This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project to make the world's books discoverable online.
It bas survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.
Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the publisher to a library and finally to y ou.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying.
We also ask that y ou:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web
at http : //books . google . com/|
Digitized byLjOOQlC
SA Sl.^*l^"i«
fiiDfVJ "hi
DX)lMÏJX)i^ imD k\i
0/
Î.K
#
♦v
Digitized byLjOOQlC
I
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
i.
Digitized byLjOOQlC
Vo^u^t,
Digitized byLjOOQlC
Tous les exemplairei non tref>étui de la signature de V Auteur^ seront saisis.
« Qmoonqiie a iMSucoup me « Peut aToir beaucoup retenu. » Là FoNTiniB.
« Gnriosity is a permanent and certain « Gharacteristic of a vigerous intellect. »
JOHNSOir.
Digitized byLjOOQlC
y
\
V ' M. ^M. ï^ \. ^ «r.^
O^
•^' - •! , u iX
•tit'. .TU eu
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
G)
YOYAGE
ET
A PORTO-ALEGRE ,
El, zaB MISSZOV8 vnawLVOVAr ZT AA VaOTIHOX i>x azo-OHAjn>B>a>o-sitt.
(de 1830 A 1834.)
SaiTi de
CONSIDÉRATIONS
Sur Tétat dn Oommeroe Français à reactérieur, et prinopalement an Brésil et an Rio-de-la-Plata.
(Z)édté au GomuMXCfi (kt ^yomfte.
PAR ARSÈlfB ISABELLE.
HAVRE.
mpanoERiB de j. moulent, place de la gombbie.
1835.
Digitized byLjOOQlC
.<"
n^
Digitized byLjOOQlC
31 i9le06mir9
COMPOSANT LE «.'OlUMI-RCE DU HAVRE.
ctinteut,
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
INTRODUCTION.
J'ai toujours eu un penchant irrésistible pour les Yoyages, aussi j'en ai dévoré un grand nom- bre, à commencer par les Gulli^rs traifels jus- qu'au Voyage pittoresque autour du Monde.
Digitized byLjOOQlC
Ces lectures ne pouvaient manquer de faire naître en moi le désir de voyager : notez en outre que je suis curieux à l'excès !,,..
Je faisais ces aveux naïfs à Fun de nos sa- vaus les plus spirituels qui a fait une étude approfondie de la phrœnologie et de la pliy- siognomonie , ces sciences si célèbres des Gall , des Lavater et des Porta. — Il me répondit en souriant : « Je n'avais pas besoin de cette confidence pour connaître vos penchans et la prédominance de votre esprit ; lors-même que vous voudriez dissimuler, vous avez trois bosses au front qui vous trahii*aient. » — Je partis , bien involontairement d'un éclat de rire; mais le savant phrœnologiste , sans se déconcerter, reprit avec plus de sérieux. — « Ce n'est point une plaisanterie! Vous avez, d'abord, la bosse de IjBi mémoire des faits, de la curiosité et de l'aptitude à vous instruire; puis celles de la mémoire des lieux, de l'amour des voyages et du changement. Ce sont des proéminences qui indiquent , à ne pas s'y méprendi'e, le siège et la prédominance des différentes facultés et aptitudes de votre esprit. J'ajouterai qu'elles vous tyranisent, qu'elles exercent une influence in^ésistible sur votre volonté et qu'il était écrit
Digitized byLjOOQlC
— s —
là , dans les replis de votre cerveau , et non dans le Ciel , que vous voyageriez. » — Vous croyez donc au système du docteur Gall?.... — Certes j'y crois ! et comment n'y croirais- je pas ? puisque les aveux que vous venez de me Élire viennent confirmei* l'opinion quç je m'étais formée de vous ?... Allez, vous êtes une colonne vivante ajoutée au monument de la gloire de Gall * ! »
Donc je suis né curieux et cette curiosité m'a porté à voyager. Comme on paraissait me Élire un crime de cette prédominance de mon esprit, je voulus en avoir la conscience nette ; je me mis k rechercher quelle avait été To- pinion des philosophes et des moralistes sur ce point : j'avoue que je lus peu flatte de cette pensée de Pascal : (( La curiosité nest que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. » — C'est je crois une sentence qui manque de justesse , une définition trop abso- lue ; elle est en désaccord avec la raison et la tendance de l'esprit humain; et, d'ailleurs, ne doit-on pas distinguer les penchans qui viennent de la nature, de ceux qui viennent de l'opinion ?
» Vo^pz la noie A.
Digitized byLjOOQlC
— 6 —
Pascal, ou a feint de l'ignorer, ce qui serait une perfidie » ou ne le savait pas, ce qui serait par- donnable. Rousseau vint rétablir le cahne d%DS mon âme , en donnant un but plus noble à la passion qui me dominait; au livre m d'Emile je trouvai ce baume consolateur :
(c II est une ardeur de savoir qui n'est fondée que sur le désir d'être estimé savant; mais il en est une autre qui naù d'une curiosité naturelle pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de loin. Le désir inné du Uen-être, l'impossibi- lité de contenter pleinement ce désir, lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité; principe naturel au coeur humain, mais dont le développement ne se ^t qu'en pi'oportion de nos passions et de nos lumières. »
Le philosophe de Genève a peut-être inspiré sou digne ami Bemardin-de-Saint-Pierre , lors- que celui-ci a dit dans ses Dialogues philosophi- ques :
<c La vérité, qui agrandit et fortifie Tâme, excite en nous cette curiosité naturelle qui nous porte à tout connaître , à tout entreprendre et
Digitized byLjOOQlC
ii tout oser ; elle est un besoin pour le cœur humain. »
Mais certes il ne doit pas avoir exercé d'in fluence sur l'esprit du docteur Johnson , exceUent moraliste; or, voici ce qu'on lit dans Rambler :
n Guriosity is oneof the permanent and certain « characteristics of a vigorous intellect. Every « advance into knowledge opens new prospects « and produces new incitments to further pro- cc gress. »
» La curiosité est un des signes certains et permanens d'une vigoureuse intelligence. Cha- que pas que l'on fait dans les connaissances ouvre de nouvelles vues et produit de nouveaux encoiiragemens à de plus grands progrès. »
Verf ivell ! m'écriai-Je, ceci soulage diablement ma conscience ! Voilà des autorités assez respec- tables pour moi et irrécusables pour d'autres ; cela me suffit. Allons il faut voyager, voir par moi-même , voir beaucoup ;
Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu.
Digitized byLjOOQlC
— 8 —
SI ma curiosité ne se satisiait pas, mon âme, du moins, se fortifiera par l'adversité.
Convaincu de plus en plus de Futilité des voya- ges, persuadé avec J.-J. Rousseau et avec M. le comte de Laborde qu'ils sont un très-puissant moyen de perfectionner notre éducation, de dé- velopper notre intelligence , je me suis dit , comme Usbeck des Lettres Persanes : « Nous sommes nés dans mi pays florissant , mais nous n'avons pas cru que ses bornes fiissent celles de nos connaissances et que la lumière orientale dût seule nous éclairer. »
Je choisis alors pour satisfaire mon ardente curiosité , l'ancienne vice-royauté de Buénos- Ayres , d'où se sont formées, depuis Témancipa- tion, la confédération du Rio-de-la-Plata , qui compte plus de républiques que la vice-royauté ne comptait de provinces; la Banda-Oriental ou république de l'Uruguay , appelée aussi Cisr Platina par les Brésiliens, qui en avaient fait une province de leur empire ; la république de Bolivia, formée des provinces du Haut-Pérou, et enfin le Paraguay, formant un état tout particulier, soumis au pouvoir ^iclatorial d'un chef bizarre.
Digitized byLjOOQlC
— 9 —
Le lustre que jetaient au loin les aimes trîom^ phantes de ces intrépides républicains pendant les guerres de leur indépendance, et surtout la sagesse tantj prônée^ de leurs législateurs , joints au désir que j'ayais de tirer parti de quel- ques ÊûUes connaissances en histoire naturelle, me faisaient souhaiter de ^! connaître ces vastes contrées, déjà parcoiuaies,^il est vrai, mais a des époques reculées. Il s'agissait d'explorer les 745,000 miUes carrés de superficie compris en- tre les Andes du Chili, Bolivia, le grand pays du Chaco, le Paraguay , le Brésil et TOcéan-At- lantique, jusqu'au détroit de Magellan.
Quand je me disposai à partir, vers la fin de
i8S9, le gouvernement de Buenos- Ayres ve- nait de fiore la paix avec celui du Brésil. Les
armées victorieuses de la république argen- tine étaient rentrées dans leur patrie, et les différens corps distribués dans les provinces res- pectives. On espérait que , libres d'ennemis à l'extérieur, tous ces peuples allaient enfin travail- ler activement et d'un commun accord à leur constitution politique, jusqu'alors éludée par dif- férens motifs. Une nouvelle révolution avait éclaté , il est vrai , à Buénos-Ayres même , à la fin de 1828; mais le chef militaire qui l'avait di-
Digitized byLjOOQlC
— 10 —
rigée ayant été Yaincu par les milices de la cank- pagne, tout paraissait devoir rentrer dans Tordre. Je fis nies préparatiÊ sans aucune crainte.
Mon itinéraire était tracé ainsi : je deyai^ d'a- bord débarquer à Buénos-Ayres, puis me rendre de suite, par terre, à M^idoza, au pied de la Cordillera des Andes, où j'avais un ami dévoué '. Mon intention étant de visiter toutes les provin- ces du Rio-de-la Plata , je voulais commencer par le versant oriental des Andes^ qui comprend cel- les de Mendoza ou de Cuyo, de San- Juan, la Rioja, Salta, Jujui et Catamarca; m'arréter au Tucuman .' , lequel mérite un examen plus long^ par la variété de ses productions naturelles, puis, redescendre par Santiago-del-Estero , Cor- dova et Santa-Fé ; de là remo^te^ le majestueux Parana, principal affluent de la Plata, jusqu'aux frontières du dietarorat du Paraguay, en visitant l'Entre-Rios et Corrientes; traverser cette der- nière province, ainsi que les anciennes Missions
( Anatole de Ch y, jeune homme dont la bravoure héi-oïque eC
son enthousiasme pour la bonne cause, (devenus trop célèbres dansées provinces), excitèrent Tanimosité du féroce et farouclie Quiruga. C'est un terrible exemple pour les étrangers qui seraient tentés de rimiter dans un pays qui n'est pas le leur.
s Pi-ononcez Toncoumann.
Digitized byLjOOQlC
— n —
pour me rendre à la Banda Oriental, que je de- vais parcourir jusqu'à Mantévideo. De cette capi- tale \e pensais me rendre par mer à la càte de Patagonie, et, de ce point intéressant, revenir k Baénas*Ayres par l'intérieur de sa province.
' Cet itinéraire formait, comme on le voit, un plan d'exjdoration assez vaste, hérissé de plu$ d'une difficulté, sans compter les danger^, lea privations, les &tigues extrêmes qui, suivant le$ romantiques, font tout le charme d'un voyage; je croyais avoir tout calculé, tout prévu (j'étais à Fàge où Ton ne doute de rien), et puis j'espé*
rais décider mon brave ami de Ch y à m'ac-
compagner.
Voulant Êdre une collection complète des pro- ductions naturelles de toutes les contrées que je parcourrais, je m'étais pourvu d'armes excellentes, de munitions, d'instrumens nécessaires, tant à la chasse qu'à la préparation des animaux, de dro- gues pour leur conservation, d'étoupe pour les bourrer , de papier et d'une coquette ' pour sé- cher les plantes, etc., etc. ; jusqu'à des yeux d'é- mail, afin de reproduire avec plus d'exactitude
1 Presse A herbier, intentée par M. Coquet.
Digitized byLjOOQlC
— 12 —
la couleur des yeux des animaux. J'avais, pour m'aider, emmené à mes firais un jeune 'prépara- teur assez babile « , qui s était engagé par contrat à m'accon^agner partout, moyennant un double de mes collections. Devant aussi fiiire des obser- vations météorologiques et déterminer la hauteur de quelques points importans sous le double rap- port géographique et géologique , j'emportais un baromètre, un thermomètre, un hygromètre, une boussole à méridien et une montre à secon- des. J'étais aussi pourvu des meilleurs ouvrages d'histoire naturelle et d'autres livres non moins utiles à consulter.
Jusque-là tout était pour le mieux; je pouvais me bercer de l'espoir assez flatteur d'enrichir le domaine des sciences naturelles, sinon d'obser- vations bien importantes (à cause de mes trop faibles connaissances), du moins de collections préparées et conservées avec un soin tout parti- culier.
Ce voyage aventureux se faisant à mes frais, je dus emporter les fonds dont je supposais avoir besoin pendant une absence de quatre à cinq ans;
t Eugène Gamblin , dit S^irnson , fiU d'un préparateur bien connu au Havre.
Digitized byLjOOQlC
— 13 —
mais au lieu de convertir ces fonds en onces d'or, (quadruples, doublons), ou en piastres (gourdes, doUars), je commis la &ute grave de faire une pacotille de marchandises, assez convenables à la vérité, pour l'intérieur des Provinces-Unies, mais détestables pour Buénos-Ayres*
Or, il arriva que , quand je débarquai à Buenos* Ayres, en mars 1830, la guerre civile venait d'é- clater de nouveau, et l'anarchie la plus complète étant sur le point de régner dans les provinces- Unies, toute communication devenait impossible.
Force me fiit de chercher à vendre cette mal- heureuse pacotille qui ne convenait nullement à Buénos-Ayres. D n'y avait rien à gagner à atten- dre , me disait-on. — J'eus la bonhommie de le croh'e. — Je vendis. Quand je vins à compter avec mon hâte , après avoir payé fret , droits dédouane, commissions, magasinage, etc., etc., je me trouvai avoir un déficit de cinquante pour cent! — Que £iire? impossibilité absolue de rejoindi^e mon ami, quoiqu'il me pressât de prendre la poste; impossibilité de parcourir même la seule province de Buénos-Ayres , tant la
campagne était insurgée Devais-je revenir
en France sans connaître même la ville où
Digitized byLjOOQlC
— n ~
je me trmiyais , sans avoir appris l'idiome de ses habitais , après être venu perdre la moitié
de mon patrimoine? J avoue que cela me
parut trop bête! Je ne pus m'y résoudre. Jai- mai mieux chercher à former un établissement industriel , susceptible de me récupérer en quel- ques années des pertes que je venais d'éprouver, ce qui me permettrait encore , la tranquillité survenant dans la république, de donner suite à mon premier projet.
J'avais eu la précaution , bonne ou mauvaise , de me munir à mon départ de France , d'une nouvelle méthode chimique poiu» fondre les suife en branche et les rendre propres à la confec- tion d'une chandelle supérieure à celle qui se oblique communémesct , en ce qu'elle est plus blanche, qu'elle a plus de consistance, ne porte point d'odeur et ne &it aucime fiunée en 'brûlant. Mais c'était surtout de la tonte des sui& et de leur épuration que j'attendais le meil- leur résultat , espérant déterminer le commerce à tourner ses vues vers cette branche assez importante d'exportation.
Un grand obstacle se présentait : les acides suUurique et nitrique , disant la base du tra-
Digitized byLjOOQlC
— 15 —
yail^ manquaient totalement sur place ; il ftUait les &ire Tenir d'Europe ; cela demandait du tenips et des capitaux plu^ oonsidërables que ceux qui étaieiit alors à ma disposition. Je pro- posai à un jeune homme Allemand , M. J. P.... de Lubedk. , yenu par la voie de France y en même temps que moi , et avec lequel je m'étais lié assez intimement , de former une associa- tion pour l'exploitation d'un établissement tel que j'en avais conçu le plan. Il entra dans n&es Yues, approuva mes projets et se chargea im- médiatemeiit defiûre Tenir d'Angleterre une cer- taine quantité d'acides; j'écrivis aussi en France dans le même but.
Ayant à redouter la concurrence dans un genre d'industrie qui demandait de fortes avan- ces de fonds , je me hasardai à solliciter du gou- Tcmement de Buenos- Ayres un privilège de cinq ans pour avoir introduit , le premier^ dans la ré^ pùMique Argentine, une méthode de fonte ca- pable de fournir de nouveaux débouchés au pay s^ en ofifrant aux spéculateurs, ainsi qu'à l'exporta- tion, des sui& infiniment supérieurs à ceiïx mani- pulés jusqu'alors; avantage trop peu senti par le ministre de l'intérieur, qui ne répondit pas à ma pétition , bien qu'elle fût suffisamment forte en
Digitized byLjOOQlC
— 16 — raisons et qu elle eiit été appuyée par l'un des citoyens les plus considérables. D est vrai que ma demande était en opposition avec les principes du gouvernement républicain ; mais les principes ne peuvent-ils pas être n&odi(iés quand il s'agit d'un intérêt général, d'une innovation utile au pays?
Sans attendre cette réponse, nous nous occu- pâmes de chercher un local. (Première Êiute.) Lie hasard fit qu'un &bricant français, voulant s'en aller, offrit de nous vendre le sien , placé au cen- tre de la ville : bien que fort peu convenable pour une grande usine, la position du local prévalut à nos yeux ; nous traitâmes de la &brique de mon compatriote dans r état où elle se trouvait, c'est-à- dire en très-mauvais état. (Deuxième &ute.)
Ces détails paraîtront au moins inutiles au plus grand nombre de mes lecteurs, je le conçois assez; cependant je dois les donner, ils ont leur portée. Du reste , qu'on se rassure, je n'entrerai pas dans le détail minutieux des difficultés sans nombre que j'eus à vaincre en exerçant une industrie toute nouvelle pour moi, dans un pays dont j'ignorais encore et l'idiome et les habitudes. Qu'il sufiise de savoir que je travaillais autant que les
Digitized byLjOOQlC
— 17 —
nègres que j'employais, que je m'imposai de dures privations y et tout cela pour ne pas réussir. Bien des causes y contribuèrent sans doute, et l'énu- mëration de ces causes dont Fétat déplorable de Buénos-Ayres à l'époque où j'y étais ( indépen- damment de mon inexpérience), est une des plus puissantes, suffirait pour former un yolume qui ne serait peut-être pas sans intérêt, du moins pour les personnes qui voudraient tenter de sem- blables, ou tout autre entreprise dans les ancien- nes colonies espagnoles.
Bref, je conservai pendant trois ans mon établissement, que je montai sur un trop grand pied (troisième et plus grande £àute , commune aux étrangers nouvellement débarqués); il ne cessa pas de marcher avec activité. Je &briquaisà la fois, en grande quantité ' , du savon, de la chan- delle moulée , de la chandelle plongée, dite i^ela delpcpys, et je fondais du suif pour l'exportation. Je changeai deux fois d'associés durant le cours de cette période industrielle; ce furent hélas! et bien involontairement, autant de compagnons d'infortune. Enfin , comme la lampe qui manque d'huile s'éteint nécessairement, de même ma fa-
• Pendant Vliiver de '1832 je fabriquais et vendais journellement douze quintaux d ' ctiandelle.
Digitized byLjOOQlC
— 18 —
brique cessa de marcher quand les capitaux et les sui& manquèrent. Nous liquidâmes et je son- geai à retourner dans ma patrie où il s'était opéré, en quatre ans , autant de révolutions dans ma famille que dans le gouvernement.
Il m'en coûtait beaucoup d'abandonner mes projets de voyage, mais il devenait désormais impossible d'y donner suite : mes moyens pécu- niaires ne me le permettaient plus; mon brave
ami de Ch y avait été victime des guerres civiles
de rintériem' ; tout s'y opposait. Pom'tant je pou- vais tirer quelqu' avantage de ma fâcheuse posi- tion puisque je m'étais trouvé en rapport, en contact direct avec toutes les classes de la société ; principalement avec ce qu on appelle la hcisse classe^ qui est la plus nombreuse partout, celle qui fournit au caractère national les nuances les plus tranchantes. Tavais aussi appris la belle langue castillane ; je m'étais familiarisé avec le caractère rusé, ombrageux et défiant de l'habi- tant ; le préparateur amené à mes frais se trou- vait encore là, et mon goût pour l'histoire naturelle, étude si douce, qui console si bien des peines du coeur et de l'âme, n'avait fiât qu'aug- menter à la vue d'une foule d'objets nouveaux et d'organisations bizarres : il me vintTidée d'em-
Digitized byLjOOQlC
— 19 —
ployer mes faibles ressources à parcourir un point de ces contrées beaucoup plus resserré que le premier, mais non moins intéressant puisqu'il m'a fourni l'occasion d'établir une sotte de paral- lèle entre le caractère brésilien , celui des Orien- talistes * et des Argentins , en même temps qu'il m'a mis k même de faire mieux connaître quel- ques-unes des productions naturelles de ces pa- rages.
Occupé depuis mon retour à mettre en ordre mes nombreuses notes , j'ai toujoin^ eu en vue d'en foire profiter mes compatriotes et principa- lement le Commerce du Havre, qui par son heu reuse position et son extension , parait avoir un intérêt plus direct à bien connaître des lieux des- tinés peut-être à augmenter beaucoup sa prospé- rité. Les préjugés que bien des personnes conser- vent encore k l'égard des livres qui s'impriment en province y l'espèce de dédain avec lequel on les regarde, m'ont fait hésiter quelque temps pour la publication du mien ; mais des considé- rations d'un ordre plus élevé ont prévalu k mes yeux; mon intérêt privé a cédé au désir d'en- courager une presse qui fait honneur au Havre.
1 Oïl sait déjà quo ce nom est applitiiit' aiiv habilaiis de la Baiida- Orinilal, ou répuhliqiir de ITniîriia> .
Digitized byLjOOQlC
— 20 — Ce petit ouvrage , on le reconnaîtra tout de suite, n est point une œuvre littéraire digne de fixer l'attention des savans, ni même des amateurs du merveilleux ; c'est un exposé simple et naïf, de ce qu'un simple voyageur a vu et observé avec toute la simplicité qui le caractérise. Ce qu'il a vu lui a suggéré quelques réflexions philoso- phiques, sentimentales, politiques et morales, qui naissent naturellement de Tétatde choses observé : ce sont ces observations et ces réflexions, que j'offi*e aujourd'hui à l'indulgence et non à la cri- tique de mes concitoyens.
Le désappointement, les pertes énormes éprou- vées par beaucoup d'étrangers, de français par- ticulièrement, qui s'étaient ou auxquels on avait exagéré l'importance de ces pays m'ont frappé vivement; trompé moi même à cet égard aussi halourdement que d'autres, j'ai résolu de &ire un sacrifice d'amour-propre en publiant les ren- sçignemens que j avais acquis à mis costUlas.
Cinq années passées dans les anciennes co- lonies espagnoles et portugaises m'ont suffi- samment mis à même de juger de l'infério- rité du commerce fi*ançais , comparativement à celui des autres nations maritimes : c'est là qu'il
Digitized byLjOOQlC
— 2f —
fiiut se dépouiller malgré soi de toute yanité, de toute prévention nationale, de tout préjugé vul- gaire et convenir de ce qui est palpable.
Affecté désagréablement par ce qui m'a frappé dans le cours de mon voyage^ je dis franchement ce que f en pense au risque de blesser un peu la susceptibilité nationale ; mais, fort de ma cons- cience et du désir d'être utile , si je suis blâmé , si' je suis critiqué avec trop d'amertume, il me restera la douce conscdation de pouvoir dire avec Voltaire : a Mon amour pour ma patrie ne ma jamais fermé lesyeux sur le mérite des étrangers, au contraire, plus je suis bon citoyen plus je cher- che à enrichir mon pays des trésors qui ne sont pas nés dans son sein. » Ou bien encore avec l'in- flexible Raynal : « Puisse ma main se dessécher , s'il arrivait que, par une prédilection qui n'est que trop commune je m'en imposasse à moi-même et aux autres, sur les fôutes de ma naiîoB. »
11 Êiut convenir d'une triste vérité ; c'est que le géve du commerce est un de ces trésors, dont parle Voltaire , qui n'est pas encore naturalisé chez nous et, certes, on ne doit s'en prendre qu'aux &utes auxquelles Raynal fait allusion.
Digitized byLjOOQlC
^'M
Je iw suis attaché à faire counaitre Fétat ac- tuel des lieux que j'ai visités. J'ai dû cependant jeter un coup*d'ûeil rapide sur leur origine , sur l'état de leur prospérité à l'époque de la domina- tion espagnole et portugaise ; mais, les détails des vicissitudes, des guerres de la conquête , de l'é- tablissement des premières colonies se trouvant développés longuement dans les nombreux ou- vrages publiés sur le Brésil et le Paraguay, no- tamment dans CharhiKHx, Souihey j Félix de Axara , Funes , Raynal , Mawe , Andrews , Headj etc. je me suis contenté d'emprunter à ces auteurs quelques dates, quelques détails his- toriques indispensables , et le bel ouvrage de M. Alcide d'Orbigny m'a fourni les noms scien- tifiques de quelques productions naturelles.
Dans tout ce qu'on a publié sur le Brésil, je n'ai rien vu qui fut susceptible d'attirer l'atten- tion des Européens, et surtout des Français, sur l'importance de la province de Rio-Grande-do- Sul , ou de Sao-Pet'ro. M. Auguste Saint-Hilaire, savant et très- judicieux voyageui', en a donné une esquisse, mais il ne s'est pas assez étendu et ne pouvait guère s'étendre sur l'intérêt commercial qu'offrent de nouvelles villes, de Qouveaux ports, qui, fondés depuis peu d'années, ont déjà pris et
Digitized byLjOOQlC
— 23 —
prennent journellement un accroissement «pîde ; conséquence toute naturelle de Tafiluence des étrangers, des Brésiliens même des autres provin- ces de l'empire , qui viennent en foule partici- per aux douceursdW climat salubre et tempéré , joints aux charmes et à l'aisance de la vie agricole.
Ainsi, cette graiide province, colonisée la der- nière , méprisée en quelque sorte par les Portu- gais , avides d'or et de pierreries, souvent dispu- tée par lesEspagnols du Paraguay, qui la connais- saient mieux; ravagée tour-à-tour, et même à la fois, par les armées portugaises et patriotes, les hordes sauvages des Charruas et des Bougres, cette belle et riche province, dis-je, marche enfin, malgré tantd entraves, vers un état de prospérité bien supérieur à celui des autres provinces du Brésil^ état qui ne doit éprouver de rivalité que dans la Banda4)riental, sa voisine.
Si un savant naturahste prussien , moins heu- reux que les La Gondamine , les Humboldt , les d'Orbigny ; si le docteur Frédéric Sillow n'était pas mort récemment , comme Mungo-Park , La Peyrouse et tant d'autres célèbres, mais infortunés explorateurs, victime de son ardent amour pour les sciences naturelles, je n'aurais pas eu à m oc-
Digitized byLjOOQlC
— 24 —
cuper-de la description que )e donne de la par-' tie la plus australe du Brésil , car je sais positive- ment que ce savant profond s'occupait d'un ouvrage très étendu sur ces contrées. U en avait dressé une carte géographique et topographique y dont on m'a montré une copie , laquelle eût été d'autant plus utile qu'il n'en existe pas une seule véritablement exacte. Félix de Azara même, Fun des voyageurs méritant le plus de con- fiance par un grand talent d observation et son exactitude scupuleuse dans la description de ce qu'il a pu observer , s'en est trop rapporté , pour la partie de cette fipontière Espagnole , aux travaux des ingénieurs sous ses ordres.
Jlndiquerai les erreurs que tous les géo- graphes ont reproduites d'après une priemîère carte mal dressée. J'observe néanmoins que , n étant ni ingénieur , ni géographe , je n'ai pu signaler que les fautes sautant aux yeux de tout voyageur de bon sens qui veut se donner la peine d analyser ce qu'il voit. J'étais muni dune boussole dont j avais fait déterminer la déclinai- son à Buenos- Ayres, et ensuite à Porto-Alègre*;
< Déclin : à fiuénos-Ayres, 12- 30 ' N.-E. — A Porto-Alègre, 8* N.:£. — A rembouchure de Rio-Grande, 8* 30' N.-E. — A Montevideo» 14- 40 N.-E.
Digitized byLjOOQlC
— .25 —
les latitudes et longitudes des lieux princi- paux j indiquées dans le texte de mon voyage ainsi que sur la carte dressée d'après les no- tes de mon journal , ont été relerées au bureau topogaphique de Buénos-Ayres , pour tous les points de Tintérieur ; car pour ceux des côtes de rOcéan et de la Plata, j'ai adopté de préférence celles que les officiers de la gabare \ Emulation^ ont déterminées lors de leur intéressante explo- ration en 1831. Voilà tout ce que je peux dire en ma &veur. Je sens très-bien que cette can- deur n'augmentera pas la confiance qu'on pour- rait avoir en mes rectifications , aussi je me hâte de former le vœu sincère que les gouvememens brésilien et oriental daignent charger un ingénieur habile de la mission intéressante de donner aux nations éclairées une carte exacte, bien détaillée de leurs territoires limitrophes. J'aurai toujours gagné quelque chose si j'ai pu attirer leur atten- tion sur ce point.
Quoique dans im cadre étroit, je tâche de donner la description physique et politique des lieux visités par moi.
Je fiûs ressortir, autant que mes trop faibles lumières me le permettent, les avantages que
Digitized by Vj'OOQlC
— 26 —
notre industrie manu&ctu|ière pourrait retirer d'un système commercial bien entendu, conve- nablement approprié aux goûts et aux besoins de ces peuples pasteurs, agriculteurs, artisans et fainéans.
Je ne me suis pas beaucoup étendu sur Tbis- toire de ces contrées parce qu'il est facile, et d'ail- leurs intéressant de consulter les auteurs déjà cités *.
J'ai Youlu conserver la forme d'un journal à la parllie de mon voyage qui comprend l'exploration de l'Uruguay et de l'intérieur delà province de Rio^Graude ; en voici la raison : je visitais un pays presque désert, oùles moyens de transport et d'existence sont conséquemment fort difficiles, où des inconvéniens sans nombre se présentent à chaque pas; j'ai cru devoir les décrire , non pour le plaisir de parler de moi, mais parce que^ suivant M. de Humboldt, « il est des détails de la vie commune qu'il peut être utile de consigner
1 On doit encore consulter, pour le Rio de la Plata , lea EsquUsê» hùf toriques cl Hatisiiques de Buénos-Âyres , pvih^ées par M. Yaraigne en 1S26. — Pour le Brésil, les Mémoires de Duguay-Trouin, le f^oyaye de La Gondamine, ceux de MM. Auguste Saint-Hilatre, Martius et Spix rt du prince de Neuwied.
Digitized byLjOOQlC
— 27 —
4ans un itinéraire ; * ■ }h servent à régler la quu- duite de ceux qiû paroourent le^ mêmes contrées après i^QUS. y>
a Un voyageur, a dit M, de Gh^teai^hriand, est une espèce d'historien ; son devoir est de r^oou- ter iîdèlenieut ce qu'il s^ vu ou ce qu'il a euteudu dire ; il \ie doit rien inventer , mais aiissi il ne doit rien omettre * . Et quand au vieux proverbe : (c ^ beau mefUir ifui i^ierU de hin^ y> devenu ridi- cule à force de vétusté, M. Alcide d'Orbigny, en &it justice par cette réllexion très-sensée :
« Les voyageurs se trompent toujoiu*s, sans doute, ou peuvent toujours se tromper, car ils sont hommes...., mais les voyageurs ne men- tent plus..,. Et commept oseraient«-ils mentir, en présence d'un public en général aussi déliant qu'éclairé, dune critique toujours éveillée , d'une presse toujours prêteàrévéler leurs impostures'!'»
Je ne pourrai guère compléter les descriptions physiques saus employer quelques mots techni- ques; ne vous efl^yeâi pas trop, je nen em- ploierai pasp]|us que je n'eu sais. Songez que nous
i UituWaire de Paria à Jérusalem.
» Aie. d'Oi'b. f^oyotfe fiatus V Améiiifue Mâridionafe.
Digitized byLjOOQlC
— 28 —
serons dans un laboratoire ^ la nature ! que là tout est nature , rien que nature... Les hommes même sont naturels. La civilisation est pour euxun travestissement dont ils font parade , mais dont ils se dëpotiiUent volontiers eafamSle. Tout sera neuf autour de nous : point de monumens an- tiques à exhumer du sol; point de souvenirs glorieux attachés à cette terre presque vierge.... que dis-je ! ne pouvons nous pas exhumer un fossile ? alors ! que de méditations ! que de poésie ! demandez plutôt à M. de Balzac, qui fait un si bel éloge de l'immortel Cuvier , tout en lappelant le poète par excellence de notre époque.
Mais pourquoi appréhenderait-on les mots scientifiques ; ne peut-on pas les rendre intelligi- bles ? ne sont ils pas une langue universelle ? les sciences naturelles ont &it tant de progrès en Europe et surtout en France, où elles sont deve- nues si générales, si populaires, qu on doit lire avec plus d'intérêt les récits qui tendent à éclaircir des points obscurs , des mystères qui ont émerveillé trop long-temps le commun des hommes. Et puis l'étude de la nature est une étude si douce , qui nous conduit si &cîlement de la vue de ses ou- vrages au sentiment de la Divinité! Grâces soient rendues à Anstote, à Pline , à Buffon , à Cuvier !
Digitized byLjOOQlC
— . 29 —
Placés comme des flaml>eauic allumés sur la route qu*ont suivies les sciences naturelles , pour eu montrer les progrès, ces grands naturalistes ont ouvert une nouvelle ère à la philosophie en for- çant les peuples à interroger les fidts classés par eux.
Grâces soient aussi rendues à Bemardin-de- St-Pierre, le charmant auteur des Études de la Nature , le peintre habile de ses sublimes har- monies! En dépoiiiHant la science de ses aspéri- tés , il sait nous montrer la nature Jtelle qu'elle semble avoir été £dte pour le bonheur du genre humain ; il est, lui , le vrai poète de la nature.
Assez heureux pour posséder quelques con- naissances générales en histoire naturelle, on a vu que )*avais résolu d'en tirer parti dans le voyage que j'entreprenais. Aidé ensuite des conseils et des lumières de plusieurs savans, j'ai pu donner une idée des productions naturelles de ces pays. Mais à mes yeux , le principal avantage des &ibles connaissances qui m'ont autorisé à prendre, pendant mon voyage , le titre (sans doute usurpé) de natundistej a été de me mettre en relation avec des personnes instruites, des autorités même qui ont pu me fournir des renseignemens exacts.
Digitized byLjOOQlC
— 50 —
Je divise ce voyage en trois parties. La pre- mière traite du Rio de la Plata , de M ontëTideo et de Buénos-Ayi'es ; la seconde partie contient Texploration de l'Uruguay et de l'intérieur de la province de Rio-Grande jusqu'à Porto-Alègre ; la troisième partie traite de Porto-Alègre, de ses environs et de la province en général, et finale- ment, donne une idée aussi enacte que possible de Tétat du commerce français tant au Brésil qu'au Rio de la Plata.
Mes observations peuvent être considérées comme une sorte d'appendice à celles de MM. Au- guste Saint-Hilaire, dans l'intérieur du Brésil, et Alcide d'Orbigny dans YEntre-Rios et Corrien- tes , provinces enclavées par le Parana et l'Uru- guay-
La gratitude dont je suis animé envers les per- sonnes qui ont bien voulu m' être utiles dans le cours de mon voyage, m'impose la loi bien douce de leur donner, à mon retour dans mes foyers, un témoignage public de ma profonde reconnais- sance : j'ose donc citer, au risque de blesser leur modestie et d'encourir leur blâme , les noms de ces hommes estimables qui resteront gravés dans ma mémoire.
Digitized byLjOOQlC
— 31 —
M. AiméBonpland, le botaniste justement cé- lèbre , le collaborateur de M. de Humboldt. Ua bien voulu m'accorder l'hospitalité , avec cette bonté toute paternelle qui le caractérise, au mi- lieu des déserts où son amour potu* les sciences naturelles le tenait encore exilé du monde sa- vant.
M. Faustino Lezica, négociant de Buénos-Ay- res j citoyen des plus distingués par son mérite , ses connaissances , sa modération , et l'amabilité de ses manières toutes françaises.
M. FabricioMossotti, astronome et professeur de Physique expérimentale à Buénos-Ayres, sa- vant trop modeste et désintéressé.
M. José Arenales, lieutenant-colonel d'artille- rie, ingénieur, chargé du bureau topographi(]ue à Buenos- Ayres , auteur de plusieurs ouvrages.
M. Cadnoio Ferraris, chargé de la conservation du Muséum d'histoire naturelle deBuénos-Ayres; c'est un de ces vrais philantropes qui ne perdent jamais l'occasion d'être utiles à l'humanité.
M. Casimir Gauchard , négociant français à
Digitized byLjOOQlC
— 32 —
Buenos- Ayres , ancien élève de l'Ecole Polytech- nique.
M. Antoine Thedy, négociant au Salto de l'U- ruguay. Quoique Suisse de nation , il accueille indistinctement tous les Français malheureux que leur triste sort amène dans ces lieux reculés. Le plus bel et plus juste éloge que je puisse faire de M. Thedy , est de dire qu'il a acquis au Salto , par son humanité , le titre bien honorable de Père des Français.
M. Joseph Ingrès , fi^ère du célèbre peintre de ce nom, négociant français à San-Borja , aux Missions ; c'est un de ces Français comme il en existe trop peu en Amérique. Si tous ceux qui se destinent à commercer dans les pays étran- gers ayaient sa rectitude , ses connaissances et son inÊitigable activité , nos manufactures en senti- raient bientôt l'heureuse influence.
Le colonel José da Sylva , commandant mili- taire de la frontière des Missions d'Uruguay ; Brésilien excessivement bon et humain, ac- cueillant de la meilleure grâce du monde tous les étrangers , mais particulièrement les Fran- çais.
Digitized byLjOOQlC
— 53 — M. le docteur Jean-Daniel Hillebrand, méde- cin alleniand à la colonie de Sâo-Lëopoldo , près Porto- Alègre ; homme aimable et obligeant , réu- nissant des connaissances variées et un goût près- cpie passionné pour l'histoire naturelle.
M. Modesto Franco, négociant brésilien à Porto- Alègre , patriote distingué , à même, par sa fortune , de faire beaucoup de bien aux mal- heureux.
Enfin mon honorable ami le comte de Zani- beccary, philantrope bolonais, défenseur en tous lieux de la cause commune, mais infortuné comme la cause elle-même ' .
Havre, le 1^' Jirillel 1835.
« Ce jeune homme, plein de connaissances vraiment utiles, est le fils du célèbre aéronaute de ce nom , sénateur liolonais , contemporain des Pilaire du Rosier, des Mongolfier, des Broschi , et mort , comme les premiers, rictime de son amour pour la belle science des aérostats.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
yrmtère Partie.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE I«.
9épmgtéamm9wc. ^ Travenés. ~ Arrivé* mi Bw d* U VUU..
Tout le monde ^ en France, ne partage pas r(^[Mmon de Montesquieu , de Rousseau et du comte de Laborde sur l'utilité des voyages ; je me rappeHe qu'au moment où \% fis mes visites
Digitized byLjOOQlC
— . 38 —
pour prendre congé , un principal de collège , homme docte et tcès-préponderanty me demanda d'un air... qui laissait percer tout le sentiment de sa supériorité ce si les limites delà France étaient trop étroites pour un voyageur ! ! ! » Je ne sais pas trop ce que je balbutiai dans le moment , car on me déconcerte Ëicilement, surtout avec de semblables questions ; mais il me parut à la ré- flexion, que la sollicitude toute apostolique dont paraissait animé le cher principal, lui fidsait craindre pour moi la contagion des principes américains. Cependant ces principes , cette cause apiéricaine ne sont que le résultat des idées éla- borées en Europe ; ce sont nos théories mises en pratique; on ne peut donc que gagner à examiner de près ces gouyememens modèles; car s'ils sont bons, pourquoi ne pas les imiter?... s'ils sont mauvais , évitons les Êiutes dans lesquelles leurs législateurs sont tombés. Il me semble que là où le droit naturel , le droit public et le droit des gens sont le plus respectés, ce doit être le meil- leur gouvernement. On nous a long-temps vanté celui de l'Angleterre ; on croyait les Anglais li- bres parcequ'ils ne se plaignaient pas aussi hau- tement que nous, ils sont pourtant loin de jouir de la somme de liberté dont nous jouissons dès-à-présent en France ! La belle pensée de Fim-
Digitized byLjOOQlC
— 39 —
mortel Canning. « Liberté cwile et t^eligieuse des deux mondes » n est pas réalisée ' .
Le 31 décembre 1829, à deux heures après- midi, le brick français VHermime^ capitaine Soret, ayant 13 hommes d'équipage et 24 passagers^ mit à la voUe du Havre-de-Grâce pour Buenos- Ayres, par une fort belle brise de vent de N. N. E. Le temps ne laissait rien à désirer, et le thermo- mètre de Réaumur marquait 10 degrés au-des- sous de zéro. Tétais du nombre des passagers.
Nous fîmes d'abord route au nord-ouest , le navire gouvernant bien , et tout le monde en bonne santé.
Cest une chose vraiment fort étrange que les sensations^ d'un individu qui se hasarde à fran- chir , pour la première fois , la vaste étendue des mers : que de réflexions à Êiire sur un avenir devenu si incertain par la mobilité d'un élément indomptable , instrument passif des vents capri- cieux!... Combien de regrets naissent, assiègent et oppressent le cœur au moment du départ pour un voyage si lointain^ si périlleux! Un beau pays abandonné , des parens des amis qu'il faut se ré-
i Voyez l**! noie fi.
Digitized byLjOOQlC
— 40 —
soudre à quitter peut-être pour toujours... De douces habitudes y de plus douces liaisons qu'il faut perdre ! et puis cette vie , si calme jusqu'a- lors j qui s'écoulait sans perplexités , sans fati- gues j Ta devenir désormais une vie aventureuse, pleine d'incidents imprévus qui la rendront sou- vent pénible et quelquefois très-orageuse ! Adieu donc, belle patrie! cités florissantes, cantons fer- tiles , peuples laborieux ! Adieu antique Neustrie , province &vorisée de la nature et des arts , sol privilégié ! Toi qui as fourni jadis des rois à l'An- gleterre , toi qui fais naître tant de souvenirs hé- roïques et touchans, patrie des Corneille, des Fontenelle, des Duquesne, des Bemardin-de- Saint-Pierre , des Boïeldieu, des Delavigne et de tant d'autres célébrités !
Adieu chaste Seine\ fille de Bacchus, nymphe de Gérés. Toi dont les flots d'émeraude se plai- sent à baigner les lieux que j'afiTectionnais, comme toi , avant ta métamorphose.
Et vous , tendre Héva , compagne fidèle et trop infortunée de la nymphe de Gères , adieu ! Salut au tombeau que les sensibles Néréides vous élevèrent en récompense de votre dévouement ! continuez , mânes dHéva , continuez à guider les
Digitized byLjOOQlC
— 41 —
marins jusqu'à leur entrée dans ce Neutre aimé d'Amphitrite, tandis que moi, chétif mortel, après aToir erré sur la terre comme un météore igné j'irai peut être m'ablmer dans quelque coin du monde.
Cest ainsi que , les regards attachés sur la terre natale, disparaissant sous le voile vaporeux de rhorizon, je me livrais mentalement à des regrets intempestif. Dans un moment de profonde mé- lancolie j'avais été accablé du poids de mes ré- flexions : fatale curiosité ! me disais-je , pourquoi me forces-tu à m' éloigner du sol de la patrie , à rompre les liens qui m'y attachent ? H(3as! mes pressentimens n'étaient que trop réels.... après une absence de cinq ans je n'ai retrouvé que des tombeaux là où les illusions du jeime âge avaient fasciné mes yeux et rempli mon cœur de joies pures et innocentes! !
Cependant^ retrempant mon courage abattu dans l'espoir d'un meilleur avenir, animé sur- tout par l'espérance de trouver dans l'étude de la natm^e de douces distractions , je fis un effort sur moi-même et me hâtai d'éloigner des appré- hensions qui ne pouvaient que me rendre mal-
Digitized byLjOOQlC
— 42 —
heureux. La sérénité de 1 atmosphère, la tran- quillité de lamer et l'apparence d'une navigation heureuse achevèrent de rendre le calme à mon» ame.
Je fiisassez &vorisé pour être peu incommodé du mal-^-merj dès le lendemain j étais emma- riné. Il n'en a pas été de même de tous mes compagnons de voyage : plusieurs payèrent long-temps un tribut onéreux aux habitans de Tonde.
Je ne sais pas si les médecins ont bien défini la cause du mal de mer. Ce mal , peu dangereux d'ailleurs , anéantit totalement les &cultés physi- ques et morales, et cela se concevrait assez si le rai- sonnement du vulgaire n'était pas &ux; car, si le cœur était la partie affectée , ses fonctions de- vraient se £dre avec moins de vigueur , de là ré- sulteraient cet abattement, cetafiaissement, ce dé- goût qu'on éprouve. Nepourraiton pas penser que le balancement imprimé au navire par le roulis ou le tangage en produit un semblable sur les intes- tins et par suite aux poumons, lequel dérangeant momentanément le système circulatoire , produi- rait les vomissemens ? ce qui m'autorise à le penser c'est qu'il arrive presque toujours que le mal
Digitized byLjOOQlC
— 43 —
cesse complètement dès qu'on a mis le pied à terre.
Quoiqu'il en soit des causes du mal de mer, les effets en sont certainement redoutables , et ce qui est le plus ÊLchenx , c'est que les capitaines sont ordinairenent très peu en mesure d'apporter du soulagement aux malades. Âppellerais-je un soulagement le mauvais thé &it à la hâte, sucré avec de la cassonnade et distribué par les mousses dans des vases encore mouillés de l'eau salée dans laquelle ils ont été rincés ? une telle boisson n'est guère £ûte pour soulager le cœur, aussi je me gardai bien d'en fiûre usage, malgré tout le besoin que j'avais de pitendre quelque cordial.
Précisément pareeqae les .médecins ne se sont pas occupés du mal de mer, on ne connait pas de remède capable d'y apporter un prompt sou- lagement : les acides, les fruits, juteux et les astringens sont ce qu'il y a de meilleur à em- ployer jusqu'à présent , mais tous les estomacs ne les supportent pas , et puis , je le répète , quand on est assiégé par le mal on se trouve dans un état d'anéantissement tel, qu'on n'a plus d'idées, on ne pense pas à ce qui pourrait soulager , on ne demande rien. Les officiers du navire qui sa-
Digitized byLjOOQlC
_. 44 —
Tent par expérience dans quel état se trouve le malade, état qui ne présente souvent pas d'in- quiétude, les officiers, dis-je, qui ont peu Tha- bitude du monde et de ces petites prévenances, de ces petits soins , de ces petites attentions qui en rendent le commerce si agréable , s'inquiètent peu du pauvre malade. Cependant si ce malade est un passager de considératioTky c'est'-à-dire qui ait bon nombre de colis dans la caUe» pour Fac- quit de sa conscience le capitaine lui demandera l'état de sa santé et luî enverra une tasse du fa- meux thé en questiou. Je parle ici généralement, -car il est beaucoup d'exceptions ; le traitement des passagers s'est bien amélioré depuis que les capitaines ne se considèrent plus comme ma&res après Dieu à bord de leur navire, et je me hâte de dire que je n'ai eu qu'à me louer, ainsi que mes compagnons de voyage, desofficiersdel'As/Tnmie.
YsÀ dit que nous étions vingt-quatre passa- gars; dans ce nombre il y avait des femmes et des enÊms , ce qui (soit dit sans blesser personne), n'est pas le plus agréable dans un pareil voyage ; enfin il &ut vouldir ce qu'on ne peut empêcher, dit le proverbe , et c'est surtout à la mer qu'on a occasion d'apprécier la valeur de ce vieil adage. Ce nombre de passagers se divisait en deux classes
Digitized byLjOOQlC
— 4» —
ceux de la chambre et ceax de Ventre-poni : nouâ étions treize à la chambre, en y comprenant trois jeunes enÊms et deux femmes que la politesse nous forçait à qualifier du nom de dames.
Notre embarquement avait été très^précipité , ce qui fit qu'au moment du départ on s'embarqua pêle-mêle , chacun s'occupant à ranger ses ba- gages et s'inquiétant peu de ses compagnons de TOyage ; du moins c'est ce qui m'arriya ; d'ailleurs les premiers symptômes du mal de mer m'aver- tissant de prendre mes précautions , je fis mon lit ( cai* à bord d'un navire, aussi bien qu'à terre, comme on fait son lit, on se couche), et, me cou- couchai jusqu'au dîner, qui fut court et auquel peu de personnes assistèrent. Ce ne fut donc que le lendemain du départ que Ton commença à s'ob- serrer et à fidre des remarques sur la masse hé- térogène de nos individus. Je fus agréablement surpris de me trouver en très-bonne compagnie d'hommes et de voir que, devant sympathiser ensemble , je pouvais me promettre une traversée des plus agréables. En effet nous n'eûmes dans le cours de ce voyage aucun motif de nous plaindre les uns des autres ; la plus grande har- monie a régné parmi nous ; bien que notre so- ciété se composât de trois Espagnols-Américains,
Digitized byLjOOQlC
— 46 ^
deux Hambourgeois, un Prussien et deux Fran- çais, sans ccHupter le capitaine et son second. A la yéritë ces Messieurs ayant Toyagé beaucoup , connaissaient assez le monde pour en avoir une juste appréciation ; ils savaient aussi par expé- rience , que le bon ordre est nécessaire à bord d'un bâtiment.
La vie d'un passager est bien monotone, il faut en convenir , surtout pour celui qui , insen^ sible au spectacle imposant que lui o£Ere la na- ture, toujours prodigue en tableaux merveilleux, u a Tesprit préoccupé que de sesprojets ultérieurs. Il na plus qu'une idée fixe, celle d'arriver promptement à sa destination; aussi l'ennui, ce ver rongeur, produit de Toisiveté, s attaquant sans rdâche à cet être désœuvré, il devient bientôt à charge à lui-même et aux autres pas- sagers. Nous n'eûmes pas heureusement ce désa- grément à supporter, au contraire, le voyage fut une vraie partie de plaisir. Chaque soir nous nous réunissions à quatre pour faire un whist ; nous n'y avons pas manqué , je crois six fois. Souvent avant de conunencer la partie, et principalement lorsque l'obscurité était grande , nous prenions plaisir à admirer le bel effet de lumière de cette innombrable quantité d'animalcules phosphores-
Digitized byLjOOQlC
— 47 —
cens qui pullulent à la sur&ce de la mer et que le sillage du navire fidsait étinceler de mille ma- nières autour d^ nous.
C'est entre les tropiques que nous avons joui du plus beau spectade de ce genre; aux iles du Cap-Verd l'Océan paraissait en feu. Les vagues légères, soulevées par ime brise du vent alizé s'entrechoquaient et faisaient naître subitement un fiûsceau de gerbes lumineuses qui ^ se répan- dant aussitàt sur la masse mobile et noirâtre^ for- maient comme une nappe blanche émaiUée de rubis et de diamans étincelans. Les voiles en étaient éclairées. Je ne me lassais pas d'admirer, tant la mobilité de l'élément liquide produisait d'effets surprenans.^ Lliorizon semblait une ville immense dans une illumination complète : on eût dit que les divinités des eaux , habitant cette cité merveilleuse, se plaisaient à célébrer notre passage, en nous donnant un spectacle inconnu aux habitans des continens. Je fiis tenté de croire, du moins, que ces divinités urbaines nous étaient favorables , puisque notre navigation a couram- ment été heureuse.
D'autres fois nous nous livrions à des exercices gynmastiques, à des tours d'adresse que le second
Digitized byLjOOQlC
— 48 —
capitaine se plaisait à nous montrer el à varier pour nous fiiire passer le temps avec moins d'en- nui. Mais bientôt notre attention se trouvait dé- tournée par un beau coucher de soleil, par une disposition de nuages > qui offi*ent une si grande carrière à Timagination que, quelquefois, par une illusion d'optique des plus extraordinaires nous nous figurions être en vue de terre, voir des habitations, des montagnes , des vallées, des forêts, des troupeaux sur la pente des collines et des habitans dont les formes gigantesques nous rabaissaient jusqu'à la dimension des UlUpiUiens.
Quel spectacle digne des profondes méditations du poète et du philosophe , que la vue de ces vapeurs condensées, soulevées mystérieusement, transportées par magie au centre des continens pour alimenter les sources des fleuves et des ri- vières, qui après avoir arrosé, embelli et fécondé les contrées ou ils coulent, retournent lentement au grand réservoir , pour être vaporisés de nou- veau ! N'est-ce pas là le vrai phénix , qui renaît continuenement? Quel mécanisme ingénieux! des vapeurs s'élèvent , le soleil luit, et le monde est vivifié! l'aridité reparaît et la terre pullule d'habitans , de myriades d'êtres , qui ne se com- prennent pas!! Grand Dieu! je m'humilie, je
Digitized byLjOOQlC
— 49 —
me cadie dans cette poussière dont je suis sorti ^ car je ne comprends que mon néant !
Mais Toici bien d'autres récréations! voyez cette troupe de cétacés, défilant comme im régi- ment de cayalerie, caracolant à tribord et à bâ- bord pendant une heure ; ce sont les souffleurs; et ce joli poisson qu'on aperçoit à une grande profondeur , dont les couleurs sont si vives , si brillantes? cest la dorade', et ces espèces de grands papiUons marins qui volent en essaim et si étoulxifanent qu'ils tombent à bord ? ce sont des poissons volons ; les infortunés sont dans des transes continuelles, car ils ont des ennemis dans lair et dans Teau ; cette bande qui s'élance est « chassée par des bônitesy poisson vorace qui ne leur fait pas de quartier, et voici la noireyrc^o/e à longue envergure qui fond sur eux pour tâcher de s'en saisir. Mais voyez , voyez vite ce poisson gigantesque, qui s'avance majestueusement près de notre gouvernail. — Quel est-il ? Cest le requin, le tigre de la mer, la terreur des marins; ces deux petits poissons annelés de noir , de bleu et de rouge, qui l'accompagnent, le suivent, le précèdent , le carressent , sont ses pilotes.
Dans cette foxde d'objets qui captivaient notre
4
Digitized byLjOOQlC
— 50 —
attention^ il est inutile de dire que si la vif^ signalait un navire ou la tertCi^ la sensation n'en était que plus vive ; notre attention , concentrée alors dans le tuyau d'une l(Aigu6-vue , était ^p tiyée au point de nous tenir plusieurs heures en observation. On eût cru, en vérité, que, de^ venus habitans de l'Océan , nous aviops perdu le souvenir des autres honunes , tant notre curiosité se trouvait excitée à la vue d^un navire &isant voile vers nous. Pour moi , dans mon en* thousiasme , dans mon admiration passive des œuvres du créateur, oubliant l'ii^justice, l'é- goïsme, l'ambition de ces mêmes hc»iunes,.)e ne pensai plus qu'à la perfection de cetfce image de .la Divinité, possédant en même temps que les vices, des vertiu qui îcfoX sa noblesse ^ du cou- rage qui &it sa force, un es{«itsublime ^pûcom" mande le respect !... et je m'inclinai inv(dantai* rement , moins pour rendre hommage à la cràà- ture, que pour témoigner mon admiration ^t ma profonde soumission au souvex^Mn aiiteur de tant d'attributs qm nous élèvent afu-dessus de la brute. . . • • • .
Puis mon front se rembrunissait en se cour- bant; je restais rêveur. . . . c'est que j'entrais mentalement en fiu^ur contre moi-même, con-
Digitized byLjOOQlC
— SI —
tise Tetpàce tout eittièce!«-^Mais Q*ê0t-oe pas beau- oaap ^argOitïL dto$et nous âfre Vmageàe la Di- ^ioké l\ 11m BÎTÛiîtë a-trelle m^ forme que kl faîUesse de notre hnagmation pipsse compren- <ire ? .... Si mne peignée d'humains de ia race bhmehe ou cmicmûfue est assez audacieuse pour se OToire dotée si fiwonMement ; à Fimage de cpû-anront été créées les races africaines^ mon- golicfaes, hypevboréennes , américaines et au- tres; à qui ressembleront les nègres de Ij^uinée j le Hottentot et le Caire de l'Afrique Australe, le Samoyède et le Kamtschadale de la. Sibérie; rCsquiHoau^ le;tiapon des régions boréides, le Ca- raïbe de FOrénoqpie, le Botoeudo du Brésil , le Pata^on des teciaes Magdlaniques, et cette foule d'aulres naûoosjgnœreeociâtantesy aussi différen- tes'par leuisjdbpicmomies que par leurs moeurs et JeitfjbqiiBge?... Vans ies récusez donc pour le pairta^ coumm ? Vous ne les regardez pas eemiae vos frères?. ... Pourtstntils n'ont qi/un mené fera; eeat kméme Dieu qui. les a créés ; le nsegqztiBOtts ? *N eteît-oe pas assez de Y aristocratie de, la peau ajouiée . à tant d'firistocraties, sans y jâiadre enoeve c^e du cràné* ?i...
I Dm crânes très-comprimés, k mâchoires saillantes , ont élé trou- vés récenmient dans les tombeaux du Hant-Péroit. Ce sont , on le péiise, iSs restes de peuples antérieurs à la cWitisation des Incas et auxquels on attribue ces monumens gigantesques, qui ont tant de rapports avec ceux de la Vieille-Egypte et de TAsie centrale.
Digitized byLjOOQlC
— 5S -^
Mais cette bdle téte> cette délicatesse de tnuts, cette blancheur de peau, ce tact si exqivs^ cette haute intelligence qui semUe tous rapprocher de celle des sphkts^ tout cda est TouTrage de réducat iony de la cmUsation\ de cette éducation qui commence au scMrdr du sein de TOtre mère et finit au tombeau; c'est l'éducation de toute la vie y d'une longue suite de sièdes qui vous a fiuts ce que vous êtes, et, si vous en doutez, tentez-en l'expérience , mais préparez-TOus à rou* gir du résultat :
Enleyez un en&qit qui vient de naître, con- fiez-le au sauvage le plus dégradé dans l'écheDe des races humaines; laissez-le subir les impres- sions du climat, du sol, de la nourriture, de tout ce qui l'entoure; puis interrogez-le, quand tous
croirez que sa raison a pu se développer Il
n'aura nulle idée de cette divinité * dont vous vous croyez l'image; il n'enviera aucune des jouissances dont vous êtes si avides ; fl né com- prendra pas vos besoins. Si vous le transplan- tez dans vos cités populeuses , le bruit Tétour* dira ; vous l'entendrez soupirer après la terre
I Je n'ignore pas que pins tard, vîTint en sodèté, il lenlira la aé- cetnté d'adorer an étr^ s^ipréme , mais cet être sera en rapport avec ie dérekippement de sa raison.
Digitized byLjOOQlC
— 5S —
saunage qui Faura nourri, après la compagiie de Mm enfiince et de ses jeux, il: mourra d'ennui au miHett de tos fttes somptueuses.
Ihrolongez: rexpérience : si la constitution de to- tre Européen derenu sauTage, a permis à ses fa- cubés phfsiques de se dérelopper sousTinfluenoe àe&j€tculté8 moraUsy sa physionomie changera Inentôt , ses traits perdront de leur délicatesse , sa peau s'épaissira , ses cheveux deyiendront ru- des, son tact s'émoussera, son crAne se modifiera, et après deux ou trois générations, tous cher- cherez Tainement des traces de l'homme civilisé , possédant une ame &ite à l'image de Dieu. . • .
Miracle, miracle ! — Je fus brusquement dis- trait de mes réflexions philosophiques, par les exclamations de l'équipage et des passagers. On venait de prendre un requin , et , à la grande surprise des spectateurs, on avait trouvé un Twre ùn/nwÊtf dans ses intestins! comment ne pas cKMre après cela que Jonas passa trois jours et trois nuits dans le ventre d'une baleine ?• . . . Mais ce qui vint augmenter beaucoup letonnement des passagers , c'est qu'après avoir fendu le corps de ce requin depuis la tète jusqu'à la queue;
Digitized byLjOOQlC
— S4 —
après kû ayoir eiileTé les inljestins, ne lui avoir laissé absoluœ^ait qijie la chair et les os, et l'a- voir jeté ainsi mutilé à la wneCj il se remit à iiar ger ayec autant de force et de calme que si on ne lui eût ùll qu'mie petite égralignure ! Q«tfant au livre^rouré dam son TCdEitm, on $iÊk bietilât que le second l'avait laissé twiber ^udjqtes heures auparavant. Avouez ce^peaàaÊiX^ qit'il f. avait lieu à fiûre «n bel et bon inlradle! Un peii d'astQce de la part éùt second V beàilcaii^ de crédulité et surtout de fw de notre pavi, uft peu deoomplaisaiiee àé la part ^essavàns, le vcàr raclé pouvait êCï-e constaté vrai. ~- Yingl-qv^^e passagers, douée hbmtoes d'équipage, «Us^ent été les témoins oculaires; et, au besoin, moi , écorcheur d'oiseaux , j'eusse été le naturaliste y \e physicien qui e(H atttesté, constaté la {iossîbiUté du £ut.
Voici Une distractîiiHa d'un autre genre i le hofHéne de la Ligne ! Chrétien ou no«L> il fiuijt que vous vous soumettiez de bonne grâce au japig imposant du Père ta Lifftei empereur des deux zones torddes^ et pa^ner gaknenfc le tnlmt qu'il lui pkdt d'ûnpoaer depuis que Vasoo de Gama et Ghriatapbe Golomb se sont avisés dre passer par ses états aquatiques.
Digitized byLjOOQlC
— 5« —
C'élatt le 30 jaarier ; quelques passagers de Fentre-piml a^ent entendu dire a«x matelots que nous ëtiens à la Ligne ; leur ouriosité, éton- namment irritée par cette nouyelle, les tenait dans une grande agitation; pour les calmer on )ugea pradantde hâte apporter le télescope et de leur mOHHybrer la i^gne* Ce jour-là même, au moment ob le soleil disparaissait de notre horizon nauti- que, le tonnerre et les éclairs, représentés par un pistolet d'arçon, accompagnés d'une grêle de pois qui tomba sur le gaillard d'arnèoe , umon- çèrent aux pro&nes, saisis de crainte et d'épou- Tante , FarriTée d'un messager du souverain do- minateur de^ mers ûèdes. En effet, nous ne tar- dâmes pas à voir arriver, monté sur un mam- mifère quadrupède , qui n'a pas encore trouvé jdace dans la classification zoologîque de Guvier , vûi ange, sous les traits d'un postillon ; il remit à Hotre capitaine (qui le prit au sérieux) le mes- Mge (suivant :
Zônps-Torrides. — Grapde Ligne.
(Le âO Minaoné 1830 Mailloches.
a Moi, grand empereur de tous les royaumes « des deux 2iOnes Torrides, vous ùâs savoir que « votre navire, n'ayant pas encore passé dans mes
Digitized byLjOOQlC
— 56 —
« états, ainsi que plusieurs de yos passagers, je « TOUS somme de vous disposer à la cérémonie du « saint-baptême, qui aura lieu demain.
<K Je TOUS &is savoir en outre , que si quel- ce ques-uns de vos passagers se refiisaient de pa- c< raltre à mon ordre , deTant ma toute-puissance , (c ils subiraient la peine due k ceux qui se réTcd- a tent contre moi. »
c< Je TOUS salue, ainsi que tos officiers, passa- « gers et passagères. »
Ckeeolier de VEUàmqwre,
9wt &A uom.
Après aToir lu, à haute et intelligible Toix, cet ordre émané de la toute-puissance des régions aqueuses, le capitaine assura le messager de sa soumission entière, et, après aToir sondé les dis- positions des proÊines , il dit que tous attendraient dans le plus grand recueillement l'instant où il plairait au grand monarque de se manifester à leurs yeux. L'ambassadeur remonta sur son cour- sier et disparut soudain.
Digitized byLjOOQlC
-- 57 —
Le lendemain, dès Taurore, ce fiit un mouve- ment général à bord, les aUutions, les purifica- tions mirent les adeptes en état de reccToir là cour aquatique ; vers iO heures elle arriva. Nous étions par 0. 31 de latitude sud et je ne sais plus combien de longitude occidentale ; la mer était calme , le temps couvert et brumeux; le cortège s'avança de l'avant sur l'arrière, par le côté de tribord, dans Tordre suivant : d'abord un gen- darme ( c'est indispensable pour le bon ordre; c'est de tous les temps et de tous les lieux ) ; ensuite Neptune, armé de son trident, puis le sacerdoce , et enfin le Père la Ligne et son épouse , qui étaient fort simplement vêtus et avaient ma foi l'air de braves gens pour un roi et une reine aussi puissans. Le -pontife avair Faûr plus fier qu'eux et pourtant le "Pèn la ligne pouvait anéantir le -pontée d'une chiquenaude !
Neptune prit le timon et gouverna le bâti- ment pendant la cérémonie; le Père la Ligne avait sans doute trouvé cela prudent.
Après avoir donné sa bénédiction à tout ce qui se trouvait sur son passage, le pontife s'avança vers un autel dressé sur le gaiOard d'avant. Une piscine, d'une grandeur -extraordinaire était
Digitized byLjOOQlC
— w ~
plamt» tenu auprès; iMMiMtf^debob^ était entre les maàas du poirtîfiB et im adepte taœàtt le jitA diBstiné à wcevoîr fe&offitMidtau Le Père )a Lîpie «I sffa.époMe étaioalî «isb près de rmlel«
)2Q.9f«i4linB«L wnesna le» Nédpbyta» im àl w dAti#> mvtmm «tj^târiewB : On les fil asseoir a*-€bmift de la piâorne, et anwit de lew fiùire biiwerift/istfiérkii OB kudtfiipnmoiie^
(9^ Je juré deme jamais attenter à la Tie lû à L'hotei^urd'iWi. marin, de ne jamais co<ToîtQr sa femme vimm* bien» »
Puis <m fit lever le bras au néophyte , ou lui yees» «^ peii d^eam dana la mancbe, il baisa la pakw^i il .fit ion ofifrande^ et iljiit initial
Mais si le pontife n'a pas été satisfidt de Tof- fiomdei \am signal* suffit pi«r plbnger le noavjean oonvértit dans la pisciiie, où 3 se débat à son aise, tandis que. les honnêtes g^ondarmea lui rer- sent des seaux d'eau sur la tète. Et quand un néppb)rte moina ftirvent ovl [dus réoaleitrant re- fiise^ sa pettta« offigande,> il &ut qu'il s'attende à passerpttrde rudes preuves ! Je vous aasune que oeUes qpslom Sùsak subir mi Egypte aosi initiations
Digitized byLjOOQlC
d'iw d ê^ÙBiM d'étMttl rfea» em oonqparnioof le sful mojBea A^dkudr la rigwiar «l IriaifeittÔH Uté des prdues du tmpiqfvie^ c'wt depajjev^ ào boine gv|iGd «t d0 kfifor fiôèe laéiM^ bien humble.
lion^pw tout le mande fct inîtàéf ipJil s'y» eUfc phi» de pcoAiiKkt&.ffbaamt cm
ftti idctt^ due cottfiBMQii ^ us^Kwaime^ «ne !»>« cIuGittkte éjpottVftHtiJllw; eliaoutt iftaqpom dtei seauy d'une jatte , d'un pot, de cequi tomba soiwhlliliii)h«t/piikaiifi)àméiiiete0<^ rém- fifiëd d'eiRt à désslMii, oit i^pèrgca joMpf à éj^ui^ sèment d'eau et de fatco^ B VLy aWt pfais d'aftf* torité à boi^d , le capitaine était aspergé par le mousse, le père la Ligne par les gendarmes, Neptune par le pontife, enfin c'était un vrai chaos!... Cette mauvaise charge digne de l'ère de scepticisme qui nous régit me coûta vingt mille sangsues qui moururent des suites de l'as- persion.
Depuis ce camayal torridien , jusqu'aux ap- proches de terre, il ne se passa rien de remar- quable. On prit plusieurs requins; je m'amusai à disséquer la tête et la colonne vertébrale d'un assez grand ; je disséquai aussi des poissons volans
Digitized byLjOOQlC
_ 00 ~
qui tombèrent à ixMrd; mais, chose surprenante ^ nous ne Times pas un seol damier » oiseau pal- mipède du genre /lelFvl^ qui est ordinairement: trè^oommun au-djelà du tropique du C!a[«come . .
Enfin, le 37 fiémer, à huit heures du soir^ nous trouvant par S4<> 81 > sud, on s'aperçut que la mer, devenue houleuse^ était changée. Qn^ sonda, et l'on trouva 50 brasses, fond de sable noir; nous étions à environ 40 lieues de terre.
A une heure de nuit on sonda de nouveau, et Ton trouva. 38 liasses, fond de roche; noufr étions dans les eaux de la Plata!
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHJiPlTRi; u.
&e Aîo d« U »ato.
GombfieA d^nadmdus èe tontes «aftiûi» se soM laissé fireadre à ce nom poMpMK de I&nèp^ é^ar^ g&nt! GOiBbieii, allécha par l^i se S6nl -figuré sottement qu'A ne s'agissait que de sel^aisser peur y ramasser Fargent tout monnayé'! On raconte
Digitized byLjOOQlC
— 64 —
plaisamment, à ce propos, (p*un étranger au moment de débarquer sur ces rires, ayant, par hasard, aperçu à ses pieds une once d'or (qua- druple ) , il la repoussa du pied avec humeur en disant qu'U aurait du temps de reste pour en ra- masser. Le pauvre diable a sué sang et eau de- puis pour en gagner la yaleur.
Ce nom mensonger de la Plata fut donné au fleuTC que nous visitons par suite d*une méprise , car on n'a jamais trouvé une parcelle d argent ou d'or dans cette rivière ni sesafBuens, et, Ton dirait que les premiers conquérans , pour se con- soler de leur désaj^intement, ont voulu trom- per, à leur tour> les aventuriers qui marche- raient sur leurs traces.
Géographie. — La Serra dos vertentes qui forme, sous divers noms locaux, la chaîne occi- dentale du système brésilien, d'une part, les Sierras de Cochabamba et de Sania-Crux, qui sont un prolongement de la cordilière orientale du système péruvien, d'autre part, forment le véritable dinK>Hia aquarum de FAmériquedusud , en séparant l'immense bassin du Maranhon ou Amazone, de celui de la Ploia^ les deux phis grands fleuves connus.
Digitized byLjOOQlC
— 65 —
Ainsi là Plata n'a d'autre rivale sur le globe que l'Amazone qui la surpasse , quant à la masse des eaux et à la longueur du cours ^ mais non en lar- geur. Ces deux fleuves ont le même berceau ; tous deux sont les dignes fils des gigantesques Cordiliéres des Andes et des hautes montagnes du Brésil ; tous deux sont le réceptacle de ces innom- brables riyià*es coulant en divers sens/ entre le Pérou, Bolivia et le Brésil. «
La rivière^ Parana, qui, à ST^ de latitude, s enrichit des eaux du Paragucty et reçoit une infinité de rivières et de ruisseaux, pendant sa longue course , et l' Uruguay , qui dans une même latitude descend de l'orient , en augmentant de même la masse de ses eaux , forment une mer. yeLlleuse ramification de canaux navigables , se réunissant en un seul tronc sous le nom de Bio de la PhUa. Dès que cette grande masse d'eau s'est réunie, elle s'étend majestueusement jusqu'à la mer , et elle a plutôt l'apparence d'un golfe profond que d'un fleuve, puisque, entre les caps Santa-Maria et San- Antonio, sa
4 Je fais abstraction des grandes rivières qui descendent au Nord du Bas-Pérou, de la Colombie et des Guyanes , comme appartenant À d'autres systèmes de montagnes qui n'ont rien de commun avec la Plata.
Digitized byLjOOQlC
— 66 —
largeur est de quarante lieues marines, tandis que son poittt le plus étroit, à soiicante-dix lieues de l'embouchure , presque en face de Buénos-Ayres , est encore de dix lieues! Ces caps de Santa-Maria et de San-Antonio sont les bornes nord et sud que les géographes donnent au Rio de la Plata, parce que jusque-là on ne sent point Finfluence de la marée et qu'on ne remarque aucun des autres caractères qui appartiennent à la mer ; mais les pilotes-pratiques donnent pour limites au fleuve les. pointes de Santa-Lucia et de las Piedras, un peiB eox ayant de Montevideo , parcequ'après ces deux points les eaux cessent d'être potables et que c'est ausâ là que commencent les dangers.
Hydrographie. — L'étendue qui donne au Rio delà Plata une si grande magnificence est con~ trebalancé par son peu de profondeur , ce qui cause de fréquens embarras aux bàtimens qui tentent de le remonter sans pilotes. Il n'y a que deux canaux susceptibles de recevoir les navires tirant plus de huit pieds d^eau, l'un (pd suit la côte du nord, l'autre celle du sud. Outre que le gouvernement de Buénos-Ayres a fait rédiger un itinéraire qui est distribué aux ca- pitaines y il s'est formé dans ces dernières années une société de pilotes lamaneurs à Buénos-Ayres
Digitized byLjOOQlC
— 67 —
et h Montévifdëo , dans le but de suffire à tous les besoùrs depvîsles caps Santa-Maria et San-Antonio jwq[a'en rade de Buénos«x\yres , y compris les poixits intermédiaires.
Quant aux précautions à prendre pour les abords de la Plata et même pour la nayi^tion tout entière du fleuve, on doit beaucoup de remerclmens aux officiers de la gabare ï Émula- tion y qui ont exploré ces côtes avec un soin tout particulier pendant les années 1831 et183â et en ont dressé d'excellentes cartes. *
Histoire. — Christophe-Colomb, génie obscur, plus avancé que son siècle dans la connaissance de l'astronomie et de la navigation , avait décou- vert le nouveau monde * ; Femand-Cortez avait oonquis le Mexique ; Pizarro n'avait pas encore rendît le nom espagnol odieux et exécrable aux Américains, par les cruautés inouies exercées par lui, an nom de l'Évangile, pendant la conquête du Pérou; Alvarez Cabrai, capitaine portugais, finrorisé par un heureux hasard , avait découvert '
1 Voyez , pour les observiitions nautiques , la note C , «i la fin de ce volume.
1 En abordant , pendant la nuit du li octobre 1492 , à Tune des lies Lucayes , nommée puXuï San'S€Uv€ulor.
3 L'an 1500. Il se rendait aux Indes Orientales , par le cap de Bonne- Espérance. La tempête et les courans le portèrent sur la côte du Brésil.
Digitized byLjOOQlC
— B8 -^ le Bréi^il, la plus belle contrée d'Amérique; lors- que Jean-DiazdeSolis, pilote QastiUan, découvrit Fan 1515, un fleuve immense, nommé Parana- guazu * par les Aborigènes. Après s'être assuré que ce n'était pas un golfe, il changea ce nom guarany en y substituant le sien , et l'appela Rio de SoUs. '
Ce malheureux navigateur étatit descendu à terre, près de l'endroit où fut fondé Maldonado, sur la rive gaucbe du fleuve , les indomptables Charruasj peuples chasseurs et jaloux de leur indépendance , 1 attirèrent le plus qu'ils purent dans l'intérieur et le massacrèrent, lui et sesgem, d'une manière horrible.
Le frère de Solis, resté à bord du bâtiment avec le reste de l'équipage, fiit tellement effi^yé et découragé qu'il s'en retourna en Espagne sans vouloir pénétrer plus avant. Il se passa onze an- nées avant que Votx osât tenter de nouvelles dé- couvertes sur ce point de l'Amérique. Le hasard y ramena encore les Espagnols en 1526.
1 Voyez la note D , pour Pétymologie de ce nom.
9 11 j était déjà Yena en 1508 , mais il n'èfait pas sur que ce fût un fleure.
Digitized byLjOOQlC
— 69 —
Le Ténitien Sébastien Cabot ^ , qui , en 1496, ayait fiiit la découyerte de Terre-Neuve pour FÂngleterre^ la voyant tropoccupée de ses affîdres domestiques pour songer à former des étabUsse^- mens dans le Nouveau-Monde, porta ses talens en Castille, où sa réputation le fit choisir pour une expédition brillante. La Victoire, ce vaisseau &meux pour avoir Eut , le premier , le tour du inonde y et le seul de l'escadre de Mageikm qui fût revenu en Europe , avait rapporté des Indes- Orientales beaucoup d'épiceries. L'avantage qu'on retira de leur vente, fit décider un nouvel arme- ment j qui fat confié aux soins de Cabot. En sui- vant la route qui avait été tenue dans le premier voyage, ce navigateur arriva à l'île Sainte-Cathe- rine, d'où il se rendit au petit port des Patos , sur la côte du Brésil , par les 27<> de latitude australe. Là il fiit joint par Diego Garcia^ le- quel était sorti de la Corogne , expédié aussi par la cour d'Espagne pour faire des découvertes. li y trouva deux autres espagnols déserteurs de la petite armée qu'avait commandée Sohs. Dans les environs il y ayait encore quinze autres
1 Les Espagnols en ont fait Coboto et Gaboto. Ce n'est {las le seu) eoiemple de raltératioa des noms de navigateurs ou d'explorateurs. Cristophe Colomb est appelé par les Espagnols Cristoval Colon. Je crois néanmoins que pour ce dernier , c'est nous qui l'avons altéré.
Digitized byLjOOQlC
— 70 —
es{)agnols déserteurs derarmée da capitaine don Rodrigue d' Acuna, destinée pour les Indes Orieor taies. Tous ces déserteurs informèiient Cabot qu'il y^vait de grandes richesses d'or et d'argent dans le Bio deSohsj c'est pour cela qu'il se déterminaàa'y introduire; mais il éprouya tant de résistance d« la part de ses compagnons , qu'il fiit oUigé d'à* bandonner dans ]'ile Sainte-Gathenne les: prâL>- cipaux opposans. Il partit enfin, après ayoir fidt construire une galiote ; il entra dans la Plata et vint j/eter l'ancre vis-à-vis de l'endroit où fut, de- puis, fondé Buénos-Ayres; c était a l'iaa»houi[^hiire d'un ruisseau qu'il appela San^LaX(Bn^ el qfêi porte aujourd'hui le nom de SqnrJuan* Q 4u; bien surpris de trouver dans cet endroit l'im dfis compagnons de Solis , le seul qui eût échappé au massacre.
Cabot laissa dans ce petit pof t les deu^f: ptys gros navires , avec trente homipes et dou^e sol- dats pour défendre les efifets qui] dépps^ dans une barque entourée de palissades» Quant à \m > U partit avec la galiote et une caravelle, dans le but de continuer son exploration , en donnant ordre à ceux qui restaient , de chercher im meil- leur port dans les envirous*
Digitized byLjOOQlC
— 71 — D suivit le coursduPoronajusqu'auS?'' 27' S0"~ de latitude , et i(9 de longitude , en s arrêtant iréquemment pour se &ire des alliés parmi les MbeiguM y les Caracaras y les Tùnhûs > et quel* ques autres tribus , toutes de la nation Guarany • Ces Indiens portaient à leurs oreilles quelques pelil;es lanaes d'or et d'argent, que les Espagnols édittagèrent contre d'autres bagatelles.
Après cela , Cabot s'introduisit dans la riTière du Paraguay, pour y trouver certains Indiens qu'on lui avait dit avoir v^^u les kmes d'or et d'argentà ceuxde qui on les avaitacbetées. Quand Cabot fut arrivé au confluent du Ko-Bermqo > il fit avancer un brigantin, (qu'il avait construit récemment) , avec trente h<»nmes. Ceux-ci roi* contrèrent quelques Indiens Agaces ^ lesquels per* suadèrentaux E^guds qu'effectivement ils pos^ sédaient beaucoup d'or et d'argent dans leurs maisons, et qu'ils l'échangeraient volontiers avec d'autres choses. Les Espagnols , au nombre de quinze, s' étant laissé persuader , suivirent les Agaces , et ceux-ci le» surprirent et les massa- crèrent tous.
Cet échec, et la nouvelle que quelques navires étaient entrés dans le Rio-de-SoUs , déterminèrent
Digitized byLjOOQlC
_ 72 —
Cabot à rebrousser chemin. U rencontra bientôt Diego Garcia , le même qu'il ayait laissé an port des Patos^ qui , remontant le Parana, prétendait avoir les mêmes droits à la conquête. Ils eurent quelques altercations ensemble , mais enfin ils convinrent de redescendre au fort del Espiritu- Santo , bâti par Cabot , d'y construire quelques bâtimens légers , et de continuer la découverte.
Mais la résistance qu'opposaient les naturels du pays ( ils avaient massacré la plupart des Espa- gnols laissés à la rivière de San-Lazaro ) , fit juger à Cabot que pour s établir solidement , il fallait d^autres moyens que ceux dont il pouvait disposer. Aussi, en 1530, il prit la route de l'Es- pagne pour les aller solliciter , ayant grand soin de se munir des petites lames d'or et d'argent qu'on avait échangées avec les Guaranis , afin ai en faire hommage à Sa Majesté.
Voilà le motif pour lequel on donna alors à ce pays là le nom pompeux de Eio de la Plata. '
C'est ainsi qu'on a ravi à l'infortuné Solis jus- qu'à la gloire de la découverte , en substituant à
i Voyez Reynal et d^Azara.
Digitized byLjOOQlC
— 75 —
son nom , que porta d'abord le fleuye , un autre nom trompeur et impropre. Seulement un mis- seau s sur les bords duquel eut lieu le massacre , s'appelle aujourd'hui arroyo do Salis ! !
Les bords de la Plata sont très peu éleyés. Ce sont des terrains tertiaires qui , dans la classifi- cation géologique, appartiennent aux périodes * alluyienneet diluvienne, principalement la partie Sud, ou la province de Buénos-Ayres , qui ne présente qu'une immense plaine basse et unie , composée uniquement de limon , de sable et d'ar- gile , recouvrant un tuf calcaire jusqu'aux fix)n- tières de Patagonie.
Les terrains de la Banda-Oriental, de même que ceux de Rio-Grande-do-Sul , paraissent être un sol primordial , modifié par des périodes di- verses , comme on le verra dans le cours de mes observations.
Rien de plus triste à la vue que ces bords sa-
i Par période diluvienne , j*enlends parler des alluvions qui se sont formées iminédiateinent et successiTement après les caUdysmes de la période diluvienne. — Je recommande aux personnes qui n'auraient aucunes notions de géologie^ la lecture des ÏMlres sur tes révolution» du Globe.
Digitized byLjOOQlC
— 74 —
blonneux , dépouillés d'arbres et de verdure ^ fi afirant qu'un borisoa immense, sans aocidens de terrain poiar reposer les regards £dâgués de n'apercevoir que des sables et une beii>e aride , brûlée du soleil pendant quatre mois !
Une impression de tristesse s'empara de uhà lorsque je vins à découvrir ces campagnes si tristes, que je m'étais complaisamment figuré être embdUes par tous les charmes d'une nature riante et fertile ! J amrais voulu rétrograder aus- sitôt , tant j étais cruellement désabusé.
Il est peu d'étrangers , de Français , dltaUens surtout , qui , venant pour la première fois à Buenos- Ayres, sans renseignemens certains sur le pays , n'aient déploré la sotte fantaisie qui leur avait fiût choisir une contrée si sauvage, préféra* Uement à d'autres où la nature étale un luxe merveilleux. Ce n'est que peu à peu, etl<»B- qu'on a pénétré dans l'intérieur , qu'on se fami- liarise avec ces champs incultes et ces déserts sans fin, appelés Pampas.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE m.
Ce fîit paidant la nuit du 28 février que nous mouillâmes en rade de Montëyideo. Une frégate française se trouvait à une portée de canon de nous ; mais robsciuité était si grande qu'on ne
Digitized byLjOOQlC
— 78 —
distinguait que son fanal, dont le feu nous guida mieux que celui du Cerro.
J'étais impatient de voir poindre le jour afin d'analyser ce sol américain , de respirer Tair pur d'un ciel azuré , de sentir les émanations électri- ques de cette terre indépendante , de Toir enfin se lever le soleil de la liberté sur ces rives hospita- lières !
Chose étonnante ! le lendemain je n'étais plus si empressé ; mon enthousiasme avait singulière- ment moUi n'étais-je pas Français ? U paraît
du reste , que la végétation vigoureuse et abon- dante des zones chaleureuses rend M orphée très- prodigue de pavots, du moins il semblait vouloir me combler de Ëiveurs ce joiu*-là , en les répan- dant avec profiision autour moi. Je ne lui en sus pas mauvais gré du tout, lorsque, montant sur le pont pour secouer mes pavots, je me vis entouré de mauves, de goélands, de bec- en -ciseaux, d'hirondelles-de-meretautres palmipèdes criards, réiuiis autour du navire en telle abondance qu'ils nTassourdissaient par lleurs cris rauques. Ce ne fax qu'après avoir tiré une douzaine de coups de ftisil et abattu quelques mouettes , autour dé)M]ttellès s'amassèrent les autres , que je pus
Digitized byLjOOQlC
— 7* —
enfin me rendre à HMi-méme et obserrer libre- ment.
Alors je découTris sur la pointe occidentale d^nne colline, qui s'abaisse de manière à former une langue de terre un peu prolongée , la petite ville de Montevideo , formant avec ses pdtés de maisons blanches ( suivant l'expression originale d'un célèbre voyageur ), ses fortifications en zig- zag , ses belveders , ses deux tours de Ëuence peinte et son môle en bois, une ellipse inclinée, que la disposition du terrain rend parfaite.
En face de la ville, à l'ouest et tout au bord du fleuve, le Cerro : c'est un morne de forme co- nique légèrement affaissé sur sa base , s'élevant à cent-cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer , et laissant voir à sa cime une forteresse surmontée d'une lanterne *.
Au mUieu, entre la ville et le Cerro^ s'ouvre une baie de fi>rme ovale s'avancant de deux
I G'«8t ce Cerro qui a fait changer le oom de San-Fêlipe , que por- tait d'abord la Tille , en oelni de Montevideo , dont Vétjmologie est celle-ci : Monte , mont ou montagne ; vi , j*ai vu ; deo , abréviation de de tejos, de loin.
Digitized byLjOOQlC
~ 80 — lieues dans les terres et au fond de laquelle se voient au-dessus de plusieurs îlots, des dunes de sable et quelques habitations éparses.
Rien n'indiquait que nous fussions dans uu fleuve j bien qu'à trente lieues de son embou- chure ; la rade entièrement ouverte n'ofiraitque l'image de la mer, souvent très-agitëe en cet en- droit.
Suivant la saison dans laquelle on arrive , l'as- pect de Montevideo est gai ou triste : malheu- reusement j'arrivai sur la fin de l'été, lorsque le soleil , après avoir été presque perpendiculaire à cette zone , avait brûlé la végétation et laissé un caractère sévère et agreste à ces lieux privés d'ar- bres et d'ombrage. Le Cerro , couvert d'un gra- men épais avait pris une teinte grisâtre qui at- tristait la ville; les plaines unies qu'il domine étaient desséchées ; elles n'offi^aient aux troupeaux amaigris, qu'on voyait épars ça et là, qu'une pâ- ture sans substance. Les jardins seuls, ornés d'une végétation étrangère , laissaient voir une nature moins fanée , des teintes moins sombres; quelques pêchers, quelques peupliers associés à Vombu in- digène* reposaient seuls ma vue déjà fatiguée,
1 Espèce de Ficus qui caractérise ces plaines. ( D*Orb. )
Digitized byLjOOQlC
— 81 —
attristée , et regrettait le beau sol accidenté de la riche Normandie. Quel contraste pour moi ! Au lieu de vergers bien plantés , de ces belles fermes entourées de quintuples rangées de hê- tres , d'ormes ou de chênes , de ces guérets couverts de prairies artificiettes ou de moissons dorées, je n'avais devant moi qu'une terre aride presque sans culture et un sol uniforme. Pen- dant l'automne , l'hiver et le commencement du printemps 9 lorsque des pluies abondantes ont rendu la frsdcheur et la vie à ces plaines, en for- mant une multitude de ruisseaux qui les arrosent , le pays change d'aspect ; il se transforme en d'im- menses prairies verdoyantes où les troupeaux joyeux bondissent en broutant une herbe nour- rissante. La terre fertilisée, prêtant complai- samment son sein aux semences que ragrictdteur laborieux veut y jeter , récompense au centuple ' les peines qu'il s'est données ; c'est alors qu'on voit dans les campagnes s'étendant entre Monté- vidéo et Maldonado de vastes champs de maïs , d'orge et de blé qui répandent Tabondance chez ces peuples sobres, non-seulement dans cette lo- calité , maïs encore à Buenos- Ayres même, qui s'approvisionne de céréales chez « la fourmi sa voisine. »
< L^expression n'est pas forcée.
• Digitized by LjOOQiC
— sa- li ne faut donc pas se presser de porter un jugenuent dé&vorable sur ce pays , lorsméme que tout parait brûlé du soleil : deux mois suf- firont pour op^er devant tous un changement à vue. Mais même au plus fort des chaleurs , si vous pénétrez de quelques Ueues dans Tinténeiu*, vous êtes agréalJement surpris , et peu4i-peu vous vous enchantez en retiH>uvant des sites qui vous arrachent un soupir ^ une larme d'atten-
drissemexit, un frisson de plaisir C'est que
rilhision est oc»nplète, vous avez retrouvé un site de la terre natale !
Comme vous le voyez , cette terre est digne de la liberté : ce n est point une terre de déception qui vous étale d'abord tous ses charmes, toute sa parure | pour ne vous laisser voir ensuite que nu- dité, qu'aridité désespérante pour le cultivateur intelligent ; loin de là , semblable à ces sentiers semés d'aspérités dont parle l'Écriture, elle vous fait passer par des déserts sauvages pour arriver à YEden que vous avez rêvé.
Dans l'après-midi , je descendis à terre avec le capitaine ; à mesure que j'approchais et que je distinguais mieux la forme amphithéatrale de la ville j celle des maisons et des édifices, en même
Digitized byLjOOQlC
— 83 - temps que Faridité des campagnes me semblait moins grande , je me croyais transporté en Syrie ou en Palestine ; je ne reconnaissais plus l'Âmé- rique. En effet , la forme carrée des maisons , terminées en terrasse ( azotea) , et n'ayant pour la plupart cpi'un rd-de-chaussée , leur blaiy heur éblouissante, la forme pyramidale de quelques belveders , la bizarrerie des tours de l'église de la Mairiz y cathédrale dont les petits dames sont recouverts de fiaence peinte et yemissée, les for- tifications sur les parapets desquelles s'aperce- yaient quelques soldats Âfiicains, mêlés à des créoles-métis, au teint oliyÂtre, tout cela prê- tait singulièrement à l'illusion ; il ne manquait que des cèdres aux cimes élancées, des palmiers et des grenadiers , pour me représenter une ville des environs du Lâban ou du Jourdain.
J'arrivai dans le port , au pied du môle en bois , ou plutôt du débarcadère ; je jetai un coup- d'œil sur la baie circulaire qui forme le véritable port. On me montra quelques balises , et des bouées placées en différens endroits pour signa- ler les carcasses de navires qui se sont perdus , il n'y a pas très long-temps. Il parait que le port de Montevideo nécessite des travaux hydrauli- ques d'autant plus urgens qu'il se comble de
Digitized byLjOOQlC
— 84 — plus en plus par Te sable et la vase qa j déposent les courans. Outre cela , il est exposé aux mau- vais vents , qui , non-seulement rendent la mer grosse , mais encore font chasser les bâtimens sur leurs ancres , entravent leurs câbles , les font tomber les uns sur les autres , et quelquefois même les jettent à la côte , comme, il est arrivé à plusieurs époques et notamment le 38 septembre 1836^ où plus de cent navires éprouvèrent de fortes avaries , tandis que plusieurs se perdirent dans le port même. Le fond étant de vase molle les ancres tiennent peu , et les câbles ne tardent pas à se pourrir. 11 £iut de bonnes chaînes en fer et des navires doublés en cuivre pour séjourner avec sécurité dans la rade et le port de Monté- vidéo ; mais même avec ces précautions, il £iut une grande vigilance , car lorsque le pampero ( vent d ouest et de sud-ouest) vient à soufQer, il n'y a aucun abri contre lui , et Ton ne peut même pas sortir aussi vite qu'on le voudrait. U est à regretter qu'on n'ait pas formé un port au confluent de la rivière de Santa-Lueia , qui se trouve un peu à l'ouest du Cerro ; les bâtiniens d'un tonnage ordinaire y eussent trouvé un abri sûr contre tous les vents.
Ainsi j Montevideo est dans une petite pénin-
Digitized byLjOOQlC
— 85 —
suie, eatourëedetous côtés parle fleuve , excepté decelui de Test, où se trouyent la citadelle et les meilleures fortifications. Il est bien filclieuxque , par un article du ti^aité de paix fait avec le Brésil, toutes ces fortifications, qui ont coûté beaucoup, doivent être détruites. Cette stipu- lation , &ite par l'empereur don Pedro , ne de- vrait-elle pas être annulée par le gouvernement actuel du Brésil, puisque les Brésiliens affirment à qui veut Fentendre que leur* guerre n'était pas nationale ?
Le plan de la ville est trèsrrégvdier , divisé en cuadras ( carré de maisons ) ; les rues bien ali- gnées , garnies de trottoirs , se trouvent coupées à angles droits ; malheureusement elles ne sont pas pavées , ce qui les rend aussi désagréables en temps de pluie qu'à Tépoque de la sécheresse : des nuagesde poussière salissant tout dans l'inté- rieur des maisons ou ce sont des cloaques affectant l'odorat, principalement dans le bas de la ville.
Toutes les maisons sont bâties en brique, et la plupart sont très-basses -, comme je l'ai déjà dit ; mais on en construit de nouvelles à plusieurs étages , qui rivalisent avec ce que nous avons de plus gracieux en Europe ; seulement , le toit reste
Digitized byLjOOQlC
— 86 — ^
toujours en tert*asse , parce que cette forme donne beaucoup de fraîcheur aux maisons ; ette ofïre encore Tayantage de laisser respirer un air plus pur après une journée caniculaire, en per- mettant à toute la famille de se tenir au-dessus des exhalaisons tièdes du sol échauffé ; et de plus c'est une forteresse où le patriotisme et le cou- rage des femmes ont aidé souvent les citoyens à se délivrer d un joug étranger ou de l'invasion des barbares. Les Anglais doivent se rappeler en- core ce que vaut une azotea pour la défense du foyer domestique...
En sonmie , la ville de Montevideo n'est pas désagréable^ quant à son aspect physique ; et si Ton fait entrer en considération , comme on le doit certainement, l'air d'aisance et les manières tout aimaUes des faabitans , doués ^ comme les Argentins de beaucoup d'esprit et d'un extérieur très-avantageux, on se convaincra facilement que son séjour peut offi*ir des charmes réels. C'est plus qu'il n'en faut , à mon avis , pour in- viter les négocians à se ûxer snr un point qui , aux avantages signalés , joint encore ceux d'utie position des plus Êivorables au commerce; »n climat des plus salubres et un gouverneur éclairé, ami des étrangers , proteceur du commerce et de
Digitized byLjOOQlC
— 87 —
rinduslrie. Que demanderaît-on de pins ? Apportez des marchandises convenables, des capitaux et des bras industrieux, et vous veiTez que vous n'ayez pas tenté en vain la fortune. Je yeux es- sayer de^le prouver dans la description que je domie au cbapifre suivant du territoire compo- sant ia Bamda-Onental.
Peu de villes de [l'Amérique oot ^Nis souffert que Montevideo , depuis sa fondation qui date de i 724 ' ; son commerce et sa population s'en sont ressentis *, mais l'administration éclairée de M. Yasquez, rappelant celle de M. Rivadâvia à Buenos- Ayres , à une autre époque, tend à réparer les maux afiligeans qui ont éloigné les étrangers et surtout les capitalistes d'un point digne de fixer leur attention.
Montevideo est chef-lieu du département de son nom et capitale de la République orientale de VUruguay^ ; elle est le siège du gouvernement , composé des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
< Voyez la Revue Politique , au chapitre V.
2 Sa populalion est éTaluée à d 5,000. Elle a été de 26,000.
s Position astr. — Longitude Occidentale de Paris , 58* 33' 25*\ Latitude , 34* 54' $*' Elle est k 30 lieues du cap Santa-Mai îa , et à 40 de Buenos- A jres.
Digitized byLjOOQlC
— 88 — Le gouverneur porte le titre de Président.
Il y a une chambre de sénateurs et une autre de députés ou représentons.
J'ai dit que Montevideo rappelait une ville de Syrie ou de Palestine; il ne serait pas impos- sible que rillusion fôt poussée, dans quelques siècles , jusqu'à faire croire à la transmigration de Tyr ou de Sidon dans ces lieux, oii le com- merce doit avoir un autel , et un culte aussi fer- vent que celui de la liberté.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE IV.
de rUmfOftj.
FaTOnsée par la aatore, comme si elle Teùt dwîsie pour s'y montrer dans UMbt sa fertilité , la Banda^Orieatal vCeA pas mous importante par sa sitoatiott .giéof;rapiiM|Qe, à f emboachure de la rivière idke la Flata.
Digitized byLjOOQlC
— 92 —
Sa position astronomique est entre les 55^ et 6 1 * degrés de longitude occidentale du méridien de Paris , et les 50* et 55« degrés de latitude australe. Ses confins sont, au Tiord^ la province de Rio- Grande-do-Sul ou de Sao Pedro , dépendant de l'empire du Brésil* A Vest, encore laproyincede Rio Grande et le territoire neutre , espace de ter- rein compris entre la lagune ou le lac Mérim et rOcéan-Âtlantique , ensuite cet Océan. Au sudj rOcéan - Atlantique et le Rio de la Plata. A Y ouest, l'Uruguay, qui sépare cet état des pro- vinces d'Entre-Rios et de Corrientes, comprises dans la confédération du Rio de la Plata.
Ses limites ont varié souvent et ont été le sujet de longs démêlés entre les Espagnols et les Por- tugais; eUes sont, quanta présent, fixées au rio Cuar^ , l'un des afiluens de l'Uruguay, du côté du nord, et au rio Yaguaron, qui se jette dans la laguna Mérim , du côté de l'est. Renfermée dans ces limites qui rendent le territoire de cette république à -peu-près carré, sa superficie peut être évaluée à 12,000 lieues (de 20 au degré). Sa population absolue , qu'on ne connaît pas exac- tement, a été évaluée en 1826 à 70,000 habitans, et l'on ne peut guère la porter plus haut que ce nombre , même à présent ; car s'il est de fait qu'elle
Digitized byLjOOQlC
— 95 —
s'est accnie dans ces dernières années par les soins d'une sage administration , il n'est pas moins certain qu'elle avait considérablement diminué pendant la guerre dévastatrice du Brésil. Quant à sa population relative^ elle ne peut jpas être éva- luée à plus de 7 ou 8 habitans par li^ue carrée, parce qu'il y a peudeterrein perdu dans la Banda- Oriental.
Les fleuves et les rivières se ramifient si admi- rablement dans cette heureuse contrée , que les transports par eau peuvent s'opérer des points les plus reculés jusqu'à la métropole , et ce n'est pas un faible avantage dans un pays où les routes sont à peine firayées, et les voitures mal construites ; où le manque de ponts, les fi:'équens débordemens interrompent tout-à-coup les communications par terre. Indépendammient de l'Uruguay, deux fois large comme la Seine, d'une navigation fa- cile jusqu'au Salto, ce territoire, si privilégié de la nature dans cette partie si essentielle aux pro- grès de l'agriculture et du commerce, est arrosé par le rio Negro, rivière de second ordre , com- paré à l'Uruguay ; le rio Santa Ludaj le CeboUati, le Damum, VArapey, de troisième ordre; le Yi, le Yàguaron, YOUmar^ le Pardo, le Queguay, le Cuarejr» etleGcêcuarembo, de quatrième ordre.
Digitized by
— 94 — A ce^ fprandes rÎTières se joignent plos de deux trente ruûseauxi dont planeurs sont nayigaUes pour des bateaux plats ou des pirogues. U y a bienc[udiq[ues entrayes à la nayigaJtion des grandes rivières, mais avec un peu d'industrie on les sur- monterait &cilement. Par exemple, l'Uruguay , si connu par la masse de ses eaux, ne peut être remonté que jusqu'à 60 lieues de son embou- chure, à cause d'une petite cataracte ou d'un rescif à fleur d'eau, appelé dSalto; eh bieUiilne s'agirait que de creuser un petit canal par un des côtés, ouvrage qui serait de la plus £u^ile exécur tion pour le rendre narigahle, jusqu'à trois cents lieues, pour des bateaux à vapeur d'une force ois dinaire et même pour des bateaux à voile de 50 tonneaux* Mais avec un bateau à vapeur, remor- queur, on conduirait des çhalans de deux cents tonneaux et plus jus^'aux Missions, à vingt lieues du Paraguay et à proximité des Yerbaies ! (lieu où se récolte le maté). Un peuple industrieux aurait déjà surmonté ces légères difficultés ; mais dès à présent le commerce peut être très-actif sur le Rio Negro, le Santa Lucia, le CéboUati; cette dernière rivière , qui prend sa source dans les mornes de la Barriga Negra^ (district de Concep- cion-de-Minas) après avoir traversé, dans la di- rection de l'ouest à l'est , la partie sud-est de cet
Digitized byLjOOQlC
— 95 —
ëtat va se rendre dans la lagmui Mënm, dToii ron pent&cileaiesilcommHiiiquer avec h grande lagtina on lac dos Patm par \em>Sao4ion%€Êlpo, qui passe devant la nouvelle ville brénKenne de Sac Francisco de Paola.
Le sol de la Banda-Oriental est entrecoupé de nombreuses collines et de montagnes ou mornes qui n'ont pas une grande élévation. La Serra do- Mar{ionïmûX\àchairte orkntide^ système bré- silien), qui commeiiôe an 46* degré de latitude australe, se termine, après avoir traversé la pro- vince de Rio Grande-do-Sul à!est à ouest ^ dans dans le rincon de la Cruz , vers ie confluent de YYhicujr^ et ne traverse pasla Banda-Oriental dans toute sa longueur, comme l'indiquent les cartes géographiques, copiées toutes les unes sur les au- tres. Elle envoie seulement dans la Banda-Orien- tal, ainsi que dans les hautes missions , quelques chaînons qui se ramifient en s' abaissant de plus en plus. Il j a bien dans Test et le sud-est , vers la frontière du Brésil, une chaîne continue, mais ce n'est qu'une colline élevée appelée CuchUla Grande qui ne me paraltpas dépendre delà Serra do-Mar. Je suis porté à croire qu'il en est de même des collines du sud-ouest appelées Aspe- rexas de Mahame.
Digitized byLjOOQlC
— 96 —
Je n'ai pas assez voyagé dans rintërieur de la Banda-OrieQtal pour me prononcer d une ma- nière certaine; aussi , craignant d'augmenter les erreiurs déjà trop grandes, je me suis abstenu de faire représenter les chaînes de montagnes sur ma carte. Cependant si je puis en juger d'après ce que j'ai observé dansTintérieur de la province de Rio Grande, je puis raisonnablement penser qu'il n j a aucun ra^K>rt entre le chafaion de la Barnga- Negraetde CuchiUarGrande avec la Serra-do-Mar . Ce qui me confirme dans mon opinion (ou mon erreur, si Ton veut), c'est la composition gédiogi- que desmomeset des collines dusudet del'estdela Banda-Oriental, entièrement différente de la par- tie de la &rra que j ai traversée. Au lieu de grès de toute espèce que j'y ai trouvés , même sur les points les plus élevés, on est surpris de rencontrer ici, au niveau delà mer, des roches granitiques, purement cristalines, ayant souffert un morcel* lement plus ou moins violent, une décomposition plus ou moins grande. Ces décompositions ont produit par voie de sédimeùt et par aggloméra- tion, des roches d'une autre nature, maisappar- tenant toujours au sol primordial qui parait faire la base des terrains de nouvelle f(H*mation. J'ai retrouvé, comme on le verra parla suite, les mêmes roches avec les mêmes caractères demor-
Digitized byLjOOQlC
— 97 —
cèlemait^ dé dëcompositioii^ et d'agrégation aux environs de Porto- Alégre dont le sol présente une analogie frappante avec celui de Montéridéo*
Indépendamment des chaînes de collines dont je viens ^e parlœ, il y & encore beaucoup de momesr isolés qui contribuent à rendre plus pitto- resque le tableau qu'offre Taltemative ccmtinuelle des monticules, des prés, des ruisseaiux et des ri- vières boisées.
lie^dimat est très-tempéré sur toute la sur&ce du territoire de la république ; l'humidité, que doivent produireles nombreuses rivières quila sil- lonnent, ainsi que les vents de nord et de nord- est, passant sur des contrées marécageuses et chaudes, est modérée par les vents de terre sud- ouest, toujours secs, appelés communément Pam- penM, farce qu'ils traversent les Pampcu) * , et par le voisinage de l'Océan. Sa température est l'une des meilleures que l'on connaisse. Le peu de progrès que la population a fiiits dans le nouvel état ne doit donc pas être attribué à l'insalubrité de 1 air , aux maladies particulières au pays; mais
I On appelle ainsi les vastes plaines basses et unies qui sont au Sud et à rOuest de Buenos- Ayres. --On trouvera plus loin rét>ino- logie de ce mot.
7
Digitized byLjOOQlC
— 98 —
bien à des causes purement pc^tiques* Il pro' vient éè ia fjpfteme avec Ffispagne, qui tat pl«s cruelle sur ce territoire que sur aucun antre point des provinces unies, de la guerre civile et de Ta* narehie que les voisins étrangers ont pris soin d'attiser durant la révolution contre rEs|pagne^ et de la dominatian porfugaiae ou farësiKenne» g^ néralement détestée par les habitans, et qui a oauié lenr émigration dans* tes autres fMPovincea.
Montevideo fut peuplé , il y a un peu plus d'un siède, par une colonie envoyée de Buénos^Jlyres* Le territoire envinonnant était occupé par une ninkîtude d'Indiens barbares y conni» sons le nom de Charruas. Il fiillut longtemps leur disputer le terrein, mais enfin on parvint à les repousser vers le nord , avec les Minuan^ et les Guaranis pro- prement dits, et les derniers restes de ces tribus barbares ont été récemment détruits ; Ae manière que le territoire se trouve à présent libre et à ïeàm de toute invasion d'indiens.
Les nouveaux celons trouvèrent les campagnes couvertes de troupeaux de bœufi et de ohevainL, qui s'étaient multipliés prodigieusement depuis l'arrivée des premier» ccmquérans. Dès - lors» comme les terreins furent inconnus fertiles par-
Digitized byLjOOQlC
— 99 — tout, même dans les monlaignes y on les desiina au pâturage, et .les bakitans se Kyrèrent «xdusî* ▼emcBt au soîi» des troupeaux. Il a eûutimié d'être ]a principale hmnche de commerce de ce pays , nourseulemciit par l'extractiou des cuirs de boaufi et de ch^aux, mais enccw'e par la salaison des yiaudes et les fontes de suif. Montevideo^ seul , panrint à avoir trente^troi» ëtaUissemens de sa- kisonS dans la {4up«rt desquels on tuait cem bêtes par ^our ^ sans que cette consommation sem- Uit diminua le nombre des troupeaux , parce que lat reproduction est favoriaée par une foule de circonstances naturelles. La campagne abon- de en pâturages, dont aucun endrcKit ne reste imitile:; ils sont d'une bonne qualité, quoique le besoin de sel se fesse sentir dans quelques looaltlés, et fertilises par Tirrig^ation d'une mul- tilude de ruisseaux et de sourees surgissant de toulies parts. A chaque pas le voyageur est agréa* bkment surpris par la rencontre d'eaux pures et salubres, toujours entourées d'un bois touffu qui en entretient la fraîcheur.
Les vasies solitudes composant le territoire de la nouveHè r^ublique fiMcmaient partie de la vice-royauté de Buenos- Ayres , sous le nom de
1 Saladero en espagnol y charqueada en portugais.
Digitized byLjOOQlC
— 100 —
Banda - Oriental. Après aroir été régie pendant neuf ans par le féroce et cruel Artigas , qui atta- qua Buenos- Ayres , envahit l'Entre-Rios^ souleva Santa-Fé , arma les Indiens du Grand-Chaico et désola les missions de FUruguay par des actes inouïs de barbarie, cette contrée, autrefois si flo- rissante, fut envahie par les Portugais et réunie au Brésil, sous le titre de Prtmncia Cisplaima. Séparée dé cet empire par un article du traité de paix, conclu en 4828, entre Buénos-Ayres et le Brésil, elle fut déclarée indépendante etprit le titre de Bepuhlica Oriental dd Uruguay. D'après la nouvelle organisation qu'elle vient de se donner, tout le territoire de la république est partagé en neu& départemens , qui prennent le nom de leurs cheÊ-lieux respectif; ces départemais sont : MonténdéOy qui donne cinq députés à la chambre des représentans; Canelones , qui en donne qua- tre ; San José^ trois ; Colonia, trois; Soriano^ trois ; Pcysandùy trois ; Cerro-Largo^ deux ; Maldonado^ cpiatre; Entre-Bios^ , Yi et Negro, deux : plus un sénateur chacun.
L'état possède trois villes : Montevideo , la Colonia et Maldonado; quinze villas ou' boui> gades, dont voici les noms :
1 Qu*il ne faut pat confondre avee la province de ce nom.
Digitized byLjOOQlC
— 101 —
Gnadalupe, San Juan-Bautista, San- José, La Florida, ElRosario, San-Salvador , Santo«Do- miDgo-SoriaBOj Mercedes « Paysandù, Belen (dé- truit), Melo, Rocha, San-Carlo, Minas, et San- Pedro.
Plus les huit villages ou hameaux suivans :
Piedras , Pando , Porongos , Real de San-Carlos, Viyoras, £1 Carmelo, El Salto et Santa-Teresa.
En tout yingtrsix populations, indépendam- ment des estancias ou grandes fermes du pays, disséminées à de grandes distances les unes des autres, et autour desquelles sont toujours grou- pes quelques ranches ou huttes de terre couvertes en jonc pour loger les fionilles einployées à Tex- (doitation.
Le gouTemement entretient dans c^cune des ▼ingtr-six populations ci -dessus une école pri- maire-élémentaire^ par la méthode de l'ensei- gnement mutuel, et en outre , il y en a bien un pareil nombre soutenues par des établissemens publics ou particuliers.
Des courriers réguliers partent de la capitale
Digitized byLjOOQlC
— 102 —
pour les divers points de l'inténettr ies 9, 16/25 el 30 de chaque mois.
L'état social étant le même dans la république de rUruguay que dans celle du rio de la Plata, fe renvoie mes lecteurs aux descriptions que j'en ferai à Buëno»* Aym» où les mœtu^ , les coutumes et le caractère des difierens habitans composant la maise hétérogène de la population seront passés en revne. Le vide que j'aurai laisse sera rempli dans l'exploration de TUruguay.
(c Parler dé l'industrie, des arte et du com- merce des nouveaux habitans de rAmérkpie, dit le savant M. Balbi, c'est parler de l'industrie^ des arts et du oommeroe de r£uix>pe et d^ ses hahi* tans^ qui depuis trois siècles se sont étaUis d'un bout à Fautre du Nouveau-Monde. » ' Les Espa- gnols, les Portugais, les Anglais, les Français, les Italiens et les Alfemands y ont iiaportéleur indus- trie, qu'ils ont modifiée ensuite avec plus ou moins d avantages pour eiiX| suivant le caractère de la nation quidominait et la proteottQuque son gouvemenent leur accordait. Malheureusement
1 M. Baibi a observé aitteurs , avec raison , que cette épithète de Nouveau-Monde serait mieux apptiquée à VOcéania ou Ausiralasie , la cinquième partie du monde.
Digitized byLjOOQlC
— 105 —
la manière iFicieuse avtc lacpidle ' on fil le com* nierce jusqu'il la seconde moitié du XVilI^ siècle a (MÎTérEaropeetl'AmënqpiedesiminicinsesaTau- tages qu'elles eu auraient tiréa^ aï ea lui avait ac- cordé la liberté dont il a joui dans la suite. Certes^ la Banda-Oriental aurait pu atteindre prompte- ment au Ëtite de la prospérité, si TEspagne, com • prenant mieux ses propres intérêts , n'avait pas entravé Tesior industriel et commercial que leâ premien edons tentèrent de hd imprimer. Les resirictîoas de l'Espagne arrêtèrent Témigration; sa politique étroite en âoigna toujours eevx qui n'étaient pas espagnob, et ses querelles mlermi- nables avec le Portugal acbevèrent de paralyser f industne. Comme Pexploîtatioti des troupeaux p«rat otbit ht plus grande trti^, sans donner grand trwvtàf les àabitans s^y livrèrent au préju- dice de Tagricnlture qu% négligèrent entière- ment. Cependant les terres ne réchmaient que ^ hrasmdnstrieux pour tes cuitrrer, pmaqju'eUes produisaient avec abondance, et sans culture, toute espèce de grains, de fiiiits et de légumes; elles auraient fourni toutes les productions d'Eu- rope et la plupart de celte des tropiques; mais à quoi bon trait de travail , se dirent les colons es- pagnols? que ferons-nous de notre superlhi, puis- que les restricticHfts du système colonial nous en
Digitized byLjOOQlC
— 104 —
prohibent rechange aveclesétrangers ?. . • Us adop- tèrent rindustrie la plus commode pom* eux, et ils firent bien. Ce genre d'industrie était de na- ture a fiûre germer en eux des idées d'indépen- dance ; elles germèrent efFectivement , elles gran- dirent, et l'Espagne fut punie par où elle avait péché.
. Le système de Galvez qui, en 1778^ pro- clama sucessivement la liberté du commerlre en- tre les treize principaux ports de l'Espagne et l'Amiàfique ci-devant espagnole, .' donna beau- coup d'activité au commerce de la Plata; miaisce fiit après 1840, lorsque les ports s'ouvtûrent à toutes les nations, lorsque les individus de toutes croyances purent se présenter pour exercer libre- ment leur industrie, que ce pays prospéra véri- tablement. Sans les troubles civils et cette guerre désastreuse avec le Brésil, la BémdorOrieniid eût pu s'appeler à juste titre la Phénicie du Nouveau- Monde^ de même que Buenos- Ayres en eût été la Carthage.
La constitution définitive de la nouvelle i^u-
* Jusqiie-IÀ il n'y a? lit que les places de Sé ville et de Cadix qui pussent expédier un nombre très limité de bàlimens d'un faible ton- nage pour les Golonias. Le commerce de la l^lata était dans la dépen- dance de celui des spéculateurs privilégiés du Pérou.
Digitized byLjOOQlC
Uique , Tainour de l'ordre et le besoin de tran- quillité qui se fiât remarquer paimi la classe éclai- rée, la cessation des troubles ciyils, la position isolée, tout-à*&it neu/rs de ce petit état, sont autant de garaipties morales pour les capitalistes , les commercans et les industriels qtti songeraient à augmenter leur fortune ou leur bien-être au profit d'un pays qui ne parait pas avoir adopté pour devise VingroHiude.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHilPlTRE Y.
Aoww ihrmtiÀngjUfum des évéaemeiw surveaus daiis la Baad«« Onental, depus la déooliveite Jiu<itt*en 1834. >
i508. — Première découverte du fleuve de la PlaU, par Jeia Dîas de Solîs, qui le prend pour ua golfe.
' > Voyee , pear lés<léUiil9 de la âéeenvefle et 4e la eonqnèfté, Fanes,
Félix de Azara, f^oyayes dans V Amérique Méridionale. Eaynal , Histoire philosophiqHe des Deux-Indes*
Digitized byLjOOQlC
— 108 —
1515.— >Secondedécouverteparlemême. Cette fois, mieux informé, il substitue son propre nom à celui de ParanorGuazu^ donné à ce grand fleuTe par les Indiens Guaranis. Solis est assassiné par les Gharruas. ->
1526. — Sébastien Cabot ou Gaboto pénètre, après Solis, dans le fleuve nouvellement décou- vert. Il fonde le premier établissement espagnol au confluent du ruisseau de San Juan^ près Tem- boucbure deTUruguay. Quatre ans après, les In- diens Charmas détruisent le fort qu'il avait con- struit, chassent les Espagnols et restent maîtres de leur pays.-
1530.*— Cabot retourne en Espagne avec quel- ques lames d'or et d'argent achetées aux Guaranis , pour en fah^e hommage à son souverain, auquel il propose de substituer, au nom trop modeste de Rio de Solis , celui plus pompeux de Rio de lif PUaa.
1 566 . — Les Espagnols jettent les fondemens du premier village dans le pays habité par les intré- pides CharruaSj sur les bords de l'Uruguay, au confluent du rio Negro, et le nomment Sanio- DomingO'Soriano.
Digitized byLjOOQlC
— 109 —
i679. — Les Portugais, regardant le fleure de la Plata comme leur limite natureUe au sud, et d'ailleurs très-envieux des dëcouyertes des Espa- gnols, fondent la yîUe de la Colonia del Sacra- mento, en fitce de Buenos^ Ayres , d'après les or- dres du gouyemenr portugais de Rio-Janeiro.
1796. — Fondation de Montëyidéo. Lanécesr site de repousser les Gharruas qui occupaient tout le vaste territoire compris entre l'Uruguay, le rio Negro , les montagnes de San-Ignacio, l'Océan et la Plata, aussi bien que le besoin d'arrêter la contrebande par laquelle les étrangers ruinaient le commerce dé Buénos-Ayres, engagèrent les Espagnols à y fiùre passer, en 1724, quelques troupes qui eurent k lutter alternativement avec les Portugais, les Charmas et même les Français qui venaient clandestinement &ire provision de cuirs. Deux ans après, Bruno de Zabala, gouver- neur de Buenos- Ayres, fit passer dans la Banda Oriental vingt fiunillesde Canariens qui permirent de fonder la nouvelle ville de San Felipe ou Mon- tevideo.
1731. — Bataille livrée par les Charruas et les
'Minuanes aux troupes de Buenos - Ayres et de
Montevideo sous le commandement de Zabala;
Digitized byLjOOQlC
— ««0 —
celui-ci est Taincn et foreé de demander Tinter- ventîon du prorincial du Paraguay, lequel, par un message de paix, parrieutà ealmer la fureur des Indiens, et ménage entre eux et les Espagnols un traite définitif en i7S2.
1 757 . — Le cabinet espagnol élève Montevideo au rang de cbef-lieu de province ou de gouver- nement.
Cette même année, les Minuanes^ tribu qui oc- cupait l'espace compris entre le rio Negro et les Missioiis, re{M:ennent le« armes et attaquent les étabUssemens espagncds. C'est dans cette guerre que le gouverneur de Buénosr-A3rres , Andowm- gui, donna Tordre cruel, trop suivi et trop bie% imité dans les guerres modernes ^ d'égorger tous les Indiens au-dessus de douze ans, parce que , disait-il , k vérUabh baptême de ces saunages est le baptême de sang!
1762. -^Fondation du village de San-Carhs, près Maldonado.
1786.— -Fondation de la ville de Maldonado.
i804. 1^ Fondation de Fédifioe appelé CaMdo (municipalitë), à Montevideo.
Digitized byLjOOQlC
— m —
1806 (19 août.)-^Uiie expédition de tolon- Uiires orientalistes, sons les ordres dn géoéral Li- niers, ftainçais, débarque sur les pki|;es de fiaénoa- Ayres, et avec ce fiiible secoors les hilMtttBS de cette ville font prisonnier le général anglais Bé- resford et sa troupe.
— (28 octobre. ) -* Le commodore anglais Popbam bombarde par mer Monléridéo, et il est repoussé.
1807 (janyier.) — Les Anglais, sous les ordres du commodore Popbam , attaquent et prennent , après une yiye résistance, MaldonadoetSan-Car- los^ pendant que le général sir Samuel Acmuty , assiégeant Montevideo, déroute la garnison espa^ gBole dans une sortie.
. — (5 février. ) — Les troupes anglaises {nren- nent d'assaut Montevideo, qu'ils évacuèrent et rendirent à TEspagne au mois de juillet de la même année , par suite de la capitulation du gé* néral Whitelock à Buénos-Ayres.
1 806.— lie libéralisme du gouverneur Élio qui , le prunier, ne craignit pas de refuser Fobéissance au vice-roi de Buénos-Ajres, fait présager les mouvemensqm, deux ans plus tard, devaient agiter le pays.
Digitized byLjOOQlC
. 4810 (85 mai).— «Le premier cri de liberté est jeté par une poignée d'hommes généreux , dans la yiUe de Buenos- Ayres y et bientôt il est répété par tout le continent américain.*^
18H (28 février) — Les patriotes orientalistes s^emparent du bourg de Mercedem où se répéta le premier cri de liberté !
— (26 aTril.) — Action ga|^ée par les pa- triotes sur les royalistes au village de San- José.
— ( i8 mai. ) — Les patriotes, commandés par l'intrépide AriigaSj déroutent les royalistes dans le village de Las Piedras.
4812 (20 janvier.) — Le territoire de Montevi- deo est envahi par une armée portugaise, ^e 4,000 hommes, sous le commandement du géné- ral don Carios Federico Lecor, envoyée comme auxiliaire des Espagnols; mais en vertu d'un ar- mistice, elles évacuèrent le pays au mois de mai suivant.
— ( 51 octobre. )— Victoire dû Cerrito , rem- portée sur 1^ royalistes par le général patriote Rondeau . Montevideo, pris d'assaut, se réunit à la république des Provinces-Unies du Rio de la Plata^ comme chef-lieu de la province delà JBam/a- Oriental.
Digitized byLjOOQlC
— 113 —
1814 (17 mai.)— -L'escadre espagnole, station- née à Montevideo, est déroutée par celle de Buenos- Ayres, sous les ordres de Famiral Brown, anglais, au service des patriotes.
— ( 23 juin. ) — Les troupes de la république Argentine, sous les ordres du général don Carlos Alvear, occupent Montevideo.
1815 (S3 février.) — Les troupes de Buenos- Ayres évacuent Montevideo que les Orientalistes occupent à leur tour.
1816. — Les Portugais envahissent la Banda- Oriental, en proie à la guerre civile , sous le pré- texte de pacifier le pays.
i81 7 . — - L'armée portugaise au lieu de pacifier le pays, s'empare de Montevideo, dont le cahildo invite les habitans, ainsi que ceux de la cam- pagne , à £dre avec les Brésiliens ou Portugais, une paix qui fut conclue à cette condition : que Toccupation de la proi^ince serait seulement pro- insoire, et que rarmée portu^xise reconnaîtrait toujours les autorités locales.
1820 (septembre.)-— Artigas, ce chef patriote
8
Digitized byLjOOQlC
— H4 —
trop célèbre par ses cruautés , est battu par son lieutenant RamireE, et forcé de se réftigier au Paraguay , où il est retenu priscmiiier piu* le dic- tateur Francia.'
4831.— * Le général p<»tugais fait approvi- siosmer Montevideo et déclare la Banda-Oriental réunie au Brésil sous le nom de Proifindu-Cispla- tina. *
i 895 (1 9 avril.) —* Don Juan Antonio LayaUeja , et avec lui trente-deux Orientalistes partent de Buénos-Ayres et débarquent sur les plages de la Banda-Oriental pour délivrer leur sol natal de la domination étrangère; à leur premier cri le patrio- tisme national s'enflamme et l'entreprise est cou* ronnée de succès.
— (14 juin.) — Un gouvernement provisoire de la Banda-Oriental s^établit dans la vïUa de la Florida. Et le 90 août suivant, s'installa la pre-
' Voyez la note £ , concernant Artigas.
• Voyez , pour pins de détails sur cette occupation iiû^f ^ el la guerre désastreuse qui s^n est suivie entre la république Argentine et le Brésil, les intéressantes Esquisses historiques si statistiques sut Buènos-jiyrss , traduites et augmentées par M. Varatgne.
Digitized byLjOOQlC
— us —
mière lé^slAture ou chambre des reprësentans, qui déclara nuls à jamais et d'aucune valeur tous les actes de reconnaissance , d'incorporation, etc. au Portugal et au Brésil; se déclarant en outre, elle-même , libre et indépendante de £iit et de droit , avec un amfde pouvoir d'adopter les formes qui lut paraîtraient convenables*
— (7 septembre.) — La même chambre des re- présentans sanctionne avec force et valetu* de loi (dans la villa de la Florida) que le trafic d' esclaves demeure aboli et que tous ceux qui naîtront dans la Banda-Oriental , seront libres , sans exception if origine*
— (24 septembre.) — Victoire du Rincon de las GaUincLS , remportée par le général patriote Fruc- tuoso Rivera, sur les forces brésiliennes.
— (12 octobre. ) — Victoire del Sarandiy rem- portée par les Orientalistes , sous les ordres du général Lavalleja , sur les troupes brésiliennes.
— (Décembre.) — L'empereiu' du Brésil, don Pedro I^'', déclare la guerre à la République Argentine.
Digitized byLjOOQlC
— 416 —
—(31 décembre.) — Le ccionel patriote Olivera attaque les troupes brésiliennes concentrées dans le village de Santa-Teresa et remporte un avan- tage.
1 826 . ( 5 février. ) — L'amiral Brown attaque la Colonia del Sacrarhento j occupée par les Brési- liens.
--- (9 fév. ) — Le colonel don Manuel Oribe attaque le Cerro, occupé aussi par les forces brésiliennes.
— (H avril.) — Combat de TamiralBrown avec la frégate impériale Niteray , en vue du port de Montevideo.
i 827 (9 février.) — Victoire navale remportée à l'île dnJoncal (à Tembouchure de l'Uruguay) par l'amiral Brown.
— (20 fév.) — Victoire décisive remportée par le général don Carlos Alvear, commandant l'ar-
I Ce qu'il y a de remarquable dans ces attaques , c'est Taudace et le courage des patriotes , qui n'hésitèrent pas à présenler le com- bat à des forces dix fois plus considérables numériquement parfont.
Digitized byLjOOQlC
— 117 —
mëe nationale de la République argentine , sur les forces concentrées des Brésiliens k Ituxaingo.
1828 (1«' janvier.) — ^Le phare de l'île de Flores est aUumé. ^
—^21 avril.) — Prisedes Missions de TUruguay sur les Brésiliens, par le général Fructuoso Ri- vera.
— (27 août.)— On signe à Rio Janeiro les pré- liminaires de paix entre la république Argentine etTempire du Brésil.
— (4 octobre.) — On ratifie et on échange à Mon- tevideo les traités préliminaires de paix entre la République et FEmpire, d'où il résulte que la Banda-Oriental formera un état séparé sous le nom de Bépiiblique de VUruguay.
— (24 novembre.)— «L'assemblée constituante du nouvel état se réunit dans la bourgade de Son-José.
« La tour fut commencée en 18i9 , et les travaux ayant cessé fureirt repris en 1826.
Le môle en bois du port de Montevideo Tut commencé en 1821 , par ordre du tribunal du consulat.
Digitized byLjOOQlC
— U8 —
•i— (1^"^ décembre.)—- Le général D. José Ron- deau est nommé gouverneur et capitaine-général provisoire de Tétat Oriental, et pour son substi- tut on désigne D. Joaquim Suarez.
i838 ( 33 décembre. ) — Le général D. José Rondeau prend possession du gouvernement de l'état Oriental.
1829 (23 avril.)-— Les forces impériales éva- cuent la place de Montevideo.
— (!«*' mai.) — Le gouvernement de la répu- blique entre solennellement dans la capitale.
— (10 septembre.) — La constitution de la ré- publique de lUruguay est sanctionnée par l'assem* blée constituante.
1 830 (1 7 avril. ) — Le général D . José Rondeau , ayant donné sa démission, on nomme gouver- neur et capitaine-général, par intérim, don Juan Antonio Lavalleja.
— (26 mai.) — La constitution de l'état Orien- tal de l'Uruguay est approuvée à la Coui' du Bré- sil par les plénipotentiaires de cette puissance et de la république Argentine.
Digitized byLjOOQlC
— 419 —
— - (18 juillet.) La constitution est solennelle- ment jurée.
1830 (22 octobre.) — Les chambres des séna- teurs et des représentans de l'état sont installées.
— (24 octobre.) — Le brigadier général don Fructuoso Rivera est nommé président de la ré- publique et Tétat Oriental est définitivement constitué.
1832 et 1833. — L'ambition démesurée du général don Juan Antonio Lavalleja j flattée et excitée par quelques Brésiliens de la province de Rio Grande, fidt craindre un moment de voir se renouveler les horreurs de la guerre civile, mais l'influence du président Fructuoso Rivera sur les habitans de la campagne , ainsi que les sages mesures du chef de police à Montevideo, déjouent de toutes parts les tentatives de Lavalleja qui , dépouillé de ses biens et chassé de la République s'est vu forcé d'abandonner ses projets ambitieu^r- et de vivre exilé du sol à l'indépendance duquel il a si puissamment contribué. Avec plus de pru- dence et moins d'ambition , le général Lavalleja se serait vu, à son tonr, le chef suprême de l'état et ses concitoyens l'auraient vénéré comme il méritait de l'être.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE VI.
BéiMirt de Kontérîdéo. — Un Vampefo.-— Amrée em rade de MuéatMmAjnÊ. — Atpeet extérieur de oetle ville.
La plupart de mes compagnons de voyage, empressés de se rendre à Buenos- Ayres , aban- donnèrent VHerminie qui devait séjourner quel- ques jours à Montevideo, et profitèrent du départ d'un des paquetes (paquebots) faisant la navi* gation régulière entre cette ville etBuénos-Ayres,
Digitized byLjOOQlC
— 122 —
I pour se rendre plus promptement à leur desti-
I nation. Je ne voulus pas abandonner le bon ca-
pitaine Soret qid nous avait si bien traités pen- dant notre heureuse traversée ; j'étais d'ailleurs bien aise de voir avec plus d attention les scènes étranges qui s'oflSraient à mes regards, et de pren- dre à loisir des renseignemens sur le pays; mais au moment où j'entrais dans voie fonda (hôtel) Pour m'assurer d'un logement, on vint me dire que nous partions le soir même.
Le messager officieux qui s'était chargé de m'avertir de la résolution subite du capitaine , s'empressa de lier conversation avec moi, de s'in- former de mes projets , du but de mon voyage , de l'espèce de marchandises que j'apportais; questions flanquées de bien d'autres auxquelles je répondais avec le plus de réserve qu'il m'était possible, sans cependant manquer à la politesse. Il s'écria : Ah ! Monsieur^ que je vous plains d'être venu dans un pareil pays ! On assassine tous les jours les étrangers; ils sont volés, assaillis jusque di^&L eux; nos consuls ne sont plus res- pectés; ils ne peuvent rien; plus de sécurité pour nous..... Si cela doit durer encore long- tei9s, tout commerce deviendra impossible dans ces contrées. Monsieur , si j'ai un conseil d'ami
Digitized byLjOOQlC
— i2S —
à TOUS donner , n'allez pas plus avant ^ restez à MontéTidéo; ici, du moins tous aTee une porte pour échapper : il y Tient souvent des navires de guerre, et, en cas d'émeute, comme cela arrive à chaque instant, tous pouTCz tous y réfiigier ; mais à Buenos- Ayres ! où Ton ne peut plus res^ ter dehors après le soleil couché ! Vous courez les plus grands risques.
-^ Je Tais à Mendom, lui dis-}e, et couse- quemment i} &ut de toute nécessité que je me rende k Buénos-Ayres. — Vous allez à Mtodosa^
Monsieur! Mais tous m'effrayez à Mendosa!
Et qui donc connaissez-TOUs à Mendoza ? — Je
nommai mon ami Anatole de Ch y -^ Hélas !
Monsieur, je suis bien Ê^ché de tous affliger;
mais TOtre ami de Ch y Tient à^ètte /mUlé
par le farouche Quiroga, qui commande en des* pote dans les proTinces de Guyo, et je puis tous affirmer qu'il est disposé à en &ire autant à tous les Français de l'intérieur. En acheTant ces der- niers mots, l'officieux nouTelliste pirouetta, prit le bras d'un Orientaliste, et me laissa liTré à mes réflexions lesquelles, on doit bien le penser, n'é- taient pas gaies! Qu'allais- je devenir dans un pays semblable, où la Tie d'un homme n étaijt pas plus considérée que celle d'une mouche ! Certaine-
Digitized byLjOOQlC
— 124 —
ment ce monsieur, ce compatriote , me disais-je à moi-même, ne peut avoir aucun intérêt à m'ef^ frayer, àm'en imposer, et le conseil qu'il yientde me donner ne prend sa source que dans un senti- ment d'humanité. Mais quelle affreuse nouvelle l mon malheureux ami victime de l'atroce polir tique d'un chef barbare! ! Qu'aura-t-il &it pour mériter un sort pareil! U n'est pas croyable que l'on fusille un homme par plaisir? ces peuples seraient pires que des Vandales, que des Tar- tares; ce serait criant , ils s'attireraient la haine
des nations Que fiiire ? et de qui prendre
conseil ?
En cet ijistant une douzaine de Français en- trèrent dans ]a fonda; im colonel allemand, qui les accompagnait, me rassura un peu en m'an- nonçant positivement que mon ami AnatcJe était parvenu à s'évader du cachot où il était en effet retenu pour être fusillé , et que sans doute il de- vait, être à Santiago du Chili, à l'abri de toute atteinte de Quiroga \ Quant au danger que
i Cet infortuné jeune homme avait donné une somme de 4,000 piastres fortes pour obtenir son évasion ! — U retomba plus tard entre les mains <je pourrais dire entre les griffes) de son implacable en- nemi.
Digitized byLjOOQlC
— 435 — .
semblaient courir les étrangers à Buenos* A3rres et dans Fintëiieur, il me rassura complètement, en le traitant de c&imérique, et me Êdsant cette obserration très-sage que cehU (fiù ne s*x>ccuspe que de ses propres affaires est rarement inquiété en quelque ptxys que ce soit. Le yieux colonel avait de rexpërience, il serrait la patrie depuis bien des années, et il ayait été témoin de Tim- prudence des étrangers, des Français particu- lièrement , qui ont souventla manie de vouloir di- riger les aut^s et de donner des conseîb plutôt propres à attiser le feu de la discorde qu'à cal- mer l'effervescence des passions politiques.
Je n'hésitai plus , je me rendis au môle , où je trouvai mon préparateur , qui avait &it une libation à Bacchus> sans doute pour conser- ver quelque dieu tutélaire dans ce pays de sou-- images j conune il l'appelait. Nous régagnâmes tous YHermime ; on leva l'ancre , et élpratico ( le pilote ) se chargea de nous conduire à bon port,
Le vent nous fîit&vorable pendant une grande partie de la nuit ; il avait soufilé du nord-est avec force , et nous nous attendions à arriver en rade de Buëuos-Ayres de bonne heure le lendemain ; mais vers le matin le pUote fit serrer toutes les
Digitized byLjOOQlC
— lae —
voilés, disposer les odUes^ et tenir les ancres prêtes à jetm*. A peine cm dispositilms étaient- elles {HTiaes y qaele Pampero (vent de snd-ouest) souilla tont-à^coup si violemment que le Prac- tico «n fat déconcerté ; le navire craquait horri- blement^ nous dérivions grand train ; le gou- vernail n obéissait plus, ou plutôt la force de rooragan empêchait le navire d'obéir au gouver- nail; ilnyavak pasdetems à perdre; une ancre fut jetée , elle ne tint pas ; une seconde , avec la grosse chaine^ obtint un meilleur, résultat : le navire resta fixe ^ le nez ou la guibre au-^wnt , qui soufilait à écorner les bcsufs.
On ne se figure pas avec quelle fiirie , quelle impétuosité subite , appar^iH , souffle , tourbil- lonne et se déchaîne le Pompera .* Auster et Zéphire combinant leurs efforts dans l'antique empire d'Eole, toutes les outres déchirées du souverain de Lépari laissant échapper à-la-£>is les trente<4eux aires de vent , sont à peine capa- bles de donner une idée du Pamperq : c'est à-la- fbis l'ouragan des Antilles et les tourbillonfi du grand désert de Sahara. Heureusement le Pam- pero ne se fait pas toujours sentir dans toute sa violence, semblable au Vésuve il laisse le tems aux habitans des bords de la Plata de réparer les
Digitized byLjOOQlC
— tlT —
qu'il leur a cauiës; mais ^ptfoid laur séourHé , de même que celle des habituais de la campagne de Naples^ semble ne plus redou- ter, ou du moins oublier le fléau dévastalenr , c'est alors qu'il appâtait plus fiurieux que jamais : les habitans de Buénos-Ayres et de Montëyidéo <x)nserYent le souTenir d'ouragans terrU>les. Jen'ai pas été témoin d'un Vaanpero - ouragan^ quoique le vent de sud-ouest ait soufflé souvent pendant mon séjour à Buéno&'Ayres ; mais ce que j'ai ob- servé suffit pour me faire apprécier ses effets dé- vastateurs. J'ai vu souvent s'élever en plein midi un nuage opaque, semblable à un immense rideau qui, après avoir donné une couleur livide au soleil, grandissait, s'élargissait subitement sur l'horizon, obscurcissait tellement l'atmosphère qu*il deve- nait inqpossible de distinguer les objets les plus voisins ; c'était le signal de la tourmente : chacun s'empressait de rentrer chez soi , de fermer her- métiquement les ouvertures de la maison , d'al- lumer de la chandelle , et Ton attendait patiem ment les effets du ftmip^ro. Alors le nuage crevait , et se résolvait bientôt en tourbillons qui ne laissaient , au lieu de pluie , qu'une poussière blanchâtre semblable aux cendres d'un volcan. Les terrasses , les murailles , les rues en étaient couvertes de plusieurs pouces d'épaisseur.
Digitized byLjOOQlC
— «8 —
Pour ceux qui ont pu s'enfermer , il ne résulte du Pampero que le désagrément de faire laver tout le linge de la maison, car cette poussière trouve moyen de s'introduire, malgré toutes les précoutions , mais malheur aux personnes res- tées dans la campagne , près d'une rivière ou d'une lagune , il arrive presque toujours qu'en voulant regagner leur demeure , les infortunés se précipitent dans l'eau. J'en ai vu beaucoup d'exemples à Buenos- Ayres même, sur la plage où toutes les lavandières se rendent pour laver le linge. Et si le Pampero devient ouragan, les na- vires de la rade, chasisant bientôt sur leurs an- cres , se précipitent les ims sur les autres et l'obs- curité empêchant de reconnaître les manœuvres, il devieùt impossible d'échapper au naufrage. Ce n'est là qu'une fidble esquisse du Pampero - ou ragan.
Celui dont nous fûmes assaillis n^avait pas ce caractère, mais il ne laissa pas que de causer de l'inquiétude > parce que nous nous trouvions dans le canal que laissent entre eux les bancs Ortiz et Indio , et si nous avions chassé sur nos ancres , nous eussions été portés sur le banc Chico. Heu- reusement elles tinrent bon et le Pampero put soufiler à son aise pendant trois jours.
Digitized byLjOOQlC
— 129 —
Nous étions précisément en fiice de la Ense^ nada de Barragan. Ce lieu est un port ou plutôt une baie profonde, comme le nom l'indique , à dix lieues à l'est de Buénos*Ayres, sur la rive droite de la Plata ; c'est là que se tenaient les bà- timens et les frégates du roi d'Espagne, avant que Montevideo et Maldonado ne fiissent peu- plés. Ce port est sûr, l'ancrage y est bon. U est formé par le ruisseau.de Santiago qui vient de l'intérieur des terres , et le traverse ; mais Tentrée en est étroite et les frégates armées en guerre ne peuvent mouiller qu'aux environs du canal. Les navires qui ont quelques réparations ma- jeures à faire ou un chargement de mulets k prendre , se rendent à la Ensenada. On y trouve un village formé de quelques cabanes ou ranchos, accompagnés de trois ou quatre maisons en axo- tea ; il y a peu de secours ou d'assistance ma- nuelle à espérer des homme indolens qui l'habi- tent, mais on peut être sûr d'y rencontrer l'hos- pitalité la plus cordiale de la part des femmes.
Le Pampero ayant enfin cessé , nous nous re- mimes en route. Le 5 mars nous arrivâmes en grande radç de Buénos-Ayres
Dès qu'on annonça les clochers de Buénos-
9
Digitized by LjOOQ iC '
— 450 — Ayres , je m'élançai sur le pont; mais j'en fus pour ma dëpeilse de i^egards et mes efforts de tétine ; mes ner£» opti^es se fetiguèrent en yain à découvrir la métropole de la république Argen- tine, je ne yis que brouillard à Thorizon* Patience ! nous la verrais bientôt; c est que, voyez-TOUs, les marins ont une yue de lynx, qui semble de^ viner la terre, et 9s se trompent rarement. Mais d'abord, vous , lecteur , avez-vous entendu par- ler de Buénos^Ayres , de sa gloire , qui a rempli le monde moderne ? Savez- vous qu'il existe un point sur la terre appelé Buénos-Ayres? Il est pro- bable que oui , je n'en doute même pas ; quoi- qu'il n'y aurait pas plus de boute à vous d'igno- rer l'existence de Buénos-Ayres" , qu'il n'y en a pour beaucoup de Portenos * à croire que toute la France est contenue dans Paris , ou l'Angle- terre dans Londres; mais en supposant que vous ne le sachiez pas ( ce dont je vous prie de ne pas rougir ) je vais vous dire ce que c'est que Buénos-Ayres et toute sa gloire.
Buénos-Ayres est quelque chose relativement à l'Amérique du Sud, peu de chose relativement
I C'est le nom donné aux habilans de la ville de Buénos-Ayres, qui a été long-temps le seul^or/ des provinces de la Plata.
Digitized byLjOOQlC
— 131 —
à toute rétendue du continent américain , et un point pour le globe. Cependant ce point a été lumineux y il a brillé avec éclat ; on a pu le prendre quelque tems pour une étoile du Sud tombée à terre, et ses habitans s'en sont énor- gueîlfis beaucoup; puis, se figurant qu'ilsayaient assez fidt pour étonner le monde et rendre leur' gloire étemelle, ils se sont mis à se quereller entre eux pour passer le tems ; eh bien , Toicî à quoi je compare la gloire de Buénos-Ayres et des Argentins : je la compare à un feu d'artifice donné par les amis de la liberté et de la cirilisa- tion , à la fin duquel on a tu écrit en lettres brillantes le nom vénérable de Rivadavia !
Enfin voilà Buenos - Ayres déployant sa ligne d'édifices ! Japercois ses quinze clochers , les dômes et les tourelles de ses couvens , qui sem- blent sortir des eaux. Les édifices grandissent ; je vois les terrasses de ses maisons carrées ; la ville s'étend , de droite et de gauche elle suivit de plus en phis ; bientôt efle montre la forte- resse ; les petites maisons del bajo , Falameda , les saules de la Boca , les pavillons ou les qidntas du Retira et de la Recoleta ; la forêt de mâts des
navires de la petite rade Buénos-Ayres n'a
plus rien à montrer ; Buénos-Ayres est en place ,
Digitized byLjOOQlC
— 132 —
sur le bord de la côte ; eUe attend Tétranger qui la fait vivre pour F insulter ou le flatter^ suivant sa passion du moment...,.
Halte là ! nous sommes à quatre lieues de Buénos-Ayres , en dehors de la grande rade ; nous ne pouvons passer outre sans la permission du Cassique. Vous croyez peut-être qu'il s agit du chef des Indiens Pampas ? Point du tout. Le Cassùfue fiit d'abord un navire marchand que les Brésiliens armèrent en guerre lors des derniers démêlés avec la République ; ceUe-ci , ou plutôt (honneur à qui il appartient ) l'amiral Brovi^n s'en empara , et on l'a placé là pour servir de ponton, de presidio ; et un peu aussi pour nar- guer les Brésiliens, qui n'ont pas l'air d'y foire attention , mais qui n'en pensent pas moins. Or, le Cassique est chargé de la police du port ^ mais il ne faudrait pas courroucer le Cassique ! car alors il serait réduit à montrer toute son impuis- sance.... Le pauvre Cassique n'en peut mais. U a tout au plus assez de force pour retenir les prisonniers d'état qui y sont envoyés de tem^ à autre pour être rongés par la vermine, léguée à la marine de la Patrie par la marine impériale.
Deux officiers étrangers , au^ervice de la Ré-
Digitized byLjOOQlC
— 133 —
publique, vinrent à bord de VHemùme poiH- visiter les papiers et reconnaître notre état sani- taire. N'ayant, dieu merci , rien à nous repro- cher, il nous fut donné licencia de passer en petite rade-
Je me réjouissais beaucoup de la vue exté- rieure de Buénos-Ayres ; je m'applaudissais de ma résolution ; c'est qu efiPectivement , après avoir touché à Montevideo ^ on doit être agréa- blement surpris de Faspect de Buénos-Ajres. Tout annonce ici une ville commerçante , une métropole digne d'un meilleur sort. La posi- tion un peu élevée de cette ville américaine , située en plaine , sur le bord de la côte formant Jalaise ; tous ses édifices publics se trouvant ré- partis sur une même ligne dans toute l'étendue de la viUe , qui a au moins trois quarts de lieue de long ; le fort , placé au milieu , et non loin de lui un édifice de construction mauresque , qui contraste singulièrement avec les nombreux dômes des églises et des couvens; les charrettes sans nombre stationnées au bas de la falaise ; la multitude de lavandières couvrant la plage , chamarrant de blanc la pelouse verte qui s'étend au loin vers le nord , et parsdt se terminer par un groupe d'arbres ; la fbrét de mâts de mille
Digitized byLjOOQlC
— 154 — .
petites embarcations entassées dans la rivière de la Boûa y vers le sud , enfin toutes les maisons riveraines , disséminées sur la pente et au pied même de la côte, tout cet ensemble, animé en- core par le mouvement de la petite rade> est bien susceptible de faire naître Tidée d une place im- portante , d'ime grande ville.
Néanmoins , une chose me déplut beaucoup^ ce fot la nécessité de descendre à terre dans une charrette. Il est bien honteux pour Buenos- Ayres , pour une place aussi importante , ^ur le seul port de la République Argentine où les étrangers puissent commercer avec sécurité , tant qu'à présent, il est bien honteux, dis-^je, xpie ces mêmes étrangers soient mis, en arrivant, en contact direct avec ce qu'il y a d» plus grossier , de plus audacieuseïnent impertinent parmi le peuple de Buénos-Ayres. U est vraiment dur d'être exposé aux injures, aux épidiètes avilis- santes àegringOy de axrcattumj de godo, ou de sarrazeno , <^ue les carretïUeros ( charretier^ ac- compagnent de mille obscénités, en les pnodi- guant à l'étranger qui, ne sachant pas leur idiome, fait quelques diJQSicultés avant de se soumettre à leurs exigeantes prétentions. Quoi de plus ridi- cule, de plus désagréable, de plus barbare que
Digitized byLjOOQlC
— 135 —
cette manière d'arriyer dans une charrette mon- tée sur deux énormes roues , de la dimension de celles de nos moulins à eau j qui vous cahote horriblement pendant que le carretiUero vous écorche les oreilles par ses chants ou ses vociféra- tion ?. . Un môle ou une jetée obvieraient à ce dés- agrément que tous les étrangers sentent vivement.
U y en avait un autrefois; mais une crue ex- traordinaire du fleuve et la force des courans , augmentée par un vent violent, l'ont détruit com- plètement, et au lieu de le reconstruire, chacun est venu en emporter les pierres!...
Il&ttut bien me soumettreà parcourirun dem»- quart de lieue de plage dans l'ignoble carretUla; je débarquai à l'endroit qu'on appelle encore d Muelky quoiqu'il n'y en ait plus de vestiges. Ce mêmeendroitoùl'ondcbarque porte aussi le nom la Aîameda^ , bien improprement puisqu'on n'y voyait alors que YOmbù indigène. Nous revien- drons à cette Alcaneda pour y voir le beau monde s'y rendant chaque jour dans les soirées d'été»
1 Alameda signifie en castettano un lieu planté de àlamos ou peu- ptien — allée de peupliers.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE VU.
mvÈmw^Â,'
]>ef«ripiûm de la ville. — tei édifiées pnUief el partioulien. —-Sa
Si VOUS voulez vous former une idée exacte du plau de Buénos-Ayres, prenez plusieurs damiers, réunissezrles , et figurez '«vous que la ligne sépa- rant chacune des cases elt une rue; vous aurez
Digitized byLjOOQlC
— 138 —
ainsi un certain nombre de rues, toutes égales en longueur et en largeur, laissant entr'elles un carré de maisons ou luie place publique : ce sera Buenos- Ayres.
La forme de la ville estim carré, long de trois quarts de lieue et large d'uœ dcmi-lieue, divisé en trois cent soiicante cuadras ou carrés de mai- sons, laissant entr'eux soixante - une c^Jles ' ou rues toutes coupées àiingles droits. La Cuadra présente sur chaque face une longueur de quatre cents pieds (cent-cinquante Tares) ; seize cuadras forment xm cuarûel ou quartier; il y a en tout y ingt-neuf quartiers, lesquels composeront , avec le tems, quatre cent soixante - quatre cuadras. Toulesle^raes ^ÈOmespooAmt aux quatra points cardinaux et sont bordées de trottoirs , garantis par des bornes en bois, placées de distance en distance.
Comme on le voit, le compas et Féquerre ont présidé à la répartition des proportions toutes
4 Dans tous les mots espagnols et portugais Vu se prononce ou. Unix H tianiek 4» Vxprinent mi'MptgBol fu*ii»«eiilr8oii et sepro- noncttatJoijoMW cgaroffl woHiBé.— A,r^p<K|ne..de JajQ6édificalion de Buénos-Ayres, par D. Juan Garey, le 11 juin 1680 , le terrein, divisé entée les habitans, ne contenait que cent quarante-quatre cuadras qui nfcdlK^lluit êëlles.
Digitized byLjOOQlC
— 139 —
mathëmatiques de Buénos-Ayres. U y a dix places publiques, dont la principale se norame Plaza de la Victoria. Ses édifices principaux sont : el Fuerté el CabUdo ; quatorze églises, deux hôpi- taux; rUniversité, la Salle des Représentans , le Tribunal de Conmierce , el CoUseo ; la Recoba , le Théâta^e provisoire, le VauxhaH, el Panfuey le Cuarteî del Retira { caserne ).
Nous aHons passer en revue tous ces édifices, et, chemin disant , nous visiterons les étâblisse- mens publics ou particuliers.
Là première place qu'on rencontre en se diri- geant de YAlamedt$ vers le centre de la viOe, est la place del 28 de Mayo ( du 25 de Mai ), ainsi nommée parce que c'est là que se réunirent les citoyens , qui , dans ce jour à jamais célèbre de Tannée 1810, osèrent proférer le cri sacré de li- berté, en présence des emblèmes du despotisme. D'un côté se trouve la forteresse et de l'autre la Recoba, qui la sépare de la place delà Victoria.
La forteresse ou elFuerte est un assemblage de plusieurs grands bâtimens entourés d'une épaisse muraille, dominée par un rempart garni de ca- nons , et protégée par un fossé qu'on traverse
Digitized byLjOOQlC
— 140 —
sur un pont-leyis. Toutes les administrations relevant du pouvoir exécutif s'y trouvent réunies; mais le gouverneur n'y réside pas* Cette forte- resse, assez respectable y domine la petite rade et le centre de la ville.
La Recoba est un édifice de construction mau- resque , formant un arc-de-triomphe en fiice du fort, et déployant de chaque côté une galerie ouverte en arcades , surmontée d'une terrasse » entourée d'une balustrade et ornée de vases vernis- sés d'une assez grande dimension ; les galeries pa- vées en marbre dans leur milieu, sont occupées pai* des marchands d'étoffes et d'habillemens à l'usage des gens de la campagne, ce qui produit un effet assez bizarre. Â droite de la Récoba et à Tangle de la calle de la Paz , on remarque le Colfseo ou théâtre qui n'a pas été achevé, et dont une partie se trouve occupée par un cafetier finançais. Nous entrons sur la place de la Victoria : salut au Piror men ! C'est une espèce d'obélisque ou de pyramide quadrangulaire, d'une trentaine de pieds d'éléva- tion, posée au centre de la place et entourée d'une grille de fer entre-coupée de douze pilastres sur- montés d'une boule, où chaque année les jeunes garçons viennent , le jour anniversaire de l'in- dépendance , chanter en chœur 1 hymne pa-
Digitized byLjOOQlC
— 141 —
triotique '. Hymne sublime! que l'on a com- paré avec raison à notre Marseillaise. Le 25 mai et le 9 juillet^ cette pyramide et la place tout en- tière sont dëcoréesd'inscriptions, de symboles, de trophées, de guirlandes, de drapeaux, en mé- moire des heureux événemens qui ont rendu, rindépendance à l'Amérique. Les édifices publics et les maisons particulières sont illuminés avec des £maux; des jeux animés, des courses de chevaux, imitant les anciens tournois des Sarra- sins , des feux d'artifice , des revues , des évolu- tions de troupe de ligne et de milices à pied et à cheval, desfan&res, des symphonies exécutées par les musiques des différens régimens, con- courrent pendant trois jours à augmenter l'ivresse générale et à piquer la curiosité des nombreux étrangers qui affluent sur cette place de la Vic- toria autant pour jouir du coup-d'œil de la fête , que pour admirer les gracieuses ^or/enof placées en amphithéâtre devant le Cabildo. La place de la Victoria n'est pas seulement destinée à la célé- bration des fêtes civiques, elle est parfois le théâtre , le forum , oii l'ambition de quelques tribuns donne au peuple assemblé le spectacle
I Composé par don Vincente Lopez , Tiin des membres les plus dis- distingués dn pouvoir judiciaire.
Digitized byLjOOQlC
— U2 ~
d'un drame effi^yant, que des acteurs frénéti- ques ne rendent qu'avec trop de yérité. Au moindre signal d'éméùte , on voit se rassembler sous le portique du cabîldo la tourbe déguenillée des carrétiBeros , des camicéros (boucliers) , des aguatéros (porteurs d'eau ) et des compadritos , qui, ne demandant que plaie et bosse , arrivent là en foulé potu* attiser le feu. Si l'émeute prend un caractère d'insurrection , si la révolution se déclare , cette foule audacieuse grossit de plus en plus jusqu'à ce que la police (si die n'est pas complice ) ou le gouvernement &sse avancer la troupe de ligne ou un régiment de nègres ; alors on voit tous les séditieux en chmpa Ces sans-ùn* lottes de la république argentine) se débander en tous sens , cotuir précipitamment au debors de la ville, gagner la campagne, oîi, volant tous les chevaux qu'ils rencontrent, ils vont se réunir aux Gauchos qui s'organisent immédiatement en montonera ( sorte de guérillas du pays ' ) , jus- qu'à ce cpi'un chef de parti assez influent les réu- nisse en assez grand nombre pour mettre la ville en état de siège. C'est alors que Buétios-Ayres est réellement dans une critique position; car ses
« Qui consiste à harceler continuellement rennenii , sans jamais lui livrer bataille rangée. — On appelle ce genre de combat y ver /a d9
recurso.
Digitized byLjOOQlC
— 445 —
habituas se noumssent principalcMient de TÎuide, le psàn n'e^ rien pour eaxy et d'aiUenrs il est beattccmp jdos cher que k ?tnnde; or, la ea«i- pagne étant en msurrectîon, plus de -mres pour ta YiUe, plus de denrées pour le oanancBoe ; A fiiut céder porjiêerxa. Les GamAas * ou italiitaBS de la campagne, sont , à l'égard die Buénofr- Ayres, ce que sont les Tartaa[*es 4 f égvrd de la Chine , les Bédouins à Tégard d'Aiger. Cest un chef de Gauchos qui a triomphé dn parti de La^aUé et ce sont les Gauchos qui domineront toujours la ville, en s'opposant à tmile innoya- tion utile ou pays, jusqn^à ce qu'on surre régu- lièrement le plan de RiradaTia, lequel consistait à favoriser assez les étrangers pour les engager à former des colonies dans la campagne. L'exem- ple de leur industrie , de leur moralité, les liens de Êimille qui se seraient formés, la modification de quelques habitudes encore sauvages, eussent fimdu peu-à-peu les moeurs âpres des Gauchos; ils auraient compris la civilisation européenne ; leur caractère chevaleresque, insubordonné, eût cédé à l'attrait d'un bien-être qu'ils n'ont pas en- core goûté; lem' éducation politique, dévelop- pant des idées d'un ordre plus élevé, eût &it
* Prmioiirez go&u-icho.t.
Digitized byLjOOQlC
— 144 —
naître en eux un amour de la patrie moins ar- dent, moins dévorant, mais mieux entendu, plus constant, plus noble; ils eussent conipris tjue la patrie , c'est la nation tout entière , et non pas seulement le champ où ils sont nés; que la liberté ne consiste pas à repousser toute espèce de frein que les législateurs prétendent mettre à
leurs passions déréglées Mais je m'aperçois
que je suis plus près des Pampas que de la place de la Victoria.
La campagne ayant triomphé du parti de la TÎUe, celle-ci est inondée en un instant de Gau- chos, d'Indiens et de miliciens des &ubourgs, qui la parcoiu*ent en tout sens, la lance, la carabine, ou le sabre au poing en poussant des hurlemens de sauvages glaçant d'e£&*oi l'étranger nou- vellement débarqué. Le plus grand nombre se rend sur la place de la Victoria , en &ce du Ca- bildo , de même que sur celle du 25 de mai , en face du fort ; c'est le moment du dénouement; le drame prend alros un caractère tragique ou burlesque , suivant que les passions des actem^s ont été dirigées. U n'est pas en vérité de specta- cle plus étrange que celui-là : d'un côté , vous voyez le corps des camiceros ou ahastécadores (bouchers) , la garde d'honneur du tribun vain-
Digitized byLjOOQlC
fjueur , avec leurs jaquettes ëcarlates , leurs pan- talons blancs y leurs chapeaux ronds ornés de la cocarde bleu-ciel, leurs lances et leurs petits dra- peaux noir et rouge , of&ant aux regards Fimage hideuse d'une tête de mort , avec cette inscrip- tion Fedemcion o miserte! d'un autre côté , les hordes indisciplinées d'indiens Pampas , à demi- nus, aux cheveux épars , au teint cuivré , mon- tant à poil des chevaux fatigués de leur course rapide. A côté, la troupe tumultueuse de Gau- chos , se plaisant à faire sonner les cascabeles (grelots) dont la tête et le cou de leurs chevaux sont ornés , et à brandiller leurs longues lances portant un petit drapeau> ou des rubans bleus et rouges , emblème de la Fédération , qu'ils atta- chent à leur bonnet , à leur chapeau pointu , à leurs bras, aux oreilles , et jusqu'à la queue de leiu* cheval! Par ici, ce sont les milices en jaquette bleue , en pantalon blanc et les pieds nus , por- tant gauchement leur fusil en mauvais état. Et au milieu de toute cette bigarrure de costumes , où les couleurs rouge , bleue et verte dominent surtout, s'aperçoit le régiment des Defensores , composé de nègres , les seuls qui soient imifor- mément vêtus et disciplinés , et dont la figure vient constraster avec celle de tant de races dont on a peine à saisir les traits primitifs. Voilà le
10
Digitized byLjOOQlC
— 146 —
coup -(l'œil qa'o£Bre la place de la Victoria dans un jour de réyolution , et souvent même dans ma jour de fête ; mais en ce eas« U y a moins de confu- sion; quelques troupes réglées ^ en unilbrmej de vieux vétérans , débris de Tarmée nationale, sont là pour rassurer Tétranger.
Le CabUdo prête &€e à la Recoha; il occupe le côté ouest de la place. Cest encore un édiiice de c(»i8truction mauresque , mais plus simple y s'étendant sur ime longueiu* de deux cent cin- quante pieds environ. U présente deux rangées d'arcades, lune au-dessus de l'autre; celle du rez-de-chaussée forme im portique où l'on se réunit pour causer d'aflaires ; celle du premier étage est une galerie par laquelle oa communi- que dans plusieurs salles assez vastes ; un halcon en fer orne la devanture, et une tour carfée^ surmontée d'un petit clocher, occupe le mitieu de l'édifice, couvert en tuiles rondes.
Le Cabildo, qui, sous l'administration espa- gnole , servait de municipalité, a joué un grand rôle dansles premiers temps del'indépendancede Buenos- Ayres ; les citoyens notables ouïes plus in- lluens s'y assemblaientsouveutpourdélibérer. La cloche de la tour donnait le signal, le peuple ac-
Digitized byLjOOQlC
— 147 ^ courait en foule sur la place de la Victoria et, du balcon dont je viens de parler, les orateurs le haranguaient, soit pour Fexciter au tumulte, soît pour calmer son efferyescence. C'est dans ce même édifice que, le 19 mai 1810, rassemblée générale des citoyens de la ville fiât convoquée sous le nom de Cahildo abierto (en permanence) et que le dernier des vice-rois, don Bcdtazar Hi- dalgo de Cisneros y La-Torre^ fiit déposé le 25 du même mois et remplacé par une junte de neuf per- sonnes, toutes créoles. Alors commencèrent les guerres de l'indépendance et la lutte intérieure , lutte d'ambition qui dure encore, et retarde la constitution du pays. On nomma des chefs du gouvernement; ils eurent le titre de directeurs , de présidens, de gouverneurs, mais ils ne restè- rent pas long-tems en fonctions ; on en nomma jusqu'à trois dans un jour ! et le Cahildo dut in- tervenir souvent et s'emparer de l'autorité pour étouffer les querelles des ambitieux.
A présent le Cabildo a changé de destination ; il est le siège du pouvoir judiciaire. Cela ne veut pas dire que la justice y règne!... Tous les tribu- naux, la cour suprême (la Camara de Justicia) s'y trouvent réunis. Au rez-de-chaussée sont les notaires , les huissiers, les écrivains publics et la
Digitized byLjOOQlC
— 148 --
^rîson principale (la Carcel). Les jours d'au- lience, la galerie , le balcon, le portique sont continuellement encombres de gens du bas peu[4e, de la campagne et de Fintérieur , attirés par la curiosité.
Pendant la semaine sainte on expose sous le portique du Cabildo un Christ dans la position d'un quadrupède, surchargé d'une inunensecroix, avec un cordon au cou que les dévotes Tiennent bai- ser en déposant, bien entendu, leurméritoire offrande. Près de là est une chaire où un laïque prêche la Passion à sa manière, et puis au coin d'une des inies adjacentes, la populace brûle un énorme Judas de la manière la plus indécente j en criant wa la Fédéracion !
C'est encore sous ce même portique du Ca- bildo que j'ai vu, en 1852 , exécuter une sen- tence des plus ridicules et des plus extraordi- naires chez un peuple qui ûiit pars^de de senti- mens républicains. Il est vrai de dire que la co- terie jésuitique, dominant alors dans le gou- vernement, est seule responsable devant le monde éclairé du sacrilège commis en cette circonstance. Ce fiit à l'occasion d'un nouvel ouvrage dont je ne me rappelle plus le titre , un ouvrage de prin- cipes, dans le système républicain, qu'un négo-
Digitized byLjOOQlC
— 149 —
ciant français Tenait d'introduire avec d'autres ouvrages de nos meilleurs philosophes, tels, que Voltaire , Diderot, Volney , Dupuis, Raynal ^ Courrier, etc. Chose incroyable! on saisit tous les livres, on emprisonna les introducteurs et l'on fit rendre une sentence, digne de l'inquisi- tion, par laquelle on condamnait tous les ouvra- ges saisis à être brûlés sur la place publique , en face du Cabildo, tandis que le bourreau (el ver- dugo) lirait la sentence à haute et intelligible voix!!...
La sentence fîit exécutée en présence de ce qu'il y avait de plus éclairé à Buénos-Ayres , et l'on resta muet, stupéfait, sans oser à peine se regarder, car on se croyait sous le couteau de \sl Sainte-Inquisition,... N'était-ce pas, en effet, im AutO'da-fé'i Que fallait-il de plus î brûler les auteurs! Mais condamner les oeuvres d'un homme , opprimer sa pensée , violenter sa cons- cience, brûler ses écrits, n est-ce pas lui inter- dire la liberté de penser ? n'est-ce pas le réduire à la condition de la brute ? Et dès-lors que lui importe l'existence pvu-ement animale que vous lui imposez.
O tourbe de tyrans civils et sacrés, comme di^ rait Féloquent Volney, oppresseurs de cons-
Digitized byLjOOQlC
— 150 —
ciences ! quand cesserez-vous vos turpitudes ? ne savez -TOUS pas qu'im torrent ne devient impé- tueux que par les obstacles qui s'opposent à sa marche rapide ?.. et ne le retrouvez-vous pas, ce même torrent, calme et majestueux quand les obstacles ont cessé ?..... Je ne conseillerais pas à M. de La Mennais d'aller visiter le Cabildo.
A gauche de cet édifice , au nord de la place et à l'angle d'une rue , est la cathédrale , monu- ment qui serait remarquable s'il était achevé; mais depuis le commencement de la guerre du Brésil les travaux de la façade ont été interrom- pus. Le péristyle à colonnes formant cette fii- çade, a été construit sous la direction d'un archi- tecte français, appelé par M. Rivadavia, pour diriger les travaux qu'il avait projetés. Un dôme assez vaste surmonte le monument. L'intérieur en est simple, mais l'autel principal est remarquable par la hardiesse de sa construction et la légèreté de ses omemens. Il est isolé au miUeu de la nef et il a au-dessus de lui la coupole du dôme. L'of- fice divin est célébré en musique, avec orches- tre, en présence de l'évêque et du sénat ecclé- siastique.
* Le nom de sénal du clergé a leniplaré rancieii nom ûcrhuytire.
Digitized byLjOOQlC
— 151 —
Tant que le gouTememeut de Buënos-Ayres fut uni à celui du Paraguay , il n y eut qu'un seul éréché , * dont le siège était à TAssomption; mais lorsque la population augmenta , on saitit la nécessité d'en établir deux , alors le roi d'Es-* pagne ^ Philippe III sollicita du pape Paul V la bulle de fondation de cet évéché , conoédée en 1620. L'érection se vérifia le 12 de Mai 1622, De- puis cette époque jusqu'en 1810, il y a eu dix- huit érêques. Après la mort du dernier, l'égUse futgouTemée parle sénat ecclésiastique, jusqu'en 1831, qu'un nouvel évêque fiit nommé. C'est une justice à rendre au clergé américain de dire qu'il a marché de front avec l'indépendance po* litiqueet que c'est ainsi que le sénat du clergé de Buénos-Ayres, après s'être élevé pas ses lumières et la pureté de sa morale, s'est acquis une haute réputation, qu'il parait décidé à soutenir en cherchant à se soustraire à l'influence de la cour de Rome. *
Au côté sud de la place on a commencé une galerie en arcades , sur le modèle de la Re-
1 Autorisé par le Pape Paul III , en 1579.
» Le Pape actuel ne maii<|iia pas de mettre à profit l'occasion que lui offrait radmioiitratîon peu éclairée du général Jtostu de ressaisir
Digitized byLjOOQlC
— 152 —
coba ; elle doit être continuée , ce qui donnera une assez belle apparence à la place de la Victo- ria. Enfin près du Cabildo est l'administration cen- trale de la police devant laquelle on Toit toujoiu^ bon nombre de çéladores , gendarmes du pays, bien éloignés d'avoir la moralité des nôtres. (Jus- tice à qui elle appartient ! )
Maintenant nous allons prendre notre course par la caUe de la Reconquistay ainsi appelée parce que c'est dans cette rue que les Anglais furent faits prisonniers/ lors de leur dernière tentative. £Ue commence à la Recoba et se prolonge au sud , jusqu'au bord de la côte qui domine sur
la puissance spirituèUe , qui avait échappé à la cour de Rome dès les premiers temps de la révolution : il nomma Tévèque proposé par le gouvernement de Buenos- Ayres , et bientôt on parla d*nn second évéque qui devait servir de suppléant au j[)remier. Le sénat ecclésias- tique s'alarma de la nomination de ces créatures dévouées à la cour de Rome ; il fit une représentation au pouvoir législatif , de laquelle il ressortait que les anciennes colonies espagnoles ayant secoué le joug de leur métropole et juré solennellement de n'appartenir à aucun pouvoir européen , elles devenaient parjures à leur serment en consen- tant à se placer sous Tinfluence directe de la cour de Rome. On prit cette protestation du clergé en considération ; une commission com- posée des citoyens les plus éclairés parmi les députés , le clergé , les avocats et les hommes de lettres , fut nommée pour résoudre cette question. Au moment de mon départ on imprimait le dictamen de la commission y qu'on m'assura être favorable à la cavse américaine.
Digitized byLjOOQlC
~ 1«5 —
les plaines de la Bocoy de Barracasj de QiUlmeSf du Pciso et de Burgos ; nous y arriveron* bientôt.
Après avoir passe la première cuadra, nous trouvons l'église et le couvent de San-Francisco; féglise est remarquable par la ricliesse de ses or- nemens, deux tours en &ïence peinte et vernis- sée, ainsi qu'un dôme nouvdlement restauré. Le couvent est remarquable aussi, en ce qu'il est le seul couvent d'hommes qui ait survécu aux réformes du vertueux Rivadavia , dont le zèle pour l'amélioration des mœurs et les progrès de la civilisation n'a été récompensé que par Yostra-^ cisme indéfini dont il a été frappé •
Derrière le couvent , dans la rue de la BibUo- teca , toujoiu*s sur le bord de la côte, nous trou- vons l'Université , la Uniçersidad! Le nom de Rivadavia est empreint partout; il est inef- façable, il y brillera toujours, malgré l'obscurité dont on s'efforce de l'entourer; car c'est sous l'administration éclairée de ce sage législateur que l'instruction publique a reçu l'accroissement considérable qu'on remarque à Buenos- Ayres; c'est lorsqu'il était ministre de l'intérieur , en 1820, que l'Université fut fondée, que chaque district des campagnes a été doté d'tme école
Digitized byLjOOQlC
— 154 —
primaire; que vin^ écoles pareilles furent éta- blies dans la capitale y tandis qu'un grand nom- bre de particuliers furent autorisés, ùmtés à ouvrir d^autres écoles pour Finstruction des jeu- nes gens des deux sexes; qu'un peu plus tard^ l'ancien directeur de l'école de commerce à Pa- ns fut engagé à en fonder une semblable à Bue- nos^ Ayres ; que plusieurs dames fiiançaises fiu*ent appelées pour diriger le collège des orphelines ; que des professeurs distingués furent choisis en France et en Italie ; que l'enseignement de la langue firançaise fut compris dans les études pu- bliques ; qu'on yota une somme annuelle suffi- sante pour renvoi en Europe de jeunes gens des* tinés à se fortifier dans les études spéciales; qu'enfin un conseil de rUniyersité fut composé des hommes les plus éclairés et les plus libéraïKX) avec mission de &Yoriser et de surveiller les pro^ grès de l'instruction publique!... Malheureuse- ment tout cela n a eu qu'un commencement d'exécution , car Rivadavia ayant été forcé de renoncer au pouvoir, les professeurs qu il avait dé- placés à grands fi^s, pour eux et pour l'état, se trouvant en butte aux haines du parti contraire, se virent obligés de porter ailleurs les connaissances et les lumières destinées à Êiire de Buénos- Ayres une nouvelle Athènes. L'Université vient
Digitized byLjOOQlC
— 155 —
d'être organisée sur un nouveau plan , a^ez semblable à celui de notre ancienne Université de France. *
A côté de l'Université , on a placé l'Ecole nor- male. L'extérieur de ces édifices n'a rien de re- mar<{uaMe ; mais Tintérieur, convenablement distribué, peut contenir un assez grand nombre d'élèves. Chaque année , à des époques diffé- rentes, on distribue, dans lacour de l'Université, en présence du gouvemeiu* , desministi^es et des principales autorités, des prix, non-seulement aux jeunes gens, mais aussi aux jeunes personnes des écoles gratuites placées sous la protection immédiate d'ime société de bienÊdsance , com- posée des dames les jdus notables de Buénos- Ayres , et que Tune d'elles préside.
Parmi les écoles particulières on doit distin- guer celle de Commerce, dirigée par M. Ra&d Menvielle; l'Académie commerciale, rue de Po- tosi; l'Académie Argentine, rue de Mciïpù; l'Académie des Provinces- Unies ; le Gymnase Argentin; le Lycée Argentin , et l'Ecole de
» Voyez la noie F, rcinlive à la nouvelle organisation de rUniversité de BiiéïKW-Ayres el ain études qii*on 7 fait.
Digitized byLjOOQlC
— 156 —
jeunes personnes tenue par Madame Du-Harme et sa tille.
En face de FUnîversité se trouve THospice des en&ns trouvés, où un guichet &cile à ouvrir, permet de déposer , à toute heure de jour ou dé nuit, le fruit d'une &iblesse, qu'une honte déplacée ne permet pas d'avouer. Les soins que l'enfant nouveau-né reçoit dans cet hospice ne laissent aucune crainte à la mère sur son sort; aussi le crime d'in&nticide est-il extrêmement rare a Buenos- Ayres. A côté est une prison, pre- nant le nom de Fhospice, c'est-à-dire delsiCuna.
En suivant de nouveau la rue de la Récon- quista nous arrivons à une autre église , c'est celle àeSanto-Domingo ( St.-Dominique) , très remar- quable en ce qu'elle est encore criblée des balles citoyennes envoyées aux Anglais qui s'y étaient réfugiés, et qui se virent bientôt forcés de ca- pituler.
Le 29 juin 1806, les Anglais, au nombre de dix-huit cents hommes , commandés par le géné- ral Berresford, s'emparèrent de Buenos- Ayres par surprise et s'installèrent dans le fort. On s'aperçut bientôt de leur perfidie , et le peuple s'en indigna ;
Digitized byLjOOQlC
— i»7 —
mais le peuple était impuissant, iout-à-fiiit nul, à cette époque où Tadresse d'un chasseur abattant un oiseau, le tenait ébahi ; ou Fastuce des moines, eneniaisantleplus crédule des en&ns, cherchait à lui persuader que les Anglais, étant hérétiques, n'étaient pas &its comme les autres hommes : Los Ingîeses tienen cola y lo mismo que un démo- nio!^ disaient les moines au peuple, et le peuple eût bien plus Tolontiers doute de la puissance de Dieu que de la yéracité des moines. . • Cependant, Toyez quel prestige est attaché è lliéroïsme ! un étranger, un Français, le général Liniers, au ser- vice d'Espagne , arrivé sur la plage de Buénos- Ayres avec une poignée d'Orientalistes, se met à la tête du peuple, le harangue, l'anime, et soudain, ce peuple apathique , indolent, court à la forte- resse, l'assiège et lui Uvre assaut en un. instant. Les Anglais sont faits prisonniers et envoyés dans l'intérieur, à Cordova. Ceci se passait le 12 août 1806; mais voilà que le 3 juillet de l'année sui- vante, aumoment où on pensait le moins aux Anglais , ceux ci arrivent avec une force de douze nulle hommes , commandés par le général Whitèlock , débarquent à la Encenada, viennent par terre à Buenos- Ayres et se mettent en devoir
1 lies anglais ont une queue tout connue le diable.
Digitized byLjOOQlC
— 158 —
àe traverser la iriUe pour se rendre à la forte- resse. Les teins étaient bien changées t L'exemple du général Lîniers avait électrisé ce peuple , ja- loux de son indépendance ; il avait formé des soldats qui , à dé&ut de discipline, savaient payer d audace et de ruse; les femmes frissonnaient d'horreur et d'indignation à l'idée de se voir en- vahies par des hérétiques, munis d'un appendice
infernal Toutes les passions susceptibles de
réveiller le patriotisme d'iui peuple encore fima- tique et superstitieux furent mises en jeu pour le pousser jusqu'à l*héroïsme. On y réussit. On tira un grand parti de la forme des maisons , toutes terminées en terrasses, ainsi que de la longueur et de la disposition parallèle des rues. Le général Liniers commandait la défense , et on ne peut nier qu'il déploya une grande habileté.
Les Anglais avaient près d'une lieue à parcou- rir au milieu de toutes ces forteresses , avant d'arriver à la principale. Avec pkis de tact , de prévoyance , ils se ftesent contentés d'assiéger la viUe , d'occuper la campagne , de s'emparer de quelques édifices élevés; mais ils crurent fermement qu'ils ne s'agirait que de pousser un hourra ! pour culbuter tous ces vœnurpieds; erreur fatale !
Digitized byLjOOQlC
On laissa pénétrer les An^«b ; ils s'avancèrent sur trois colonnes, jusque bien ayant dans la ville; les rues étaient silencieuses, etilspouyaient croire que la consternation les avait précédés , ou que l'effî-oi accompagnait leui^ hourras ! mais voilà que tout<^à-coup les maisons se couvrent d'ha- bitans; que la population tout entière se trouve sur la tête des Anglais : personne ne manquait à Tappel, femmes, enÊuas, vieillards^ serviteurs, tous concouraient à l'envi à la défense du foyer do- mestique, lies projectiles étaient inépuisables : c'était les pierres et les briques de la maison ; Teau des puits qu'on avait Eût bouillir ; les cendres des fourneaux dont on aveuglait les Àngkis , tandis qu'au carrefour voisin une troupe d'bommes à cbeval , portant un canon monté sur pivot ,. là- cbaient une décharge de mitraille sur la tête de la colonne , et di^raissaient avee la rapidité de l'éclair après avmr laissé un vide effiujant dans les rangs de l'enneini. Des vedettes postées sur les églises, indiquaient la route que tenaient les An- glais , et tout aussitôt Tartillerie courait à leur rencontre, et les mitraillait de nouveau sans qu'ils pussent riposter. Enfin on aura une idée suffisante du désastre que causait aux Anglais ce genre de combat, quand on saura qu'en arrivant à l'église de SantchDomingo , où Us s'empresse-
Digitized byLjOOQlC
— 160 —
rent de se barricader , leur nombre était réduit à douze ou quinze cents hommes !
Les habitans de Buénos-Ayres rendent toute ^stice au courage et à la bravoure des Anglais ; ils mouraient avec un ordre , un sang-fix)id, une discipline admirables. Combien de fois j'ai en- tendu dire à des Portenas , avec une grâce char- mante ;
« Me daba IcLstùna de ver cujueUos Inghses, tan rubiosj tan bonitos mozos, caer heridoSy y gritœ* todcu^ia hurra! Pero creiamos de buenafe que eran heregesy que tenian cola!!... »
c( J'étais émue de pitié à la vue de ces Anglais^ si blonds, si beaux heaumes, tombant blessés mor- tellement et criant encore ^i/ra/Mais vraiment nous nous imaginions de bonne foi qu'ils étaient hérétiques et qu'Us avaient une queue! !..i> Et êtes-vous bien sûre du contraire ? leur disais-)e ; a Quien sabe! répondaient-elles, perOj me parece una baibaridad. » Je n'en sais trop rien ! mais pourtant ça me paraît bien absurde. »
L église de Santo-Domingo dépendait d'un couvent de Dominicains , supprimé par Rivada-
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
. r^: u:"»- 1. ' .-^r.- un ru ru*.' . M:; ::nj.^; iVoid , u:
. ;i;.'is, Si t
. ;,'S, f •■ TU.' 11'. bîi<>c s r
I.; ;i r'j -^^ ^ ' ■ •; ■ i • " . *
^ *.
Digitized byLjOOQlC
|
'■^ "-> »■ |
' - A" |
|
'" "W^^r |
|
|
\ ^vttjÈ^ |
-.// |
|
ijKîy- |
|
|
\ 1%. |
:vz^2r.'^'
«^^2;t«&^«5<!r-' <a!î^'(^^»^'*r<'
^fiB* I^m^naùt 4- é'^
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
— 161 — TÎa. Ce législateur a tire un meilleur parti du couvent en destinant le bas aux cours de chimie et de physique et le haut à un musée d'histoire naturelle. La fondation de cet établissement date de 1826, Lie Musée n'est encore qu'un cabinet de curiosité; mais il ne laisse cependant pas que d'of&ir quelqu'intérèt scientifique, en même tems qu'il est un ornement pour la yille. Il a été commencé avec une assez jolie collection de mi- néraux, de pièces d'anatomie, d'instrumens de physique et autres objets achetés en France. De- puis, il s'est augmenté, par les soins du conserva- teur , *- d'un grand nombre d'animaux du pays et de di£Férentes pièces de géologie. On pourrait faire un cours complet d'histoire naturelle avec ce qu'il y a dans le cabinet : on y compte déjà environ quinze cents échantillons appartenant à la minéralogie et à la géologie; plus de huit cents appartenant aux principales divisions du règne animal, sans comprendre un assez
I M. CadnU Ferreris. H est resté chargé de ce cabinet depuis sa fondation jusqu*à présent et il a acquis de justes titres A Teslinie pu- blique par le zèle qu'il a mis h la conservation et h Vaugmentation des objets tant indigènes qu'étrangers , malgré Tabandon dans lequd le goorernement a laissé cet établissement» pendant ces dernières années. Aidé du préparateur que j'avais amené, M. Ferraris a pu renouveler beaucoup d'anûnaux , mal montés d'abord, et donner un autre aspect k ce petitMuséum, dont on pourrait tirer meilleur parti.
H
Digitized byLjOOQlC
— 162 —
grand nombre d'insectes. Parmi les objets de cu- riosité on remarque une cotte-de-maiUes et un énorme sabre , pris dernièrement à un eassique indien; dojets qui avaient appartenu à un des chefs espagnols de la conquête. M. Alcidie d'Or- Ugn y a aussi enrichi le Musée de plusieurs objets fort intéressans , lors de scm passage k Buenos- Ayres. Enfin , outre les instrumens de physique expérimentale qui sont très-beaux etdonton se ser- vait pendant les cours qui avaient Ueu deux Ibis la semaine, on remarque encore une collection de médailles antiques et modernes dont on avait d^abord doté la bibliothèfjue , comme elle devait l'être^ mais qu'on a cru prudent de confier depuis à la garde du conservateur franger du Muséum.. Le pnUic est admis les mardis, jeudis et jours de fête de onze heures^à deux. L'escalier par lequel on arrive aux galefies est noté au nombre des merveiBes de la cité argentine*
Précisément en &ce de l'église de Santo-Do- mingo y toujours dans la rue de la Réconquirta , ou voit une maison de modeste apparence , avec quelques petites cages suspendues à un balcon, supportant une demi-douzaine de pots à fleur. Eh bien! que vous importe cette chétive de- meure ? Ne vous pressez pas de rire de ma
Digitized byLjOOQlC
— 165 — simplicité^ décomrrez-TOUs, c'est le toit d'un il- lustre proscrit!.. • Ce sont les pénates de Rivada- vial C'estdece seuil^ à demi-pourri^ 4]u'an a tu, l'année dernière, un yieillard yénérable, hrùlant encore d'un ardent amour pour sa patrie, qui ne le comprend pas, sortir lentement, s'achemi- ner piteusement vers la piage pour gagner la rade, où un navire étranger, ïHemnhiej cette même Hermime qui m'arait amekié, allait lui accorder l'hospitalité que son ingrate patrie lui refiisait!!!
Après sa démission yolcmtaire ,en juillet 1827, M. Riyadayia crut prudent de s'éloigner de Buenos- Âjrres, afin que saprésence ne fôt point im obstacle àla constitution du pays. Personne ne le contrai- gnit àpartir. n se réfugia en France, où il ayécu modestement, en philosophe > comme firent jadis Anacharsis en Grèce , Solon, Pythagc»*e et Platon en El^rpte ou à la cour de Crésus; tandis que des passions tumultueuses, semhlables à des orages, exerçaient leurs rayages et altéraient les charmes de celte patrie , qui le méconnaissait et dont il restait l'amant déyoué, malgré ses torts et son orgueil. Lorsqu'enfin le calme succéda à l'orage, lorsque les citoyens paraissaient frater-
Digitized byLjOOQlC
i
1
I
I
1
— 164 —
niser sincèrement, M. RiTadavia songea à re- joindre sa Pénélope qui, semblable à Tépouse d'Ulysse, soupirait en désespérant de le revoir. Il arriva au commencement de Tannée dernière, incognito, à l'improviste, et alla se piaoer à son bureau , dans son cabinet , sans que personne s'en doutât. Jugez de lajoiede M"'® Rivadavia! decelle deses amis!.. Hélas ! cenefiit qu'un édairdebon- beur: le chef de police se présenta poliment, de la part du gouvernement, et invita M. Rivada- via à se rembarquer sur-le-champ. On eut assez de courtoisie pour ne pas l'escorter jusqu'au rivage. *
Si vous prenez la peine de descendre d'une cuadre et demie veiis le fleuve, nous verrons la douane, dont les murailles sont baignées par l'eau . quand la marée est haute. Ce n'est pas pour voir l'édifice que nous prendrons cette peine, car rien n'est plus laid ; mais c'est pour saluer ce bon M. Lapàlléy le collecteur-général, l'ami de tous les négocians étrangers et nationaux * • L'inté- grité de cet administrateur, son patriotisme
« M. BÎTadaYia a di\ se retirer avec sa famille au Bimcon-d^-lat- GallinaSf sur les bords de FUniguay.
* Don M. J. de Lavallé, collecteur-général, est le père du colonel Lavùllé^ qui a acqub une si triste célébrité à Poccasion de la révo- lution du 31 décembre 1828. -*-( Prononcez Lavattié. )
Digitized byLjOOQlC
^ 165 —
éclairé, tout-à-£dt désintéressé, lui ont acquis restime de tous les partis qui ont eu altematiye- ment le dessus pendant les troubles qui ont â>ranté ta fortune et le crédit de Tétat. Les dïoits de douane composant Ik plus grand partie des revenus de la république , le gouyemement est bien intéressé à ce qu'ils soient perçus sans fraude et k ce qu'ils produisent le plus possible ; malgré cela M. Layallé s'est toujours opposé cou- rageusement à toute mesure vexatoire et à toute taxe onéreuse aux négocians. C'est ainsi qu'il a su constamment concilier les exigences du fisc ayec la protection que réclament le commerce et l'industrie. Je me fids un plaisir de rendre cette justice aux employés de la douane de Buénos- Ayres, qu'ils se prêtent de tout leur pouvoir à obliger les négocians, et que les vérifications, les visites, s'opèrent, les droits se perçoivent sans qu'on ait à se plaindre de la moindre ^vexation. Ici point de ces mesiu^s immorales , scandaleuses^ adoptées et suivies avec tant de rigueur dans nos états civilisés d'Europe; je veux parler de ces honteux attouchemens qui se pratiquent sur les hommes, les femmes, les jeimes personnes, sans distinction, dans les petits bureaux de visite, et qui alarment avec tant de raison la pudeur, que beaucoup db femmes aiment mleut ne pas voya-
Digitized byLjOOQlC
— 166 — ger que souffrir une tdle profanation. On a im- prime danièrement un tarif de la douane, ayec l'énumération et roplication des formalités à remplir; on y trouve des modèles de toutes les déclarations à faire; enfin c'est un guide, comme pouTaient le désirer les négocians nouvellement établis. *
Reprenons notre promenade : si tous êtes &- tigués, nous nous assiérons bientôt sur la côte oii se termine la rue. Il &ut encore nous arrêter SLUcuartel de los Negros (caserne des nègres) réunis en un ocNrps de milices, sous le nom de baioBon de Defensores de Buénos-Ajres. Après les dâiris de l'armée nationale, réunis en trob corps sous le nom de Chasseurs du Rio de la Plata, de Garde Argentine et de Patriciens de cavalerie, formant la troupe de ligne , le corps des DéGsnseurs de Buenos- Ayres , composé de nègres et de mulâ- tres, est, sans contredit, celui de milices le mieux organisé, le plus discipliné > le plus nécessaire à la sûreté de la ville. Il est composé de douze cents hommes, [uresque tous libres ; la plupart des officiers sont pris dans son sein , et la libéra- lité du colonel Don Félix Alzaga vient de le doter
< Voyez la note G rebtife aux droits de Douane et à quelques mesures adoptées.
Digitized byLjOOQlC
— 167 —
d'une excellaite musique, organisée sous la di- rection d'un professeur allemand.
La Patrie doit beaucoup aux nègres ; ils ont jdus contribué , peut-être , à donner l'indépen- daace au pays, que les créoles eux-mêmes, sur- tout les créoles de Buenos- Ayres , qui sont plus pkUores * que braves^ au dire même de leurs compatriotes de Tintérieur. Les nègres ont yersé leur sang à grand flots, ayec enthousiasme^ pour la cause de la liberté; témoin Faction du dés€h guadero , dans le Haut-Pérou; et l'affiranchisse- ment qu'on leur a accordé sur le territoire de la République dès les premiers tems de l'indépen- dance, n'était que Facquittement d'une dette sa- crée* Les corps composés de nègres ou de mu- lAtres ont toujours fourni la meilleure in&nterie de la République Argentine; car autant les hom- mes de la campagne, appelés Gauchos^ sont au- dacieux, intrépides, in&tigables à cheyal, autant ils sont tUs soldats quand ils sont forcés de com- battre & pie4« Ce que j'afSrme ici positivement paraîtra surprenant aux personnes qui n'ont tu que les nègres avilis sous le fouet des Portugais ou de nos planteurs des Antilles; mais il £iut que
*■ Fanfarons. Cette épithète que les Ârribénas ( ceux de rintèrieur on du haut pays ) donnent aux Poriénos n'est pas trop mal appliquée.
Digitized byLjOOQlC
— 168 —
l'on sache , pour la honte de nos colons , que dans cette partie des anciennes possesâons espa- gnoles, la plupart des esclaves y sont morts sans avoir reçu un seul coup de fouet ; qu'on les a tou- jours traités avec bonté, qu'oç ne les tourmentait jamais au travail; qu'on ne leur imposait point de tâcheau- dessus de leurs forces, etqu'enfinonneles abandonnait point dans leur veillesse. Les femmes de leurs maîtres les soignaient dans leurs mala- dies ; personne ne les empêchait de se marier , même avec des Indiennes ou des femmes libres , pour prociu*er cet avantage à leurs enfens; on les habillait aussi bien ou même mieux que les blancs pauvres , et on leur fournissait une bonne nourriture. * Aussi les Espagnols^ blancs ou mé- tis, n'ont-ils jamais eu à se plaindre de leurs es- claves, et il est arrivé souvent que ceux-ci refu- saient la liberté qu'on leiu* offîuit, pour ne Kac- cepter qu'à la mort de leurs maîtres. . . . Gomment des esclaves traités avec tant d'humanité n'au- raient-ils pas Ëdt cause commime avec leurs maîtres, quand est venu le moment de secouer le joug oppresseur de la métropole ? Ils ont couru aux armes avec générosité, sans y être contraints par la violence, et ils regardent la cause amén-
i Voyez Cbarievoix et Félix de Azara.
Digitized byLjOOQlC
~ 169 —
caine comme la lemr {Ht)pre. fai été témoiii de lem* enthousiasme, de la joie bruyante qu'ils font éclater au mot de Pairia; c'est qu'en effet la patrie n'a pas été ingrate envers eux; l'unique différence qu'il y ait^piaintenant entre les nègres et les créoles-espagndls , la seule qu'un préjugé trop enraciné établisse encore , mais qui dispa- radtia comme tant d'autres, c'est qu'ils ne peuvent occuper d'emplois publics. Nous reviendrons sur ce sujet; passons outre et hâtons^nous d'arriver à la Bésidendoy dernier édifice que nous ayons à voir dans la rue de la Reconquista.
La Résidence était encore un couvent; on l'a converti en un hôpital pour les hommes. Pen- dant la guerre du Brésil il a aussi servi de fon- derie de canons et de boulets ; à présent , au lieu des forges de Vulcain retentissant des cris de guerre, on n y voit plus que des salles d'infir- merie dont le fiûble écho répète des cris de dou- leur et d'agonie. L'église, surmontée d'un dôme, et les bàtimens dont elle est entoiu*ée , dominent toute la ville, ce point étant le plus élevédelacôte. L'hôpital de la Résidenciay de même que celui des Femmes, situé au centre de la ville, rue de la Esmercdda, ne correspondent pas aux autres institutions qui ont fait classer Buénos-Ayres
Digitized byLjOOQlC
— i70 — parmi les villes les plus importantes et les jdus civilisées de rAmërique. L'organisation inté- rieure des deux hôpitaux exige de promptes modifications , et même la vie des infirmes est incessanmient exposée dans celui de la Résidence par la vétusté des bAtimens , dont unepartie s*est écroulée en 1833. Le gouvernement a bien senti rUnportance d'une réforme en ce genre; aussi l'ex-ministre Ancboréna, le fiu^totum du parti de Rosas , a-t-il demandé à l'architecte de la ville im plan d'hôpital pour les deux sexes. Le plan a été £dt , on l'a beauooup admiré ; il a été placé comme une belle image dans une salle du Fort , et l'on a remis la construction de l'hospice à une époque indéterminée, *
Détournons un peu notre vue de ces amas de briques rouges , de ces constructions monotones et carrées, pour les raporter sur des scènes champêtres ; asseyons*nous près de ces longs
* L'aateur de ce plan est ringénienr architecte de b rille , M. Car- lof Zacchi , Italien de uatiou. Son plan est rèèDement parfait tant sont le rapportde la distribatioa intérîeare , des détails minntieax des pro- portions mathématiqiies, que de la lieauté du dessin et de rarchitectore; il eut été admiré , j*en suis conVaincu, dans une académie d'Europe -, mais je ne crois pas que de long - tems le souTcmement de Buenos- Ayres soit à même de reiéciiter.
Digitized byLjOOQlC
— 171 —
cactus entourant ces modestes demeures, pour contempler Fimmensité de cette plaine qui porterait nos regards jusqu'à TOcéan et même jusqu^n Patagonie , si Thorizon sensible n'inter- posait son rideau vaporeux.
Digitized byLjOOQlC
Digitized byLjOOQlC
CHAPITRE Vm.
SmUdelaéegeripikmdelaViUe.
Nous sommes à Textrémité sud de la TÎlle , à l'endroit où le plateau sur lequel eUe est assise présente le plus d'élévation au-dessus du fleuve et des plaines basses gui se déroulent au pied ,
Digitized byLjOOQlC
— 174 —
sans apparence de fin. La côte ou petite falaise qui sert de talus au plateau et à la yille , se re- coiu*be ici pour se prolonger dans l'Ouest. Lies contours et la pente en sont occupés par des maisons de plaisance appelées quintas , dont les jardins sont ornés d'une yégétation européenne : on y reconnaît avec plaisir les arbres firuitiers de nos yergers , les légumes de nos potagers , om- bragés dans quelques endroits par de très-beaux oliviers j ainsi que par Toranger dont les pom- mes d'or se distinguent de loin au milieu des fleurs purpurines du grenadier ou des fruits vio- lets du figuier. Et connue pour augmenter les contrastes, une végétation tout équatoriale en- toure la plupart de ces vastes jardins aussi bien que les plus petites propriétés ; ce sont des aga- ves-pita et des cactus. Le cierge du Pérou , k hautes tiges anguleuses et à fleurs jaunes et roses , sert de haie à la plupart des jardins et des cours de la ville , tandis que dans la campagne les quin- tas et les petites fermes appelées chacras ^ sont closes par de larges fossés plantés d'agaves aux feuiUes longues, charnues et piquantes. Tous
I Un« propriéCé dont les tcnret sont en partie dcsiîaées av labow, en partie au pâturage , est appelée chacra; celle qui est exclusirement consacrée k l'éducation des troupeaux , sans cultures de terres, est appelée Miancia.
Digitized byLjOOQlC
— 175 —
ces entourages yalent infiniment mieux que des murailles dans un pays exposé au pillage des In- diens ou des Gauchos.
A notre gauche, on yoit une jolie maison ap- pelée le Château par les Français de Buenos- Ayres; elle était occupée par notre ex-consul^ M. Manderille, de déjdorable mémoire. On y voyait flotter, à plus de cent pieds d'élévation au-dessus de la rade, notre pavfllon national, dont les couleiu^ prestigieuses étaient encore assez respectées pour tenir lieu de la protection que M. Mandeville était incapable d'accorder à six mille Français dont il était haï cordialement, et, à juste titre , puisque ses ter^versations et ses com- mérages avaient compromis leur fortune et leur
vie On a objecté, pour la défense du consul,
que si la France avait eu, comme l'Angleterre, un traité de commerce et de navigation, la con- duite de son agent eût été plus franche et son in- tervention plus efficace dans les troubles civils; cette observation est judicieuse à beaucoup d'é- gards, mais elle retombe encore à la charge de M. MandevUle, car avec plus d'habileté, moins d'esprit d'intrigue, et surtout plus de désinté- ressement, il eût fait sentir de longue main au gouvernement français, la nécessité, l'urgence
Digitized byLjOOQlC
— 476 —
d*iin traité de commerce avec Buenos- Ayres. Je reyiendrai en tems opportun sur ce sujet.
Vojez-Tous à rextrémité de ces sayanes, de ces prairies entourées de saules, de ces terreins marécageux que les eaux de la Plata inondent et rendent impraticables dans ses débordemens, cette quantité de mâts pavoises de pavillons na- tionaux et étrangers ) c'est le petit port appelé la Boca dél riachuelo S ou simplement la Boca, où se rendent presque toutes les embarcations Ëdsant la navigation du Parana et de l'Uruguay, il s'y &it un grand mouvement de marchandises, et pourtant il n'y a pas d'endroit plus incommode et d'un accès plus difficile. Un Français, M. Du- portail , y a &it construire la seule maison en briques qu'on y remarque , et s'est chargé , avec l'autorisation du gouvernement, de Êdre à ses frais une chaussée qui , s'il réussit , &cilitera beaucoup les transports et les communications avec la ville.
Sur la droite, toujours au sud, on voit le joli village de Barractts ainsi nommé d'im grand nom-
1 Riachuelo est an nom générique diminnlif qu*on applique , en espagnol, à tous les bras étroits de riTière. Le vrai nom de celle-ci» est riachuelo de la Matanza, à cause d^nn grand combat livré aux Indiens , sur ses bords , lequel fui une véritable boucherie.
Digitized byLjOOQlC
— 177 ~ bre d'entrepôts ou magasins publics et particuliers qu'on y a construits, près de la rivière de la Boca et le long de la belle route qui le traverse. Il est situé dans une plaine par&itement unie , sablonneuse , à l'abri des inondations , et il est le rendez- vous du beau inonde les jours de fête , où les daines viennent s'y promener en calèche ou même à pied, tandis que de nombreux cava- liers font briller leur talent équestre. On y fait de fréquentes courses de chevaux, dans les- quelles on parie souvent très-gros jeu. U y a de jolis pavillons (quintas) où les familles riches passent une partie de l'été , et où l'on est sûr d'être tou- jours bien accueilli, quand une fois on aeul'entrée de la maison, ce qui n'est pas difâcile pour peu qu'on ait des manières agréables , et qu'on sache l'espagnol.
Au-delS, on aperçoit, à distance de trois lieues , les chacraset les monticules du village de Quilmés ; Tintervalle est assez agréablement rem- pli par des plantations de saules, de pêchers sauvages (^duraznales)y et des habitations cham- pêtres ; mais si vous voulez pénétrer au-delà , je vous accorde un rayon d'une dizaine de lieues au sud et à l'ouest , pour voir encore des figures humaines, des traces de civilisation et des arbres
12
Digitized byLjOOQlC
— 178 —
qui vous prêtent leur ombrage ; après cela , al- kendez-TOus à ne Toir que des plaines désertes jusqu'au pied des Andes , si vous allez au Chili , ou jïisqu'au Rio-Colorado , si TenTie voua prend d'aller toiser les Patagons* De loin en hxa tous u'aperceyrez que de misérables cabanes tous apparaissant comme des balises au milieu d'une mer semée d'écueils , et il y aura tant de silence autour de ces chétives habitations, que vous reste- rez étonné d'en voir sortir des visages d'homme. Vous ne remarquerez aucune trace de culture , aucun arbfê , aucun buisson ; mais seulement des horisans immenses , mornes et tristes , animés par hasard ça et là par le passage d'une autruche, le galop d'un gcsuchoy rassemblant ses troupeaux dispersés par la sécheresse ou l'irruption des In- diens; vous serez dans les Pampas ' .... et je vous gai^antis que vous presserez les flancs de votre coursier poiu* en sortir le plus vite possible.
« Le mot Pampas^ venu du quichua ( langue «kt Incai^ ), «igalfte proprement place, terrein plansy grande plaine; savane, etc. ( Uanura 0 lianos «les espagnols). On pourra s*étonner de retrouTer ce mot ap- ptiqvé dans nn payt tl éloigné de sa feomt» ; mais on rémaf qAera que beaucoup de quichuas habitent Santiago del Eslero, assez près des Pampas, où ils ont encore conservé un jargon mélangé de quichua et d'rfspagnol. (Al. D'Oilî. Voyage dans t'Jmèriqtiâ mér.
M. Th. Pavie a donné ime description très^xnclc des Pampas e%9ÊR Indiens qui Thabîtent, dans la 2c liv. du tome der de la JRsvtts des dsus Mondes.
Digitized byLjOOQlC
— 179 —
Puisque bos affaires ne nous forcent pas d'y aller manger du charque , rapproclxoi|s-nous du centre de nos observations.
Voici la Chambre des représentans ! Nous sommes au carrefour des rues del Perii et de la Biblioteca , à trois cuadres de la place de la Vic- toria. Nous avons devant nous le plus bel édifice de Buénos-Ayres; il occupe près d'une cuadre, et £iisait partie du coUége des jésuites qui Font bâti eux-mêmes avec l'église y attenant , dont l'entrée est à l'angle diamétralement opposé à celui 011 nous sommes. L'architectura en est as- sez simple , mais il a cela de remarquable qu'il est bâti à Teuropéenne , dans le style moderne , avec un toit incliné ; la &cade est , je crois , toute en pierres de taille, et les fenêtres sont munies de balcons comme , du reste , toutes les maisons es- pagnoles. On a réuni dans ce vaste corps de bâ- timent, à un seul étage au-dessus du rez-de- chaussée > la salle des représentans, la biblio- thèque publique, le tribunal de conunerce, le département topographique, le timbre , la vac- ciue , et à côté , sur le même plan que leglise eiel Colegio^ le cuartel de los cwicos^ c'est-à-direlaca- seme des patriciens d'infanterie, composant un ré- giment de milice active, etde la milice passive d'in-
Digitized byLjOOQlC
— 180 —
fanterie formant un autre régiment. Ces troupes, espèces de gardes nationales ^ sont fort mal disci- plinées, sans uniforme , sans tenue; l'obligation rigoiu-euse de venir faire un exercice dont l'uti- lité n'est pas démontrée , tend à faire des pares- seux , en privant les établissemens industriels des bras dont ils ont le plus grand besoin. On a très- bien démontré au contraire, dans un petit ou- vrage que je pense traduire , les inconvéniens de cette organisation qui ne tend à rien moins qu'à mettre la fortune dans les mains des étrangers et à dégrader de plus en plus les nationaux par les vices inhérens à la profession de soldat , surtout de soldat insubordonné
La salle des représentans est très-petite , mais convenablement disposée. Les séances sont pu- bliques; ses députés parlent assis , quoiqu'il y ait une Iribune. La ville fournit quinze députés, et la campagne, divisée en treize sections, en four- nit vingt-trois , en tout trente-huit représentans, pour une population de cent quatre-vingt mille âmes, y compris les étrangers. J'évalue la popu- lation de Buénos-Ayres à quatre-vingt-dix mille âmes , dont trente mille étrangers répartis ainsi : Anglais, huit mille; Français, cinq mille; Ita- liens^ six mille; Allemands, trois mille; Espagnols
Digitized byLjOOQlC
— 181 —
et Portugais d'Europe, quatre mille; le reste composé de Nord- Américains, de Brésiliens^ d'Orientalistes, etc. Jestime qu'il y a quinze mille étrangers répartis dans la campagne ou la pro- vince. Ainsi , d'après mon calcul, il resterait pour la ville soixante mille habitans indigènes , et pour la campagne soixante-quinze mille; or, il reste évident qu'il y a disproportion dans le nombre des députés élus par l'une et l'autre. Les gauchos étant doublement représentés, on ne sera plus étonné de voir ce pays rétrograder dans la voie de la civilisation.
La bibliothèque est encore une de ces mille institutions dues aux lumières de Rivadavia; elle a primitivement été léguée à la ville par un moine ; mais alors elle ne renfermait que quelques mil- liers de bouquins in-folio, avec un assez grand nombre de manuscrits en latin et en espagnol , traitant de points obscurs de théologie, de mé- decine, de controverse et de graves futilités. De- puis 1820 jusqu'en 1828, elle s'est enrichie suc- cessivement de livres d'histoire, de jurisprudence, de morale, de sciences exactes et naturelles, de littérature proprement dite et d'une grande quan- tité d'albums de voyages , de gravui-es en tout genre, etc.; elle occupe à présent cinq salles^ et
Digitized byLjOOQlC
— 182 —
le nombre de volumes monte à vingt mille. Les livres français y entrent pom* plus de moitié. Elle est ouverte au public tous les jours non fé- riés; la facilité d'y lire les journaux de Buénos- Ayres eu a fidt un cabinet de lecture *.
La littérature est fort négligée à Buénos^Âyres^ depuis qu'un gouvernement de coterie jésuitique a succédé à celui trop éclairé de Rivadavia; ce n'est cependant pas &ute de moyens de s'ins* truire, car, outre la bibliothèque publique , il existe encore six librairies et un cabinet de lec* ture dirigé par MM. Duportail. De plus, il y a deux cercles du commerce, la salle Argentine et la salle Anglaise^ où l'on peut lire tous les princi- paux journaux eiu*opéens et américains; mais les restrictions mises à la liberté de la presse par les gouverneurs con faculdades extraordmaria$ ( ce qui équivaut à une dictature ) , ont éloigné du piiys tous les hommes dont le génie indépen- dant ne pouvait se plier à la servitude de Vinqm- sition de conscience, imposée par les Anchorena,
< Depuis Bivadaria cet établissement avait élé livré A Tabandon comme les autres ; aussi plusieurs manuscrits important à rhistoire de ce pays ont-ils été soustraits!... J'ai remarqué avec plaisir, à mon retow du Brésil, qu'il y avait plus d'ordre et de surveillance de la part dc^ bibliothécaires.
Digitized byLjOOQlC
— 185 —
les Mazsij les Medrano, et toute la coterie qui fit brûl^ naguère nos philosophes.
Il y a encore six imprimeries , mais on ne pu- bliait plus en i 834 que cinq ou six journaux, au lieu de dix-sept qui s'imprimaient en 1826 ! Et sur ce fidUe nombre de six journaux » trois étai^it servilement à la solde du gouvernement obscur. Outre les imprimeries ordinaires , il y a deux imprimeries lithographiques ; la principale est celle nommée del Estado , dirigée par MM. Bade et compagnie. Ce bel art a fait des progrès à BuénoA-Ayres, grâce au zèle infatiga- ble , À la constance admirable de M. Bade , de Genève, ainsi qu'à la protection de plusieurs ci- toyens distingués , notamment du général don Thomas Guido , ministre de la guerre et des re- lations extérieures en 1834. Plusieurs travaux ini^pcMtans et ibrt intéressans pour le pays , ont été entrepris par M.Bade, entr'autres une carte topographiijpie de la province de Buenos- Ayres , sur ane tnès-grande échelle , o£Grant le plan de toiztes les estancias ; une ooUectioa complète des marques des animaux' ; une carte géographique
1 Chaque propriétaire de bestiaux, appelé esianciero^ est obligé (ravoir une marque particulière quHl fait appliquer sur la fesse ou la cuisse île ses amflHMix et ie ly|ie eu rette à la police oenirale, où Ton en tient registre.
Digitized byLjOOQlC
— 484 —
des provinces unies , et une série de lÎTrâisons de costumes, de coutumes de Buénos-Ayres , de portraits , etc. y laissant peu de chose à désirer sous le rapport de l'exactitude et de la netteté du dessin.
Ayant d'examiner la }K>pulation de la yille , achevons la revue rapide des établissemens et des institutions susceptibles d'ofitir de Tintérêt ou de piquer la ciu*iosité du voyageur.
J ai dit qu'il ne restait plus à Buénos-Ayres qu'un seul couvent d'hommes, cela est vrai, mais il en reste encore trois de femmies, et, loin de songer à les supprimer pour rendre des bras à l'industrie , ou des élémens de progrès à la po- pulation, le gouvernement obscur a ordcmné la construction d'un nouvel édifice, qui sera appelé, comme par le passé , la Casa de los santos ejer- cicios ( Maison des saints exercices). Rien de plus touchant, de plus édifiant, déplus moral que les exercices qui, se pratiquent dans cette sainte maison ! et surtout que le but de l'institution : figurez- vous , une femme a été infidèle à son mari , une jeune personne s'est écartée de la tu- telle de sa mère ou de son père pour suivre son amant, ou même pour satisÊtire publiquement
Digitized byLjOOQlC
— 185 —
ses goûts dépravés, eh bien ! elles vont se jeter dans les bras des religieuses de los santos ejerci- cios, elles pleurent, elles se repentent comme la Madelaine , elles font des aumônes proportion- nées & la gravité du péché; puis, après quelques jours passés dans les prières, et les conseils des jeunes et vigom^ux confesseurs , qui les exhor- tent à la continence, ces pécheresses rentrent dans le monde , chez leur mari ou leurs parens y tout aussi blanches que neige! N'est-ce pas édifiant ? IL en est de même des jeunes libertins et des vieux pécheurs ; seulement V aumône de ceux-ci est plus forte. Il y a plus d'innocence dans la vie pleine de jubilation et de douceurs des religieuses de SanJuan et de SantarCataUna\ les unes et les autres prennent d'excellent cho- colat^ provenant des saisies de là police > et fout des quêtes lucratives sous le patronnage des saints qu elles envoient promener par les rues à d«s jours fixes.
Les lieux de divertissement public sont en petit nombre. On visiterait volontiersle Wauxhall, ou Parque ArgerUino , jardin assez bien tenu dans lequel on «a construit un petit théâtre et un cir- que en plein air , mais il est un peu trop éloigné du centrepourquons'exposeày rester tardlesoir.
Digitized byLjOOQlC
— 186 —
Pourtant on préfère encore cet endroit à tout au- tre, dans l'été, quand il y a banquet ou quelque bal de souscription. Ce fiit dans ce même local que nous donnànies notre repas patriotique , quand arriva la nouvelle officielle de la ghrieuae révo- lution de juillet. On y but du vin détestable k
la sœUé de nos nouvelles institutions..
Hélas!
Deux autres jardins se partagent les pronie- neurs , celui de la Esmereûday où. Ton est bien servi, et celui du Retiro , moins frëqùenté. Le Retiro est une grande place à l'extrémité nord de la ville, au milieu de laqudle on voyait jadis un vaste cirque où arène destiné aux combats de taureaux. M. Rivadavia le fit démçdir, après avoir fidt comprendre au peuple que la barbarie des Espagnols pouvait seule autoriser encore de pa- reilles récréations. La mesure éprouva peu d'op- position ; on se portait avec assez d'empressement à l'opéra, à la comédie, au cirque-olympique, aux ccmcerts qui avaient remplacé les taureaux; mais voilà que le gouvernement obscur de i832 eut rkeureuse idée de rétablir les combats de taureaux! On choisit iBa/7ticii5 pour ceJieau spec- tacle : la première fois ily eut foule , à cause de la nouveauté; mais peu-à-peu les personnes dé-
Digitized byLjOOQlC
-— 187 —
centes s'abstinrent d'y paraître, et le