes, dans FTbicuy, un jacaré (caïman) long de sept pieds. Us sont communs dans toutes ces rivières, et même les lagunes; quelques uns ont quinze pieds de long ; ceux-ci tuent des vaches , des chevaux^ des mulets qu'ils entraînent au fond des eaux en les tenant par le museau, et quand les membres commencent à se désunir par la putréfaction > ils en mangent les chairs. Le 25 , beau tems, mais orage ux ; vent de nord , brûlant. Le thermomètre Réaumur mar- quait à une heure vingt-neuf degrés et demi , à l'ombre, et au soleil ouarante-six degrés deux tiers. En route à quatre fluiSes du matin ; rumb nord- est; suivi la rive gauche de l'Ubicuy l'espace de cinq lieues dans la [daine marécageuse. Le che- Digitized byLjOOQlC — 427 — min est a£Breux, fi^quemment coupé par des mares, des fossés profonds et boueax. — Dé- chargé plusiem*s fois les charrettes pour passer des ruisseaux débordés, ayant cinq à six pieds de profondeur. Quand ITThicny débordg, toute cette plaine est inondée ; on suit alors une autre route, passant au-dessus des collines vers Test- sud-est,mais elle est beaucoup plus longue. Nous mimes sept heures à faire trois lieues dans ces marécages. Vers cinq heures du soir un orage qui s'était formé dans Test, passa dans le nord puis éclata. Le plus fort de la pluie tomba dans la Serra où la grande chaleur concentrée la fit à Tinstant va- poriser, et nous yimes des nuages épais s'élever de terre et restersuspendus à quelques centaines de pieds au dessus des forêts. A neuf heures du soir, il s'éleva un vent du sud assez violent qui balaya tous les nuages et Tatmosphère resta pm^e et diaphane. Le 26, beau tems; le vent, nord-est le matin passa au nord vers le milieu du jour; alors la chaleiu* redevint excessive, l'atmosphère se char- gea de nouveau de nuages épais et il se forma bientôt *un nouvel orage qui éclata sur les huit Digitized byLjOOQlC — 488 — heures du soir; mais il dura peu, le yent de sud* est souffla fortement comme la veille. Après avoir suivi les bords marécageux de FT- bicuyregpace de cinq lieues au nord-est, la route tourne à Test , en montant par des coteaux dis- posés en amphitéâtre , jusqu'à une estancia oit les voyageurs s'arrêtent ordinairement. Dans la plupart des estcmcias ou desjaxendag il y a un rancho ouvert, sans autres meubles qu'un baril ou une cruche d'eau, une corne , une banquette ou deux , et quelquefois , mais ra- rement, un lit de sangle £dt avec des lanières de cuir non tanné : c'est ce que les Brésiliens appel- lent casa dos hospedes (maison des hôtes). Le voyageur, à cheval ou à pied, s'approche de l'habitation principale , mais toujours en dehors des balustrades dont elles sont entourées, et dit Oh! de casa!... ou bien, le plus ordinairement, Cristo * / Alors le maître ou un capataz se pré- sente et dit: pode V. M***, apear (vous pouvez mettre pied à terre) ou bien, brusquement pode entrar (entrez) ; mais il y a loin de l'urbanité « Les Argentins et les Orientalistes disent ave wiaria purit^ma ! et Ton répond de Tintérieur sin pecado concelnda... Pose v^f, adeltmie, eaballeroi entrez nonsienr. Digitized byLjOOQlC — 4S9 — des Brésiliens de la proyince de Rîo-Grande à celle des Orientalistes, surtout sur la route des Missions à Porto-Alègre. On £dt passer le voya- geur à la casa dos hospedes et là, il est servi par un n^re esclave, ou un Indien, sans communi- quer davantage avec la famiUe de Yestcmciero ou ànfaxendeiro. Ici recommencent les forêts, les hauteurs, les jolis sites, les points de vue étendus; on trouve aussi très-fréquemment des chaumières sur le passage. En route, vers quatre heures.— «Notre manœu-* vre de chaque jour était, de partir au lever du soleil, quand on avait pu réussir à rallier tout le troupeau de boeu& et de chevaux épars dans la campagne, et de marcher jusqu'à onze heures ou midi; alors on choisissait un endroit à proxi- mité d'une source , d'un ruisseau, d'un marais , ou d'un bois, pour camper; les charrettes de la caravane se plaçaient de front sur une même li- gne, les bœufi étaient lâchés dans la campagne , et l'on Êdsait la cuisine pour diner; elle consas^ tait en un morceau d'assado^ avec de la farine sèche (de mandiocd), ou en un guisado fait dans une marmite avec de la graisse et de làfarinha Digitized byLjOOQlC — 450 — détrempée. Après le dtner on dormait à Tombre sous une charrette, jusqu à ce que le fort de la chaleur fût passé; je mettais cet instant à profit pour chasser aux insectes ou aux oiseaux, et pour sécher les plantes recueillies en route. Vers trois ou quatre heiires on rassemblait les bœu& et les chevaux, portant tous un nom distinctif; on en- laçait ceux qui deyaient travailler etl'onmarchait jusqu'à huit ou neuf heures du soir, pour cam- per de nouveau et Êiire à souper : nous mangions ordinairement des feijoes pretos (haricots noirs), cuits avec un morceau de charque^ et saupou- drés dans la gamelle avec de \aifarinha. Tout le monde mangeait au même plat; nous ne buvions jamais en mangeant , mais après le repas un nègre apportait un chifre (corne) plein d'eau, et chacun buvait à la ronde * ; celui qui se fût dé- rangé pendant le repas pour aller boire eût couru le risque de se brosser le ventre au retour; car les animaux de proie ne mangent pas avec plus de voracité que les Brésiliens do campa. Quelque- fois nous régalions le tropero d'un morceau de fromage et d'un coup de cachaça; alors nous étions bons amis et il nous dpnnait des preuves manifestes de son amitié par les nombreuses fla- I Voyez la note K. Digitized byLjOOQlC — 451 — tuosités que son estomac en trayail laborieux laissait échapper avec bruit : c'est, du reste, passé en usage dans la bonne compagnie; c^est l'accompagnement obligé du jeu du cure-dent j ou de la pointe du/acad (couteau-poignard) qui en tient lieu. Le 27, nous trayersàmes le hameau de la Por- terinhay ainsi nommé à cause d'une ancienne porte à^estancia , du tems des jésuites, dont on voit encore des vestiges. Les chétives demeures de ce hameau ne sont pas groupées ensemble , mais disséminées à de grandes distances, comme dans la plupart des villages et des districts de ces contrées. De ce lieu on aperçoit, dans le lointain , la chapelle de Santa-Maria da Serra , assise sur une croupe du versant austral de la Serra ; il peut y avoir six lieues de distance dans l'est. •: ^ Même terrain argileux ; toujours des bois fossi- les et des forêts multipliées. 28. Tems couvert; vent nord-est, tempéra- ture douce ; pluie par intervalles. Nous observâmes des effets d'évaporation ad- Digitized byLjOOQlC — 432 — mirables au-dessus de la Serra , que nous avions à notre gauche à distance de trois ou quatre Keues. ToutesIesmontagnesdelaSerra-do- Mar, ouSerra- Gérai , sont couTertes , dans la partie regardant le sud et Vest^ de forêts épaisses^ Uparait qu'après plusieurs fours de chaleurs excessives ces forêts s'échauffent considérablement , car nous avons remarqué que les fouies d'orage , qui venaient à tomber se vaporisaient immédiatement , en s'éle- vant comme un rideau de gaze dans une décora- tion théâtrale. Ces vapem^ se condensent bientôt en nuages épais au-dessus des montagnes et for- ment de beaux arcs-en-ciel, quand la température est firoide, mais si la chaleur continue à raréfier l'air et que le soleil darde de ses rayons brûlans ces nuages vaporeux, alors ils se résolvent de nouveau en pluie fine, retombent dans les mêmes montagnes, forment des torrens, de nombreux ruisseaux, et contribuent au débordemeat rapide des rivières et des fleuves. C'est alors ^ve si les pluies et le firoid durent plusieurs jours, les débor- demens deviennent considérables et se maintien- nent long - tems , parce que presque toutes les collines et les montagnes de ce pays sont com- posées d'argile, de grès quartzeux, arénacés, renfermant de vastes réservoirs où les eaux sont reçues par d'innombrables conduits, en £)rme Digitized byLjOOQlC — 45S — d'entonnoirs (qu'on obserre fréquemment à la surface du sol) d où l'eau filtre ensuite de toutes parts pour alimenter les sources. «Tai vu beaucoup de ces citernes naturelles, découveites par des éboulemens de terrain, contenant une eau plus pure que le cristal et inyitant à boire par sa fraî- cheur. Iln'y a pas de coteau, de colline, de mon- ticule qui n'o£Ere au moins une source; aussi la plupart des Talions sont-ils marécageux ou fiin« geux , donnant naissance à ces esti^ , à ces ba- nadosj désespoir du voyageur, mais la consolation, \a. fortune des estancieros de la provitace de Rio- Grande et de la Banda-Oriental , en ce qu'ils ga- rantissent leurs pâturages de la sécheresse dont sont ravagés si souvent ceux du sud de la Plata. Nous approchions de plus en plus de la &fta , qui restait sur la gauche , parallèlement à notre marche , c'est-ii-dire tantôt est , tantôt nord-est. Mauvais chemins; la pluie, tombée deux jours de suite , en les délayant atait laissé des amas d'eau assez profonds. Une de nos charrettes s'embourba en passant un bois à une lieue de Santa-Mària. Le l*"" Mars , nous montâmes une côte pour traverser la bourgade de Santa-Maria-da-Serra ; nous étions alors au pied même de la Serra for- 28 Digitized byLjOOQlC — 454 — mant comme une grande muraille sombre , des- tinée à séparer en deux portions à- peu -près égales , nord et sud , l'intéressante province de Rio Grande-do-Sul. La situation de cette bourgade est assez agréa- ble; les environs sont charmans, passablement peuplés. L'architecture des maisons est simple , mais on voit avec plaisir un toit rose , un peu relevé et saillant , &ire ressortir la blancheur des murailles. Les maisons sont en charpente, enduite d'argile ; il y a plusieurs rues , et une chapelle fort simple. La population peut s'élever de mille à douze cents âmes. Presque toutes les maisons ont un petit jardin renfermant un bois d'oran- gers * , ce qui leur donne de l'ombrage et con- tribue à l'embellissementdu paysage. Onremarque beaucoup d'activité dans cette population cen- trale de la province : Santa-Maria est le marché des hameaux d'alentour, comprisentrela Cachefra^ CassorPara , Alegrete , et San-Boija. Il a encore l'avantage d'être situé sur la route des YerhaHes > Bans les Missions, les jésuites avaient beaucoup multiplié ks plantations dVangers; ils s*y sont naturalisés; on en troure partoot* même dans les lieux inhabités, mais tous ne produisent pas de bon fruit. Comme Ta remarqué d'Azara, les orangers ne souffrent aucun autre végétal parmi eux : ce sont les aristocrates du règne végélal. Digitized byLjOOQlC — 455 — et des Missions, et d'être à proidmité d'ime autre bourgade des montagnes, appelée Saé-Martinhoj située à environ tix)is lieues de là, sur la Cùna da Serraj dans le nord-ouest. A cinq lieues au sud dé Santa-Maria on yoit une mine d'or en exploitation^ qu'on dit être très-productive. L'or pur se trouve en grains dis- séminés dans une roche de je ne sais quelle* na- ture (quartzeuse, je suppose), qu'on brise à l'aide de pilons, pour l'en extraire. Il n'y a pas long- tems que cette mine fut découverte : un estan- cierOy propriétaire du terreia , marchait et fai- sait pattre tous les jours ses bestiaux sur l'or, sans s'en douter le moins du monde , quand un indi- vidu (hum dîabof) lui révéla un jour ses richesses ! A une vingtaine de lieues plus au sud, près de la petite ville de Cassa-Paifa, on trouve d'autres mines d'or en exploitation; celles-ci donnent moins de travail; c'est une rivière nommée Camacua^ l'un des afiluens du lac dos Patos^ qui prend là peine de le détacher et de le charrier avec les sables et gra- viers de son lit. Une infinité de ruisseaux et de ter- reins sont aurifères^ dans cette province, mais les méthodes de lavages sont très-mauvaises et lapou^ dre qu'on en obtient ne laisse pas grand bénéfice au propriétaire des nègres employés à ce travail; Digitized byLjOOQlC ~ 456 — on en perd d'ailleurs la plus grande partie , celle qui est imperceptible. Avec des machines conve- nables on obvierait à ces inconvéniens ^ En traversant Santa-Maria-da-Serra ^ je re- marquai , au milieu même de la route, des por* 1 tions de troncs d'arbres fossiles , ayant siœ pieds et plus de circonférence, sur une longueur de , deux à trois pieds. H y en avait huit ëpars ça et là, que les liabîtans prenaient pour des pierres ordinaires. Plus loin , à environ im mille , nous en retrouvâmes d'autres en fragmens plus petits, dont je pris des échantillons. Lie terrein dans le- quel ils gisaient était de Fargile ferrugineuse, ' très-mélangée de sable, mais sans aucune autre pierre que ces débris du règne organique végé- tal. Dans ce même lieu, au sud-est de la bour- gade , sont plusiem^ mornes isolés, assez élevés, sur Tun desquels j'observai beaucoup de Uocs , i plus ou moins volumineux , sensiblement arron* | dis par le frottement des eaux ; c'est, suivant j > Bans les environs de Cassa-Pava, on troure un banc d'albâtre gypseus, dn basalte, du grès ronge, du /«rr et grande Tariètè d*antre< minéraux. Généralement toute la partie sud de la proYince de Rio- Grande, ainsi que la partie nord de la Banda-Oriental, sont riches en minéraux. Je dois ce renseignement au docteur Hillebrand, médecin allemand à la colonie de saà-Leopoldo près Forto-Alègre, lequel a accompagné quelque tenis, le docteur Frédéric Sillow lors des explo^ rations de ce naturaliste dans la Banda-OrientaL Digitized byLjOOQlC \ — 457 — . M. Cordier, de la witcle endurcie , brunâtre, con* tenant quelques amandes de calcédoine et de quartz. Nous avions £dt à -peu -près seize lieues au nord-est et à l'est, depuis TThiciiy jusqu'à Santa- M aria. Nous reprîmes notre route à l'esc-sud-est. Le 3 nous cheminâmes parmi des forêts en- trecoupées depâturages nourrissans. Beaucoup de bêtes à corne, mais peu dliabitations. Perruches, perroquets, et toucans à yentre roug^e, en grand nombre. Des lapins {coeDios). — Végétation peu variée en phanérogames (si ce n^est 'parmi les ar- bres forestiers), mais grande abondance de cryp- togames. En descendant une côte rapide, la lourde charrette contenant nos bagages versa et tomba dans un trou ; peu s'en fallut que mon cher com- pagnon Nouel ne fût tué ; nous l'exhumâmes difficilement de dessous les caisses, dont les échan- tillons de bois fossile ne diminuaient certes pas la pesanteur. La route fait ici de nombreux détours, à cause de la disposition du terrein , coupé de vallons profonds, ou couvert de forêts, au milieu desquelles on a pratiqué le chemin (picada). La Digitized byLjOOQlC — 438 — Serra f toa jours à notre gauche , à distance Taria- ble de deux à cinq lieues. Terreins argîlo-sablon- neux ; minéraux rares. — Campé près de Tarrojo del sol (ruisseau du soleil). . Le 5 on arrêta pour diner à deux lieues du Jacufi à la lisière d'un grand bois, traversé .par un ruisseau. Jeremarquai,pour la première fois, des £ruits jaunes , de la grosseur et de la forme d'une petite poire ayant le goût de fi'ambroise. L'arbrisseau qui les produit est connu dans cette province sous le nom dUaraça^ il y en a en grande abondailce dans toutes les forêts peu élevées de la province. Ce finit a cela de particulier que , de même que la duracine à Buenos- Ayres , il ne fait jamais de mal, quelle que soit la quantité qu'on en mange. On en £dt aussi des confitures (dulces) assez semblables à celles de gouyaves. Au moment où nous nous remettions en route, un nouvel essieu cassa; ce ne fiit que le lendemain à cinq heures du soir que nous pûmes arriver sur la rive droite du Jacuy. Nous avions parcouru treize à quatorze lieues , en siœ jours , versé deux fois, brisé trois essieux et embourbé la caravane, pour nous rendre de Santa-Maria-da- Serra au passo do Jacuy ! Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XVII. nraiaixuB os s4lo.vxdbo. Jacny. — La Caolittra. — Le Butuoaraliy. — La On»>Alte. Bîo-Vardb. — Le Jaimy Jusqu'à Vorto-Alègre. Le Jacuy ëuit en basses eaux quand nous y arriyâmes; dans cet état il j avait encc»^ plus de dix pieds de profondeur au milieu de son fit ; ses b(H*ds ont un escarpement de vingt pieds ; la des- Digitized byLjOOQlC ~ 442 — cente de la rive droite et la montée delà gauche sont difficiles pour les charrettes. Ses alentours sont fort beaux et ne le cèdent pas de beaucoup à ceux du Jaguarj; couronné à Fouest, au nord et au nord*est par des coteaux à demi-boisés, il coule entre de belles prairies vertes, arrosées de nombreux ruisseaux, ombragées d'arbrisseaux fleuris , autour desquels voltigent sans cesse plu- sieurs espèces d*oiseaux-mouches disputant à de magnifiques lépidoptères le nectar embaumé ré- pandu avec jNTofusion dans le calice des fleurs. - Le cours de cette rivière de second oi'dre se dirige, en cet endroit, de Fouest à l'est; il est sinueux et rapide ; cependant des bateaux plats peuvent encore le remonter assez loin. Descen- dant du nord à travers la Serra il £dt d'abord plusieurs coudes à l'ouest et à l'est, puis il prend définitivement sa course au sud-est, à travers d'épaisses forêts, des bords marécageux, jusqu'à Porto- Alègre, en passant par les villes de la Ca- cheira et de Rio-Pardo^ les villages de SarUo- Amaro^ Fréguésia-Noi^a et les charqueadas. U s'est grossi dans sa course, des eaux du BcUuca- rahjrdnRio-Pardo et du Ttiçiuirjr-Guazu du côté du nord> et d'une multitude de ruisseaux du côté du sud , jusqu'à ce qu'il contribue lui-même Digitized byLjOOQlC — 445 — à former le Bio^Grande. A l'endroit où nous le trayersâmes , il est à -.peu - près large conune la Seine, en Êice des Tuileries '. Le terrain est d'ar- gile jaune mélangée de sable, il n'y a en cet en* droit, ni galets, ni débris organiques à l'état fos- sile ; on ne trouve dans le lit qu^une roche de hornfeU (petrôsilex corné) d'un brun de foie, très-chargé d amphibole et fondant en Terre noir très-facilement *, avec une masse à fleur d'eau , de petrôsilex de même couleur fondant difficile- ment en verre-blanc; cette dernière substance contient des points limpides de quartz infusibie et des points d'amphiboleyâ/idora^ en verre noir. La masse est stratiforme et les tranches perpendi- culaires au sol , apparemment par le bouleverse- ment de la roche que la force des courans aura déplacée. Le passa du Jacuy est très- fréquenté : c'est un mouvement perpétuel de charrettes, de chevaux, de mules, de bœufs, de voyageurs, de marchan- dises se croisant dans la rivière. Il y aurait lieu à exercer le crayon d'un caricaturiste, ou la plume d'un écrivain spirituel dans ce lieu où tant de scènes grotesques s'offrent au spectateur 1 Soixante toises. s Déterminé par M. Cordier. Digitized byLjOOQlC — 444 — attentif. Les costumes ou raceoutrement des Toyageurs nationaux et étrangers, le mélange des figures noire», blanches, cuiTrées, oUvàtres, bazanées, les nageurs métis on Indiens accompa- gnant un trpupeau d'animaux, ceux-ô que le courant entraîne, ceux-là fidsant d'étonnans ef- forts pour rallier leurs bœufi ou empêcher les charrettes de couler ; les longues et étroites pi- rogues, £dtes d'un tronc d'arbre, passant aTec la rapidité dn vent arec leurs passagers qœ la crainte de diarirer tient attentiTcment immo- biles , ces forêts de cornes s'entrechoquant; ces immenses cfaarriots couyerts de peaux de bœufi à demi enfoncées dans l'eau^ suspendus seulemoit par une legàe pirogue ou une simple bairique attachés dans leur intérieur ; les six boeufs attelés que Yarreador dirige d'un bras nerveux ou d'une Toixde Stentor... • tout cela n'est que l'es- quisse d'un tableau très - animé, bien digne de captiver l'attention de lobservateur , car il passera souvent de l'hilarité que produit une scène grotesque, à la crainte ou à la douleur d'un accident tragique. Il n'arrive que trop firéquem- ment des malheurs dans ces passages de rivières rapides: ou un homme est estropié par les ani- maux qu'il s'efforce de ralliera la nage, ou noyé dans une charrette qui chavire, ou emporté dans Digitized byLjOOQlC — 443 — une pelota. Quant aux animaux il est rare qu'il n y en ait pas quekpes-iuis d'entraînés par le courant ou de noyés sous les charrettes* Nous effectuâmes notre passage sans accident , grâces à la longue expérience du tropero, et nous allâmes camper à un quart de lieue de la rive gauche pour camear , c'est-à-dire tuer une yache et fidre du charque. U est bien f&cheux que toutes ces belles plaines basses du Jacuy et des autres ririères soient ex posées à des débordemens fréquens; cela est un obstacle, jusqu'à présent insurmontable , à leur culture 9 en ménie tems qu'il oblige les habitans riverains, possédant des bestiaux, à réunir une plus grande étendue de terrein afin de pouvoir retirer les animaux sur les hauteurs pendant les inondations. Cet inconvénient nuit à la fois aux progrès de 1 agriculture et de la population. En- suite, l'ambition des estancieros consistant à posséder de grands troupeaux comme par exem- ple cinq mille, dix mille, trente miUe têtes de bétail^ il en résulte qu^ils cherchent à s'appro^ prier le plus de terrein possible ; aussi n'est-il pas rare de voir des estancias , surtout dans les Mis- sions et la partie voisine de la Banda-Oriental , Digitized byLjOOQlC — U6 — posséder dix, Vingt ou trente lieues, et plus d'é- tendue! Et s'ils n'obtiennent pas tous ces vastes terreins à titre de concessions , de la part du gouvernement, ils achètent de leurs voisins pau- vres les terres qui les entourent et se délivrent ainsi de toute concurrence importune. On con- çoit facilement que cette répartition d'une grande étendue de pays entre les mains d'un seul indi- vidu ou d'une seule famille doit retarder consi- dérablement les progrès de la population. On répondra peut être à cela que ces grandesproprié- tés se diviseront nécessairement par la multipli- cation des &milles; mais combien de siècles fiiudrait-il, pour peupler commeune province des États-Unis par exemple , une superficie de plus de quinze mille lieues carrées que peut avoir la province de Rio-Grande?... Quand elle n'a en- core que cent soixante mille âmes depuis plus de deux cents ans qu'elle est fondée ! ! Le gouvernement Brésilien a voulu, en quel- que sorte, remédier à ce grave inconvénient (pour ne pas dire abus) , en rendant ime loi dé- fendant la concession, au- même individu, de plus d'une sesmaria ' , àla fois, et, l'étendue de I TerreÎD inculte. Digitized byLjOOQlC — 447 — la sesmarià fiit fixée à trois lieaes en Ums sens; mais il parait qu'on ne Tobserve pas rigoureuse- ment, et d'ailleurs^ comment dépouiller de leurs droits, sans une injustice criante^ les grands pro priétaires qui ont acquis et acquièrent encore des terres? Par toutes ces raisons, une grande quantité de sites charmans, de terreins très-fertiles, très-pro- pres k la culture des céréales, du coton, du su- cre, du café ou de la mandioca resteront long- tems encore sans autres habitans que les boQuÊ , les moutons, les mules , ou les cheyaux. Le peu de culture qu'on fait dans les chaccunsy les/axendas ou autour des estancicis consiste miiquement, à planter de lainuxndiôca (manioc) semer du mcas^ des Jeijoes (haricots) du riz et quelques légumes , le tout pour les besoins de la Êimille et sans se donner beaucoup de mal. Le jardin ou le champ cultivé se trouve le plus com- munément placé au milieu d'un bois , afin, de le préserver de l'invasion des bestiaux * ; c'est ce s Four n'avoir pas pris ces précautions, Texcellent M. Bonpland a perdu toutes les cultures qu'il avait essajé de faire à San-Juan-Miri. Il a eu d'ailleurs beaucoup à se plaindre de trois Français qu'il avait amenés de Buenos- Ayres, à grands frais, et qu'il s'est vu forcé de mettre à la porte. Digitized byLjOOQlC ~ 448 — qu'on appelle une roça ou un roçado ( défriché). Pour cela on se contente de fiiîre un abatis de grands arbk^es au milieu du moto (bois ou forêt), d en brûler le pied pour détruire les racines et de remuer ensuite légèrement la teire ; la nature , cette excellente et prévoyante mère, fait le reste. Tous les travaux d'agriculture se bornent à-peu- près à cela dans la province de Rio-Grande aussi bien que dans les autres provinces du riche et fertile Brésil *. Cependant j'ai remarqué des ex<> ceptions ; on rencontre quelques roçados mieux tenus que d'autres et cultivés à la manière de nos potagers ; inais aussi il &ut convenir que cela est rare et ne se voit guère que chez les Européens. Si les bestiaux font peu de l'avages dans ces endos, il y a, par contre, l'inconvénient des oiseaux^ des perroquets surtottt, deâ singesr et autres animaux, auqud il est assez difficile de remédier ; du reste on s'en oC(;tipe peu *. Le 13 nous aperçûmes la Cacheira , des hau- teurs dont elle se trouve dominée et par lesquelles passSe la route des Missions. C'est une yX^ petite < Voyez la première et la seconde partie du voyage de M. Auguste Saint-Hilaire au Brésil. t Voyez la note M. Digitized byLjOOQlC — 449 — yilie y récemment fondée , située sur une colline de la rive gauche du Jacuy, non loin du confluent du Butucarahf. Les maisons, blanchies exté- rieurement, sont bâties en pierre et en brique, couvertes en tuile rouge. L'église, d'une extrême simplicité, n'a l'air que d'une grande maison. La situation de la Cacheira est assez riante et très-favorable au commerce d'échange, puisque sa proximité du Jacuy lui permet de communi- quer par eau avec la capitale de la province. De plus , il n'y a que huit lieues par terre, de cet endroit à Rio-Pardo. D'élégantes gondoles vont et viennent continuellement de Porto-Alègre jus- qu'à la Cacheira en passant par Rio-Pardo. Il était question d'établir très-prochainement un ligne de bateaux à vapeur depuis la ville de Sad-Pedro (ou Rio-Grande) jusqu'à cette petite ville, en ser- vant tous les points intermédiaires. La pierre dont on bâtit les maisons et les édi- fices à la Cacheira provient d'une carrière située dans la partie la plus élevée des collines, où passe la route des Missions. C'est un grès quartzeux argilifere, à gros grains , contenant des fragmens volumineux d'argile bolaire rougeâtre. Il parait qu'il j a aussi des carrières de calcaire commun 29 Digitized byLjOOQlC — 480 — dans les enyirons , dont on fait la chaux néces- saire aux constructions. La plupart des hautes collines a voisinant la Gacheira sont couvertes de cailloux roulés et de graviers; elles sont moins boisées que celles de Santa- Maria, assez élevées au nord, un peu raides, mais basses et ondulées du côté du sud. Nous arrivâmes au passa do Buiucarahjr à onze heures du matin. Cette rivière ayant crû déjà beaucoup par les pluies du huit et du neuf , et nous trouvant dans la nécessité de décharger les charrettes, nous campâmes sur la rive droite jus- qu'au lendemain. Nous avions fait , depuis le Jacuy 9 sept à huit Ueues à l'est. Le Butucarahf est une rivière de quatrième ordre ; elle a beaucoup de profondeur et de cou- rant ; elle prend sa source vers le nord, au delà de la Serra et se dirige au sud par de nombreux circuits, poiv se réunir au Jacuy, non loin de la Gacheira. La rive droite àupasso est formée d'une colline d'argile sablonneuse, très - mélangée de galets de silex ^ de calcaire et de bois fossile. La rive gauche est une plaine marécageuse d'^ivi- ron deux Ueues de contour, formant comme wi Digitized byLjOOQlC — 451 — bassin ovale entouré de collines. Le fond de ce bassin est du limon miélangé de sable, recouvrant une roche très-étendue d'argile plastique. On voit sur la rive gauche une heSle roche de grès quartzeux argilifère tendre et rubané. Elle peut avoir quinze à dix-huit pieds de puissance au dessus de Teau quand la rivière est basse , mais elle m'a paru s'étendre beaucoup au dessous. Elle est stratifiée par couches alternatives roses et blanches; ces couches sont plus minces et plus nombreuses vers le bas de la roche que dans le haut, mais eUes sont si bien marquées qu'on pourrait compter le nombre des débordemens auxquels je suppose que cette roche doit sa forma- tion , et calculer ainsi , approximativement , son ancienneté. La matière dont elle est composée est du sable fin uni à de l'argile alumineuse extrême- ment fine. Élisant pâte avec l'eau et contenant des parcelles de mica pulvéïiilent qui la rendent schisteuse. Cette roche , vraiment curieuse , est meuble dans les couches supérieures,yna&/e dans les intermédiaires et augmente de solidité k me- sure qu'elle s'enfonce sous l'eau. Je pris des firag- mens des couches inférieures présentant assez de ténacité pour donner des étincdles au choc du briquet , coramme les autres grès ; je remarquai Digitized byLjOOQlC — 4S2 — aussi qu'elle contient des rognons très calcari- fères, ce qu'il fait produire à ce grès une eflFerves- cence dans l'acide nitrique , ou sulfiuîque. Près de là, en arrière de la maison àxipasseiro était un banc d'argile rougeâtre un peu micacée et feuil- letée, s'étendanten couches horizontales. Un rayin voisin était encombré de cailloux roulés. Le passage du Butucarahy est encore plus fi*é- quenté que celui du Jacuy, parce que toutes les caravanes partant de Rio-Pardo pour l'intérieur de la province , sont obligées de passer par cette rivière. — Pendant la nuit les eaux avaient baissé d'un pied et demi et continuaient à baisser. Comme le courant est rapide , les débordemens n'y sont pas de longue durée, et même Teau baisse par fois au point de permettre le passage à pied. On a déjà vu que la manière dont s'opère le passage des rivières dans cette province , est fort lente et périlleuse. Il est extraordinaire que , dans un pays où les forêts sont si nombreuses^ on n'ait pas l'idée de construire des radeaux ou ponts vo- lans , de manière à passer les charrettes toutes chargées ; cela ne coûterait que la main-d'œuvre et serait bien plus expéditif , puis qu'il n'y aurait Digitized byLjOOQlC — 453 — qu a placer un tourniquet ou cabestan sur la rWe opposée pour tirer le radeau. Une rétribution un peu plus forte pour le passage , dédommagerait bientôt l'entrepreneur et tout le monde y trou- yerait son compte. Mais la paresse et l'indolence des naturels sont un obstacle à toute espèce d'in- novation utile ; Il Êiudrait que des étrangers don- nassent l'exemple.... Mais alors ! on les accuserait de dépouiller les crA}les de leur industrie! ! car il Êiut que l'on sache que les Brésiliens sont aussi jaloux des étrangers que les Argentins. J'entends parler, toutefois, des gens peu éclairés, et prin- cipalement des hommes do campo (les paysans) ; car il est peu d'hommes d'éducation , dans toute l'Amérique du sud , qui n'accueille bien les étran- gers et ne s'empresse d'exercer à leur égard l'hos- pitalité la plus généreuse. Mais il n'en est pas ainsi au dehors des villes, où l'éducation des hom- mes se borne à savoir enlacer ou bouler les ani- maux avec dextérité , à dompter un chei^ed et à le monter avec grâce ; ils voient avec peine , ces honunes à demi sauvages , que les étrangers les forcent à sortir de leur genre de vie rustique, pour se mettre au niveau de la civilisation , ou du moins pour essayer d'y parvenir; ils se res- sentent, au surplus , de l'esprit méfiant et ombra- geux des Portugais^ qui ont tenu si long-tems Digitized byLjOOQlC — 454 — leurs colonies fermées aux nations étrangères. A cet égard j'eus des conversations vraiment cu- rieuses avec des estancieros. Nous rencontrâmes au passo do Butucarahj un jeune Brésilien, (M. Jardin) de Rio Janeiro^ de fort bonne éducation , de belles manières , parlant français et espagnol et voyageant pour connaître son pays. U nous avoua qu'il se trouvait aussi étranger que nous dans ces contrées encore barbares. Il suivait une caravane jusqu'à San- Borja, d'où il devait passer aux autres Missions de la rive gauche de l'Uruguay ; nous lui souhai- tâmes beaucoup^de plaisir. Au nord-est du pctsso , à distance de qilatre à cinq lieues, est unemontagne boisée, appelée Serra do Butucarahy , s'étendant un peu k sa base , à l'est et à l'ouest , formant comme im chahion de monts élevés indépendans de la Serra-Grande^ et d'ailleurs placé dans une direction paraUèle à celle-ci. Vue de loin (on l'aperçoit du Jacuy ), elle ne parait être qu'un pic très élevé, mais en approchant on voit que le mamelon du centre se termine par une plate forme assez grande. Je suis porté à croire que cette montagne est volcanique, parce que les moradores du lieu m'ont assuré avoir Digitized byLjOOQlC — 455 — entendu des détonations très fortes dans son inté- rieur; ils prétendent encore qu'il y a un lac à la cime, dont les eaux, en filtrant ou en débordant, produisent des éboulemens qui mettent à nu la roche qu'elle semble avoir pour noyau ; aussi la partie supérieure est - elle devenue inaccessible à cause de sa dénudation. Après les grandes pluies d'orage , et pendant les gelées , l'eau se trouvant dans les fissures du rocher en détache des fi:*ag- mens qui tombent avec fi:*acas ; sa grande hauteur^ ou plutôt son isolement attire le tonnerre * , ce qui Élit que cette montagne.est souvent foudroyée. La Serra do Butucarahy contient beaucoup d'or et de pierres précieuses ; il y a peu de tems qu'on l'exploitait avec avantage et il s'était déjà construit un assez grand nombre d'habitations à Tentour , mais on îat forcé de l'abandonner à cause des éboulemens dont furent victimes plu- sieurs mineurs. Les gens de la campagne croient fermement qu^elle est enchantée (enfeihçada)j parce que, disent-ils, dès qu'on tente d'y tra- vailler on entend un bruit épouvantable et les terres commencent à s'ébouler avec des quartiers > Je me sers de Texpression vulgaire ; mais il parait, diaprés de nouvelles observations, que le courant électrique se dirige de bas en haut et non pas de haut en bas. Digitized byLjOOQlC ^ 456 — énormes de la roche du sommet ; malheur à Fm- prudent qui ne s'éloignerait pas pix)mptement ! il parait aussi que les Bougres , Indiens anthropo- phages vivant encore dans les forêts de la Serra-Grande « , ne veulent pas souflfrir qu'on y travaille et les fréquentes incursions qu'ils ont £iites ont dégoûté pour long-tems ceux que Tavi- dite de l'or j attirait. On m'a raconté, qu'avant que cette mine fut connue, un individu, étranger, retira du lavage des terres de la montagne, en moins d'un noiois, plus de 100 livres d'or pur, et cela sans le secours de personne ; il s'embarqua aussitôt pour l'Eu- rope. Ce fidt est très-croyable, et il y a d'autres exemples de découvertes semblables dans la même province : on connaît plusieurs estancias traver- sées par des ruisseaux aurifères; dans d'autres, on le rencontre dans les sables des lagunes peu profondes ou sous les touffes d'herbes^ mais les estancieros se refusent à l'extraction de ce mé- tal , même pour leur compte, par la crainte d'être 1 Les Bougres sont une tribu de la nation Msilienti9\ ils apparte- naient consé(iueininent à la grande famille ijuarani , si Tethnographie ne fait pas erreur. Cependant , leurs mœurs féroces sont bien dilTé- rentes de celles des paisibles et agricoles Guaranis ?... Au reste ce sont les sêuh saitvayes restant dans celle province, et l'on a l'espoir de les voir former une rcduciion lers les frontières de S. Paul. Digitized byLjOOQlC — 457 — dépouillés de leurs immenses terrains. Néanmoins on cite un estanciero puissanunent riche, qu'on . suppose faire ku^er en secret, quoiqu'il soutienne que ses troupeaux fournissent seuls à ses dépenses extraordinaires. Le 14 , à midi et demi , nous partîmes du passo do Butucaraliy. La chaleur était devenue excès* siye. On suivit le rumb nord - est , quoique Rio-Pardo restât au sud-est et qu'il y eût une autre route dans cette dernière direction , mais il parait qu'elle n'est praticable que pour les che- vaux. Après avoir fsiit une demi-lieue dans la plaine basse , nous reprîmes les collines et les bois. Nous vîmes de nombreuses fougères , entre autres une espèce arborescente ayant de quinze à vingt pieds d élévation , étendant ses feuilles à la manière des palmiers. Les plantes parasites pendaient de tou- tes parts aux arbres vigoiu*eux de ces forêts qui commencent à perdre leur virginité. — Je remar- quai en passant à la lisière d'un bois , une grande quantité de feuilles de liseron entièrement dissé- quées par les fourmis qui en avaient dévoré le parenchyme; elles laissaient voir parfaitement les nervures et les fibres de leur tissu. J'admirai aussi Digitized byLjOOQlC — 458 — des lianes monstres entourant en spirale des arbres très-droits et ornés de lichens tricolores ; des ar- bres réunis enfidsceau dans leur en£uice, formant actuellement des troncs gros et élevés , ayant l'apparence de colonnes caniielées. En approchant de Kio-Pardo les habitations deyiennent plus fi-équentes, onyoit des chacaras mieux cultivées , ombragées par des bois d'oran- gers et de citronniers. Le 15 nous passâmes par la Cruz-AUa (la croix-haute). C'est un hameau assez peuplé à trois lieues et demie de Rio-Pardo. Là, une roue d'une de nos charrettes se brisa. A la Cruz-Alta on trouve un chemin condui- sant à la Serra do Butucarahf. Dans les environs du Jacuy, j'avais rencontré un Brésilien de très- bonnes manières, qui m'avait donné un mot pour le juge de paix du district do Batucarahy, dans le cas ou il m'aurait convenu de m'y arrêter. Il m'avait assuré en même tems> que je trouva:^ là, réunies, toutes les espèces d'animaux de la province, et sax\jo\xt\eyciguaréténégro (le jaguar noir) lequel est bien une espèce distincte et non Digitized byLjOOQlC — 459 — pas une variùéy comme oa Fa cru jusqu'à pré- sent ' . Le 16 nous campâmes à une lieue de Rio- Pardo. A mesure que nous approchions de cette ville nous remarquions avec satisfaction une cul- ture plus soignée, des chacarM agréablement situées. On arrive à Rio-Pardo, du côté des Missions, par une suite de coUines et de vallons qui ne per* mettent de l'apercevoir que lorsqu'on en est très-proche. On descend alors une côte rapide et l'on traverse une plaine basse d'environ un demi-quart de lieue , aboutissant à un pont. Rio^Pardo est située sur la cime et la pente d'un groupe de monticules dépendans d'une chatne de collines s' étendant de nord k sud et allant en diminuant de hauteur, aboutir à la rive gauche du Jacuy, précisément au confluent de la rivière dont la ville porte le nom. Ainsi Rio- Pardo se trouve enclavée par le coiu*s de ces I Je visitai à la Cniz-Alta, im ravin très-large?, ayant plus de 60 pieds de profondeur et ne présentant partout que de l'argile rougeâtre unie à du saMe lui donnant de la solidité. Ce grand ravin était produit par réboulement de la voûte d'une de ces citernes naturelles dont j*ai parlé. Digitized byLjOOQlC — 460 — deux rivières de manière à former une presqu'fle, le Rio Pardo la bornant au nord-ouest, à Touest et au sud-ouest) et le Jacuy au sud, au sud-est, à l'est et au nord-est. Des maisons d'un étage (au-dessus du rez-de- chaussée, bien entendu), blanchies extérieure^ ment, dune architecture gracieuse, couyertes en tuile ronde et rouge ; des églises sur les points les plus élevés; des jardins plantés d'orangers, de bananiers, de cocotiers; des chacaras et des faxendas bien cultivées, voilà pour le coup-d'œil de la ville vue des hauteurs de l'ouest. Sur la droite de la ville , toujours en la regar- dant des hauteurs de l'ouest , sont trois coteaux séparés les uns des autres par des arbres et des buissons [cuctësias et mimosas) portant de jolies fleurs et enclavant des pâturages verdoyans. Sur la gauche sont d'autres coteaux plus élevés, plus boisés , où se remarquent quelques maisons de plaisance (^quintas) *. Au bas de ces coteaux , coule le Rio-Pardo , rivière de quatrième ordre I Au Brésil une qvinta est un pavillon , une maison de plaisanoe \ une chacara une petite ferme avec jardinages ; une fajunda une habita- tion avec plantation de coton ou de café et même des troupeaux , et hum enyenkoj une sucrerie. Digitized byLjOOQlC — 461 — (relativement à l'Uruguay) dont les bordssont très- boisés; elle est trayersëe par un pont en bois^ porté sur des pilastres en pierre. Puis , entre la rivière et le spectateur, une plaine verte décri- vant un demi-cercle , formant un bassin d'envi- ron une demi-lieue de circuit entourée de coUi- nes plus ou moins élevées s'ouvrant au nord-ouest et au sud-ouest pour laisser couler le RÈo-Pardo. Toutes ces collines sont boisées, principale- ment du côté du nord et du nord-ouest, où Ton aperçoit des forêts considérables s' étendant jus- qu'au pied de la Serra , à une distance de buit à dix lieues. La partie ouest et sud est couverte de chacaras et ie/azendas. Je traversai une de ces Jazandas^ très bien te- nue, où l'on cultivait en grand, le coton, la mandioca , le riz , le tabac , le maïs et même des légumes. Le sol de toutes les collines avoisinant Rio- Pardo est argUeux *. < Ces argiles sont plus ou moins compactes et pierreuses , diverse- ment colorées , renfermant sur les hauteurs des bancs à'Arkosê à gros grains fortement cimentés. La couleur dominanle des argiles est un rose foncé semblable k la roche observée au passo du Buiucnrahy, Digitized byLjOOQlC — 462 — On traverse le Rio-Pardo sur un pont de bois n Ayant que la largeur d'une yoiture ; il est sup- porté par des pilastres de quatre pieds d'épaisseur formant six arches élevées d'euTiron trente pieds. Ce pont a été construit en 1825 ou 26 par les prisonniers Argentins et Orientalistes ; mais il ne durera pas long-tems , les pierres employées à sa construction n'étant pas de nature à résister aux grands débordemens de la rivière; les murailles formant talus sur les deux rives , ainsi que les parapets sont déjà lézardés par la force des cou- rans. Les eaux ont surmonté le pont de plus de dix pieds en 1833. Cependant, les habitans qui ne sont point accoutumés à voir des ponts , croient posséder un monument remarquable, susceptible de durer des siècles! Den est du pont de Rio-Pardo comme du Pyrcanen de Buénos- Ayres. Le terrein sur lequel est bâtie la TÎUe en eat entièrement fomié ; c'est encore ce que je crois pouvoir appeler un grès en formation , car îl a suffisamment de consistance dans les couches les plus inférieures ponr pouvoir être trille en pknes de divetses grosseors, dont on fait des murs, ou qu'on emploie avec d'autres pierres plus dures dans la construction des maisons. Plusieurs ravins des vallons de Touest renferment de l'argile ocrenae, jaune et rouge, colorant suffisamment pour tenir lieu de peinture sor les murailles ; la rouge est schisloïdc et contient des paillettes de mica , presque imperceptibles. Au nord de Rio-Pardo il y a , m'a-t-on affirmé, dans une estancia , une mine de cuivre non exploitée. 11 parait pourtant qu'elle serait : productive. Digitized byLjOOQlC — 463 — Quand on est amyéaupont,IaTiUea diqmni; elle est cachée par la colline , qu'il £3iut graTÎr ayant d'entrer dans la ddade. Alors elle se pré- sente bien et fidt naître de suite une opinion &- ToraUe de sa situation, par l'activité de ses habi- tans; les principaux conunercans se trouvant précisément à l'entrée , du côté de l'ouest ; c'est la ville neuve. On croirait, au premier abord, que Rio-Pardo est une ville naissante, tant il j a de constructions nouvelles, mais en avançant du côté du sud^est, ou Auport^ on reconnaît bien vite qu'elle est ancienne à la vue des vieilles maisons basses et enfumées, encore garnies de rotulas (jalousies) en treillage. Effectivement Rio-Pardo compte plus de deux cents ans d'existence ; )e crois que les jésuites y avaient un collège. Elle a été mal bâtie dans le principe, située dans un lieu incommode , à cause des grandes inégalités du terrein; mais on cherche à réparer cette faute en étendant les rues du côté dunord et du nord- ouest, points les plus élevés et les plus Êiciles k niveler. Les nouvelles maisons sont à un étage, très- hautes, carrées, percées de beaucoup de fenê- tres au premier, mais seulement de portes hau- tes et étroites au rez-de-chaussée, occupé par des Digitized byLjOOQlC^ _ 464 — magasins et des boutiques. Les anciennes maisons ayaient des croisées à coulisse ^ garnies d'immen- ses jalousie^, les nouTcUes ont d'élégantes fenê- tres cintrées , à deux battans et à grands car^ reaux taillés diversement. On s'occupait du pa- yage et de Falignement des rues; les nouvelles ont des trottoirs commodes. Il y a trois églises bâties sur le plan de toutes celles du Brésil , c'est-à-dire avec beaucoup de simplicité. La principale, toute en briques, né- tait pas encore achevé extérieurement. On compte cinq à six mille habitans à Rio- Par do; le nombre des maisons semblerait en comporter davantage, mais il n'y a comnrané- ment qu'une seule famille dans une maison , ce qui donne beaucoup d'extension à la ville. Le commerce y prospère, parce que ce point est l'entrepôt des villes et villages du nord et de l'ouest; de là, partent continuellement des trou- pes de mulets et de charrettes pom» toutes les po- pulations de l'intérieur. Les conununications avec Porto - Alègre sont très-promptes ; le transport des marchandises lourdes s'opère par des bateaux pontés de vingt à cinquante tonneaux; les mar- Digitized byLjOOQlC — 465 — chandîses légères 9 d'un petit volume, et les voya- geurs sont transportés dans de grandes pirogues armées en gondoles. Ces pirogues, très-élégantes, sont faites d'un seul tronc d'arbre creusé, longues de trente-^^inq à quarante pieds ^ et larges de trois et demi à quatre : quelques-unes ont jusqu'à quatre-vingts pieds de long sur six à sept de large. La forme en est gracieuse et commode ; on est garanti des feux du soleil et de la pluie au moyen d'un toit plat, occupant la moitié de la gondole sur l'arrière. Ce toit, d'où pendent de petits ri- deaux de toile , est supporté par des barrettes de fer ou de cuivre; le tout est peint de couleurs vives et tenu avec propreté. Quelques gondoles ont encore, outre le toit de l'arrière, une tente festonnée se prolongeant jusqu'à la proue. Il en part et arrive constamment ; on est d'autant plus sûr d être transporté avec célérité que , lorsque le vent n'est pas fiivorable, quatre ou six nègres à demi-nus, rament sans relâche jom» et nuit. Le 19 mars , nous nous embarquâmes sur une de ces gondoles où nous nous trouvâmes un peu plus à notre aise que dans les chalanas de lUru- guay. Du côté du Jacujr , de même que du côté du 50 Digitized byLjOOQlC — 466 — Rio-Pardo^ on ne yoit pas la ville, à cause des hauteurs. Ce qu'on appelle le port,^ ou praia (l^ge) n'est rien moins que cda, car 1^ rive gauche du Jacuy étant, dans cet endroit, très- escarpée, argileuse , et conséquenunent glissante en tems de pluie, rembarquement ou le débar- quement des voyageurs et des marchandises est fort incommode. Je crois qu'il était question de fiure un débarcadère. Lorsqu'il j a assez d'eau dans le BkhPardo les navires chargés de marchan- dises se rendent auprès du pont. Pendant deux à trois lieues , le Jacuy tourne fréquemment du sud-est au nord-est; les bords en sont très-bas et formés de terreins d'alluvions nouvelles; les débordemens sont fréquens. A cinq lieues de Rio -Pardo , sur la rive gauche du Jacuy , il existe une petite carrière de calcaire grosffler, noirâtre, dont on fait d'assez bonne chaux. De l'autre bord de la rivière, on extrait \me pierre meulière grise dont on pave les trot- toirs et les cours de Rio-Pardo , mais le ciment eti est si peu tenace qu'on en détache des particules en marchant, lorsqu'il pleut. Nous arrêtâmes à k fin du jour au vâlage de Digitized byLjOOQlC — 467 — SaniO'Amaro , à moitié chemin de Porto-Alègre à RioPardo; il était jadis commerçant, mais il s'appauvrit maintenant de plus en plus; il e&t cependant agi^éablement situé sur des coteaux élevés bordant la rive gauche du Jacuy. On y remarque une église asse;^ belle et quelques mai- sons particulières bien construites. Après avoir laissé sur notre gauche Fregue- sia^Noi^a, village situé au confluent du Tacuarj-. Giiazuj rivière de troisième ordre, nous passâ- mes devant les Charqueadas : sur plus d'une lieue d'étendue (rive droite du Jacuy) on a fonné beaucoup d'établîssemens dans le genre des Sala- deros de Buenos- Ayrcs , mais montés sur im meilleur pied, aux quels ont a joint la fonderie des graisses ; c'est-à-dire des graisses proprement dites , car le suif en branche se pile encore dans des barrils ou des cuirs et s'expédie ainsi dans les divers ports du Brésil. Il y a à la Charqueada de très-belles maisons , solidement construites et or- nées de jardins ; j'en remarquai une, entre autres, ayant l'air d'un édifice public, tant elle est vaste. On voit que ces usines prospèrent , à la manière dont elles sont tenues et à l'activité qui y règne ; il y avait alors cinq navires en chargement, pou- vant porter depuis cinquante jusqu'à quatre-vingts tonneaux. Digitized byLjOOQlC — 468 — Lors du débordement extraordinaire qui eut lieu par toute la proTince , à la fin de 1833 , la Charqueada fixt submergée^ ce qui occasionna de grandes pertes; mais il y avait fort long-tems que cela n'était arrivé ; le terrein est d'ailleurs un peu plus élevé là qu'aux environs. Le cours du Jacuy est sinueux, tournant sou- vent de l'est au nord ; il est interrompu par de longues lies de sable blanc, si basses qu'elles pa- raissent & peine à fleur d'eau. Des arbres grêles, peu élevés, couverts de plantes parasites, de mousses lichéneuses, de longues barbes etc. en encombrent les bords.  partir de la Charqueada vers l'est , les arbres ont un peu plus de grosseur et d'élévation. Le 20, vers onze heures , le vent souffla forte- tement de l' ouest-nord-ouest. Nous arrivâmes à Porto-Alègreàmidi. Nous avions parcouru trente lieues portugaises en vingt hernies, mais le vent n'avait été favorable que pendant six heures. Quelques lieues avant d'arriver, on aperçoit Porto- Alègre ; celle ville semble flanquée par des momes élevés; ils en sont cependant à plus d'une lieue de distance. Le Jacuy se divise eu deux bras, Digitized byLjOOQlC — 469 -- Fun coulant au nord-est et l'autre au sud-est; le gondolier prit celui-ci comme étant le plus court. L'intervalle des deux bras est rempli par des îles cultiyées et habitées, ainsi cjue l'une et l'autre rives. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC ^rmième |)aDCtie. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC — 474 — des satellites officieux se cliargent du soin de les répandre aussi également que les intdligences le permettent; voyez quel ciel et quels sites! c'est un ciel dltalie ; ce sont des sites et une végéta- tion de Provence : nous sommes à Porto- Alègre! Humanisons-nous , essayons de décrire vulgaire- ment le pittoresque d'une ville du Brésil , dont le nom, certainement heureux, est cependant loin de donner ime idée. A l'extrémité d'une colline venant de Test , sons le 50™« parallèle de latitude australe et le 34™» de- gré delongitude occidentale du méridien de Paris, s'élève en amphithéâtre , sur une pente d'environ soixante mètres, la jolie petite ville de Porto- Alè- gre, dont les toits roses un peu relevés et saillans, se détachent admirablement en couronnant des maisons blanches, ou jaunes, d'une architecture simple et gracieuse. Cinq rivières, apportant le tribut de leurs eaux fécondes et se réunissant là, pour former le Rio- Grande-doSid j présentent, en £ace de la viUe, im vaste bassin, parsemé d'ilesnombreuses , très- boisées , peuplées d'habitations champêtres. En arrière de la ville, ou de la colline, à distance d'une lieue j un chaînon de mornes élevés de Digitized byLjOOQlC — 475 — deux cents mètres (plus ou moins) décrit un demi- cercle et se dirige au sud , en bordant inégale- ment le fleuve Tespace de huit à neuf lieues. En- tre ce chaînon de mornes et la ville, s'étend une plaine basse , unie , de trois à quatre lieues de circuit , se trouvant enclavée par les montagnes du sud, par des coteaux à Test et au nord, et par le Rio'Grande à l'ouest, lequel, fier du volume de ses eaux , prend son cours majestueusement vers le sud , à travers des roches de conglomé- rats , et va former dans sa course le Lagoa dos Patos, dont je parlerai dans la suite, A vrai dire , la position de Porto- Alègre est au milieu de deux grandes baies séparées par la col- line sur laquelle la ville est assise : Tune au nord, formant la rade et le port, l'autre au sud, aban- donnée en partie par les eaux et formant déjà comme ime ville-basse embellie par des -jardins , des prairies, des usinas, etc. Userait, connue on voit , très - facile de former une île de Porto- Alègre en coupant la colline à l'est, et ouvrant un canal de jonction avec un ruisseau serpen- tant dans la plaine. Voulez-vous jouir maintenant d'un spectacle comme on en donne peu, même Ai Grand-Opéra ? Digitized byLjOOQlC — 476 — rendez-vous sur le point le plus élevé de la colline, sur la place principale : vous aurez au-dessous de vous, au nord , (qui comme vous le savez est le midi de Thémisphère austral) la ville se dérou- lant en talus ; la rade couverte de navires; les îles et le cours sinueux des cinq rivières s' éten- dant exactement comme une main ouverte, dont les doigts seraient écartés; puis, les maisons de plaisance bordant en demi-cercle le rivage om- bragé de la baie, les vallons boisés se prolongeant parallèlement aux collines du nord-est, iaiVaar^em ou plaine en arrière de la ville , avec ses jardins, ses plantations d'orangers, de bananiers, de pal- miers , de cactus, tous entourés de haies épaisses, de mimosas jaunes, rouges, violets ou blancs, presque toujours couverts de fleurs; et encore au-delà de cette plaine du sud , reposant si agréa- blement la vue , de jolies maisons de campagne (quintasj ckacaras^ om fazendas) bien Mties, pittoresquement placées sur la pente des mornes. Supposez que vous avez choisi pour jouir de ce tableau délicieux une de ces bdles journées si communes sous cette superbe zone, un tems calme rheiu*e où Zéphire Ëdt la siesta , ce moment qui transmet au bassin et au fleuve même Fapparence d'un immense «liroir , ce sera pour vous un pa- Digitized byLjOOQlC — 477 — ïiorama des plus pittoresques et des plus animés. Tout ce que vous avez vu se double en se réflé- chissant : les lies et leurs bestiaux^ les maisons et leurs plantations de la zone torride , les navires à la voile et une foule d'élégantes gondoles, ba- riolées de couleurs vives , sillonnant les cinq con- fluens. Enfin , en reportant vos regards à l'hori- zon, vers le nord , vous voyez (si vous n'êtes pas myope), à distance de quinze lieues, la chainede montagnes de la Serra-Grande^ qu'une atmos- phère vaporeuse voile en partie, par une coquet- terie toute féminine , comme pour irriter notre curiosité. Sachez qu'on ne jouit pas seulement d'une vue agréable à Porto-Alègre, on y jouit encore d'une bonne santé; jamais climat ne fut plus convena- ble à des Européens. Ce ne sont pas les chaleurs suffoquantes ^{a^raiia de Rio-Janeiro> les pohade- ras et les nuits froides de Buenos- Ayres ; c'est un air tempéré , embaumé , pur et salubre ; aussi les médecins n'y font-ils pas fortune ! Les pharma- ciens même y sont réduits à se feire parfumeurs » . 1 MÉTÉOROLOGIE. — Les saisons commencent è être marquées et à faire sentir leur influence dans cette partie du Brésil ; néanmoins , j*ai remarqué une transition brusque entre la chaleur et le froid ; cela peut s'attribuer à Tinfluence du vent minuano ou pampero (sud-ouest), Digitized byLjOOQlC — 478 — J'ai déjà dit que les édifices , quoique d'une architecture simple, n étaient pas dépourvus d- élégance ; ceci s'applique aux maisons de nou- velle construction. Bâties en briques et en pierre de taille, elles sont généralement à un seul étage, jnais très-élevées , d'une forme le plus souvent carrée , percées d'un grand nombre de fenêtres au premier , et seulement de portes au rez-de- chaussée ; celles-ci, dont la hauteur est de quinze à dix-huit pieds , sont étroites et multipliées ; les croisées ont aussi beaucoup d'élévation^ elles sont généralement doubles , à deux battans , cintrées, à grands vitraux diversement taillés en losange , qai après avoir passé sur la Cordillera des Andes du Chili , et traversé les Pampas^ vient refroidir subitement Tatmosphère. Ce phénomène a lieu vers la fin de mai ; alors une partie des végétaux ligneax perd ses feuilles : on peut évaluer au quarts le nombre des arbres forestiers se dépouillant complètement pendant la saison froide. L*eaa gèle quelquefois dans les mois de juin et de juiUet. Voici , du reste , le résultat de quelques observations météorologi- ques faites pendant mon séjour à Porto-Alègre : les quatre mois sni- vans correspondent à Taulomne et k nne partie deVhiver. Mars. -— Vingt-deux jours de beau lems, qvatre jours sébsleux , cinq jours d'orage et de pluie abondante. Maximum de chaleur, 25' ijZ- minimum 12* 1/3 Rr ; vent dominant, £., variable du N. E. au S.-F. Avril, — Treize jours de beau tems, dix brumeux, jusqu'à dix heures du matin ; trois jours de pluie fine, quatre jours orageux. Maximum de chaleur, 23*; minimum 12* 1/4; vent dominant, S.-E. et S. Mai. — Seize jours de beau tems , sept brumeux le malin, six de pluie ou vent, deux de forte pluie; maximum de dialenr 22* 1/4 ; mini- mum 2*; vent dominant S. S.-E. Digitized byLjOOQlC — 479 — en earré, en hexagone ou en octogone. Un balcon en fer bien découpé, souvent doré, occupe toute la façade, qudques arceaux légers le surmontent de distance en distance, pour recevoir, à Fépoque des chaleurs , une tente festonnée. Le toit , cou- vert de tuiles rondes , déborde, en relevant à la manière des toits chinois une corniche bien sculptée ; cette partie saillante du toit est peinte en rouge et tranche admirablement sur les .mou- lures de la corniche peinte en blanc. Les maisons d'ancienne constructionsont basses, garnies de croisées à coulisses et de portes à ja- lousies ; mais depuis que don Pedro l®' fit abattre. Juin. — Vingt jours de beau tems , cinq de brouillards , quatre de pluie, un d'orage. Maximum de chaleur 18* et minimum 0. — ^Vent do- minant S. GÉOLOGIE.— Le sol de Porto-Alègre, semblable à celui de Monté- yidèo, me parait être un sol primordial décomposé sur place et modifié par les cataclysmes des périodes diluvienne et aDuvienne ; ces décom- positions auraient donné naissance k des terrains tertiaires^ et, conséquemment, à un sol de transport et de sédiment. Au reste, je vais tâcher de mettre les géologues à même de se former une opinion plus précise , en indiquant la nature des roches composant les divers terrains que j'ai observés aux environs de la ville , et dont j^ai déposé des échantillons au Muséum de Paris. Les mornes les plus élevés du sud de la plaine sont formés de mas- ses volumineuses et de fragmens de petjmatito rosùtre décomposée (no 46), unis k de Targile ferrugineuse. On voit , avec étonnement , sur la cime de ces hauteurs, d'énormes blocs de conglomérats (brèches), arrondis et durcis extérieurement parle frottement des eaux. U est à Digitized byLjOOQlC — 480 — un jour de mauvaise humeur , toutes les raturas de RionJaneiro, elles disparaissent aussi, peu-à- peu, dans les autres villes de Tempire. Rien de plus désagréable à voir que ces rotu- lasj espèces de portes ou croisées à claire- voie, fesant l'ofEce de jalousie: figurez vous une lon- gue rue garnie de chaque côté par des rotulas^ servant- de retranchement, de parapet, de che- min couvert {des balcons entiers en étaient gar- nis! ) et de parasol à de jolis minois... (Du moins vous aimez à les supposer tels), que vous enten- dez ricaner à vos dépens sans pouvoir même vous venger par un regard d'admiration ou de dédain! croire qu'ils auront été roulés par les courans des hauteurs de f^iamon, k trois lieues dans Test ; quoique plusieurs Talions profonds interroni- peut à présent la chaîne qui devait lier ce groupe de montagnes. Toute la plaine et les vallons situés contre les mornes et la ville sont composés d'argile limoneuse et d'argile plastique , avec lesquelles on fabrique beaucoup de tuile ronde, de la brique, et surtout de la pote- rie d'une excellente qualité ; Porto Alégre est même renommé pour cette dernière fabrication. — Le rivage et les ravins sont couverts de graviers et de sables micacés. La base de la colline sur laquelle est assise la ville, est en partie une roche massive de pegmatUe d gros grains avec mica k grandes lames ( n. 17 ) , qu'on voit s'enfoncer sous le fleuve, vers rextrémité sud- ouest de cette colline ; et en partie de gneiss contenant beaucoup de quarts ( 17 bis. ) La colline entière est composée de débris de quarts et de Mica , résultant de la désagrégation et décomposition de la pegniatite n. 17. Cette roche plus ou moins friable ayant plus de dem cents pieds d'élévation et reposant sur la pegmatite non altérée n. 17, Digitized byLjOOQlC — . 481 — Vous êtes seul dans cette rue, car vous ne pouvez pas décemment, malgré le haut degré de votre philantropie, vous croire en société au milieu de nègres abrutis ^ circulant péle-mêle avec les boucs et les chèvres dont les rues sont encombrées; vous vous croyez donc seul avec vous-même en voyant tout barricadé autour de vous; eh bien, pas du tout! au moment où vous y pensez le moins, une immense rotula s'ouvre pour laisser passer un gros rire bête, puis cette rotula se referme précipitanunent comme si vous étiez colporteur du choléra-morbus N'aUez pas crier à l'indécence , au moins ! N'aUez pas non plus vous fâcher î On vous rirait au nez sans est (ra\ersé horizontalement par des filons de kaolin rougeâtre, ((iiartzirère et micacé, provenant de la décomposition du feldspath de lapegmatite (n. 17). Il y a aussi de petits amas d'aryih bolaire sirati. forme provenant , vraisemblablement, d'une roche pétrosiliceuse dé- composée. Le Mica lamelliforme ou pulvérulent est si abondant , si brillant à la surface du sol, que bien des gens, ti'ompés par l'apparence, ont cm que cette belle colline contonait une mine d'or ou d'argent. A quelque lieues dans l'est de Porto- Alègre on exploite un banc de -porphyre pétronliceus ordinaire, d'un brun rougeAtre clair, en niasse subordonnée au milieu de la décomposition des autres roches déjà citées. Il est employé au pavage des rues avec un poudingue composé de galets agglutinés par un ciment assez dur. La pierre de taille dont est parée la devanture des édifices est une méiasite rougeâtre ( grès (|iiarl/.eiiK avec kaolin ) extraite à peu de distance de la ville. £nfin on trouve encore aux environs, des masses subordonnées au sol de tians- port de diorite grisâtre à grains fins, contenant très-peu d'cimphibole, employée, comme le porphyre pétrosiliceux, soit au pavage des rues , ao'il aux fondations des édifices. 51 Digitized by vjOOQIC — 482 — cérémonie , car la rate s'épanouit &cileiDent dans cet heureux climat Passes vite, passez, con- tentez-vous de maudire en secret la barbarie des Portugais qui , confinant ainsi leurs fensunes dans des espèces de harems les rendent si ignorantes , si ridicules, que la vue d'un étranger est pour elles une ombre chinoise, une fantasmagorie ! Tel était pourtant Rio- Janeiro avant rarriyée de don Pedro , et telles sont encore une infiaiilé de petites Tilles de l'intérieur. Il faut se hâter de dire qu*à Porto- Alègre on n éprouve pas tout-à-fait les n&émes mystifica- tions ; les Portugais et les Brésiliens n'y sont pas moins jaloux, il est vrai, qu'à Rio^ à Bahia, à Feniamboiu*g ou ailleurs , mais leur jalousie ne Il n*e»ste pas de cakaire aux enTiroiis, àa bumiisob n*« pa { en découvrir malgré les recherches soigneuses qui ont èlë faîtes du» ce but. La chaux employée à la oonstruclion d^ maisoiis vient de Sainte-Catherine , où , Ui même , on ne robtient que de la càlcteatioD des coquilles de la mer * L'eau surgit de toutes parts an pied de la oothne ; il sont de creu- ser de quelques pouces pour Tobtenir abondamaMOty onis on hii pré- fère Veau du fleuve. Je n'ai tronvé aucun osaement fossile aux environa de Poalo-Alégra et je n'ai pas connaissance que d'autres aient été plna henrcoK dans leurs recherches. * Cependant le docteur FrMéric SlUow a d^oarert^eB isso^dana k pimijne de Saiate-CatheriBe , au pied de la S^rm-do'Mmr denz carrîàrei 4a BMriMe de la plui belle qualité ; l'ane eat du mariire rou$e compacu, et l'avlra ^ i hlane sacehmroide ( ou ctatuaire ) ; mai* point da calcaivt eoHBwn. Digitized byLjOOQlC — . 483 — se manifeste plus d'une manière aussi choquante. Le voisinage des CasteUanos ( c'est ainsi qu'ils dé- signent les habitans des provinces de la Plata) contribue pour beaucoup à modifier leurs moeurs ottomanes. Le tems n'est pas éloigné où les femmes de cette partie intéressante du Brésil obtiendront la somme de liberté dont jouissent les Montéyidéennes et les Buenos - ayréennes ; mais cette heureuse époque n'est pas encore ve- nue, et, en attendant^ elles subissent toujours le joug de leurs ennuyeux maris, je pourrais dire de leurs tyrans domestiques, espèces d'Argus vigilans qui , non contens de les maintenir dans la plus honteuse ignorance, les confinent encore dans im appartement reculé > comme des esclaves de l'hyménée.... Il est fort difficile d'être introduit dans ce sanctuaire mystérieux : la sévérité des maris ne se relâche un peu que lorsqu'un étran- ger, a{M:ès avoir séjourné quelque tems dans la ville , prouve par sa bonne conduite , qu'il peut* être présenté sans danger à la Êunille du brésilien auquel il a été recommandé , ou dont il a £iit la connaissance. Alors, le sanctuaire lui est ouvert, mais il ne doit user de cette faveur insigne qu a- vec la plus grande réserve, la plus grande cir- conspection Malheur ! Catastrophe ! à celui qui trahirait la confiance d'un Argus brésilien... Digitized byLjOOQlC _ 484 — Une volée de bois vert serait le minimum de la poine encourue par son abus de confiance. Le caractère ombrageux et excessivement ja- loux des Brésiliens contribue donc à l'isolement auquel leurs femmes paraissent être condam- nées à vivre encore quelque tems. J'en ai connu d'enjouées, de jolies, d'aimables, de.... j'allais dire gracieuses, lesquelles n'auraient pas demandé mieux que d^aUer souvent à la promenade, en société, et d'embellir, d'animer par leur présence les réunions d'hommes que je trouvais fort tristes et souvent insipides , pour ne pas dire maus- sades.— 0 Voltaire! ô Légouvé! ô madame de Staël ! Pourquoi vos éloquentes réponses aux sa- tyres aussi injustes que mordantes des Juvénal et des Boileau ne peuvent-elles être lues par toutes les Brésiliennes! Elles en acquerraient du moins un juste sentiment d'amour-propre, de noble di- • gnité qui leur révélerait ce qu elles valent , ou ce qu eUes peuvent valoir , et leiu* bouche ne reste- rait pas muette quand les lourds sophistes du gothique Portugal prétendent leur inculquer des principes réprouvés du monde civilisé '. 1 Voltaire a dit : « La société dépend des femmes. Tous les peuples qui ont le malheur de les enfermer sont insociables. » Digitized byLjOOQlC — 485 — Porto- Alègre est une vifle toute neuve; elle ne compte pas plus d'une soixantaine d'années de fondation; peu avant cette époque son emplace- ment était couvert de forêts sombres, donnant asile à des jaguars, des tamanduas, des cou- gouars et des caïmans; à présent c'est la capitale de la province de Rio-Grande-do-Sul ou de San- Pedro ; elle peut avoir douze mille habitans , mais elles compte bien quinze mille ames^ à cause de la population flottante d'étrangers qui viennent de toutes parts poiu* y commercer temporaire- ment. C'est surtout dans ces dernières années qu'eUe a conunencé à prendre un accroissement rapide, qui va toujours en augmentant : je ne restai pas peu émerveillé quand on m'assura qu'il y a deux ans, il s'y bâtissait une maison par jour! La ville est aussi régulière que peut le permettre l'inégalité d'ime colline un peu raide , surtout ▼ers le haut. On s'occupe d'ailleurs, chaque jour, de niveler le terrein et d'aligner les rues; elles sont toutes bordées de trottoirs et dirigées vers les quatre points cardinaux ; celles qui vont nord et sud sont les moins mgréables à fréquenter, vu qu'elles sont dans le sens de la hauteur. Celles qui sont parallèles à la direction de la colline Digitized byLjOOQlC — 486 — iODt plus beUes; deux^enfre autres, la rue da Praia (de la plage) et celle da Iglesia (de Fégiise) sont remarquables par le grand nombre de jo- lies maisons qu'on y voit. La première, tout-à* Élit dans le bas^ est la plus commerçante; c'est là que sont les magasins et les principales maisons de commerce. L'autre est sur le plateau de h colline: on y trouTe la maison du gouremement de la province, la trésorerie, Féglise principale, tous édifices n ayant de remarquable que leur extrême simplicité* C'est aussi le rendea-yous du beau monde dans les jours de fêtes civiles ou re- ligieuses; on y vient jouir de la fraicbeur d'une beUe nuit et du coup-d'œil encbanteur, dont j'ai essayé de donner une idée. Tout-à-Êdt dans le bas de la ville j au bord de l'eau, on a construit et l'on construit encore journellement d'assez belles maisons ; ce sont cel- les du port , exposées par fois à des inondations, comme il est arrivé à la fin de 1S33; mais un plan était définitivement arrêté pour £3rmer des quais ; par ce moyen on espère reculer beaucoup les eaux et augmenter d'autant l'emplacement de la ville. Au bord du fleuve est bâtie la douane, édifice Digitized byLjOOQlC — 487 — carrée solidement constniit, et disposé pour le plus grand avantage du commerce : de la porte donnant sur le quai, part une jetée ou môle en bois, supporté par des piliers en maçonnerie , et se prolongeant d'une centaine de pas dans le fleuve , ou plutôt dans le bassin donnant naissance au fleuve. A l'extrémité du môle est un vaste hangar où l'on a placé des grues; les navires peuvent accoster le long de ce hangar pour j charger ou décharger leurs marchandises. Les &rdeaux, quelque pesans qu'ils soient, sont transportés par des nègres dans la cour de la douane pour j être visités; de là d'autres nègres (car la race africaine £ùt au Brésil l'office de che- vaux et de mulets) les transportent à leur desti- nation. J'aurai occasion, un peu plus loin, de dire un mot sur le sort des esclaves dans la pro- vince de Rio^Grande. Des voyageurs qui avaient été témoins de la barbarie impitoyable des co- lons finançais et anglais ont pu trouver le joug des esclaves plus supportable au Brésil; mais moi qui ai vu les nègres libres , industrieux ^fesant vi^re les bkmcs, au rang (t hommes enfin, dans la ré- publique Argentine et la Banda-Oriental , qu'il me soit permis de trouver leur sort déplorable au Brésil et de dévoiler l'infamie des Européens qui n'ont pas honte de pousser l'immoralité jus- Digitized byLjOOQlC — 488 — quà faire encore clandestinement le commerce de chair humaine!!!... O yénérable abbé de Pradt! VOUS' eussiez gémi comme moi, en yoyant les scènes affligeantes dont j'ai été témoin, mais TOtre indignation, tos gémissemens eussent retenti comme la foudre parmi ces hommes qui osent se dire civïUsës , tandis que les miens n'auront , peut^ être, d'écho que dans l'âme de quelques hom- mes aussi sensibles, mais aussi obscurs que moi* Il y a cinq églises à Porto-Alègre, un hôpital, une maison de bienfaisance, un arsenal, deux casernes et une prison nouyellement construite. Il y a d'autres édifices publics en prtjet; un plan a été proposé pour &ire de la plaine , appelée Vargémj une basse-ville; on y édifierait un mu- séum avec un jardin botanique. Porto-Âlègre, deviendra certainement, parla suite, une des plus belles villes du Brésil et en même tems une des plus importantes sous le rapport commercial. L'éducation est fort négligée dans la province de Rio-Grande, et cela se reconnaît tout d'abord; les jeunes gens destinés au barreau, à la médecine ou au sacerdoce , sont envoyés à l'iuiiversité de 5oo-Pai/io (Saint - Paul). Il n'y avait que des écoles primaîres-élcmentaires à Porto-Alègre, lors Digitized byLjOOQlC ~ 489 — de mon passage ; cependant un Portugais d'Eu- rope (M. Gomez), conjointement avec un jeune belge (M. Giélis) venait d'établir une école pri- maire-supérieure ; les talens et le zèle de ces pro- fesseurs contribueront, je Fespère, à répandre le goût de l'instruction, trop généralement étoufl^ par une passion effi*énée pour le jeu et la dé* bauche *. 11 s'y fait quatre ou cinq journaux périodi- ques entièrement consacrés à la politique : les babitans de Porto- Alègre, de même que tous ceux des autres villes de l'empire , sont divisés en deux partis, celui des Carcanurus* , compre- nant tous les partisans et défenseurs du gouverne- ment monarchique, et celui AesfarrupilJias^ ^ ou sans-culottes*, partisans du gouvernement répu- blicain. Lesdernierssontenforce, comme partout; mais cette force ils ne la connaissent pas ; néan- 1 Le vice affreux qoi altira jadis la colère céleste sur Fimpudique Sodome est avoué publiquement par les Brésiliens !!! s Prononcez caramourou^. 5 Farroupillas mouillé. Les Portuguais d'Europe, détestés an Brésil, à cause de leur opposition à la maixlie progressive des peuples, sont appelés pès de chumbo, pieds de plomb, et à leur tour ils donnent aux Brésiliens le surnom de pès de cabra, pieds de chèvre. 1 Ce sont les patriotes eux-mêmes* qui se sont donné cette épi- tliète. Digitized byLjOOQlC — 490 — moins j la majorité des Bréâliens parait être pour la république. Malhenreufiement ceux-ci même sont en dissidence entre eux, les uns voulant adop- ter la forme itnitiurej les autres la forme/édéra' tipe; ici ï^oîsme, fils légitime de Tignorance et des petites passions, remplace le patriotisme. La province de Rio-Grande , pouvant se passer des autres et leur étant, au contraire, elle, très-utile, voudrait la fédération, c'est-à-dire l'isolement à- peu - près complet; les autres de se récrier! ce qui fait qu'on ne s'entend gu^. Cette difficulté de s'accorder sur la/orme retardera peut-être le terme du mouçemenij et amènera probaUement, l'anarchie entre les répubUcains Bi'ésiliens. Il est à craindre que, de même que dans la confédé- ration du Rio-de-la-Plata , l'isolement ne soit préféré , et que nous n'ayons à compter dix -huit républiques au lieu d'une*... Ce n'est pas là que gtt le mal ! c'est dans l'anarchie où peuvent être entraînés long-tems des peuples dont l'éducation poUtique n'estpas très-avancée. On ne doit cher- cher d'autre cause à ces dissidences que celle de rignorance crasse dont la politique étroite du Portugal , ou du système colonial ^ a cherché à envelopper le germe dés sentimens généreux qui perce souvent chez les Brésiliens, malgré leur manque de lumières. Digitized byLjOOQlC — 49i — Il n y avait pas encore de théâtre à Porto-Alè- gre, car on ne peut, sans faire rougir Thalie jus- qu'aux oreilles, donner ce nom à un vieux ma- gasin , à demi souterrain, où Ton joue, de tems à autre, des comédies bourgeoises. Il y en avait npi en construction , qui sera très-beau , m'a-t-on affirmé; il esta regretter seulement qu'on ait choisi le haut d'une rue (a rua do Om^idor) de- venant une véritable cataracte les jours de pluie. Je suis £lché de le répéter , mais c'est une vé- rité qu'il ne m'est pas permis de taire, les Brési- liennes de cette province ne sont ni belles , ni gracieuses ; en vain elles se chargent et se surchar* gent de bijoux, de clinquant, de fleurs, de ba- gatelles, tout cela n anime pas leur teint, ne donne pas d'expression à leurs yeux, ni enfin cet air de liberté dans les mouvemens qui séduit d'abord chez les FortenM \ On cherche en vain à lire sur leur physionomie 1 état de leur ame , elle n'indique rien, pas même de l'ingénuité; c'est j en public, une figure à! automate^ rien de plus; voilà ce qu'en ont fait les Portugais! ... On dit qu'elles sont tout feu dans l'intimité, pas- sionnées à l'excès, mais passionnées pour elles I Les femmes de Buénos-Ajres ; prononcez partégnas, mouillé. Digitized byLjOOQlC — 492 — mêmes.... Ce sont des dédommagemens qu'dles cherchent avidement. La grande parure est une robe de salin blanc, brodée et lamée en or ou argent , souliers et gants de satin, beaucoup de bijoux; coi£Eure en che- ▼eux avec de dusses fleurs. Le costume ordi- naire est différent; quoiqu'elles suivent assez vo- lontiers les modes fi-ançaises, elles aiment surtout les couleurs tranchantes, les dessins bizarres. Comme elles sont fort économes et sédentaires, elles prennent le plus grand soin de leurs effets, aussi les modistes ne font^elles pas plus fortune à Porto- Alègre que les apothicaires ! Un chapeau dure une éternité. Ce sont, au surplus, les mo- des passées chez nous depuis six ans qui font merveille au Brésil. J'y ai vu de ces énormes chapeaux de sparterie et de taffetas, surchargés de nœuds de ruban ; des manteaux écossais ou à la dame-blanche, des robes rouges, et autres monstruosités semblables. : Les hommes suivent aussi les modes parisien- nes; ils sont, généralement parlant, mieux que les fenmies , dans l'ensemble de la physionomie , bien qu'ils aient un défaut commun , celui d'a- voir un nez très long et pointu; c'est une légère Digitized byLjOOQlC — 495 — modification de celui des Portugais, qui l'ont, eux, plus gros et charnu. Les physiognomonistes sayent déjà ce que cela signifie. Les églises sont très-simples et peu fi:^quentées. Il n'y a plus que des dévotes {beatas) ou les courtisanes qui conservent encore le costume noir et la mantille de Portugal, costume d'église, de rigueur jadis.... jadis ^ vous entendez? Cest- à-dire pendant ces beaux jours de la Sainte In- quisition^ où non seulement il ËJlait des inter prêtes pour prier Dieu, mais encore un costume particulier. Connue si celui qui créa Adam et Eve nus comme des vers, s'inquiétait du costume des pauvres humains ! S'il y a peu de luxe dans les églises, on en conserve encore beaucoup, par compensation sans doute , dans les processions extérieures. Les fêtes do Espiritu santo , (Pentecôte) se célèbrent avez pompe : c'est comme au tems du concile de Trente. Les balcons sont garnis de riches ta- pis de soie brochée, à fi:*anges d'or; les confise- ries bleues succèdent aux confi:'éries rouges, celles- ci aux blanches, celles-là aux grises etc., cha- cune d'elles porte des châsses de saints, richement ornées; et puis, pendant trois jours, on vend Digitized byLjOOQlC ~ 494 — publiquement, à côté die Fëgliseï AtAchapdeiSy des scapiikures, des poules rdiks, des péiisseries^ des liqueurs etc Vive Rome ! ! La manière dont voyagent les femmes dans cette proyince, ainsi que dans tout le Brésil, est assez curieuse : elles ne se font aucun scrupule d'aller à cal^ourchon comme les hommes, et pour cela elles portent de larges caleçons sous leurs robes; de plus elles sont yêtues d'ui^ie lon- gue redingote, espèce d'amazone quelquefois en drap bleu, mais ordinairement en indienne à fleurs où à larges raies. Elles ont pour coiffiire un immense chapeau de taffetas, de feutre ou de castor, orné de plumes d'autruche noires et longues formant panache. Affublées de la sorte elles ressemblent assez à nos hautes et puissantes dames de la vieille noblesse de campagne. Et ne croyez pas que ces Brésiliennes des champs soient sans une sorte de dignité naturelle, au contraire, quoiqu'elles ne soient jamais sorties de leur estanciaj chacara on/axenda^ qu'elles n'aient ja- mais abandonné leurs vaches, leurs plantations de coton, ou àejegonsj que pour aller à la petite ville la plus voisine , et qu'elles soient d'ailleurs dans la plus crasse ignorance j elles ne laissent pas que d'avoir, au suprême degré, leurs vanités, leur sifsceptibilité , leurs airs de hauteur. Digitized byLjOOQlC — 498 — Quand elles se mettent enroyage, soitponr dUer à la ville, soit pour visiter quelque voisine, ce qui arrive rarement, elles affectent un grand hne dans le enhamachement de leur cheval. La bride, la têtière, le racado, les éperons, les étriers en forme d'encensoir, tout cela est couvert d'argent massif. Il faut qu'une femme soit bien misérable pour n avoir pas au moins la caheceira (têtière), les estnbos (étriers) et les esporas (éperons) d'ar- gent. Les hommes n'affectent pas moins de luxe : leurs chevaux ont des croupières, des ventrières, des coUiers, ainsi que tout le reste de l'enhama- chement couverts de plaques d argent ; ils portent encore à la main, comme les Argentins , un petit fouet dont le manche, très-court, est d argent massif. Le manche et la gahie de leur couteau- poignard sont aussi d'argent* Le costume des hommes de k campagne est plus riche que celui des Gauchos argentins et orientalistes ; il consiste en de fortes bottes, un large pantalon de velours bleu-ciel , une jaquette de drap bleu , un ample manteau de drap et un chapeau à très-larges bords relevés sur les côtés, et attaché sous le menton par un cordonnet terminé par deux glands. Beau- coup portent dans l'été des jaquettes d'indienne Digitized byLjOOQlC — 496 — de couleur et les hommes distingués portent une redingotte d'indienne, espèce de robe^e^ham- bre* Tous sont armés, en voyage, d'une longue épée comme au tems de la conquête et d'une paire de pistolets, accrochés dans un ceinturon portant une petite giberne. Voici le nom des cinq rivières se réunissant en face de Porto- Alègre , pour former le fleuve de Rio-Grande : le Jacuy * , le Cay , le Rio-dosSinas, le Grai^atc^j et le Aac^ (ruisseau). Le premier, à l'ouest, est la rivière principale; elle forme comme le pouce de la main ouverte. La der- nière, au nord-est, forme comme le petit doigt; celle-ci seule n'est pas navigable pour les grands bateaux. Le commerce est actif à Porto-Alègre; j*ai tou- jours vu une cinquantaine de navires tant na- tionaux qu'étrangers occuper la rade , indépen- damment d'une grande quantité de pirogues de toutes grandeurs , de chalanas destinées au trans- port des marchandises sur les cinq rivières fecili- I On a déjÀ va que dans la tongoe des Guaranis, la lettre JK signifie ri?ière et qu'elle est souvent jointe à un nom caractéristique, ainsi, Jactiy, signifie riTÎère des Jactis, espèce de fcdsan ; Jaguary^ riTière du Jaguar, on du Tigre, etc. — Guasu veut dire grand et Miri petit. Digitized byLjOOQlC — 497 — tant si admirablement tes communications ayec rintérienr. Le Jacuf (prononces Jacouï) principalement, est constamment sillonné par des allèges, et d'é- légantes gondoles occupées au transport des in- nombrables productions d'Europe, de rAméri* que du nord, ou des autres prûriâces du Brésil , à Bh-Pardo et à ^ Cacheirûy petites villefii sus- ceptibles de prendre beaucoup d'accroissement ; la première surtout peut passer pour l'entrepôt du nord de la prûtince, comprenant la Serra proprement dite, et lès Missions de lUruguay. Les navires Européens au dessous de deux cents tonneaux , ne tirant pas plus dé dix pieds d'eau, peuvent venir jusqu'à Porto-Alègre* Il n'y ayait, lors de mon séjour, que trois mai- sons françaises établies à Porto- Alègre ; une seule fesait le commerce direct avee la France; une autre tirait les articles français de Buénos-Ayres et de Rio-Janeîro, où ils sont, par fois, à meil- leur marché qu'en Êibrique. La troisième maison Êdsait un commerce étendu avec les États-Unis; eUe était tenue par M. Pradd, agent consulaire français, homme fort estimable et généralement 52 Digitized byLjOOQlC n — 498 — estimé, ce qui est plus rare. Il est yrai de dire (Puisse ceci servir d'exemple au commim de nos agens consulaires ! ) qu'il est difficile de trouver un homme plus désintéressé , plus obligeant , plus diisposé à rendre Service, que M. Pradel. U n'a voulu accepter aucun émolument, trait de pa- triotisme trop rare pour n'être pas divulgué ; il peut ainsi conserver une noble indépendance. Mais Qe n'est pas là son plus grand mérite ; sans faire parade de ses sentimens tout patriotiques, il pousse le désintéressement, je dirai même la. li- béralité, jusqu'à ne percevoir aucune rétribution pom' les di£Férens actes ou signatures qu'on ré- clame de lui. On le trouve toujours prêt à dé- fendre nos droits ou nos intérêts près de l'auto- rité du pays; malgré son titre modeste d'agent consulaire , il sait se Êiire rendre justice et Ton respecte notre pavillon. Voilà les hommes qu'on devrait choisir pour défendre nos intérêts commerciaux en pays étran- gers...... Si tous n'avaient pas son désintéresse- ment , tous pourraient avoir son expérience pra- tique de la législation , des moeurs, du caractère de la nation près de laquelle ils sont appelés à représenter; ils contribueraient ainsi, puissam- ment, à prévenir les différens entre commer- Digitized byLjOOQlC — 499 — çans ou entre partîculieri, en conseillant, mieux les uns et les^tres quand ils sont consultés. Cet hommage rendu aux vertus civiques d'un pa- triote distingué ne doit pas paraître suspect de ma part , il suffit de savoir que je n'ai pas Thon- neur d'être connu de M. Pradel. La plupart des navires allant à Porto-Âlègre sont des Américains du nord, des Brésiliens, des Italiens et quelques Anglais. On voit de tems à autre un navire français venant de Marseille ou de Bordeaux , mais il est rare qu'ils fassent de bonnes affaires, parce que les cargaisons sont mal composées, les articles de mauvais goût , mal assortis ou ne convenait point au pays. C'est du port de Marseille, surtout, que sortent les expéditions les plus extravagantes, les plus mal calculées Leurs vins, leurs salaisons sont d une qualité détestable. Ce n'est pas seulement à Porto-Alègre qu'il ar- rive des cargaisons extravagantes , il en est de Viême dans tous les ports du Brésil et de la Plata ; à cet égard il y a beaucoup à dire. On connaît assez généralement quels sont les articles * de grande consommation française • au Digitized by LjOOQiC — 800 — Brésil, beaucopp conviennent à Porto-Âl^;re; cependant, le voisinage des Orientalistes et des Argentins fait que les goûts des habitans de la province de Rio-Grande sont en quelque sorte mixtes ; il &ut donc avoir sëjonmé qudque tems dans le pays pour le connaître bien, et smtout ne pas conunettre d'ordres en &brique sans être muni d'échantillons , de modèles ou de mesures , car les meilleures notes , les détails les plus minu- tieux ne donneraient qu'une idée imparfaite des goûts et des besoins des habitans. Ici , comme dans toutes les anciennes posses- sions espagnoles et portugaises, les nègre» et fmh Mires sont les gens à'ôfficiOy c*est-à,-direies hom- mes laborieux , les travailleurs, ceux enfin qui ont besoin d'exercer le plus leur iniéBigence^ mais ils ont le malheur d*ètre esclaves et surtout tf être noirs! — Ce sont nécessairement des truies^ de vils usurpateurs du nom d'hommes. — Et pour- tant, ces brutes assurent la subsistance et toutes les jouissances de la vie à leurs fainéans de maî- tres ! ! Savez-vous comment ces maîtres, si supé^ rieurs^ traitent leurs esclaves? — Gomme nous traitons nos chiens î— On commence par les sif- fler de même ; s'ils n'arrivent pa»à point nommé, | ils reçoivent deux ou trois soufflets de la main | Digitized byLjOOQlC — 501 — «ielicate de leur charmante maltresse , métamoiS phosée en pie-grièche^ ou bien un rude coup de poings un brutal coup de pied de leur grossier €uno\ s'ils raisonnent, ils sont liés au premier poteau venu, et alors, le maître et la maltresse viennent, arec une grande gaîté de cœur, voir flageller jusqu'au sang ceux qui n'ont souvent d'autre tort que celui, bien innocent, de n'avoir pas su deviner les caprices de leurs seigneurs et maîtres ! ! ! . Heureux eûcore , le malheureux nè- gre , si son maître ou sa maùresse ne prennent pas eux-mêmes une corde , un fouet, un bâton, une barre de fer et ne frappent pas, dans leur fureur brutale, sur le corps du pauvre esclave, jusqu'à ce que des lambeaux enlevés de sa peau laissent ruisseler le sang sur son corps inanimé ! • . . car, le plus ordinairement , on enlève le nègre sans connaissance pour panser ses blessures ; savez-vous avec quoi ? iu^ec du sel et du piment ; sans plus de soin que pour un animal attaqué de quelque plaie qu'on veut préserver des vers! On juge que ce pansement n'est pas moins cruel que les coups de fouet? Eh bien! j'ai vu ces choses l'an de grâce mil-huit-cent-trente-quatre ! ! J'ai vu plus encore. — U y a des maîtres assez barba- res, principalement dans la campagne, pour £dre des entailles aux joues, aux épaules, aux Digitized byLjOOQlC — 502 — fesses , ou aux cuisses de leurs esclaves, afin d*j introduire du ;9/men/. D'autres portent leur fu- reur firénétique jusqu'au point d'assassiner un nègre et de le jeter connue un chien dans un ravin ; et si quelqu'un, surpris de son absence, s'informe du sort du nègre , on répond froide- ment : ce il estmort. » {JO JUho dap Murio), Et jamais on n'en reparle. Il y a cependant des lois sévères pour ces sortes de crimes, mais comme l'observe M. de Balzac a les lois n arrêtent jamais les entreprises des grands ou des riches, mais elles frappent les petits qiUont€fu contraire besoin de protection. » Chaque jour, de sept à huit heures du matin, vous pouvez assister à un drame sanglant, à Por- to-Alègre. Rendez- vous sur la plage , du coté de l'arsenal, en face d'une église, devant l'instrument de supplice d'un divin législateur, tous verrez une colonne dressée au-dessus d'un massif de maçonnerie, et au pied... une masse infonne, quelque chose appartenant certainement au règne animal , mais que tous ne poutez plus classer parmi les bimanes etbipèdes... c'est unnègre!... un nègre condamné à deux cents , cinq cents , mille ou six mille coups de fouet ! ! — Passez , retirez-vous de cette scène de désolation ; l'infor- Digitized byLjOOQlC — 805 — tuné n a plus que des membres mutilés qu'on recomialt à peine sous les lambeaux sanglans de sa peau flétrie. Et Ton s'étonne que les nègres se révoltent contre les blancs ! !. — On a remarqué que les législateurs des colonies modernes emploient pour défendre la traite des nègres les mêmes sophismes qu'ils combattent lorsque les Turcs yeulent légi^ timer la captivité des blancs , mais tous ces so- phismes tomberont à force d'absurdité... L'aris- tocratie de la peau tombera comme les autres aristocraties , patience ! Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC CHAPITRE XIX. mmwmom vb iom«o«AX*«BB« — n&A 'oté. — laô-Vraaoîfoo de VaaU. —9e le provînoe tn géoéral. L Le village de Viamon * , situé à trois lieues sud- est de Porto- Alègre, était k capitale de laprcmnce i Qa e donné à CafêUa (ctfBa) le aamoB de ^mw», pme que des hauteurs sur lesquelles ce TiUage est siCné, oft aperçoit te» cinq Digitized byLjOOQlC — 506 — quand Porto- Alègre n'était rien y on fort peu de chose. Primitiyementy la TiUe de Rio-Grande fat lesiège de hicapitawerie ; elle a joui de cette &Teiir jusquen 1763 , époque à laquelle on transféra le gouvemement à CapeUa do Viamon , comme étant un point plus central ^ U n'y à pas plus d'une quarantaine d'années que Porto- Alègre est devenue dèfinitiTement capitale.  cette époque, Viamon était une petite ville assez étendue, mais à présent ce n'est plus qu'un village que désertent les habitans à cause de la difficulté des communications. On n'en compte pas plus de cinq cents dans tout son district. Il est placé au milieu d'un groupe de montagnes dominant nne grande étendue de pays. On y ar- rive par trois routes différentes, en passant par une suite de collines élevées, mais peu boisées. Le terrein , composé d'une argile rougeâtre, est couvert de blocs volumineux de ces espèces de brèches dont j'ai déjà parlé , formant des mas- ses de figures bizarres, toutes arrondies parle rivières qui réunissent leurs eaux en face de Porto- Alègre , en fomiant comme une main ouverte dont le Jacuy serait le pouce et le RiaxA» le petit doigt. De là est venu le mot vi-a-^ma6 , j'ai vu la main . I Acette époque leslimileB delà province étaient un peu au-delà dn Jacuy à SamUhMariit^o^èrra. Digitized byLjOOQlC — 807 — frottement des courans; il y a aussi beaucoup de fragmens de quartz , de mica et de gneiss. L'in- dustrie principale est la &brication de la poterie, de la brique et la culture de la mandioca. La chapelle est digne d'être Tisitée. J'ai poussé mes excursions jusqu'au-delà de Boa-Vista et de la Barrucada , hameaux situés à • environ dix lieues dans l'est de Porto-Âlègre. Boa-Y ista est une estancia appartenant au comte de Rio-Pardo, ancien chambellan, général, et mi- nistre sous Don Pedro l^i* ; il s'est retiré là ayec son épouse depuis le départ de l'empereur. Il possède une tannerie de cuirs , attenante à son habitation , dirigée par un Français. Jai eu oc- casion de voir le comte de Rio-Pardo ; j'observai avec plaisir qu'on ne m'avait point trompé sur son caractère aimable et bienveillant. II est aris- tocrate enrouUléy conmie il le dit lui-même , en bon français , mais il prend son parti en philo- sophe; il était convenu de se résigner à tout, seu- lement il attendait en silence \e Messie «.., A présent il en est réduit à dire, avec certaine secte israélite : I En juin 1S34, les partisans de don Pedro , les Catemurva s^atten- daient à le voir débarquer au Brésil , aussitôt qu'il aurait fini en Por- tugal. Digitized byLjOOQlC — SOS — tt Bfandits scient ceux qui supputeront les teins du Messie ! » Jai remarqué dam les ooUines de k Borrucc^^ des blocs considérables dihfdrate de fer cellulaire, au milieu d'une argile jaune sablonneuse. Tout le pays s'étendant à Test des mornes de y iamon et au nord de Lagoa dos Patos eA en- tièrement plat y au niTeau de la mer j sauf quel- ques petites collines sans direction déterminée, n paraît qu'il n'y a pas plus d'un siècle que les eaux se sont retirées de la plaine marécageuse de la Barrucada. II. Pour me rendre à la colonie allemande je re- montai le Bio'dosSinos ^ , rivière de quatrième ordre , assez profonde , mais tellement sinueuse que la distance de Porto-Âlègre à Saô-Leopoldo, qui n'est que de sept lieues par terre , devient d'environ vingt lieues par eau. De même que le Jacuy et tous les autres affluens du Rio-Grande, le Bia^losSinos coule dans un lit de sable et de terre limoneuse; les bords en sont si peu élevés 1 BÎTière des cloches. Digitized byLjOOQlC ~ 509 — qu ils paraissent sans cesse submergés. Os sont pourtant habités et cultivés ça et là, mais on a eu soin de bâtir les maisons sur pilotis , ou sur im écha&udage en bois d'une hauteur de cinq à six pieds. Le toit de ces petites habitations, cons- truit en relevant , leur donne Fapparence d'un pavillon chinois. Après avoir ramé toute la nuit, le bateau alle- mand dans lequel nous étions embarqués s'arrêta dans un parage appelé Très Portos (les Trois Ports ) ; ce sont tout bonnement trois clairières au milieu des bois, sur la rive gauche, plus éle- vée en cet endroit qu'ailleurs. On est déjà dans la colonie allemande. De ce lieu à Saô-Leopoldo il n'y a pas plus de deux heures de marche à pied, tandis qu'en suivant la rivière pour arriver au véritable port il iaut ramer toute la journée. Nous préférâmes aller à pied, en chassant, que de respirer plus long-tems les exhalaisons fétides du bateau couvert, occasionnées par tme demi- douzaine de nourrices et je ne sais combien de bambins mangeant des oranges , des bananes et autres bonnes choses, dont on se fatigué promp- tement. Nous eûmes à parcourir un pays charmant , Digitized byLjOOQlC — 510 — montueuXy couvert de bois, de prairies, de fer- mes allemandes, de champs cultivés et arrosé par une multitude de ruisseaux. Nous gravîmes des coteaux élevés, couverts d'épaisses forêts à travers lesquelles on a frayé des chemins de voi- ture se croisant de toutes parts, en ouvrant des communications sur tous les points de la colonie. Après avoir monté et descendu souvent nous aperçûmes enfin, au détour d'un chemin cou- vert, le village de Saô-Leopoldo , situé au milieu d'une plaine basse pouvant avoir deux lieues de circonférence. Nous nous crûmes en Allemagne. Je ne pus me défendre , à la vue de cette popu- lation européenne, d'un sentiment d'admiration, car je fîis d'abord firappé du contraste que m'of- fixaient ces lieux, cultivés avec soin , ces chemins ouverts péniblement à travers les collines, les mornes et les forêts , ces petites propriétés entou- rées de fossés profonds ou de haies vives, cette activité des cultivateurs et des artisans, rivali- sant à r«nvie pour la ^prospérité commune avec l'abandon absolu dans lequel les Brésiliens laissent leurs terres, le mauvais état de leurs routes , leurs chaumières délabrées, enfin ce manque d'industrie, cet esprit de gaspillage et de destruction qui les caractérise, tout aussi bien que les Argentins. Digitized byLjOOQlC — 511 — Mon admiratkmnefut pas moindre en voyant, presque sous le tropique, une nation des régions polaires conservant ses habitudes , ses moeurs, sa vie active et donnant naissance à une génération qui doit , un jour , changer la dàce du pays. Le village de Saô-Leopoldo , appelé aussi la feitoria ( la factorerie ) est situé, comme je viens de le dire, dans une plaine basse, au bord et sur la rive gauche du Bio-dosSnos^ à sept lieues au nord de Porto-Alègre, De toutes parts, au sud, à l'est et à Fouest, la plaine est dominée par des coteaux couverts de forêts. A huit ou dix lieues vers le nord, passe la grande chaîne de monta- gnes , la Serra do Mary se dirigeant à Fouest , et à travers laqueQe les Allemands ont fiayé des routes admirables , en surmontant des difficultés extraordinaires. Indépendamment de la chaîne principale, il existe encore quelques mornes isolés dans le sud et au centre de la colonie même. On n a pas trop consulté Fhygiène publique en fondant la ville dans un emplacement très- marécageux, qui, aux moindres pluies, s'inonde et rend les rues mêmes impraticables. On n'a eu sans doute en vue que Favantage du commerce et aussi sa grande commodité du voisinage de Digitized byLjOOQlC ^ SI9 ^ Teau. Au reste, cela prouve que les Allemands ne reculent devant aucun dwtaole et que le mot impossible n'a pas plus d'équivalent dans leur langue que dans la nôtre; ils s'occupaient d'ail- leurs , journellement, d'élever le teiTein, d'assé- cher les marais et de détourner les eauic par les- quelles ils sont alimentés. n y avait alors à Saô-Leopoldo , environ cent- cinquante maisons en charpente et en brique y renfermant une population d'un miDier d'ames, laquelle doit s'augmenter progressivement^ puis- que ce village ne comptait encore que cinq an- nées de fondation. D est habité principalement par des artisans allemands, teb que menuisiers , fi>rgerons, charrons, cordonniers, tailleurs, sd^ liers, ferblantiers etc. , et par des marchands ca- baretiers, merciers, brocanteurs, tant allemands qu'étrangers; il y avait plusieurs commerçans français fidsant d'assez bonnes aflbir^. La colonie Allemande, dont ce village est déjà le marché principal, n'occupe encore qu'un territoire de quinze lieues carrées, mais elle peut s'étendre beaucoup vers le nord, au^elà de la Serray parce qu'il ne hii a été tracé d'autres limites de ce côté que celles mêmes de la province. Digitized byLjOOQlC — 513 — La plupart des colons allemands sont agricul- teurs. On leur distribue une portion plus ou moins considérable de terrein , au milieu des fo- rêts dont le pays est couvert , arec obligation de leur part d'abattre les bois et d'en cultiver rem- placement. S'il y a des pâturages autour de leur propriété, ils en réservent une partie pour élever des vaches et faire du beurre ou du fro- mage, qu'ils vendent &cilement à Porto* Alègre. D'autres Allemands, possédant quelques capi- taux, ont formé des établissemens plus ou n^oins importans tels que tanneries, distilleries, scieries de planches, briqueteries, poteries et autres fabri- cations, comme celle de la farine de mendioca et du sucrje produisant déjà un revenu assez fort à la colonie^ indépendamment du bénéfice des rapports conunerciaux que l'activité des Alle- mands entretient avec Porto- Alègre. Le mardi de chaque semaine est le jour désigné pour porter à la capitale les comestibles et les produits de l'industrie de cette petite république. Beaucoup de Brésiliens , consultant plus leur intérêt privé que leur inclination, natureUe- ment jalouse de la prospérité des étrangers, commençaient à s'établir dans la colonie, en 33 Digitized byLjOOQlC — 814 — achetant assez cher des terrains concédés anx Allemands et que ceux-ci leur cèdent volontiers par Fespoir de former ailleurs de plus grands établissemens. L'émulation finira par naitre chez les Brésiliens, à la vue de tant de difficultés Tain- cues par des hommes industrieux , ou du moins, VorgueU national se trouvant intéressé par les progrès de la colonie , cela doit amener d'heu- reux résultats pour le pa^s. Déjà une société d'actionnaires s'est formée pour la construction d un pont sur le Rio-chs^Sinos ; déjà il était ques- tion de bâtir des édifices publics , d'ouvrir de nouvelles routes, de construire un bateau à va- peur, d'entreprendre enfin des travaux capables de fomenter l'industrie, de &voriser le com- merce, véritables sources de richesses et de civi- lisation des peuples. Il y a dans le village , une chapelle desservie par un prêtre catholique, et, à une demi-lieue au sud-est, dans un hameau appelé la Feùoria (parce qu'autrefois on y vendait des nègres) il y a une autre chapelle, desservie par un ministre de la religion réformée. Les autorités sont brésiliennes; elles se compo- sent d'un juge-de-paix donnant audience une Digitized byLjOOQlC — 515 — fois la semaine, et d^un commandant mili- taire. Nous fômés reçus par le docteur Jean Daniel Hillebrand, jeune honune fort instruit, joignant à beaucoup de modestie les manières les plus ci- viles, les plus obligeantes. Hambourgeois de na- tion, mais possédant fort bien les idiomes fran- çais et portugais, exerçant avec succès la médecine et la chirurgie depuis plusieurs années , le doc- teur Hillebrand a gagné la confiance des habitans de la colonie et ils ont pour lui la plus grande considération. H la mérite certainement , à tous égards, par ses connaissances yariées et son hu- manité. M. Hillebrand s'occupe aussi beaucoup d'histoire naturelle, principalementd'omithologie et d'entomologie ; il a acquis ce goût presque pas- sionné près du docteur Sillo^w (ouSelo) qu'il accompagna quelque tems. Il nous montra ses collections , déjà nombreuses , d'oiseaux , d'insec- tes et de bois utiles; ainsi que beaucoup d'objets curieux tels que des armes de Bougres y des va- ses etc. Très-bon dessinateur, il s'occupait à peindre la collection des lépidoptères de la colonie ; je fus frappé de l'exactitude du dessin et de la fraîcheur du coloris de ces charmans insectes. La colonie Allemande doit être visitée par les Digitized byLjOOQlC — S16 — naturalistes et les amateurs de la beUe nature : on trouye là toutes les productions de la pro- vince , dans le règne organique ; jolis oiseaux , insectes rares, mammifères étranges, plantes précieuses; tout se réunit dans cette localité pour exciter l'admiration des curieux. De nombreux chemins, frayés au milieu des forêts, permettent au chasseur de parcourir les environs de Saô- Léopoldo sans être incommodé par la chaleur, jouissant au contraire du frais ombrage d'une multitude d'arbres touffus et d'espèces très-va- riées. Presque tous les arbres de ces forêts , encore bien peu connus des botanistes, ont une pro- priété particulière ; il en est même fort peu d'in« utiles * . Le terrein de la colonie, entrecoupé de hau- tes collines, de mornes escarpés, de vallons et de plaines marécageuses, est argileux sur les hauteurs et sablonneux dans les fonds. Les carrières en exploitation ne fournissent encore que des grès tendres , s' employant à la construction des mai- sons, n parait qu'il y a du calcaire dans quelques 1 Vojei la note N j Digitized byLjOOQlC — 51T — forêts, mais on n'a pu encore en découvcir une carrière susceptible d'exploitation. III. Le fleuve connu sous le nom de Rio-Grande commence à Porto- Alègre ; il est formé de la jonction des cinq rivières étalant si majestueuse- ment leurs eaux devant cette jolie ville. Pendant l'espace de huit à dix lieues, il coule dans un lit variable en largeur (depuis trois jusqu'à une demi-lieue) , encaissé par des mornes affectant la forme conique et composés de fi^gmens plus ou moins gros de roches élastiques ou de ces conglomérats dont j'ai parlé, lors de mon excur- sion à Capella do Vicarton; ces mornes sont, en outre, boisés jusqu'à leur sommet, principale- ment du côté exposé coâ sud. J'ai déjà fait la même remarque à Tégard de la Serra. Avant d'entrer dans la Lagoa , le lit du fleuve est à peine large d'une demi-lieue; les pilotes redoublent d'attention , car il faut passer si près des roches que, bien souvent, il est nécessaire de défendre le navire à l'aide de forts bambous. Ici s'ouvre le grand bassin ou lac, assez impro- prement nommé laguna ou lagoa dos Patos. Ce Digitized byLjOOQlC — 518 — lac , séparé de l'Océan par une plage ou des du- nes de peu d'étendue y appelée praia do estreito (plage du détroit), forme comme une petite mer méditerranée de quarante-cinq lieues de long sur ime largeur yariable. Les mornes abou- tissent à l'entrée da lagouy et cet endroit porte le nom de Punta do ltapuan\ ils s'étendent en- core im peu à l'est et à l'ouest, mais toujours en s'abaîssant, pour ne former enfin qu'une plage ou des monticules de sable, retenant à peine les eaux, souyent agitées, de cette yaste lagune. Les bords, de même que le fond, sont de saUe pur, et des dunes de cette substance s'étendent à plu- sieurs lieues dans les terres. Plusieurs riyières assez grandes, telles que le (^tUTiociia, le Sad-Gonr zaho etc., yiennent augmenter la masse des eaux. U est probable qu'à \a^ époque qui n'est pas très-reculée ces eaux s'étendaient dans les grandes plaines basses de Viamon , de Boa-Vista et da Barrucada. La nayigation est &cile sur la Lagoa dos Paios pour des bâtimens ne tirant pas plus de dix pieds d'eau, chargés en lourd. Il y apparaît quelquefois des navires de deux cents tonneaux, mais ils sont forces d'attendre de hautes marées pour naviguer sans entraves. Digitized byLjOOQlC — 519 — On n'est pas bien d'accord sur le motif qui fit donner à ce lac le nom de Lagoa dos Patos. Quelques personnes prétendent que ce fut à cause de Timmense quantité de ces palmipèdes qu'on y vit d'abord; d autres, que ce fut en mé- moire d'une tribu d'indiens appelés Paios , qui vivaient sur ses rives occidentales et dont quel- ques géographes ont Êiit mention sur leurs cartes. Mais l'opinion la plus générale et la plus curieuse est celle-ci : ce Les jésuites ayant de grands établissemenl vers l'Uruguay et sur divers points de l'intérieur, à une époque où le gouvernement Portugais n'a- vait pas encore colonisé cette partie du Brésil , et les révérends pères se trouvant avoir le plus grand besoin d'un port de mer, tant pour facili- ter leurs communications avec TEurope que pour procurer un débouché aux riches produits de leurs Missions , ils supplièrent très - humblement le puissant roi de Portugal de leur concéder la propriété, à perpétuité, de cette peqitemna lagoa ( très-petite lagune ) pour y élever des canards. Us obtinrent &cilement ce qu'ils demandaient; mais il arriva que , quelques années après , le roi de Portugal ayant fait examiner les lieux, re- connut 9 non sans quelque dépit , la supercherie Digitized byLjOOQlC — 520 — des révérends. pères. N'entendant pas du tout être la dupe de Tastuce des jésuites > le gouver- nement [portugais reprit ses droits à la Lagoa , qui, néanmoins conserva toujours le nom donné par la sainte corporation. IV. Nous sommes à trois lieues et demie de Fcm- bouchure du Rio-Grande, et à soixante de Porto- Alègre, c'est-à-dire que nous arrivons au princi- pal port de la province connu sous le nom de RichGrande. Il y a deux villes réunies sous ce nom j ( auquel se rattache en Europe l'idée des durs légers ) partagées par le fleuve , dont la largeur est ici , d environ sept quarts de lieue , L'une porte le nom de Saô-José ou simplement do Nortej c'est celle de la rive gauche , l'autre le nom de Saô-Pedroj ou do Sid^ c'est celle de la rive droite. La situation des deux villes est non seulement triste à mourir, mais encore insupportable de toutes manières; l'appâtdu gain, une déportation, ou quelqu' intérêt bien puissant peuvent seuls en- gager à y vivre. Figurez-vous qu on ne palpe là, par tous les sens, que du sable, du sable... et Digitized byLjOOQlC — S21 — encore du sable ! il ne peut en être autrement^ car ces deux villes sont au milieu des dunes et le moindre pampero soulève des espèces d'avalan- ches qui encombrent les rues et ensevelissent par- fois les maisons basses ! Cependant ces viUes sont conunerçantes, prin- cipalement celle de la rive droite , où vont plus ordinairement les navires amvant d'Europe, à cause des débouchés qu'offre la campagne , voi- sine de la Banda-Oriental. On juge facilement , à l'opulence des habitans , que les affairés sont bonnes dans cette partie de la province. Il en est, parmi eux, d'immensément riches, qui ont fait construire des maisons et des magasins spacieux. On se formera une idée de ce que ces édifices ont pu leur coûter quand on saura qu'il faut tirer tous les matériaux de Porto - Alègre ou d'autres points plus éloignés de l'intérieur. Ce qui contribue le plus à la prospérité de Saô-Pc" dro, c'est Tesprit d'association de ses négocians, lesquels emploient une grande partie de leur fortime dans des entreprises d'utilité publique , tendant à attirer le commerce étranger, ainsi qu'à modifier , par des travaux importans , les graves inconvéniens d'une situation aussi désa- gréable, aussi peu conunode que celle de leur Digitized byLjOOQlC — 52i — ville. Cest ainsi qu'une société d'actionnaires , dirigée par la maison Carrai Forbes et C^, s'est chargée de Êiire (accuser, au moyen de coûteuses machines à yapeur, un canal qui permet aux navires de deux cents tonneaux et plus, de venir à quai opérer leur chargement et déchar- gement. Avant la conclusion de ces travaux, terminés en 1833 , non sans de grandes pertes de la part de la société , les navires s'arrêtaient tous à San^Joséj et les armateurs ou les consi- gnataires avaient ensuite à supporter des frais majeurs de transbordement et de transport. Une douane spacieuse a été construite; des quais ont été laits; un théâtre vient d'être achevé; un hôtel de ville est en construction, et tout cela, auxfrcds des négocians de la i^ûlei Une autre cause de prospérité |RX>gressive pour Rio-Grande est la p:*oximité àe.Sad-Francisco de Pcaday ville toute nouvelle, à neuf lieues en- viron vers le nord-ouest, avec hupielle les com- munications sont rendues promptes et faciles au moyen d'un bateau à vapeur, aDant et Tenant journellement d'un point à l'autre et transpor- tant des marchandises et des passagers. U y a, en outre, beaucoup d'allèges, de balandres etc. &i^ Digitized byLjOOQlC — 525 — sant constamment ce trajet, ainsi que celui Porter Alègrc, La maison Carrol ForbesetC® sollicitait, Tannée dernière ( 1834 )^ du gouvernement Brésilien, un privilège de dix ans pour rétablissement de trois bateaux à vapeur destinés , Fun , à la navi- gation du Rio-Grande jusqu'à Pprto-Alègre , un autre à celle du Jacuy jusqu'à la Gacbeira , et le troisième, à entrer et sortir le$ navires se présen- tant à la barre du fleuve. Les deux villes réunies ne contiennent pas au delà de six mille habitans fixes ; celle de la rive droite quatre mille cinq cents et celle de la rive gauche quinze cents. Dans cette dernière il y a quatre rues principales^ garnies de trottoirs, di- rigées nord et sud, aboutissant d'un côté au fleuve et de l'autre à des monticules de sable, au milieu desquels on rencontre des sources d'eau limpide et potable. Dans la ville do Sul il y a trois rues principales, très-longues, non pavées, mais garnies de trot- toirs , dont la direction est d'est à ouest afin d'être garanties autant que possible del'invasion dessa- bles. On voit avec peine, au dehors de la viUe, Digitized byLjOOQlC — 524 — ces grandes dunes menaçant de Tensevelir comme une autre Hercnlanum. Il était question de £iire des travaux de ce. côté pour arrêter Fempiëte- ment des dunes, mais je crois que le meilleur moyen sçrait encore d'y planter des arbres , tels que des espinilloSy des nandubais, descoro/uiaûoa tous autres se plaisant dans les terrains sablonneux. Les édifices, publics et particuliers, sont bâtis dans le goût et la forme de ceux de Porto- Alègre ; il y a de superbes maisons, à trois étages > avec balcons en fer et Êiçades en pierre de taille. La douane principale est à Saô-Pedro , mais il y a une administration subalterne à Saâ-José où les navires peuvent s'arrêter, si cela les arrange mieux. Ceux destinés pour Porto-AJègre, ou qui en reviennent, s'arrêtent à Saâ-José^ pour j prendre un pilote. Il existe de nouveaux régle- mens, publiés en langues nationale, anglaise et fi^nçaise , concernant Tordre de station à obser- ver dans les deux rades ; trois navires de guerre sont chargés de les feire exécuter. L'embouchm^e du Rio-Grande est obstruée par une barre ou banc mobile de. sable, qui en rend l'entrée assez diflîcile pour des navires tirant plus Digitized byLjOOQlC — 525 — de dix à onze pieds d'eau. Pendant la nuit , un feu placé sur la rive droite, et s'apercerant à quatre lieues de distance, indique l'entrée du fleuve. Pendant le jour, des payiUons de diverses couleurs, hissés au sommet du phare, indiquent la quantité d'eau dans le canal , et la direction à suivre. En juillet de Tannée dernière cette direc- tion se trouvait être du nord-est au sud-ouest^ pour entrer; un autre canal vient de se former ^nsud^ mais il ne peut encore y passer que des bàtimens de huit pieds d'eau et au dessous.. Du reste il y a toujours des pilotes expérimentés à l'embouchure du Rio-Grande, pour conduire les navires jus- qu'à l'une des deux villes, et si ces navires sont destinés pour Porto-Alègre , de nouveaux pilotes les guident à travers la Lagoa dos Patos. Je ne dois pas omettre de dire qu'il y a à Saâ- Pedro deux imprimeries, deux journaux poli- tiques et une petite bibliothèque, composée en grande partie de livres français. En fait de langues étrangères, on y apprend de préférence le/mwfow, comme dans tout le Brésil et les provinces de la Plata. V. Sad-Francisco-de-Paula est une charmante Digitized byLjOOQlC — «46 — petite ville, ne comptant pas plus d'une dizaine d'années d'existence, et qui, pourtant, riyalise déjà avec Porto-Alègre par l'activité de ses habi- tans, Fimportance de ses transactions commer- ciales et le grand nombre d'édifices qu'on y âève journellement. Sa situation est sur la rive gauche du Rh-Saâ- Gonz€dm , à une lieue et demie de Fembouchure de cette rivière dans la Lagoa dos Patos , entre les ruisseaux (arrcyos) Pelotas et Pelado. La position de Saâ-Fr€incwo-de-Paula est tout- à-Êût agréable^ car la campagne qui Fenvironne est très- fertile, bien cultivée, arrosée de ruisseaux boisés, et cette ville est précisément bAtie sur une colline dominant tout cela. Les rues sont droites^ bordées de larges trottoirs; on voit fiici- lement qu'il y règne la même émulation qu'à Rio-Grande pour Faccroissement de la cité nais- sante, la construction d'édifices remarquables et en général pour tout ce qui peut contribuer à embellir la Ville, favoriser le commerce et attirer les étrangers. Il y a un fort joli théâtre, vérita- blement élégant et commode. On ne comptait encore qu'une imprimerie Fannée dernière, mais il y avait plusieurs journaux politiques. La popu- Digitized byLjOOQlC — 5Î7 — latîon s'âevait déjà de sept à huit mille habi- tans. Il est facile de préroir que, dans peu d'années, ce sera la seconde viUe de la province et peut-être aussi la plus commerçante ; car , toute la partie sud, depuis Sad-Gabriel (au centre) jusqu'à la Plata, et même la frontière nord-est de la Banda- Oriental, sont approYÎsionnées par Sad-Francisco- de-PauIa, tandis que Porto-Alègre approyisionne le nord , à partir du Jacuy, y compris la Serra et les Missions d'Uruguay ; mais cette partie, quoi- que beaucoup plus peuplée que l'autre, n'est pas aussi riche , les estancias tlj étant pas aussi mtd- tipliées à cause de la mauvaise qualité des pâtura- ges, le grand nombrede forêts et Fînégalité du sol. Joignez à ces élémens de prospérité, pour Saô- Francisco - de - Paula , l'ayantage inappréciable d'être située sur le rio San-Gonzalvo faisant com- muniquer la laguna Merimarec celle dos Patoset permettant ainsi le transport par ecoê des produits de la campagne voisine , des terrains neutres et de la partie sud - est de la Banda - Oriental. Ite plus, les bords de cette rivière San-Gonzalvo sont «couverts de charqueadas ou saladerosy enrichis- sant leurs propriétaires à tel point qu'ils ont formé Digitized byLjOOQlC — 528 — le projet de &îre creuser, à leurs/rais, un canal plus profond que la rivière ( dont Tentrée est obstruée par des bancs de sable ) , de manière à permettre aux navires de haute-mer d'aller di- rectement à Saô-FranciscO'de-Paula. Un bateau à vapeur, construit dans l'endroit même , parcourant neuf milles à l'heure et por- tant des marchandises aussi bien que des passa- gers, va et vient journellement, de Saô-Francisco- de-Paula à Rio-Grande, en passant par laicidade do Norie , ou Saô- José. Il était fortement ques* tion d'en construire un second pour faire la navigation de Porto-Âlègre. Saô-Francisco-de-Paula est à cinquante-deux lieues de Porto- Alègre , neuf de Rio-Grande-do- Sul et à douze de l'embouchure du fleuve. Maintenant, jetons un coup-d'œil rapide surla province en général. VI. * La province de Bio^Grande a été surnommée do-Sul ( du sud ) pour la distinguer d'une autre province du Brésil, appelée Rio-Grande^o-Norte, laquelle se trouve placée entre Parahyba, Ceara, Digitized byLjOOQlC 6t rOcéan. •*— An Brésil, on donne plus particu- Uèrement à la proyince de Rio-Grande-do-Sul le nom^ plus bref, de SadPedro. — Ses confins sont, an nord, la proyince de Saô-Paulo (Saint-Paul) , autrefois San-Vicente, dont elle est séparée par le Rio^Curùîba ou Yguazu\ à Touest, par le Par rana qui la sépare de Fétat du Paraguay , et par VUntgiugr, seryant de limite ayec Corrientes, Tune des proyinces de la confédération Argen- tine; au sud, par la BandorOnental, dont les liimtessontleJaguaronetle Cuarey^ et parles ter- rmns neutres s'étendant au sud et à l'ouest de la Laguna Merim; enfin, à l'est, par l'Océan atlan- tique et la petite proyince de Santa-Catharina , laquelle s'étend fort peu au-delà de la Serra-do- Mar. Le territoire de Saâ-Pedro^ dont la superficie peut être éyaluée à quinze mille lieues carrées, se diyise en cinq comarcas ou arrondîssemens, ayant pour chef-lieux Porto- Alègre (capitale) RiO'Pardo, Bio-Grande^ Piratinim et Saô-Borja. Ces cinq comarcas se subdiyisent en onze districts , lesquels comprennent les viUas (pe- tites yilles) de Bio-Pardoy Patrulha, ViUa-Noi^a- dorCacheira^ Saô-Laiz-da-Leal-Bragança^ Saâ- Francisco ' de -Paula ^ Piratinim^ Saô-José-do- 5i Digitized byLjOOQlC — S30 — Norte, OS^Bom-Jesiis-do'Triumpho, Cassa-Pas^Hj Alégrétéy et Jaguardo. Il y a, outre ces viïlasy une grande quantité de pwos (bourgades) et de freguesias (paroisses) dont les principales sont Sad- Leopoldo ^ Viamon^ la Barrucada^ Freguesia- Nway Santo-Amaro ; Saâ-Gàbriel^ Bagé, Sonia- Maria-daSerra^ Saô-Martinhoy Itcujuy et lespeu* plades des Missions , dont San-Borja est devenit le che^lieu. Ce sont autantde Termo^ ou justices. Dans chacune des comarcaslXy a une camano (municipalité) et un Owndor ou Oydor; c*est un juge en seconde instance, duquel on appelle aux cours souveraines deBahiaou de Rio- Janeiro, nommées Relaçoes. Les juges de paix sont plus spécialement chargés de la police des iermos. En 1834, on évaluait la population totale de la province à 160,000 habitans; les Allemands entraient pour un dixième dans cette évaluation. La nouvelle colonie de Saô-Léopoldo, seule, en comptait huit mille ; il est vrai que l'on compre- nait sous la dénomination d! Allemands , des émi- grés de toutes nations; mais quelque faiUe que soit la population allemande, eu égard au nombre des Brésiliens, elle a, néanmoins, une grande im- portance morale, en ce que son eicemple ne peut Digitized byLjOOQlC — S31 — manquer de stimuler , tôt ou tard , le caractère apathique des Brésiliens. Dès à présent, elle a fait tout ce qu'on était en droit d'attendre d'elle , et les améliorations introduites dans les arts et la Digitized byLjOOQlC — 332 — lente de Fancieii continent. Les plantations de yignes ont eu le plus heureux résultat dans la colonie allemande, et je ne doute pas qu'un jour Tiendra où cette heureuse province exportera d'excellent yin dans les autres ports du Brésil. Je suis même étonné qu'on n ait pas déjà tiré parti des collines de Porto-Alègre pour la culture de la vigne. Le thé devrait aussi dédominager ample- ment des essais qu'on pourrait tenter pour le propager sous ce parallèle , puisque le sol est ici moins élevé qu'à Saô-Paulo ' . — ^Le thé de VAmé- rique du Sud (l'herbe du Pai-aguay), est l'objet d'uji grand commerce dans lés Hautes-Missions, surtout depuis que les relations ont été interdites avec le dictatorat. J'ai remarqué que les nombreux cactus-nopal, qui croissent naturellement. dans les plaines sa- blonneuses de y iamon, Boa-Vista et la Barrucada, étaient couverts de cochenille sylvestre, dont on pourrait tirer parti; mais il faudrait qu'en cela La culture du thé de la Chine, fait d'assez grands progrès au Brésil. Indépendamment de la récolte qui se fait an jardin botanique de Bio, il s'en recueille encore dans les provinces de Minas ^ sao-Paulo et Santa- Catharina. Mais c*est surtout dans celle de SnrVPaiiIo, que celte culture a pris le plus d'accroissement; il en a été récolté en i83S, plus de cent arr^as. (d472 kilog.) Digitized byLjOOQlC — 535 comme en tout autre chose , des étrangers don- nassent l'exemple. Digitized byLjOOQlC — 534 — mandent que des bras et des capitaux pour être exploités avec utilité. H y a ensuite une foule d'industries lucratives à créer, soit pour le coin* merce intérieur , la consonunation locale , ou Texportation^ • Les artisans laborieux sont certains d*y être bien accueillis , et pour peu qu'ils aient quelques fonds et de l'intelligence , ils peuTcnt compter sur un brillant avenir. Malheureusement il n'arrive que trop souvent qu'on part d'Europe avec des idées d'ordre, de travail, d'économie , et qu'une fois en Amérique on se dégoûte trop fiici- lement, à la simple vue des difficultés résultant, nécessairement, de l'idiome , des coutumes , des préventions nationales, de l'ignorance de la va- leur des choses , du ridicule attaché à la qualité à^étranger nouvellement débarqu^j et enfin, de la législation , des mesures de police, etc. On aime TcàeaiLJeterhTnancheaprèslacognéey quechercher à surmonter ces obstacles , très-naturds , mais qui n'ont qu'un tems ; car deux ou trois années suf- fisent à un homme intelligent pour se mettre au courant de la langue , des usages et coi^umes d'un pays , et c'est alors qu'il peut espérer d'hêtre amplement dédonunagé du tems perdu ou de ses premiers sacrifices. 1 Voyez la note O, reUtire aux poids et mesures , aux monnaies, aux droits de douane elc. Digitized byLjOOQlC — 858 — La province de Saô -Pedro est digne defixer l'at- tention des capitalistes, comme de tons les hom- mes qu'une fortune adverse oblige à s'expatrier. Ses destinées sont certainement brillantes et si les plans de navigation au moyen de la vapeur , sur ses principales rivières , viennent à se réaliser , )e ne fais aucun doute que sa population ne prenne an accroissement rapide ; le gouvernement bré- silien parait d'ailleurs fermement résolu à proté- ger toute espèce d association étrangère ou na- tionale, ayant pour but des entreprises com- merciales , des colonisations ou des exploitations industrielles '. Quant au caractère des Rio-Grandenses y il se ressent naturellement du genre d'industrie au- quel ils se sont adonnés; il est chevaleresque conune celui des Orientalistes et des Paulistes ; ■ En 1834, il s'est formé des sociMis d'actionnaires pour la naTÎga- tion intérieure sur les fleuTes du Maranhon ou Amazone , le San- Francisco et le Bio-Doce. Des lignes ont dû s'établir entre Rio-Janeiro, les divers points de la côte du Brésil et mène la Plata. Une circons- tance vient encore favoriser ces entreprises ; il a été découvert en 1833 , par un Anglais , dans la province de Santa-Catharina , une mine de houille (charbon de terre) de la meilleure qualité et d*une exploitation facile. Elle se trouve à dix ou douze lieues à Touest de la petite ville Laguna. — Je crois que c'est dans les environ* de cette mine de houille, que le docteur Frédéric Sillow, a découvert du marbra rouge compact et du saccharoïde . — Cela indiquerait bien des terrains primitirs ? Digitized byLjOOQlC — 536 — leurs longs démêlés avec les Ârgentiiis les ont rendus guerriers, et ils ont donné plus d'une £>is des preuves de courage, quand ils ont eu le ha- sard d'être commandés par des généraux expé- rimaités. Ce sont, certainement, avec les Pau- listes, les meilleurs cavaliers du Brésil. Ds sont également amis des institutions libres et endiou- siastes de la cause des peuples. L'hospitalité est encore, chez le plus grand nombre, une Tertu qu'ils pratiquent généreusement. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC — 540 — j*ai visité Montéyidéo, Rio-Grande, Porto-Alè- gre; j'ai entretenu des relations avec Valparaiso, Rio- Janeiro, la Véra-Cruz et la Havane ; j'ai suivi la marche de nos a£&ires à rextërieur, et j'ai acquis, non sans rougir de pudeur nationale, l'humiliante certitude, que notre commerce est infiniment inférieur à celui des autres nations maritimes, nonseulement dans les lieux que f ai yisitës, mais encore (et je ne crains pas un dé- menti) sur tous les points du continent améicainî On ne conteste plus , ou l'on n'o^e plus contes- ter l'utilité du commerce en général, c'est déjà un grand point , un commencement de progrès en économie politique i aussi, lagriculture et Tin- dustrie manu&cturière commencent-elles à res- sentir les heureux eflFets de la pix>tection que le gouvernement, et les capitalistes^ ont accordée, dès ces dernières années , à celles des branches du commerce qui ont semblé devoir hâter le bien- être et la prospérité nationale : je veux parler du commerce intérieur et d'importation. Mais il est deux autres branches non moins intéressantes , essentiellement liéesau progrès des manu&ctureSi et vice versé ^ le commerce ezrf^neur et èLCxpor- tation. Digitized byLjOOQlC — 541 — Les économistes et les meilleurs publicistes de notre siècle , ont reconnu que le commerce exté- rieur est \e grand pwot des richesses publiques, Digitized byLjOOQlC — 542 — encore de la sagacité j du jugement et de Yins^ truction. Quelquefois , à yoîr les immenses préparatifi qu'on iait en France au moment d'expédier un nayire pour l'Amérique, on croirait vraiment qu'il s'agit de l'expédition des Argonautes, et.que quelque nouvelle toison d'or doit être le résultat in&iUible, le prix attaché à l'audace, au courage, au génie d'un moderne Jason. — On pourrait croire , du moins, que l'armement et l'opération sont montés d'après des données positives y des connaissances approfondies du pays qu'on veut explorer. — Point du tout : un intrigant , de ceux dont fourmille l'Amérique, est arrivé avec des notes fraîches; il a presque vendu, dit-il, le char- gement à l'avance, avec bénéfice de cinquante, de soixante , de cent pour cent même, sur &c- ture; les retours sont prêts, c'est une affiôre ma- gnifique ! ... Du secret, messieurs ! ! ! Mais surtout hâtez-vous. Un honnête armateur^ trop crédule , auquel l'intrigant voyageur a bien voulu accorder la préférence de ses notes ^ donne dans le panneau. Il n'est pas bien sûr (l'armateur) que le point indiqué soit dans l'Amérique du nord ou celle Digitized byLjOOQlC — 543 — du sud, mais peu importe, c'est VàSEàire du capi- taine et du subrécargue. L'armateur, plein d'espérances, Ta donc en- voyer son nayire dans un pays qu'il connut tout au plus pour l'avoir vu sur la carte que lui a ou- verte le vofctgeur; il va &ire une école dont il ne profitera pas, parce que, si l'opération tourne à mal, comme on peut s'y attendre, il se gardera bien de renvoyer son navire sur le point où il a essuyé des pertes. Si son bâtiment revient de Buenos- Ayres ou de Rio, avec cinquante pour cent de perte, il l'enverra peut-être en Califor- iiie ; s'il revient de Valparaiso ou des ports du Pérou, il l'enverra au Brésil ou bien au Mexique, ou bien encore, à la pêche de la baleine! Nouvelles écoles. — Dites -moi, de bonne foi, si ce n'est pas là ce qui s'est pratiqué, ce qui se pratique encore le plus généralement en France? — Pourquoi ne pas suivre un pays?... Pourquoi ne pas profiter de l'expérience acquise?... Quel- que mauvais que paraisse un marché , après en avoir pris une connaissance certaine, s^it par soi- même, soit par son capitaine (qu'il est toujours bon d'intéresser), soit par le géreur ou subrécar- gue, ou même par ses correspondans, il est impossible que ce navire ne &sse pas des affaires Digitized^y LjOOQiC — ut — passables. Les navires dont les armateurs ont montré de la constance ^ ont fini par enrickir leurs propriétaires, en même tems qu'ils ont fomenté nos rapports avec les divers points qu'ils exploitaient. Voyez la Claudine à Rio-Janeiro, le Phaétouy de Saint-Malo, à Montevideo, YHermir nie et le Parûgr/oy-àBuénos-Ayres, leurs capitai- nes se sont acquis une réputation justement mé- ritée dans ces contrées. — Qu'en est-il résulté? — Leurs cargaisons se sont vendues à l'arrivée, à de très - bons prix , parce que c'était presque toujours des conunandes faites à l'époque du départ. Les passagers attendaient avec impa- tience leur retour, afin de leur accorder la préfé- rence. Mais d'ailleurs , sachez bien , qu'intérieur ou extérieur, d'importation ou d'exportation, le commerce spécial est le plus utile , le plus profi- table. Les marchandises sont meilleures , mieux assorties , moins chères lorsque chaque commer- çant se consacre à une seule branche de covranerce et quû mit tm pays. Cette spécialité est aussi utile au commerçant qu'au consommateur ; plus facilement familiarisé avec une seule branche d'industrie, il connaît mieux les chances de gain Digitized byLjOOQlC — o45 — et de perte , les prix , les qualités , les lieux où il faut s'approyisionner, les lieux où il peut rendre. Comme il achète et Tend davantage, et plus fré- quemment, il peut acheter et Tendre à meilleur marché , le bénéfice pétant le même ; et comme il ▼end plus vite , il n a point à craindre les pertes qu'entraînent l'avarie des marchandises, les chàn- gemens de saison, les variations du goût et de la mode, aie commerce sptfciid augmente les chan- ces de gmn et diminue^ s'il ne les détruit^ les chances de perte. » Les expéditions les moins aventureuses qui se soient faites, sont celles de Bordeaux pour le Mexi- que , le Pérou et le Chili, parce qu'elles ont été dirigées par d'anciens habitans de ces pays; aussi ont-elles été couronnées de quelque succès. Mais du Hùire et de Marseille,. on ne voit arriver au Brésil et à Buenos- Ayres, le plus ordinairement, que de pauvres pacotilleurs , lesquels se ruinent en partie; parce que, d'une part, ils achètent fort cher et à terme, et que de l'autre ils sont obligés de vendre au plus vite pour remplir leurs engagemens et conserver leur crédit. 11 arrive que, tôt ou tard, ces infortunés le perdent et sont réduits à végéter en Amérique, jusqu à ce 35 Digitized byLjOOQlC — 546 — que le sort prenant pitié de leur triste, existence, y mette enfin le terme '. Il n'est pas moins yrai que c est à cette classe d'iiqmmes, qu'on peut appeler malheureux^ puisqu'ils passent la moitié de leur yie dans les privations inouïes de longs et pénibles voyages, i travers les déserts les plus sauvages , ce n est pas moins, dis-je, à cette classe infortunée, mais active, que la France doit le peu de commerce qu'elle a fait jusqu'à présent dans l'Amérique du Sud. ... Ce sont les pacotilleurs qui , les premiers, y ont transporté nos marchandises manu&ctu- rées ; ce sont encore eux qui entretiennent et alimentent ces vastes contrées.... Ah! combien de grâces ne doit-on pas à ces pauvres Français , exportateurs de nos articles de luxe, de nos su- perfluités, de nos drogues ^ dans les provinces les plus intérieures, les plus reculées du Brésil, de la Banda-Oriental et du Rio-de-la-Plata!... 11 en est de même de ceux qui parcourent les divers points de la cote ; les uns et les autres sont expo- 1 «Les Français, dit J. J. Rousseau, ont presque toi^ours qnrique ▼ue dUntérètdans leurs voyages ; mais les Anglais ne vont point cher- cher fortune chez les autres niions , si ce n'est par le comment et le8 mains pleines ; quand ils voyagent , c'est pour y verser leur ar- gent', non pour irivre d'industrie ; ils sont trop fiers pour aller ramper hors de chez eux. m Digitized byLjOOQlC — 547 — Ses à mille dangers , miUe privations qui ne sont certes pas compensés par les modestes bénéfices qu'i 1 ils font f C'est du port de Marseille que sortent les ex- péditions les plus mal calculées; rien n'égale l'ex- travagance des armemens de la Provence. Là , on a la facilité de pouvoir se faire, instantané- ment, un fond de chargement avec les vins; aussi, on en use hardiment! Mais tout ce que les Pix)vençaux exportent au Brésil est d'une qualité détestable: leurs vins ne sont point potables; leurs salaisons (cornichons , anchois, olives etc.) sont mal soignées, se gâtent promptement, parce qu'ils économisent jusque sur la force du vinai- gre; les bouteilles ou pot-hans , contenant leurs fruits à leau-de-vie, sont fidts de manière qu'à peine ils peuvent se tenir debout, il est même assez rare qu'en les débouchant le goulot ne casse point, tant le verre est faible et mince. En un mot, tout sent, dans ce pays, la parcimonie ; aussi , sur cinquante pacotilleurs de Marseille al- lant au Nouveau-Monde, il en reste au moins quarante-huit qui n'ont plus les moyens de re- tourner dans leur patrie. Pour peu qu'on ait séjourné quelque tems dans l'Amérique du Sud, on doit reconnaître l'exactitude de ces assertions. Digitized byLjOOQlC — 548 ~ — Bordeaux , s'il n'y prend garde, s'attirera bien- tôt un pareil reproche, car on yoit journellement diminuer les bouteilles de ses vins en -caisse. Je suis obligé d'établir uu fait positifs quelque humiliant qu'il soit, pour pouvoir arriyer à une conclusion péremptoire : c'est qu'on ne compte presque pas de maisons respectcAks * parmi le commerce français dans toute l'Amérique du sud, tandis qu'on en compte un gi^nd nombre de toutes les nations.... Cela yient, probablement, de ce que les capitalistes français aiment trop à voir leur argent autour d'eux, et que s'ils se dé- cident à s'en séparer , ce n'est qu'à une prime exorbitante. Chez nous, il est encore des gens qui se figurent, bêtement, que tout ce qui est sur mer est perdu. — Il faut alors renoncer aux af- faires; car sans capitaux, point de crédit, et sans crédit point à*€iffaires possibles. On pourrait peut-être trouver l'origine de ce préjugé dans les grandes pertes que les armateurs ont éprouvées dans les opérations mal dirigées; dans celles qu'ils ont eu à supporter quand leurs navires ont été pris sans déclaration de guerre, et aussi dans le i Ce mot ne fait pas aUii$ion au caractèi-e privé des négocians; 3 doit s^en tendre , dans le sens qtill a depuis long-tenis , du crédit de leurs ooMiMms, lanlen Fratice qu'à rétranger. Digitized byLjOOQlC — 549 — peu de confiaoce que , géuëralement pariant , le commerce a dans notre marine militaire , la- quelle, au reste , (soit dit en passant) ne se croit pas toujours obligée enrers les marchands!... Si ce n'est pour le setvice du roi!!!. —En un mot , tous les détenteurs de fonds, ainsi que les nëgo- cians riches , reculent dcTant les grandes opéra- tions maritimes ; s'ib y entrent , c'est toujours ayec la certitude que , quoiqu'il advienne , ils ne perdront rien; ils s'arrangent en conséquence; mais ils s'arrangent mal, car leurs prévisionssont le plus souyent déçues , par une consécpience naturelle de leurs vues étrcHtes. Le vice dcmiinant , en France , est de rouloir jouir du prëaait. En principe pliilosophique on a raison ; mais en matière de commerce cm a grand tort. Le propriétaire d'un navire nouvd- l^iient lancé à la mer prétend le gagner à son premier ou deuxième voyage ; des bénéfices de dix à quinze pour cent sont regardés avec dédain pour une affiûre de cabotage , et si Ton parle d'une âlFaire de long-cours , il en faut de plus considérables ! Quand des armateurs se décident à charger un navire richement , ce n'est pas tou- joursde leurs deniers que la cargaison est achetée, ils exploitent souvent la crédulité publique , ils la Digitized byLjOOQlC — 550 — font par actions. Ken entendu qu ils se re&enrent la faculté d'acheter la cargaison en France et de yendre celle de retour, toujours moyennant la conunission. Notez, de plus, qu'ils fixent le fret de leur navire au taux le plus âevé ! —-Ces gens- là ne devraient jamais perdre , dira-t-on ? U est certain que tout leur passe par les mains, et quelques-uns s'arrangent de telle sorte qu'il leur reste toujours Xefret de lem* navire, liquide^ mal- gré toutes les pertes possibles. Cette manière d'opérer ne peut faire que des dupes, et pourtant, ce sont là les grands moyens de nos principaux armateurs français, sauf quelques exceptions Quand verrons-nous donc prendre à notre com- merce extérieur une direction plus digne d'une nation aussi instruite , Iscientifiquement parlant , et aussi grande que la nôtre ? U résulte de ce genre d'affidres , qu'on se dé- goûte , que le commerce extérieur languit et que les articles de grande consommation sur lesquels nous avons encore l'avantage , conune les soieries^ finiront par être réduits, si les Lyonnais n'y pren- nent garde, par les fabriques établies en Suisse et en Allemagne , parce qu'elles travaillent sur une plus grande échelle et plus méthodiquement que nous. Déjà la Suisse et l'Allemagne font beaucoup Digitized byLjOOQlC — 541 — dans cet article aux Etats-Unis, au Mexique, au Brésil, à Buénos-Ayres, et nul doute que leurs afïaires n augmentent dans la même proportion sur d'autres points Il est incontestable que les produits de indus- trie française sont variée presque à Tinfini et réunissent la qualité de la matière et Y élégance des formes; mais beaucoup de ces produits ne peuvent rivaliser de prix avec ceux des Anglais, des Allemands^ des Sardes et des Américains du Nord; tels sont : lafeuence oomnmne, làpoteriej la tapisserie^ les rubans ^ les c/u^atÀx de paille j les drops, les étoffes de hmcj les cotons JUésy les ^^ojfes de coton pur et mélangé^ les toiles ^ ïhor- logerie^ Yébénisterie^ la carosserie^ Isiboissellerie, la vannerie ^ne^ les fers et ferrages^ la couteUerie^ la quincaillerie^ l^Jabricatiori des armes blanches et armes à feu , excepté les armes de luxe , les glaces , les cristaux, les toUes.peintes , les instru- mens de musique, les sai^ns blancs de Marseille, les papiers à écrire, la tabletterie et la toumerie. Notez bien que ce sont là, précisément, les articles d'encombrement , et conséquemment les plus favorables à la navigcUiony-ei, en outre ^ Digitized byLjOOQlC — Sd2 — ceux qui sont les phis demandés^ les plus tuSes dans r Amérique du sud, où les besoins yôc/JCB^ , qui ne peuvent naître que d'une grande civiUsâ- tiou , ne se font pas encore spjDitir suffisamment pour procurer de bien grands débouchés aux articles suivans, seuls capables de soutenir encore la concurrence étrangère : la porceliùne de Sèvres et de Paris, quelques Aiticles de chapeSerie, les soies et soieries j quelques étoffes Itères en laine, les châles de Paris, Lyon, Nîmes, Saint-Qocntia, la bonneterie, les toiles Jines, les hatisêesy les Knans, les gazes , les tulles, la broderie, Ibb ou- yrages de mode de Paris, les dentelles, les gomts, Vqffinage, tirage et battage d^orei ^m^mt, les o%iA^n%ges en bronze, Yor/ètrerie (en plaqué), la bijouterie fine et Ênisse, les insimmens de phy- sique et de mathématiques de Porâ, kyoâîBme, en pierres fines et en strass, le» ^Htsgie» de Rngles et de Laigle quand eBes sont soignées, les pointes fines de Paris, les €xrmes de luxe, les pa|Meiis de tenture de Paris> la typographie, la grwure, k lithographie, les produits €himi4pms, la tannerie, corroierie et mégisserie {n^eeaœ cirés et maaiOMs maroquinés) de Paris et de Nantes, Isl parfumerie, la librairie, enfin les vins et eaux^de-vie. Certes, il y -a dans celte variété de produis Digitized byLjOOQlC — 555 — d'industrie française, de quoi alimenter un com- merce d'échanges assez. riche et assez productif» mais tout cela fait peu d'aaicomhrement (sauf ' les yins et eaux-de^rie), et sans encombrement » point de nat^igaiion morcAourfe... -^J'indiquerai plus loin les ressources du Hayre, de Bordeaux et de Marseille pour procurer instantanément à leurs navires xmfomk de chargement encom^ hrant : passons, au préalable, à lexamen des causes qui ont pu, et peuvent encore retarder Tessôr de notre commerce extérieur. II. C'est dans les arts et les sciences « surtout , que la France a cru trouver ses titres de gloire , les plus solides; c'est par eux, en efiPet^ qu'elle est devenue une grande nation ^ qu'elle a réparé ses pertes» cicatrisé ses blessures, et qu'elle se oon« sole de ses malheurs; mais ne pourrait-elle pas aspirer à d'autres succès ?.•• Son immense popu-- lotion^ s'accroissant rapidement, dans une pro» gression étonnante, se nonrrira-t-elJe de gloire?. . • — On n a vu jusqu'à présent que des écrits chan- tant, prônant les louanges des Français, soit sous le rapport des armes, soit sous celui des sciences et des arts! ! ! ... Je veux bien croire que sous ces Digitized byLjOOQlC — 5»4 — rapports nous sommes ou moins les égaux , si nous ne sommes point supérieurs aux autres nations ; ' mais il ne &ut pas que l'encens nous enivre jus- qu'au point de nousfaire croire ^upérieursen/ou^. Sous le rapport camunerdal^ du moins, ce serait une turpitude que vouloir nous mettre au rang des autres puissances maritimes : les Allemands, les Sardes même , sont bien au-dessus de nous!... On s'étonne peu, du reste, de la lenteur que met notre commerce à prendre un essor digne de la France, quand on vient à réfléchir qu'une partie des préjugés des dix-septième et dix-hui- tième siècles (existant encore parmi ce qu'on ap- pelle la noblesse) ont dû nécessairement exercer leur influence méphitique , sur les gouvernemens qui se sont succédé depuis Louis xiii jusqu'à ce jour , au point de refuser au commerce toute es- pèce de protection. On lit> sans en être trop sur- pris, dans les Mémoires «attribués à une femme d'esprit , qui hantait les boudoirs et les salons des cours de Louis xiv, Louis xv et Louis xvi , ces phrases méprisantes pour le commerce et Vindus- triej et qu'on doit pourtant r^arder comme la traduction mm^ des idées de la cour de France : a Les Normands sont aux autres Digitized byLjOOQlC ~ 5^5 Français ce que les Anglais sont au reste des Eu* ropéens.... On me dira tout ce qu'on voudra sur les bienfaits du négoce et le génie du commerce^ c est tout ce que je connais de plus vil et de plus bas/ >> « Je disais toujours à ce bon M. Turgot que Joseph vendu par ses frères arait été le premier exemple et le modèle de toutes les transactions commerciales ^ ». Sans chercher à venger les Normands d'un rapprochement qui leur ferait honneur , suivant moi, s'il était exact ^ je répoudrai à la noble marquise, pour faire un contraste avec les idées rances qu'on ose encore reproduire au dix-neu- vième siècle : Que la gloire des armes ne donne à l'analyse du philosophe, que du sang innocent^ du sang de pauvre, versé à grands flots pour assouvir la so^ de gloire des rois, dfes conquéranset des grands; i Souvenirs de la marquise de Créquy. — Tome 1, p«§;e 44» édition de d$34. — Je relève ces phrases insolentes et ridicules , parce qu'on ne peut trop signaler au mèpria des hommes sensés ^ les maximes ré- trogriides qui , présentées avec esprit , ont une induenœ funeste dans la 1 te lancée et s'étendent bientôt à la vie politique. Digitized byLjOOQlC — 856 — Que la gloire Itttémire n'offre qu'encens, fa- mée qui s'évapore ; Mais que celle de Vindusirie et du commerce laisse dans le creuset la vraie pierre philosophsde, avec des germes féconds de çwUisaiion ! Qu on y pMnne garde ! X orgueil est un mal contagieux chez les nations cmlisées-*^ Sous ce rapport seul on pourrait dire « il ny a plus de Pyrénées ! » L'Espagne et le Portugal 9 ces deux pays si nuls à présent , ont eu comme nous, et bien avant nous, leur orgie de gloire : ils se sont reconquis, en expfulsant les Maurest ils ont envalii leurs voisins et une partie de l'Allattagne; Charles^QuùU^ le Napoléon de l'Espagne, a rempli le monde de sa gloire et de sa puissance^ > !.... Mais les Espagnols et les Portugais oMjait plus que de subjuguer des peuples , ils ont découvert des mondes l Les noms d'Efnmamielj de Ferdi- nand et d' Isabelle retentiront étemdOement, des bords fertiles du Gange, jusques sur le fient sour- cilleux des Andes ! — Comme nous, les Espagnols se sont enivrés de leurs succès ; ils ont voulu en jouir comme un grand seigneur jouit de sa for- tune ils ont tout dépensé en luxe, et n ont » Voyez VHisioire de Charles-Quint, par Bobertson. Digitized byLjOOQlC — 557 — rien réparé par l'mdustrie. —Qu'en est-il résulté ? -— La misère, V abjection, ï avilissement , et, par dessus tout, un orgueil démesuré, d'autant plus ridicule, qu'inspiré par les succès de ses ancêtres j la génération actudle établit dle-mênse un con- traste qui iait ressortir sa nullité. N'a-t-il pas été reconnu, en principe philoso- phique et politique, que les fik n'héritent pas plus des yertusque des crimes de leurs pères?.». Eh Inen ! ce même principe est applicable auT na- ttons : une nation n'est qu'une grande &miUe ; or , les générations actuelles ne peuvent pas re- vendiquer la glotrç de leurs ancêtres, si ellet n'ont rien £dt elles-mêmes pour la justifier cette gloire appartient à l'histoire géi^iérale des peuples, le grand juge des héros , des princes et des na- tions. La génération nouvelle, prétendant à l'hon- neur de figurer, en lettres brillantes, sur le livre des immortels doit elle-même tailler la plume qui enregistrera Ses titres ii l'admiration des races fotures! Ce principe admis, on avouera, avec moi, la main sur la conscience , que notre géné- ration n'a pas lieu de &ire ostentation de sa gloire.... Les progrès de la raison, delà philosophie , les Digitized byLjOOQlC — 558 — Tues philantropiques des peuples font espérer qu'ils chercheront enfin , désonnais j leui's titres de gloire ailleurs que dans Vexterrnination de leurs frères : une palme inunort^Ue , un hymne de louanges, entonné par tous les peuples du globe , doit être la sublime récompense de la na- tion qui aura contribué le plus à la civilisation de FAfrique et des Deux-Indes. Pour palrrenir k ce noble but , le commerce et un puissant, un irrésistible auxiliaire : les Nord- Américains, les Anglais , ne font-ils pas des miracles avec cet agent ciTilisateur? Les regarderons -nous avec la stupidité de l'Espagne et du Portugal ? Mar- cherons-nous toujours à leur remorque? .... Cest en Tain qu'on perd son tems à crier contre les ministres^..* vainement on objecte- rait éternellement que le gouvernement gène ou n'encourage pas le commerce et Findustrie , qu'il ne les ^utient point au dehors. — Ce ne serait pas ime nouvelle! — On peut répondre à cela <( qu'il n'a paru au Brésil , au Mexique ou à Buénos-Ayres aucune frégate de guerre de Ham- bourg , qu'il n'y a jamais eu de station suédoise , ni piémontaise, ni hollandaise, et que, cependant, ces nations font plus d'af&ires que nous , tandis Digitized byLjOOQlC — 559 — que nous avons certainement plus de facilités quelles pour étendre et ramifier notre com- merce. » — Qu on ne se méprenne pas sur mon intention ! — Je ne prétends point disculper le gou- vernement des torts qu'on peut avoir à lui re- procher ; je ne veux qu'établir unjaù incontes- table ; mais je vais établir aussi un autre &it non moins positif: c'est que notre nation ne connaît pas encore la valeur des mots industrie^ corn- mercey navigation, et que, conséquemment, il faut travaiUer activement à lui fidre comprendre ce qu'ils peuvent sur sa destinée^ au lieu de perdre son tems en remontrances , qu'on est convenu de dédaigner. Il fiiut lui persuader , k cett ation spirituelle, mais trop Jutile^ que ^ jtrie sera désormais la métropole réelle des ^nies, le commerce le seul roi des mers ; i< que la meilleure confection et le meilleur mar- « ché créeront un monopole commercial, contre le- (c quel viendront se briser irrésistiblement tous fc les monopoles politiques de Tunù^rs. L'expérience a dû prouver que les gouverne- mens paternels qui se sont succédé depuis Fem- pire, n'ont jamais compris, non plus, nos intérêts commerciaux ; l'un a accordé une protection spéciale à l'agriculture, un autre a essayé, en td- Digitized byLjOOQlC — 560 — . ionnani, de donner l'imptilsion à rîndiistrîe, mais aucun n'a paru comprendre que le com- merce extérieur et à^exportation pouvait seul as- surer le succès de leurs tcntatiTCS. Ainsi au lieu de meridfer auprès du gouTemementune protec- tion qu'il a toujours refusée, je crois que le com- merce doit y mettre plus de digniié: il est tems que le monde mdiutriel^ en France, sorte des langes dans lesquels On le retiendrait toIod- tiers jusqu'à l'âge de décrépitude. La marine la plus naturelle à suivre pour obtenir du pouvoir, des lois, ou des mesures propres à dcnmer l'im- pulsion, serait de charger les ckamhreg de com- merce d'attirer inceêsamment et ausn ënargiqœ- ment qu'il est donné de le fidre dans l'état actuel de notre organisation politique, Tattention des chambres législatwes sur ce grand agent de pros- périté puUique. Si nos législateurs comprennent bien toute Tétendue de leur mandat, 3s sauroni jGûre connaître Au pouvoir exécutif leur vohnté ferme et constante^ de protéger noire com- merce à Textérieur , par tous les moyens mis en usage (avec tant de succès) par les autres grandes nations maritimes y et le pouvoir exécutif se verra bien forcé de &ire des traités de commerce et de navigation avec les peuples qu il a trop loog-tems méprisés j au détriment de nos intérêts les plus chers. Digitized byLjOOQlC — 861 — Le vu%aire n'a pas précisément tort qnaind ii répète qoe F Aiigleterre est le pe^s des im^entions : û est fûndé dans son jugement par le résultat briHaiU; qui Fâiloiaità Juste titre.:. Que hxi mu- porte, au &iit, que tel chimiste, tel mécœm^ cien y tel ingénieur français ait fait une découverte carpdbled'opérer une révolution dans Findustrie , le commerce ou la navigation si> par défaut d'ap- ptication y par Fincurie d'un gouvernemiSBft qui n a pasi su comprendre toute son impoftance , cette découverte doit rester ensevelie dans Fou* Uî le plus complet.... Que lui importe! du mo^ ment qa'mn axrtre gouvernement^ ou une autrt natiofiy ee qui revient au même, (puisque les na* tiens sont devenues solidaires des fidts et g^tes de leurs gouvememens) accueille avec enthonn- siasme et reconnaissance cette découverte utile, ne doit-elle pas acquérir des titres à Fadmiration, k la gratitude de tous les peuples de la terre?... Et n^a-t^e pas Inen mérité la gloire de Fintveii-* tion?.* . "^ L'inventeur àppartient-il au pays qui Ta renié?^. . -«-^ Td est le bon e^it du gouverne- ment de la Grande-Bretagne,, qu'il Êivorise toute innopaiion utile à tindustrie... et tel est le génie des Anglais, tel est celui des I^ord*Américains qu'ils laissent rarement sans application , sans enr eofurugementy les heureuses découvertes que font 56 Digitized byLjOOQlC — 862 — accidentellement Un autres peuples, soit dans les arts, soit dans les sciences... Ces réflexions pour* raient nous conduire loin , car elles font naître de profondes méditations!... Mais revenons à notre spécialité. Dans les ports du nord de la France, on man- que d'objets d'encombrement ; pour &ciliter le prompt chai^ement de nos navires, le gouTer- nement et surtout le commerce devraient encou* rager les fabriques deJajrencCf de chapeaux^ de hière^ àeferrtiges^ les verreries y etc., etc , encore &udrait-il que ces fiibriques fussent rapprochées des points d'embarquement , car, comment pour- rions-nous jamais lutter avec les Anglais, pour tous ces articles , si leur fabrication a lieu loin des ports, lorsque chez nous les moyens de transport sont si coûteux, et que chez nos voisins ik ont de â grandes &cilités, s(Ht par leurs canaux, soit par leurs chemins en fer,, leurs machines à va- peur? Voilà un des points principaux sur lequel on doit jeter les jeux attentwemeni. Je 1 ai déjà dit: sans articles di encombrement y point de nwigation marchande. Voyez les Nord- Améri- cains, ils apparaissent sur tous les points du globe, parce que leursyonise^, leurs cotons , leurs meur blés, leurs genièinres sont des articles précieux Digitized byLjOOQlC — S63 — pour former à l'instant vaij&nd de cargaison; la promptitude avec laquelle s'opère une expédi- tion leur évite de grands frais d'armement, et leur permet de renouveler plus souvent leurs opérations "* Il faut bien se persuader que des articles d'en- combrement ne doivent donner qpLjmfret , dans ce siècle où tant de monde navigue; mais quel autre pays que le Midi de la France devrait avoir un commerce de navigatioil plus étendu , plus actif? lui qui possède les vins, eaux-de-i^ie, huUe, sai^on^Jhâts secs j et, à sa portée, tous les produits de l'Italie , de la Grèce, de la Turquie et même de la Russie!.. — La grande exporta- tion de nos vins de Cette et Marseille se fait plus particulièrement par navires étrangers notam- ment anglais et sardes. — Pourquoi nos arma- teurs n exploitent-ils pas ce genre de commerce ? Leur serait-il plus difficile qu'aux Anglais de le faire ?. — C'est encore une suite de notre ainditéj qui fait qu'aucun d'eux ne veut se contenter 1 Bordeaux et Marseille ont des vins et des eaux-de-viê pour facili- ter un chargement. Le Havre a des carreaux, des vinaigres^ àesplan», ches de sapin du Nord , dont on tire un bon parti à la rivière de la Plata. Mais Dieppe, Dunkerque, Nantes, Saint-Malo, etc., on| peu de ressources. Digitized byLjOOQlC — 364 — d'un simple fret j tandis que les étrangers s*en con- tentent. Les Anglais ont-ils les Tiyres à meilleur marché que nous ?-*«- Non. — Paient-ils moins leurs matelots ?~- Au contaire.-^ Mais ils sasfeni se contenter d un fret. Aussi ^ qu'arrive-t^il? onles Toit Êdre une grande partie de la navigation et des expéditions de la Méditerranée , pour oe qaï est de liquides et finiits secs, tandis que nous y qui sonuues sur les lieux , nous ne frisons rien.*. O doloe farniente m Croyez -moiA ne nous en prenons qu'à notre extrême incurie , et surtout au manque ^esprit d'association; c'est à cdft, principalement, qu'on doit attribuer le peu d'ac- tivité de notre commerce maritime. Voyons quels peuvent être les moyens d'agran- dir nos afiEàires à rextériem*. III. Je ne dirai pas que pour obtenir un résukat avantageux, pomr augmenter l'exportation de nos marchandises manu&cturées, il devient ur- gent de mettre, spontanément, nos fabriques sur un plus grand pied, ce qui, cependant, aurait d'heureux résultats ; mais rimperfcetion de nos machines , la routine de nos artisans , le défiiut Digitized byLjOOQlC — 565 — d'une éducation spéciale potir l|i da^seindusIneUe^ en général , seraient autant d'obstacles à un pro- grès im/it^£iar; c^ Tiendra^ il &ut ï espérer^ Q»ec le reste. Ce qu'il y a de mieux à fiûre, dans Fétat actuel de notre &brication , est de s^appliquer darantage à fiibriquer au goût du pq^s pour kqud nous exportons , et ne pas nous entêter ^ suivant notre sotte coutume, k Tonldir soumettre les nations à nos goûts. En fiât de fidirication les Anglais sont grands wuàtres : on Ta d'ailleurs juger que k génie du eomunerce n'exclut pas chez eux la ruse mercaU'» file.... une étoffe, un dessin, unelbmie inveiités par des febricans français , allemands on italiens fixnt-ils fortune en Amérique ? -— . Les anglais les imitent anssitât. *-« Une nation obfcîent-^le une TOgue méritée dans un genre de Mnrication? -*« Les anglais emjdoient tous leur» moyem àla sap planter; ils vont plus loin, ils poussent l'exactitude et la prévoyance, jusqifà iàiprimer sur leurs pièces de ntoussetîne le nom de nos meilleures fibricans français, tds que KoechUn Jrires, SMumberger^Grosfean , Ch. Mieg et O. *^ Les Anglais ont vraiment un tact étonnaiit en aflEôres* » t Au Brésil et k Buénos-iAyres on appelé cela entendre la Bibla. Digitized byLjOOQlC — 866 — Je ne les en blAme certes pas ! Je demanderai plutôt pourquoi nous ne les imiterions pas , et pourquoi nous serions plus scrupuleux à Fégard de leurs Êdnicans les plus connus ?.. Il est certain qu'en afiaires , en fabrication surtout , on doit mettre de coté Foi^eil national et ne pas s'a- charner à encombrer un pays, comme cela nous loriye trop souyent, d'articles qui ne lui plaisent pas. Ce n'est pas toujours le bon qui Êdt fortune; les peuples ont des goûts bizarres, originaux, des caprices j si Ton yeut, qu'il faut sayoir flatter; aussi les anglais ont-ils le bon esprit d'imprimer de très^riches dessins sur des étoffes excessit^emeni communes f parce qu'ils sayent bien que le dessin fera yendre l'étoffe. J'ai déjà fait remarquer que les nouyeaux états de l'Amérique du Sud, le Brésil et les prorinces ^i/?»e^duRio^e-la-Plata, principalement, n'a- yaient pas fsiit encore assez de progrès dans la ciyilisation européenne pour assurer xm. grand débouché à nos articles de luxe et d'industrie parisienne. Les Anglais ont parÊiitement compris cela, aussi sayez-yous ce qu'ils ont fait ? Ils se sont emparés de l'industrie des indiens Pampas et AraucanoSj de celle des habitans du Tucuman et de Corrientes , en fabricant et perfectionnant les Digitized byLjOOQlC — 567 — ponchos A lesgergas * , dont il se fiât lux si grand commerce dans rA^oërique du Sud !••. et ilsont si bien réussi qu'on ne veut phis porter que des ponchos inglese^. 11 se fait à Buénos-Ajres et au Brésil une très- grande consonunation dé satKm ; on aurait le droit de s'attendre à Toir Marseille approyision- ner ces pays-là, surtout depuis que Finvention de la soude fiictice permet de fid>riquer à meilleur compte; eh bien , point du tout , nos scu^ns de Marseille ne peuvent pas riyaliser de prix arec ceux d'Esp€igne ! et les Anglais , les Nord-Amé- ricains trouvent encore le moyen d'introduire d'immenses quantités de savons jaunes^ àesu^et ée résine a... n y a des gens en France, de ces gensoimêglés par la prévention, de ces gens stationncures qui s'extasient encore devant nos draps à'Elbet^y de Sedan et de Loimers; eh bien! qu'ils apprennent, qu'à l'étranger on nen i^eiU pAs. —'Pourquoi? — On a comparé les draps firançais et anglais , à- peu-près de prix égal, et Ton a toujours trouvé que les nôtres n'avaient pas le moelleux ^ la sou- I \€jez au clKiMtre XIV de mon Voyage TexpUcation de ces tennca^ Digitized byLjOOQlC — 868 — pkêse des auib^s, et de ptus» une griouk diffi- renoe dans le poil. Le dmp angiw est parftîiff ment bie» fowft# et le n^tre a le poil trop long. Mais en admettant que nos draps soient sufi- rieurs ^ ou en est donc TaTanlage pour la Fiance, si leur Àbricatiou ne doit fournir qa'4 la oqii- senoMtîon intà^eunif..* Appliquon^iapus, avant Unit) il rmdi$^ de prix awec ïétrmgcr» Quoiqu'il soit bien érid^nt qn^ les diapi anglais aient l'avantage du mo&kmif de hlég^ retéf delasouplesse et de Vi^j^arenoe^ nous pour rions peitt-étre lutter dans c^oitaines qualités^ se &bnqueat en Picardie; mais il fiMt hmm nos prix; mais il &ut des couleurs oonéViiflMn pour lepcrjfs dans lequel on les exporte. Pour cek comme pour tous les articles, en geiiëndt oa ne doit se présmter en £ibrique, que muni d'QdbMir tiUons. '^^ Arrivons au fait. Le moyen qui me paraîtrait le plus sûr, poar lutter avec avantage contre Tëtrangert smût, » je ne trompe, d'établir, à l'instar des Anglais «t des autres nations commerçantes, des nuisons succursales dans les différens ports de T Amérique dépendantes de celles de France , lesquelles se- Digitized byLjOOQlC — 560 ~ raient tenues de faire passer coatinisdlemeiit des échamiMont et des modHes de marchandises à ùtmqaer dans le goùi et les besoins duntomerU^ De leur côté, les maisons de France derraient fiûre une avance de fosds, aa^oinbevif , demoi* tié ou deux tiers à un taux modéré (3 ou 4 p. % par exemple) avec la condition expresse que les marchandises fassent convenables pour tel ou td point del'Amértqne. D résnltenât de cette &cilité ao6(xdée au figJirieant que celui-ci augmenterait ' son traTaS, que notre exportation s'augmenterait aussi et qu'alors on s'ap[diquerait davantage à fidre les marchandises au goût de Tétraiiger, Les fiifarioans, en outre, seraient libres de cette nral* titndede(pTianj^O(>ifiinÛM9it]Mv«9, qui exigent d'eux des remises énormes lorsqu'ils leur procu- rent la vente de quelques marchandises, des escomptes de huit^ de dix pour cent pour les soieries et d'un tas de petites vcderies auxquelles il leur eât assez difficile de se soustraire, tant que les ailaires continueront à se traiter en France sur le pied actueL Je crois que si capitalistes» banquiers ou armateurs fiançais ne prennent pas ce parti, on ne doit pas espérer d'améliorations importantes dans nos affidres à Yextérieur. Les pacotSIeurs , tout en rendant service à Digitized byLjOOQlC — 8Ï0 — quelques fiduriques^ sont réellemenft, et par le fiât de leur peu de moyens, \ejîéau de notre commerce. Bien qu'on doi^e leur rendre grftoes pour les efforts qu'ils ont fidts, les services qu'ik ont rendus, on ne peut s'empêcher de reconnaitre qu'ils sont, dans l'état actuel des choses^ im obstacle au progrès y à l'impulsion qu'on doit s'attendre à yoir prendre au commerce fiançais. Comment, en effet, pourrions - nous préteadce jamais lutter avec les nations riyales qui &hri- quent nos mêmes articles , si, diez ces nations, ' ils sont euToy es directement parlefiihricant?On conçoit que ce dernier peut se contenter de son bénéfice comme fabncani , tandis que nos pa- cotilleurs sont obligés d'dïtenir à la fois le béné- fice dufàhricant.i celui âa commissionnaire j et le leur en sus ! U résulte tout naturellement de ce mode d'opérer que le pacotilleur doit Tendre au moins yingt pour cent plus cher que le fiJuri- cant pour obtenir un léger bénéfice , et qu'une nation étrangère qui fabriquerait dix pour cent plus cher que nous pourrait cependant vendre au même prix, le fid>ricant envoyant directement. Une des grandes plaies > de notre commerce 1 Je dis «110 des grandes plaies de notre commerce , car la princi- pale , la plos considérable de tontes , est , sans contredit , notre mam- Digitized byLjOOQlC ~ 871 — est donc dans rexportation de nos marchandises parles pcÊCOiUleurs y et le remède , qui parait le plus sûr, serait dans raiponce qu'on ferait aux fahîicansy sons là garantie que la marchandise s^a coT^orme aux modèles ou échantillons cane-- ricains. An nioyen de cette avance, le fabricant, àssiuré d'un prompt débouché, se contentera d'un bénéfice moindre, et la &cilité que lui ac- corderont, nécessairement, ces capitaux étran- gers, fera que, très^probablement, il s'intéres- sera lui-même dans les opérations dont le succès serait peu douteux de cette manière» Comment d'ailleurs pouTons-nous espérer d'a- grandir nos affiiires en Amérique, si nos envois ne sont pas continus? Au Brésil, à Montevideo , à Buénos-Ajres , il se passe souvent trois, quatre et même six mois sans qu'il arrive un navire français * ; de manière que dans l'intervalle des arrivages, s'il existe quelques-uns des articles Êi- briqués par les autres nations, ils les écoulent nécessairement, quoique inférieurs, et les mar- v€ns sygtèiM de douanes, qui , en multipliant les restrictions , les pro- hibitions à Tinfini , met nécessairement des entraxes aux progrès des manufactures. 1 Ou bien, tout-à-coup, il apparaît à-la-fois quatre ou six navires du même port, se faisant la concurrence et encombrant les 'Hendtu d^articles qu*ils offrent au rabais, par la 'nécessité de faire les retours. Digitized byLjOOQlC — 572 -- chands et les oDnsommateiin s'huhituent k lenr usage; ce qui fiât qw les nôtres ne sont poinfc aussi recherchés quand ils amrent de noo^ean , et qu'enfin nous perdons la vente, parce qu'il n'y a^ pas eu d'envoi» successifii. Le remède à cet autare mal serait daas les dépôts cantitmeb^ bien a{çit>- yisionnës, bien assortis, moyemâint des avances au &faricant. Voilà pour la part des diligatioiis des anna- teurs; examinansmaintenanttbrièveaient, qa'dles peuvent être celleii du gowfememeiU et qud »s^ téréi puiss€mi il peut avoir à fisnrmîser notre com- merce dans. l'Amérique du Sud. On sait déjà que \Aménque a sur Xlnde l'avan- tage d'avoir fourni à l'Europe un commerce actif; elle a contribué plus que toute autre partie du monde à augmenter sa population , à accroître sa inchesse et à développer sa puissance, tout en recevant de l'Europe les germes féconds de la ci- vilisation, les lumières bienfesantes de sa religion et les prodiges de son industriel Mais c'est peu que tout cela , l'émancipation des anciennes co- lonies espagnoles et portugaises, leur constitution, I Voyez la Nouvelle Géographie de M. Adrien Balbi : du a en Amérique. Digitized byLjOOQlC — 573 ~ de fait et de droit , en Aats r^iMicains , doit exercer une bien antre influence sur les états monarchiques de l'Europe ! La décrépitude de de cdle-ci ne lui permet plus d'imposer des lois aux jeunes nations qui, à peine dani^Fâge de pu* berté, prétendent déjà paraître virUes... EOesne fondent plusieurs droits au respect des uatioiDsdu ▼ieux-monde, leur puissance politique^ sur Tap- pareilimposantde la/brce, trop souvent employée en guise de bonnes raisons par nos vieilles mo- narchies ; elles invoquent leur droit , et si leur droit est méconnu, eDes protestent haute- ment, à la face du ciel et delà terre, contre la violence qui leur est feite... Lliistmre enr^stre fidâement leurs protestations énergiques^ et le tems se charge de la vengeance ! Dès 1831 le gouvernement de Buénos-Ajres a déclaré formellement qu*ïl naccueillerait aucune cammunicaiion dipJontatique , ou commerciale , ds lapart dun n^ociateur qui se présenieraii à mainamtéef ousanslesformàUiésçouhiesparh droii des gens. » L'Angleterre et les États-Unis ont respecté cette déclaration! ils se sont em- pressés de reconnaître la validité des principes qui Font dictée, en fidsant, \e&premierSj un traité d^amihéj de ctnmnerce et de na$ngaHon avec la Digitized byLjOOQlC — 574 — République Argentine. Ils ont traité cette nation A' hier ayec la même dignité, les mêmes égards qu'ils eussent employés enyers la nation la plus bkisonnée la plus aristocraiisée par les siècles. Leur politique admirable ne s'est pas bornée à cette seule alliance, ils en ont &it aussi avec d'autres états républicains. La conséquence la plus immédiate de cette sage politique a été d acquérir un droit incon- testûbleklsL protection de leiir marine marcliande par la manne militaire. Les étrangers ayant un prétexte plausible pour se présenter à main armée dans les stations de l'Amérique du Sud, cekdàe veiller à Vexécution des traités y ces nations amies, que leur fiûblesse matérielle rend ombrageuses, ne se croient plus offensées de la présence des bàtimens de guerre. Mais qu'est-il arrivé de l'obstination du gou* yemement firançais à ne vouloir pas reconnaître ïindépendance des nouveaux États, ou à le fiiire tardivement? — On s'est aliéné peu-à-peu l'affec- tion, l'esprit sympathique de ces peuples; leurs gouvememens ont exercé des vexations envers les commercans français; des mesures arbitraires ont été adoptées envers nos compatriotes, et nos Digitized byLjOOQlC — 575 — considsf nos agens d'affaires n'ont rien pu dire, rien pu fiûre pour s'y opposer, ils n'ayaient pas comme les Anglais nn traité de 'commerce à irwo- 4pMer!.... Alors, nos officiers de marine militaire, obligés d mtervenir, ou l'ont fidt brutalement^ ou Font ùit maladroitement^ sauf quelques ex- ceptions, comme dans l'afiaire de VHerminie où nos agens diplomatiques ont montré de la dignité. Toutes ces mesures yiolentes , l'espèce de mépris qu'on paraissait affecter pour des peuples déjà aigris par leurs luttes intérieures, ont singulière* ment refix)idi le vif désir qu'ils pouvaient avoir de fiàire un traité d'alliance avec nous. M. Man- derille a vainement tenté de disposer les^ esprits à la sanction d'un acte si important pour le pro- grès de notre commerce à Buenos- Ayres; il n'a pu y réussir. — M. Vins de Pessac sera peut-être plus heureux. Quand une perspective de prospérité continue s'ouvre pour Mor^ei/ie, par les nouvelles cultures, la civilisation, les progrès mercantiles de l'Bgypte et d'Alger ; t. En 18S29, M. Cornette de Venancourt, à Tinstigation de M. Mandeville, brûla en une nuit tous les navires de guerre appartenant à la République Argentine! Digitized byLjOOQlC — 576 — Quant, aa contraîre^ celle du Bmnre est cée de âe rétrécir par le& pas gigiGintesque deFûi^ dusttk deê Nord- AméncaiiiSj yisaùL à s'afiBranchir de ce qu'îk appellent) à tort ou k taison, un frîbi^ â Pàrûnget; que nos cofomef ne foonii- ront pins un aliment il notre Davigation par le transport eHcombnmi des soctes. Quand Bordeaux a^touJi espoir de voir loigmeit- ter ses riches transactions avec les Indes-Orientales et le Mexique. — Ne deTÎent-il pas urgent pour le Hm^ de former de longue mèdn des rekiôons ami- cales avec les peu{des de f Amérique du Sud?.^. Ia nullité de leur industrie mamifacturière, les pro* grès, au contrairey de leur industrie agricole et pastorale, que noii^;ioiiPoiMeiic(>iroiU de transit. Les articles d'importation paient à leur débarquement la cinquième partie des droits qu'ils auraient k acquitter pour leur introduction dans la province. Les articles réembarqués paient deux pour cent sur les valeurs de la [)Iace. Digitized byLjOOQlC — 596 — On accorde vingt-cinq jours pour le débarquement et six mois pour la réexportation , qui se comptent l'un et l'autre depuis le jour de l'arrivée du navire. DrùU9 ^EœportaHan. Tous les produits de la province de Buénos-Ayres et de celles de l'intérieur qui ne sont point désignés ci-des- sous y paient 4 pour cent sur leur valeur de place. Les cuirs de chevaux. — Mules. — Vaches. — Bœu&et veaux mort-nés, une piastre chacun. Les viandes salées qui s'exportent sur navires natio- naux. — Les grains. — Vivres et biscuit. — Farine. — Laine et peaux de mouton. --< Toute peau corroyée.— Les ouvrages manufacturés du pays, ne paient aucun droit. L'or et l'argent, 1 pour cent. Ceux des droits ci-dessus qui se paient à la valeur, sont calculés d'après le prix des marchandises estimées par des personnes à ce qualifiées et assistées de deux négocians im- partiaux. Il existe un tarif où les articles sont plus dé- taillés. La marchandise est estimée , et les droits se perçoi- vent en monnaie courante de Buénos-Ayres , laquelle est en ce moment en piastres de papier et en réaux de cukrt. 8 réaux de cuivre valent une piastre papier; 7 piastres 3 réaux 1/2 papier , valaient, en juillet 1834, une pias- tre forte d'Espagne, et 120 piastres de papier équivalaient à une once d'or ou quadruple d'Espagne ; ce qui donnait à Digitized byLjOOQlC — 597 — la piastre papier une valeur de 69 cent. 16 centièmes de centime. ( L'once évaluée à 83 francs. ) La monnaie effective est de 17 piastres le quadruple d'or et de 8 réaux argent la piastre. Les comptes se tiennent en billets de banque nationale , qui sont la monnaie courante.^ Rapport des poids et mesures. La pesée de cuirs salés est de soixante livres, et celle de cuirs secs de trente-cinq livres. — Le quintal est de cent livres, ou quatre arrohas de vingt-cinq livres espagnoles. — Cent livres égalent cent quatre livres anglaises et quatre- vingt-douze françaises. — Cent vares égalent quatre-vingt douze jardes anglaises et soixante-douze aunes françaises. — Une vare contient trente-six pouces espagnols et trente- deux pouces français. — Il existe une différence de 3 pour cent entre la vare espagnole et celle de Buenos- Ayres. — - Le pied anglais est de 9 pour cent de plus que celui de Burgos, et le pied français de 15 pour cent. H. p. 274. FRAIS DE PORT A BUÉNOS-AYRES. A l'bntbée. Navires Étrangers. Nationaux et Anglais. P«. n. P». rx. Par tonneau 1 » Par tonneau. ...» 6 Visite de santé. ... 12 » Visite de santé. . . 6 » Règlement du port. . 1 x> Règlement de port. 1 j» Digitized byLjOOQlC — 598 — A LA 80AT1B. Par tonneau 1 j» Visite de santé ... 12 b Par tonneau. ...» 6 Visite de santé . . 6 » DroiU de rôle ... 12 • N. B, Les navires qui ne chargent ni déchargent ne paient que la moitié des dro'ls» et déplus la visite de santé à l'entrée et le certificat à la sortie. %l9* AddUion depuii le i^ août 1833. — Les navires qui entreront et sortiront de la rade intérieure , payeront 90 piastres de pilotage , ceux à trois mâts , et 50 pias- tres, ceux à deux mâts , quand même ils ne demande- raient point de pilote. TAHIP »B n&OTAOS Poor la rivière de la Plata. Depuis le cap Depniile cp Depuii Hn- de Ste- Marie Ste-lUri.«tle UfiU» ju- sssiî."'"- capStA.toiDe iuqa'à Bd<- noi-Ayrei. qa'i U£Me .M-Ajre. r. t. ». ». f. I. Tirant 20 p. de Burgos. 720 900 1140 19 600 780 1050 18 544) 660 960 17 480 570 840 16 430 480 750 15 360 420 660 U 300 360 570 13 240 270 m 12 » 210 240 4S0 11 D 180 210 360 10 » 150 180 300 Digitized byLjOOQlC — 599 — N. B, Tout navire tirant plus de dix pieds sera oblifé de prendre un pilote à la sortie , et dans le cas où il ne voudrait pas l'admettre , il paiera la moitié du pilotage désigné dans le , tarif ci-dessus. Il paiera de même la moitié du pilotage à l'entrée quand sur la proposition d'un pilote, et après la manifestation du tarif ci-dessus» il aura refusé de le recevoir à son bord. Prix deifreU en iSH' France 80 f. et 10 p. 0/0 par 900 kilog. Angleterre liv. st. 4 1/2 et 5 p. 0/0 par 2240 liv. RioJaneiro, 3 réaux et 5 p. 0/0 par quintal. Havane 7 réaux et 5 p. 0/0 par quintal. Méditerranée, ps. f. 17 et 10 p. 0/0 par 2000 liv. Les Etats-Unis , 3/4 cent et 5 p. 0/0 par livre. Pacifique, psf., 15 et 5 p. 0/0 pour 2000 livres. N. de l'Europe, liv. st. 5 et 5 p. 0/0 par 2240. MARCHANDISES DE GRANDE EXPORTATION A BUENOS- ATRES. Cuirs de bœuf, salés. Crin long. . » secs de 30 liv. a mélangé. D » de 28 » Cornes de bœuf. » ]> de 22 à 25 0 de Tache. D de cheval. Mules. » de veau mort-né. Viande salée. » de mouton avec laine. Plumes d'autruche. » de veau. D noire longue Peaux de loutre. D blanche. Digitized byLjOOQlC — 600 — Plumes courtes. Sel de Patagooie. 0 de chinchilla. Suif brut. Laine de mouton. » fondu. Peaux de vigogne. /. p. 375. Les Brésiliens ont enlevé à la Banda-Oriental, Ion de l'occupation injuste du territoire de cette république par leurs troupes , plus de 4»000,000 de têtes de bétail, qu'ils ont introduites dans la province de Rio-Grande, cominele constatent les registres de la firontière. Voici à cet égaid deux faits curieux : avant 1817, la aq^iùmerie géiiérdi ie Rio-Grande, appartenant au Brésil, n'avait que treiie établissemens de salaisons {duarquead(u) et maintenant elle en a plus de 2001 Avant l'occupation des Portugais, la Banda-Oriental abondait en troupeaux plus que tout autre province de TAmérique , maintenant les Brésiliens qui l'habitent sont forcés d'amener du bétail de leur territoire pour former des estaneias. {Esquineê Mêtoriques et tfolîM^.) K. p. 430. Les Brésiliens, habitans de la campagne, ne boivent jamais en mangeant. Après le repas, l'un des convives, à défaut d'esclave, va puiser de l'eau, avec une corne ( cMfre), dans un baril ou dans une source placés à proxi- mité de Fendroit où Ton mange; il boit d'abord, puis, remplissant la corne , il la présente à un autre convive qui, à son tour, doit la remplir et la faire passer à ub Digitized byLjOOQlC — 601 — autre. S'il y a des esclaves , ou des domestiques , ce sont eux qui remplissent la corne » dans laquelle ils boivent eux-mêmes. Cette coutume de boire seulement après avoir mangé , était générale parmi les tribus indiennes de tout le Brésil , du Paraguay et de Buenos- Ayres. L. p. 322. Les soldats en campagne , tant dans les provinces de la Plata que dans celles de Rio-grande , Santa-Catharina et Sa6-Paulo » sont à la fois fantassins et cavaliers ; c'est-A- dire que l'infanterie peut devenir cavalerie et mce-verêâ. Mais il est vrai d'ajouter que la eaoalerie, forcée de devenir infanterie^ n'est plus à redouter , car ces hommes qui ma- nient le cheval avec tant de dextérité , qui sont capables de tout brtioer à cheval , ne peuvent s'habituer à marcher et deviennent , à pied , les plus vils soldats du monde. Les soldats de cavalerie n'ont pas comme en Europe , un cheval à l'allure duquel ils s'habituent et qui devient bientôt docile par les manœuvres qu'on lui fait répéter souvent. Dans ces immenses plaines où les chevaux abon- dent y on en prend fort peu de soin , et l'habileté des ca- valiers [ginetee] a bientôt dressé un cheval à la manœuvre, queiqu indomptable quU soit. Un corps de cavalerie a tou- jours deux troupes de chevaux à sa disposition, celle qu'on monte» et celle qui est destinée aux relais; celle-ci est deux ou trois fois plus nombreuse que celle du corps de cavalerie; elle marche en avant. Quand on veut faire changer de cheval aux soldats , on rassemble les chevaux ëpars , on forme un cercle autour d eux , quelques soldats s'avancent un lazo à la main, des Digitized byLjOOQlC — 602 — officiers déûgnenl les chevaux qu'on doit enlacer, puis , à mesure que cette opération se fisit, chaque soldat vient, la bride et le mors en main , prendre le cheval qu'on lai a destiné. Il arrive qudqurfois , le général étant de bonne humeur, qu'on les laisse choisir au mflieu du roito. Cest souvent un cheval indompté, fiiisantdes sauts effirayans. donnant des ruades, se cabrant et mettant le désordre parmi la troupe ; mais le soldat , sans s'émouvoir , saute dessus, le fait galc^ier jusqu'à le Citigoer, le ramène, le fait manœuvrer avec les autres et ne lui donne de r^Kis que lorsqu'il se laisse guider sans impatience. Ce qu'il y a de curieux encore c'est que tous les che- vaux, quelque nombreux qu'ils soient, portent un nom caractéristique, et quoique beaucoup paraissent se res- sembler , il y a pourtant des différences de teintes dans le poil , des taches y une attitude , un regard particulier qui suffisent au gmêcho pour désigner et nommer son che- val au milieu d'une troupe de vingt mille autres. 11 y a plus , il le reconnaîtra à distance d'une lieue , et il dira , même en voyant des cavaliers poindre à liioriaon: celui-ci est un étranger , celui-là est un paiêano ( compatriote. ) M. p. 448. L'industrie des animaux parait croître en raison de la paresse et de la nonchalance des humains ; c'est ainsi que dans ces grandes contrées de l'Amérique du sud , où les hommes croupissent dans une apathie intolérable, des myriades d'abeilles , de fourmis , d'insectes de toute es- pèce se forment des habitations étonnantes par la bizarre- rie de leur structure , par leur grandeur et leur solidité , Digitized byLjOOQlC — 605 — eu égard à rextréme petitesse des êtres qui les construi- sent. Les pyramides d'Egypte , les tours de Babylone , les murailles de la Chine, les monumens de TAmérique cen- trale , ne sont rien en comparaison des édifices des four- mis I II m'est arrivé, la première fois que j'ai tu des plai- nes immenses couvertes de grandes buttes d'argile, hautes de trois , de cinq et même dix pieds, de croire que je me trouvais au milieu d'un camp d'Indiens; c'était tout sim- plement une république de fourmis I Combien de fois me suis-je arrêté, frappé d'admiration, en considérant Tordre , la régularité , l'industrie que dé- ploient ces atomes de la création pour parvenir à leur but, s'assurer une subsistance qu'eux auui paraissent condam- nés A gagner à la êuewr de leur froni!.... Qui pourrait voir avec indifférence , sans interroger sa rainm , une fonrmil- lière occupée tout entière à transporter, souvent k des distances considérables, les comestibles qui doivent com- poser l'approvisionnement d'hiver de cette nombreuse &- mille? Que d'harmonie I que de poésie 1 1 dans rette longue procession de molécules organisées transportant, sur une route frayée par elles au milieu des pierres, des broussail- les et de mille obstacles , les unes , des fragmens de pé- tales de roses, les autres , des lambeaux de parenchyme de feuilles de liseron , dix fois plus grands qu'elles , et les déposant , avec un ordre admirable, dans leurs souterrains, pour recommencer de nouveau !... N. p. 516. J'ai vu chez le docteur Hillebrand plus de trente espè- ces de bois utiles, tous de la colonie allemande ; il ne m'a Digitized byLjOOQlC — 604 — été possible d'en réunir que dix-huit échantillons , que M. Benjamin Delessert n'a pas jugés indignes de figurer dans son cabinet botanique. Je vais indiquer leurs noms bré- siliens et leurs propriétés connues. M. Aug. St-Hilairepouire peut-être les reconnaître et les rapporter à la classification scientifique. VIpèprHo ou noir, ïfyè branco ou blanc, et l'J^ propre- ment dit . sont des bois très-durables et d'une utilité géné- rale. Le Tajuba ressemble au citronnier ; il teint en jaune et s'emploie en ébénisterie à cause de sa légèreté et des beaux reflets de son vernis. La Ctmellaburra, la CatMa do brqo , la CanMînhaf sont des bois légers s'employant en menuiserie et en charpente. Le Gvaiabeira est un joli bois d'une teinte rose , à tex- ture lisse et compacte, un peu léger, très-propre à l'ébénis- terie. Le Cedro termMo ou rouge, le Ceiro fpranco ou blanc , sont des Cèdres d'Amérique dont on connaît déjà les qua- Utés. L'Uba est un bois à tissu serré» dur , pesant, très-dura- ble : propre au charronnage et à la construction des na- vires. Le Sobreji est un bois asseï joli , d'un blanc tirant sur le jaune et d'une utilité générale. VAtiçiea est brun , assez léger, recherché principale- ment pour la charpente. Le Canjerana est rouge, léger, d'un tissu poreux , mais cependant convenable à Tébénisterie à cause de sa cou- leur ; il reçoit d'ailleurs assez bien le vernis. Le Cabriuba improprement surnommé amarMa ( jaune )^ puisqu'il est d'une teinte grisâtre , est d'un excellent usage en charpente et en menuiserie. Digitized byLjOOQlC — 605 — VAnieira est jaune , veiné de noir, prenant très-bien le vernis y mais employé plutôt en charronnage et en char- pente qu'en ébénisterie à cause de sa pesanteur. Le Santa-RUa est encore un beau bois, propre à Tébé- nisterie. Son écorce fournit un tan très-estimé des tan- neurs. VAraçaj l'un des meilleurs bois d'ébénisterie est aussi recommandable par son écorce servant aux tanneurs , et par son fruit savoureux. Le Toauba, est un arbre de moyenne grandeur dont l'é- corce est un drastique très-fort, expérimenté par le doc- teur Hillebrand. Le Pmheiro (sapin araucaria) dont le fruit est appelé pinhao (prononcez pignaon) , a été décrit par Azara. J'en ai rapporté des graines qui ont très-bien développé leur germe singulier ; j'ai Tespoir de les voir croître dans plu- sieurs jardins des environs du Havre. J'aurais voulu donner un^aperçu des plantes phanéro- games, les plus communes, composant la flore de la pro- vince de Rio-Grande-du-sud; j'avais pour cela compté sur la complaisance de M. Guillemin , conservateur des col- lections botaniques de M. Delessert , mais ce travail labo- rieux n'a pu être prêt à tems ; je me contenterai de faire connaître les genres et les espèces de cryptogames rap- portés par moi et classés par le savant M. Bory de Saint- Vincent : FOUGERES. (Pterû Juss. Filices Smith). Anemaphyllitidis, Sw. Pterispedaiaf Lin. Anémia Hirsula, Sw. Pteris coUma, Raddî. »% Digitized byLjOOQlC — 606 — Anémia ftUva j Spr. BUehnum BroiUiense, Spr. PoUffodiumcrasiiiolium, Lin. BUehnuim OeddenUUe, Lin. Polypodwm oUies , Lin. CheiUmiei dmgaia, Sw. PUapeUif anffmtifolia , Humb. Ckeiiantes mierofieri$ , Sw. AtpiiÎMm cortoommi» Spr. Adkmthum cofittiuvenerii^ L. Aspiémm molle , Sw. Adianthum affine , Spr. D^fiarium]l^antagineum, Bory. MOUSSES {Politnchum Juss.: JMuict div. aut.) Brium iruncorum, Brid. Nékeera miâedata, Brid. Lona frtcAomy(rtan, Brid. Jun^ermonûi teot{^,Schreib. lêoiikeewim petUasHehum, Br. /un^amumitia cooiluftafa, Hook LICHENS (Usnea, Juss. Licheneœ Hof/). Hypochnus rubrocinctus, Per. Borrera kamtchoHcay Spr. /rà{ttim[esp. méconnaissab. ] Borrera thrulUtf Aeh. Cenomyce cinerea, Ach. I/imM strigosa, Pers. Pcsrmelia perkUa, Acb. CT^mea ««mtntMiay Bory. Parmelia caperata^ Ach. l/200 reis l'octave ( 1/8 d'once ou gros. ) Les droits de douane sont les mêmes dans la province de Rio-Grande que dans les antres provinces du Brésil ; c'est-à-dire 15 pour cent sur évaluation fixée par la Pauta, avec un pour cent d'accessoires. Il est £icile d'ailleurs deae procurer un tarifa Paris. A Porto-AIègre , les cuirs se vendent à la livre. Les plus légers pèsent 78 liv. ; les plus lourds 29 à 30 liv. ; et le poids commun est de 23 liv. ; mais à Rio-Grande, ils sont plus lourds , on peut même s'en procurer d'aussi beaux qu'à Buéoos-Ayres , en donnant des ordres à l'avance. — Le prix était , en juin 1834 , de 53 à 55 cent., la livre portugaise. Les ventes se £ont généralement au comptant » mais on ne doit calculer les rentrées intégrales que dans la courant de deux mois. L'usage des earreoÊMC (pavés) commence à s'introduire dans cette province. Il en a été apporté à Rio*Grande par YÉUêô de Saint-Malo et ils se sont vendus promptement. €e serait d'une bien grande ressource pour le Hai>re si cet article prenait là autant défaveur qu àBuénos-Ayres. Digitized byLjOOQlC — 611 — Pour la Dayigation de RioGrande ou de Porto-Alègre , comme pour celle de BoéDOs-Ayres , il faut des navires dont le tiranC d'eau n'excède par 10 a il pieds, ehargém hurd. Il &ut encore , si Ton tient à ne pas perdre de place dans l'arrimage^ que la cale ait 23 1/3 à 23 pieds de large, afin de pouvoir y placer deux longueurs de cuirs en tra- vers. Je vais donner un dernier conseil , par supplément à mes eontidératùmi sur l'état de notre commerce en Amé- rique: On se plaint beaucoup, avec raison , de la manière dont se font nos emballages, et en cela même , nous sommes contidérablsmmi arriérés; en voyant arriver un eolù de Pa- ris , on ne se douterait jamais qu'il sort de chez une grande nation, qui opérait naguères sa deuxième révolution glo- rieusel Ceux qui transmettent des ordres en fidiriques n'ont pu encore faire comprendre aux &bricans , ou aux eommii- sûmnaires chargés de l'emballage , que les eolù ne sont pas arrivés à leur destination quand ils ont débarqué à Rio , à Buénos-Ayres, à la Vera-Cruz ou à Valparaiso ; ils ont sou- vent un espace de cinquante , de cent , de deux cents , de cinq cents lieues à parcourir par terre , à travers des mon- tagnes, des marais fangeux ou des fleuves débordés; ils ont à passer alternativement d'une charrette , dans une étroite pirogue , ou dans un simple cuir, delà sur le dos des mules , ou sur la tète des hommes, ou sur des bran- cards.... Il faut donc qu'à la zoUdité, les caisses ou colis , joignent encore le mérite d'être portatifs et d'un arrimage facile , quelque soit le moyen de transport employé. Il y a déjà un siècle que les Anglais ont compris cela. 11 faudrait donc que les étoffes fussent pliéés en long Digitized byLjOOQlC — 612 — pour faciliter les emballages et les transports. Il faodrait encore que les pièces fussent iouUs égàUs , d'une même mesure , non pas en otnies (encore moins en firaeÉûmt Jt au- nes, comme il arrive maladroitement à nos fabricau routiniers) mais en yarda$ (yards Anglais) mesure adop- tée dans toute l'Amérique*. Ceci s'entend desétoflfesde laine et de coton ; car les soieries doivent être mesurées ea awnes'y mais tocyours d'un aunage égal et sans fractions. De cette manière , les pièces se trouvant toutes d'une ma- sure égale , toutes pliées en long et les caisses contenant toutes le même nombre de pièces , avec la carte d'édian- tillons au-dessus, il est clair qu'on obtient déjà le grand avantage d'être expédié promptement en douane , et d'y pouvoir vendre si cela convient. Ensuite on satisfiiit l'a- cheteur , qui voit d'un seul coup-d'œil , sans être . forcé de £iireun calcul minutieux y quelle peut être l'importance d'une facture. Enfin en expédiant des caisses solides, de petite dimension, plutôt, tondues que larges, on rend on véritable service aux négocians de l'intérieur, en leur procurant les moyens de transporter avec beaucoup plus de facilité et d'économie , des marcbandises qu'ils hésitent souvent à acheter , à cause de la difficulté du transport. Et d'ailleurs on donne une plus haute idée de la sagacité de nos fabricans ou de nos commissionnaires en mati^ d'emballage. * dOO yards équivalent k 78 i/4 aunes. 100 aunes équivalent k 12S yards. Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC f / ! I / > Digitized by vjOOQIC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC TABLE. Introduction , Départ du de la PI Le Rio de Monté vidé La Banda- CHAPITRE V. Revue chronologique des évènemens si la Banda-Oriental, depuis la découv( 1834 /^«T A V^VPV^Vk'n «TV Départ de en rade ( cette vill( Digitized byLjOOQlC — 616 — CHAPITRE Vn. BuÉNOs-ÀYUts. — Description de la viU«. — Ses édi- fices publics et particuliers. — Sa population. . • 137 CHAPITRE VUI. Buénos-Atbbs. — LaBoca. — Barracas. — Les Pam- pas.— Suite de la description de la ville 173 CHAPITRE IX. Buenos- Atees. — Police. — Gouvernement 197 CHAPITRE X. Buknos-Atrbs. — ^Etatsocial.-r Mœurs. — Coutumes. 233 CHAPITRE XI. Buenos- Atbbs. — Industrie. — Commerce. — Na- vigation 263 CHAPITRE Xn. Hevue chronologique des événemens survenus à Bué- nos-Ayres , depuis sa fondation jusqu'en 1835 . . 279 CHAPITRE Xni. Ubuguay. — Ile de Martin-Garcia. — La colonia del Sacramento. — Las Vacas. — Las Higueritas. — Las Vivoras. — Santo-Domingo-Soriano. — El Gualeguay-chu. — El riocon-de-las-GalIinas. . • 295 Digitized byLjOOQlC — 617 — CHAPITRE XIV. Ukdgday. — Paysandu. — La Calera-de-Barquin. — ElSalto 311 CHAPITRE XV. U - ^j%M.mM-M^\fmj%H9 Ajvo vtii^/mvKa* nés Missions. — Départ pour l'intérieur. — La Guaïaraça. — Alegreté. — Le Boqueron de Santia- go.— Cima-da-Serra. — ^Le Jaguary. — Le Toropy. — L'Ibicuy-Miri. — Santa-Haria-da-Serra. — Saô- Martinho. — Cassa-Pava. — Arrivée au Jacuy . . 391 CHAPITRE XVn. Intêbieur de Sao-Pedro. — Le Jacuy. — La Ca- cheira. — Le Butucarahy. — La Cniz-Alta. — Rio-Pardo. — Le Jacuy jusqu'à Porto- Alègre . . 441 CHAPITRE XVIII. Porto-Albgrb. — Description physique et politique. 473 CHAPITRE XIX. ENVIRONS DE PoRTO-AlÈGRB. — Db LA PROVINGE EN GÉ- Digitized byLjOOQlC — 618 — NiAAL. — Capella-do*ViaDioii.— La colonie alle- mand de Sa6-Leopoldo.— La Lagoa dos Patos. — Riofirande oa Saô-Pédro. — Sa64o8é. — Sa6- Francifico de Paida. — Province en g^iéral. . . 605 CoNSiBÉEATiONS guF Félat du eommerce français à l'extérieur , et principalement au Brésil et au Rio de laPlata. — Etat de notre commerce extériem*. — Causes contraires à ses progrès. — Moyens (tto- pres à lui donner un nouvel essor 539 Notes 581 Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC Digitized byLjOOQlC tfrrota. Page 22, ligne 21, listx : Saô-Pedro. — â3, — 47, Uses : des Brioschi. — 43, — 18, {m0x .* les addes , les fruits juteux etc. — 48, — 5, lises : pat une biiaiTe disposition de nuages. — id. — 24, lises : Paridité disparaît. — 73, — 4, lises : arroyo de Solis. ^ 85, — il, lises : ou des nuages de poussière salissent tout dans l'intérieur des maisons , on des doaques affectent Podorat. — 87, — 23, lises : est évaluée à 15,000 âmes. — 93, — 26, lises : Tacwtrembo, — 96, — 6, lises : si je dois en juger. — 97, — 13, lises : ainsi que les vents de nord et de nord- ouest. — 101, -*- 4, lises : San-Carlos. — id., — 13, lisez : quelques ranchos. — 112, — 6, lises : bourg de Mercedes. — id., — 18, lisez : elle évacua le pays. — 125, — 19, lises : el practieo. _ 139, <_ 4^ lises : el Fuerté, el CaHldo. — 142, — 27, lises : guerra de recursos. — 163, — 2, lises : et du paso de Burgos. — 161, — 21, lises : M. Cadmio Ferraris. — 235, — 27, lises : en gros et en détail. — 243, — 13, lises : Montevideo. — 267, — 12, lises : Quinoa et de yuyo Colorado. — 269, — 24, lisez : faire le tassao. — id., — 25, Zi«0£ .' langue quichua. — id., — 26, lises : corrompu de Chharqui. — 273, — 25, lises : Bermejo. — 302, — 20, lises : à dix lieues de las Higuéritas. — 305, — 6, lises : jusqu*à VA rénal. — 314, — 25, Usez : et Valcaldia. — 317, — 4, lisez : Paysandu est le chef-Ueu d'un des neuf départemens. — 323, — 18, lisez : sur Tépaule gauche. Digitized byLjOOQlC 330, — 24, lisez : d'animanx antèdiluTiens. 333, — 24, liseM : de U classe des aqua^ûfères. 334, — 6, liêêM : Le Yataï est etc. id., — 9, 2m0s .* Le Garoiidaï. id., — 29, liseg : fonné par contraction. 337, — 15, lisêz: El Tigre (le Jaguar. ) 339, — 27, Usez : le jacana commun. 345, -^ i, lisez : islas del herrero ^. id., — - 15, lisez : {caemarynchos nudicollis). 349, — 17, lisez : les gallinacés. 360, — 3, lisez : des gallinacés. 362, — 15, lisez : En sortant de chez lui nous vîmes etc. 375, — 24, lisez : J. 382, — 28, lisez : genre tatou. 387, — 25, lisez : { Crotophague^major ) . 388, — 11, lisez : dairiére escarpée. 406, — 24, lisez : des géoles , rognons cristallins etc. 414, — 19, lisez : sur une colline 415, — 6, lisez : Quant aux jeunes mAles de moins de don ans , ils variaient en couleur depuis le brun jas